‹ Leçons de clinique thérapeutique (volume 3)Chapitre 33 sur 41 · MALADIES DE L'INTESTIN · texte numérisé non relu

MALADIES DE L'INTESTIN

PREMIÈRE LEÇON

Sommaire. — De l'aiiatomie et de la physiologie de l'intestin. — De la muqueuse intestinale. — Des glandes intestinales. — Des fonctions de la muqueuse de l'intestin. — Absorption, sécrétion, élimination. — Des fonctions de la muqueuse du gros intestin. — Recherches expérimentales. — Des lavements de bouillon et de lait. — Leur inefficacité. — Des lavements peptonisés. — Leur pouvoir nutritif. — Leur préparation. — De l'administration des médicaments par le rectum. — Des lavements médicamenteux. — Des suppositoires. — De la couche musculeuse de l'intestin. — Des mouvements de l'intestin. — Influence du système nerveux.

Messieurs, l'étude thérapeutique des maladies de l'intestin est le complément nécessaire, obligé même, des leçons que je viens de vous faire sur le traitement des affections de l'estomac; au point de vue de l'anatomie et de la physiologie, comme à celui de la clinique et de la thérapeutique, on ne peut séparer l'estomac de l'intestin et le lien qui les unit est si étroit, que pour rester dans la logique des faits nous devrions, non pas donner un tableau séparé de leurs affections mais les réunir dans une même description.

Avant d'aborder l'histoire du traitement des maladies intestinales qui par leur fréquence, et surtout par les considérations thérapeutiques dont, elles peuvent être l'objet, pré-

sentent pour nous le plus d'intérêt, je désire tout d'abord vous résumer en quelques mots les données anatomiques et physiologiques que nous possédons sur l'intestin, voulant ainsi faire marcher de pair, autant que possible, les applications thérapeutiques avec les connaissances physiologiques les plus récentes.

Je serai bref sur l'anatomie de l'intestin, et je vous renvoie,

la muqueuse , , . , , . / ■ \ tt

de l'intestin, a cc propos, a vos traites classiques (i). Vous connaissez tous les divisions, les rapports et la configuration que présentent, soit l'intestin grêle, soit le gros intestin; vous connaissez l'étendue considérable de la muqueuse de cet organe et les nombreux plis qui en doublent encore pour ainsi dire la longueur (2); vous connaissez aussi ces villosités si nombreuses qui caractérisent la muqueuse de l'intestin grêle et leurs formes variables (3). Quant aux glandes qui tapissent

(1) On pourra consulter axec fruit le travail récent de Herbert Watney sur la muqueuse intestinale (a).

(2) Les valvules conniventes sont formées par un repli de la tunique muqueuse et contiennent un grand nombre de ramuscules artériels, de veines, de lymphatiques et du tissvi cellulaire lâche. Ces replis n'apparaissent que dans la seconde porlion du duodénum; en ce point, ils sont peu prononcés, et acquièrent leur plus grande dimension dans la troisième portion du duodéum pour disparaître dans les dernières circonvolutions de l'iléon. Le professeur Sappey a pu, chez une femme, en compter 556 dans la première moitié de l'intestin grêle, et, d'après cet habile anatomiste, le nombre total de ces replis serait de 800 à 900.

La longueur de l'intestin grêle variant de 8 à 9 mètres, celle de la

tunique muqueuse variera de 13 à 14., et l'étendue superficielle de cette membrane serait de JO 125 centimètres carrés, repi'ésentant les deux tiers de la surface total du corps qui équivaut chez l'homme de taille et d'embonpoint ordinaire à 15 350 centimètres carrés (Sappey).

(3) Les villosités intestinales se présentent sous deux types principaux. Dans l'un, elles ont la forme arrondies (villosités coniques digitiformes, filiformes, mamelonnées, etc.); dans l'autre, la forme lamelleuse (villosités en formes de crêtes, de cercles, etc.). Defois prétend que les villosités ne sont jamais arrondies, et que lorsqu'elles sont injectées elles prennent toutes l'aspect lamelliforme. Le nombre de ces villosités est considérable, et pouf Sappey, il y aurait chez l'homme de douze à quatorze villosités par milli-

(a) Herbert Watney, The Minute AJiatomy, of the Alimentary Canal, 1877.

la muqueuse, elles apparLieniient, vous le savez, à trois groupes :'les glandes en tube ou de Lieberkhun, les glandes en grappe ou de Brunner, ou glandes brunniennes, comme le dit Milne Edwards (1), et les follicules clos isolés ou agminés, qui constituent les plaques de Payer ; vous trouverez d'ailleurs dans un travail récent, sorti de l'école de Lyon et dû au docteur Garel («), des aperçus nouveaux sur ces glandes.

Mais, tandis que les progrès histologiques nous permettent d'explorer cette muqueuse jusque dans ses plus petits replis, la physiologie, il faut bien le reconnaître, n'a pas marché d'un pas égal, et, malgré l'ardeur des recherches sur ce sujet, tous les points de cette étude physiologique sont loin d'être éclaircis. A ceux qui prétendent que la thérapeutique ne peut

mètre carré, ce qui ferait pour toute que ces cils vibratiles n'existent pas,

l'étendue de l'intestin iOl 125000 vil- surtout chez l'homme.

losités. De plus, les villosités jouiraient de

Un épithélium cylindrique recouvre mouvements qui seraient produits par ces villosités. Brestauer et Steinach, une double couche musculaire l'une en 1857, ont signalé les premiers pro- longitudinale, l'autre transversale, longements ciliaires que pi"ésenfent Le professeur Ch. P>obin a donné les cellules épithéliales des villo- une description fort complète et que sites; Heidenhain,Erdmann,Pialogh, l'on doit consulter, sur la question Eimer, Basch, ont adopté cette ma- si délicate de la terminaison des nière de voir, et de Thanhoffer en a lymphatiques dans les villosités indonné une bonne description ; la bile testinaies (b).

accélérerait les mouvements de ces (1) Du nom de l'anatomiste suisse

cils vibratiles, qui joueraiei^t un rôle qui a signalé les glandes après

très actif dans l'absorption des sub- Wepfer et qui s'appelait non pas

stances grasses. Brunner, mais bien J.-G. de Brun

Plusieurs histologistes soutiennent von Hammerstein (c).

(«) J. Garel, Recherches sur l'anatomie générale comparée et la signification morphologique des glandes de la muqueuse intestinale et gastrique des animaux vertébrés. Paris, 1879.

(fe) Sappey, Traité d'anatom.ie, t. IV, p. 220. — Defois, Etudes anatomo-phijsiologiques sur les vaisseaux sanguins de IHntestin grêle. Th. de Paris, 187-i. — Ch. Robin, article Lymphatique du Dictionnaire des sciences médicales. — L. de Thanhoffer, Beitrdge zur Fettahsorption und histologischen Structur der Dûndarmwtten [Pflûger's Arch., Bd VUl, 1873, p. 381-4i3).

(c) Milne-Edwards, Leçons de physiologie, t. Vf, p. 104.

s'avancer qu'appuyée exclusivement sur l'expérimentation et la physiologie, l'étude du traitement des affections intestinales donne un formel démenti. En effet, voyez par exemple les purgatifs : tandis que depuis des siècles on les ordonne journellement, la suite de ces leçons nous montrera que nous ne connaissons pas exactement, encore même aujourd'hui, l'action intime de ces médicaments si simples et si utiles, et vous constaterez, dans toute cette étude, que la clinique et même l'empirisme ont toujours devancé la physiologie expémentale.

Fonctions La muqucuse de l'intestin grêle remplit trois grandes fonc-

de . . ^

la muqueuse, tions, toutcs utilisécs par le thérapeute. C'est une voie d'absorption, de sécrétion et d'élimination.

Aii?orption., L'absorption est une des fonctions les plus importantes : elle est destinée à faire pénétrer dans l'économie le produit de la digestion et, tandis que les peptones et les matières grasses émulsionnées pénètrent par les chylifères, l'eau et les sels sont absorbés d'une façon très rapide par le système veineux. C'est par cette voie que nous faisons pénétrer la plupart de nos médicaments.

Sécrétion. Comme organe sécréteur, l'intestin grêle a été moins bien étudié, et de nombreuses discussions s'élèvent encore aujourd'hui sur les propriétés du suc intestinal. Déjà je vous en ai parlé à propos de la dyspepsie (a), et, malgré les récentes affirmations de Leven (1), qui soutient que le suc intestinal est acide, je maintiens que chez l'homme ce suc est neutre et même le plus souvent alcalin. Ce qui complique singuhèrement cette question, c'est l'embarras où l'on se trouve de

(1) Leven dit que ses recherches riences ont conduit à observer un

lui ont prouvé que le suc intestinal liquide complètement différent du

est acide et non pas alcalin; que ce liquide intestinal. (Voyez Leven,

qu'on a considéré comme suc intes- Traité des maladies de Vestomac,

tinal n'en est pas, et que les expé- 1879, p. 52.)

{a) Voir Maladies de Vestomac : Dyspepsie intestinale.

DE L'INTESTIN AU POINT DE VUE THÉRAPEUTIQUE. fi'25

séparer les sécrétions des diverses glandes intestinales des liquides fournis directennent par le réseau sanguin. Quoi qu'il en soit, vous verrez que c'est en augmentant cette sécrétion intestinale qu'agissent la plupart des purgatifs. Cette muqueuse intestinale, au point de vue de ses sécrétions et par son étendue même, permet à la thérapeutique de pratiquer sur elle des révulsions considérables, révulsions qiii par l'énorme écoulement de sérosité qu'elles amènent, produisent un effet antiphlogistique des plus intenses et vous verrez combien, dans certaines aifections inflammatoires, cet effet révulsif peut rendre de grands services.

Quant au rôle d'élimination, il est des plus considérables ; éh les médicaments introduits dans l'économie par la peau ou par toute autre voie s'éliminent par les reins et par l'intestin ; les expériences sur les alcools que j'ai faites avec le docteur Audigé (a), nous ont montré un bel exemple de cette élimination ; en effet, chez les animaux qui succombent aux suites de l'introduction de l'alcool sous la peau, °on constate des désordres constitués par un ramollissement hémorrhagique de la muqueuse au niveau du duodénum ; nous avons montré que cette lésion était due à l'élimination de l'alcool à la surface de l'intestin. Yous n'ignorez pas du reste, messieurs, que lorsqu'on supprime les fonctions du rein ou de la peau, il se fait par la surface delà muqueuse intestinale une élimination des produits excrémentitiels, qui provoque de la diarrhée et souvent des ulcérations, comme dans l'urémie ou les brûlures étendues, par exemple.

Cette question d'absorption, de sécrétion et d'élimination, qui paraît si nette pour l'intestin grêle, mérite d'être appro- la nuiqueuse fondie si l'on s'occupe du gros intestin, et cela surtout au point gros intestin. de vue thérapeutique, car la muqueuse rectale est une de celles

(«) Dujardin-Beaurnetz et Audigé, Recherches expérimentales sur la puissance toxique des alcools.

CLINIQUE THÉRAf., 4= édit. I. — 40

Fonctions de

Recherches expérimentales.

dont on use souvent pour l'introduction des médicaments . Cette muqueuse, vous le savez, se différencie nettement de la muqueuse de l'intestin proprement dite par les points suivants : elle ne présente ni viilosités, ni valvules conniventes (1). Quant à son rôle physiologique, au point de vue de la digestion, il a été bien étudié dans ces derniers temps par AlberLoni à Padoue (2), Garland à Boston (3), Marckwald à

(I) La muqueuse du gros intestin est plus épaisse, plus consistante et moins colorée que celle de l'intestin grêle. Elle n'a ni valvules conniventes, ni villosités, mais possède des glandes vésiculeuses ou follicules clos et des glandes en tube.

Ces glandes en tube sont plus longues que celles de l'intestin grêle, bifurquées souvent à leur extrémité profonde reposant sur la couche musculaire à laquelle elle adhère.

Les follicules clos siègent surtout dans le côlon; dans le reste de l'intestin ils sont peu nombreux et de dimension variable.

(2) Albertoni a observé une femme affectée d'anus contre nature situé à la partie supérieure du côlon ascendant, et voici ce qu'il a observé.

Le suc du gros intestin est un liquide muqueux d'une coloration blanche, franchement alcalin pendant quarante-huit heures et plus; ses propriétés digestives sont peu importantes. Les œufs, l'albumine cuite, la viande introduite par l'ouverture de l'anus contre nature n'étaient pas, même après un long séjour, modifiés. Pour le lait, la partie aqueuse était absorbée, la partie caséeiise expulsée. Le sucre était absorbé.

L'auteur a fait aussi un grand

nombre d'expériences sur les lavements alimentaires sur les animaux et voici ses conclusions :

1° Les substances albuminoïdes solides ne subissent dans le gros intestin aucune modification digestive ;

2° Les substances albuminoïdes liquides du lait, des œufs, etc., ne sont pas modifiées dans le gros intestin.

Si elles sont absorbées, elles passent en totalité ou en grande partie dans les urines et par conséquent ne sont pas utilisées par l'organisme ;

o° Le suc du gros intestin peut émulsionner les corps gras; toutefois, l'huile introduite dans la dernière portion du canal intestinal est en partie expulsée ;

4» Le suc cristallisable disparaît dans le gros intestin après avoir été transformé en glucose et peut être ensuite en acide lacticjue et butyrique ;

5" L'amidon n'y subit pas de modification ;

6° Les aliments non digérés qui séjournent dans le gros intestin y prennent les caractères des matières fécales, moins la couleur ;

1° Le suc du gros intestin ne décolore pas la teinture d'iode, comme le font la salive alcaline, le sérum et les autres humeurs alcalines (a).

(3) Garland a étudié le suc intes-

(a) Albertoni, Annotaziom di resultaii sperimentale nel laboratoria di Padova neWanno 1873 (lo Sperimentale, 1874).

Heidelberg (1), V. Gzerny et Latschenberger à Fribourg (2). Ces expérimentateurs, qui sont tous arrivés aux mêmes résultats, ont étudié la digestion du gros intestin soit sur des individus porteurs d'anus contre nature pratiqués sur l'extrémité caecale du gros intestin, soit sur les animaux, et il résulte de leurs expériences que le suc intestinal du gros intestin est par lui-même inapte à modifier les aliments et ne peut pas pep-

linal en employant chez les chiens la méthode de Thiry. Voici à quel résultat il est arrivé :

1° Le suc intestinal transforme " l'amidon en sucre;

2° Il agit d'une façon douteuse sur l'albumine de l'œuf coagulé, mais il dissout la fibrine et cette action dissolvante est plus active quand on y ajoute de l'acide chlorhydrique;

3° L'action de l'acide chlorhydrique seul produit aussi, mais plus faiblement, la transformation de la fibrine en peptone (a).

(1) Max Marckwald s'est servi d'un malade atteint d'anus contre, nature, au point où le cœcum devient côlon ascendant et qui avait été opéré par Simon (de Heidelberg). Ses expériences ont montré que le suc du gros intestin ne renferme pas de ferment glycogénique et qu'il ne pouvait digérer ni la fibrine ni l'albumine.

Quant à la résorption, le gros intestin absorbe l'eau surtout, les peptones en petites quantité, et quand elles sont formées dans l'inlestin; les masses de peptobes concentrées, artificiellement irritent au contraire l'intestin; l'albumine, introduite dans le gros intestin, ne rentre pas dans le toi'rent circulatoire, qu'elle soit

ou non additionnée de chlorure de sodium.

Marckwald conclut de ses expériences que, sauf les lavements peptonisés, qui ne peuvent même suffire à la nutrition, les lavements alimentaires sont une erreur thérapeutique (b).

(2) Voici les conclusions de V.

Czerny et F. Latschenberger, de Fribourg. D'après leurs recherches :

1° Le gros intestin de l'homme et les liquides qu'il sécrète n'ont aucune action digestive, ni sur l'albumine coagulée, ni sur l'albumine soluble, ni sur la graisse;

2° Dans l'état normal, l'albumine soluble (dissoute dans l'eau) est résorbée par le gros intestin sans être modifiée, puisque celui-ci n'a aucune action digestive sur elle. La quantité procentésimale absorbée est d'autant plus grande que le séjour dans l'intestin est plus prolongé. Toute irritation de ce dernier entraîne l'absorption ou la supprime complètement.

Le chlorure de sodium la diminue également, mais lui-même se trouve absorbé, même lorsque l'intestin est irrité et que l'absorption de l'albumine est suspendue. On sait que dans l'œuf de poule l'albumine se

(fl) Garland, Intestinal digestion [Bost. Med. Jouvn., 1874.). (/;) Max Marcicwald, Ueber Verdauung und Résorption und Dickdarm des Menschen {Arch. fur path. anat. PIujsioL, t. LXIV, p. 505, 1875).

Lavements alimentaires.

Lciii' inefficacité.

628 LEÇONS DE CLINIOUE THÉHAPEUTIOUE.

Ioniser les substances albuminoïdes ni modifier les matières grasses, et que c'est à peine s'il agit sur les matières féculentes. La muqueuse ne remplit donc, au point de vue digestif, qu'une fonction d'absorption, portant presque exclusivement sur l'eau et sur les sels.

Le gros intestin ne peut donc jouer aucun rôle digestif direct, et l'on ne peut songer à cette voie pour alimenter les malades par des lavements de lait ou de bouillon, l'eau et les sels de ces substances étant seuls absorbés ib);ei, malgré les faits récents invoqués par Fort, Dumas (de Cette), Thermes (c), etc., je suis persuadé, en me basant d'ailleurs sur les expériences de Carville et Bochefontaine, de l'insuffisance des lavements de bouillon et de lait (i).

Notons, à propos de ces observations, qu'une seule a trait à un enfant rappelé à la vie par un lavement de bouillon, mais contenant en grande quantité du vin de Bourgogne et de l'extrait de quinquina ; toutes les autres ont pour objet des hystériques atteintes de vomissements incoercibles; malheureusement de pareils faits n'ont aucune valeur démonstrative

trouve sous une forme peu favorable à l'absorption;

3° Le gros intestin absorbe la graisse en émulsion; la quantité absolue qui passe dans l'organisme est proportionnelle au degré de concentration, mais exprimée en quantité procentésimale, la masse absorbée est proportionnelle au temps pendant lequel le liquide a été en contact avec la surface absorbante,;

4° Pai'fois de l'amidon gonflé se

trouve absorbé, mais il reste à démontrer s'il l'est comme tel ou s'il est préalablement transformé en sucre (a).

(1) Carville et Bochefontaine ont pris deux chiens qu'ils ont soumis à une abstinence rigoureuse; ils ne donnaient à l'un que de l'eau et à l'autre deux lavements de bouillon de 500 grammes par jour ; les chiens sont morts presque en même temps {Société de biologie, 181 i).

(a) Czerny et J. Latsehenberger, Phijsiologische Vntersuchungen iiber die Verdaiiung und Résorption und Dickdarm des Menschen (Arch.fùr path. anat. PlwsioL, t. IX, liv. U). V / /^ J '

{b) Voyez Maladies de l'estomac. — Leçon sur le cancer de l'estomac.

(c) Fort, Lavements alimentaires (Paris-médical, 27 mars 1879). — Dumas (de Cette), Journ. de Thérap., ÏQ mai 1879. — Thermes, Sur V alimentation par le rectum (France méd., ^ 627, i" cet. 1879).— Catilloa, Soc. de T/ze/Y/ja., juillet 1879.

pour l'action niilrilive des lavements alimentaires, puisque l'on peut leur opposer un nombre considérable d'observations d'hystériques qui, malgré une absence presque totale d'aliments pendant plusieurs mois, ont pu se maintenir sans compromettre sérieusement leur existence, et cela en ne prenant point de lavements nutritifs; Briquet, Gharcot, Mesnet, Brouardel, Joseph Michel (a), et nous-même avons observé souvent de ces faits qui démontrent, grâce aux analyses journalières des urines, que sous une influence qui nous échappe les hystériques ne désassimileiit pas.

Les expériences que j'ai faites en examinant, comme le re- Lavements

peptonisés.

commande Bouloumié, la température et la quantité d'urée sécrétée chaque jour, m'ont démontré que le seul moyen de se servir du rectum pour l'alimentation était d'employer les lavements peptonisés; mon élève, le docteur Chevalier, a d'ailleurs consigné la plupart de ces faits dans sa thèse inaugurale (b).

Le gros intestin étant incapable par lui-même de modifier soit les matières grasses, soit les matières albuminoïdes, on comprend que les lavements de bouillon, de lait ou même de sérum sanguin ou de sang de fibrine, comme le recommandent Andrew, H. Smith, ne puissent servir à la nutrition.

Il n'en est pas de même des lavements peptonisés (1), et

(1) Voici les différents modes de . ment hachée sont mélangés avec un

préparations des lavements peptoni- tiers de ce poids de pancréas frais de

ses : bœuf, débarrassé de sa graisse, et

Leube se servait du pancréas frais on verse sur le tout 200 grammes

de porc, que l'on désigne dans les d'eau tiède; le tout est réduit en

abattoirs sous le nom de sagou. consistance de soupe épaisse, que

Flint emploie le pancréas frais de l'on introduit dans le rectum,

bœuf, et voici comment il opère : Pour éviter l'action irritante que

200 à 300 grammes de viande iine- pourrait déterminer cette bouillie,

(a) Empereur, De la nutrition chez les hystériques. Thèse inaugurale.

{b) Dujardin-Beaumetz, De V alimentation par le rectum (Bull, de Tliérap., janvier 1879, p. 1 et 49, t. XCVIU). — Chevalier, De l'alimentation par le rectum (Thèse de doctorat, 1879).

Daremberg (1), par ses résultats chez l'homme, et Galillon (2), par ses recherches sur les animaux, ont montré que l'on pou-

qui contient des substances non absorbables, le professeur Mayet (de Lyon) propose la foi'mule suivante :

Il fait broyer le pancréas de bœuf avec de l'eau tiède à 37 degrés environ, dans un mortier, puis exprimer la pulpe obtenue dans un linge.

Le liquide recueilli est mélangé intimement au pilon et trituré avec de la viande maigre hachée et débarrassée de ses parties fibreuses et avec un jaune d'œuf. Le produit est laissé deux heures en le maintenant à la même température. Il est ensuite injecté dans le rectum, préalablement vidé par un lavement huileux simple.

Voici la préparation conseillée par Henninger et employée par Daremberg :

1" Introduire dans un ballon en verre ou un autre vase approprié, 500 grammes de viande aussi maigre que possible et finement hachée.

2" Verser dessus 3 litres d'eau ordinaire. 3° Ajouter 30 centimètres cubes d'acide chlorhydrique liquide, d'une densité de 1,15. L'usage de poteries à vernis plombeux et de casseroles en cuivre ou en fer étamé doit être absolument proscrit; on pourrait employer des marmites de de forme haute en fonte émaillée.

k" Ajouter ensuite 2si',5 de pepsine pure du commerce, au maximum d'activité, c'est-à-dire digérant environ 200 fois son poids de fibrine humide. 5° Faire digérer à une température de 4-5 degrés pendant vingtquatre heures, soit au bain-marie,

soit dans une étuve. 6° Transvaser dans une capsule de porcelaine, porter à l'ébullition, pendant laquelle on ajoutera une solution de carbonate de sodium, contenant 250 grammes de sel cristallisé par litre, jusqu'à ce que la solution présente une très faible réaction alcaline. Pour atteindre ce résultat, il faut ajouter J55 à 170 centimètres cubes de la solution de carbonate de sodium.

7° Passer le liquide bouillant à travers un linge fin et exprimer le résidu insoluble.

On devra concentrer le liquide au bain-marie et ramener le tout à 1500 ou 1800 centimètres cubes, dont on administrera la moitié chaque jour en un lavement.

Si on s,e sert de peptones toutes préparées, on devra, dans un verre d'eau tiède additionné de 4 à 5 gouttes de laudanum, ajouter de deux à trois cuillerées de ces peptones (a).

(1) Daremberg, dans un cas de rétrécissement organique de l'œsophage ne laissant passer aucun aliment, a fait vivre pendant quatorze mois son malade avecdes lavements peptonisés en maintenant le chiffre de l'urée de 15 à 20 grammes par jour.

Dans un cas de pharyngite ulcéreuse, il a obtenu le même résultat, et le chiffre de l'urée, de 10 grammes qu'il était avant les lavements, est monté à 17 grammes {h).

(2) Catillon prend un chien du poids de 10 kilogrammes et ne lui

-Séquard, De l' alimentât ion par le rectum {Gaz. hebd , 1879). — De V alimentation par les peptones (Gaz. hebd.). — Mayet, Des lavé-

(a) Brown- Daremberg, De V alimentation par les pepton<^o \ ments alimentaires (Gaz,, hebd., décembre 1879).

(b) Daremberg, De ralimentation par les peptones {Gaz. hebd., 1879).

yait suffire à la nutrition par des lavements de peptones. Cependant des lavements de bouillon et de lait soulagent les malades; mais ce résultat provient de ce fait que l'eau et les sels, en pénétrant dans l'économie, apaisent dans une certaine mesure la soif intense qu'éprouvent certains malades. On m'a objecté que ces sels et ces substances pouvaient être peptogènes et l'on m'a renvoyé à l'expérience de Scliiff, expérience que je vous ai déjà signalée lorsque j'ai étudié devant vous ces substances peptogènes(^). Oui, je le reconnais, les peptogènes peuvent passer et la dextrine être absorbée par le rectum, mais c'est là un bien triste avantage, véritable supplice de Tantale, de faire sécréter du suc gastrique à un estomac qui ne peut recevoir d'aliments.

Il est bien entendu que j'élimine de la question les laveinents vineux ou alcooliques; ces derniers, en effet, sont rapidement absorbés par l'intestin et peuvent, par leur action stimulante et comme médicament antidéperditeurs, jouer un certain rôle chez des malades affaiblis qui ne peuvent supporter d'aliments par l'estomac.

Ainsi donc, l'alimentation par le rectum, en dehors des peptones, est une illusion thérapeutique, et, tant qu'on ne démontrera pas que par ces lavements de bouillon ou de lait on élève la température d'une part et qu'on augmente d'autre part la quantité d'urée sécrétée en vingt-quatre heures, je me

donne pour unique nourriture, chaque ments, et au bout de quinze jours on

jour, que deux lavements composés voit le chien perdre 2'',750 de son

chacun de trois œufs, additionnés de poids et sa température s'abaisser H grammes de pepsine liquide à la ' de deux degrés; puis on lui donne

glycérine; au bout de trente-sept trois lavements de 100 grammes de

jours, le chien a conservé sa tempe- sang par jour : ces lavements ont un

rature et son poids (9'', 250), sa santé effet déplorable, la perte diminue,

paraît excellente; on cesse alors de la température s'abaisse, et l'animal

mettre de la pepsine dans les lave- succombe (a).

(a) Comptes rendus de la Société de Thérapeutique, 1879. {b} Voir Maladies de l'estomac : Des aliments complexes.

crois en droit de refuser ton te valeur nutritive à ces lavements. En un mot, les lavements de bouillon ou de lait soulagent les malades, mais ne les nourrissent pas.

D'ailleurs, messieurs, l'opinion que je soutiens a été défendue, il y a déjà bien longtemps, par un médecin qui a fait sur les lavements un des plus intéressants traités : je veux parler de Régnier de Graaf (1), qui, dès 1688, émettait des doutes nombreux sur la valeur des « clystères nourissants ».

Pardonnez-moi d'avoir insisté si longuement sur cette question de l'alimentation par le rectum ; mais, dans ces derniers temps, cette question a été vivement discutée, et j'ai voulu vous montrer que c'était avec connaissance de cause que j'avais pris parti dans cette discussion.

Mais ce n'est pas tout de savoir que les lavements peptonisés seuls peuvent servir à la nutrition, il faut que vous connaissiez comment ils doivent être préparés, et comment on peut faire supporter par la muqueuse du rectum à sécrétion alcaline des peptones qui ont toujours une réaction franchement acide. Voici comment je procède en pareil cas : Je fais d'abord précéder chaque lavement peptonisé d'un grand lavement à l'eau pour nettoyer la muqueuse rectale. Puis, je fais prendre le lavement suivant que le malade devra garder :

Dans un verre de lait additionné d'un jaune d'œuf, j'introduis deux cuillerées à dessert de peptones solides, ou bien deux cuillerées à soupe de peptones liquides, puis cinq gouttes

(1) Voici ce que dit de Graaf à ne voyons pas comment des subpropos des clystères nourrissants : stances effectivement nourrissantes « 11 faut, pour nourrir, autre chose pourraient, en quantité suffisante, et que du spiritueux ou tout autre ma- par cette voie, parvenir jusqu'au tière qui s'évapore facilement, et nous cœur (a). »

(a) R. de Graaf, Tract, de clysterlbus, La Haye, 1688. — L'Instrument de Molière, trad. 1878, p. 84..

de laudanum et enfin cinquante centigrammes de bicar- • bonate de soude si' les peptones sont acides. Vous savez, en effet, que l'on trouve aujourd'hui des peptones acides et des peptones neutres et comme, ainsi que je viens de vous le dire tout à l'heure, la sécrétion du gros intestin est alcaline, il est important que les lavements nourrissants soient neutres ou alcalins pour s'opposera l'irritation de la muqueuse intestinale, irritation qu'il est bien difficile d'éviter malgré toutes les précautions que l'on prend à cet effet lorsqu'on est forcé de prolonger pendant longtemps l'administration de ces lavements nutritifs.

Mais il est une autre condition qu'il faut remplir pour rendre absorbables les lavements nutritifs, c'est de les porter le plus haut possible dans l'intestin vous y arriverez en vous servant du procédé par l'entéroclisme. Lorsque je vous parlerai des irrigations rectales («), je vous tracerai l'histoire de celte méthode conseillée par Cantani ; il me suffit aujourd'hui

I de vous dire que le meilleur moyen de porter aussi haut que possible ces mélanges nutritifs dans l'intérieur du gros intestin,

l c'est de vous servir du tube de Debove, que vous introduisez cette fois non par la bouche mais par l'anus. Par la rigidité

i et la souplesse que présente son extrémité vous pouvez le faire pénétrer très haut dans l'intestin, et selon la hauteur que vous donnez à l'entonnoir, vous augmentez l'intensité et la force du courant.

Malgré tous les perfectionnements que l'on a apportés à l'alimentation par le rectum, il faut reconnaître que c'est là un procédé exceptionnel et qu'il est difficile de prolonger pendant longtemps.

Mais si le gros intestin ne peut suffire à une alimenta- Dcsiavem«,us tion, prolongée il faut reconnaître, au contraire, qu'il est une '"'^'dicamcn-

' toux.

(ff) Voir Leçon sur le traitement hygiénique de la constipation.

voie utile pour l'administration des médicaments. Briquet (i), puis Demarquay (2) en France, Savory (3) en Angleterre, nous ont montré la rapidité d'absorption que présente la muqueuse rectale pour certaines substances, qui peut môme,

(1) Briquet, dans un mémoire à l'Académie, a étudié l'absorption du suU'ate de quinine par le rectum.

Voici les conclusions de ce travail :

1° Le liquide qui constitue les lavements peut assez facilement aller jusque dans le cœcum, et par conséquent être en contact avec une surface absorÎDante fort étendue ;

2° La membrane muqueuse du gros intestin et les liquides qui baignent sa surface n'ont aucune action chimique sur les substances introduites dans le gros intestin, où il n'y a d'absorbé que ce qui est primitivement en dissolution ;

3° Quand on administre en lavement des sels solubles de quinine à des doses au-dessous de 1 gramme, un peu plus du tiers de la quantité administrée est éliminé et par conséquent a été absorbé ;

i° Quand on administre des doses supérieures à 1 gramme, celles-ci sont mal tolérées, et il n'y a qu'un cinquième on un sixième de la quantité administrée qui soit absorbé;

5° On n'aperçoit de traces d'élimination, et par conséquent d'absorption, qu'une heure après l'administration d'un lavement, et à ce moment l'élimination est peu considérable ;

6° La durée de l'élimination est, en général, assez courte, et ordinairement de deux à trois jours au plus;

7° La dilution plus ou moin s grande.

mais pourtant limitée à un certain degré, la nature plus ou moins visqueuse du liquide, et enfin l'addition des sels de morphine aux alcaloïdes de quinquinas ne modifient pas sensiblement l'absorption ;

8° Les jeunes gens absorbent mieux que les adultes; les vieillards de l'un et de l'autre sexe absorbent très mal ;

9° Les alcaloïdes du quinquina, administrés en lavement à des doses au-dessous de 1 gramme, peuvent rendre, par cette voie, tous les services qu'on peut attendre de ces alcaloïdes donnés à faible dose par la bouche, et peuvent très bien les remplacer;

10° Il n'en est pas de même pour les cas oii il faut des doses élevées; celles-ci ne sont jamais absorbées en assez grande quantité pour produire des effets stupéfiants, énergiques;

11° On ne peut faire généralement tolérer au gros intestin plus de 5 grammes de sulfate de quinine à la fois (a).

(2) Demarquay donnait des lavements de 200 grammes contenant 1 gramme d'iodure de potassium, et recherchait ensuite l'iode dans les liquides de l'économie. Toujours l'absorption a été plus simple par le gros intestin que par l'estomac, et au bout de cinq minutes, en moyenne, l'iode était dans la salive, après un lavement iodui'é (&).

(3) Savory a étudié sur des ani-

{a) Briquet, Bulletin de VAcadémie de médecine, t. XII, p. 237. (b) Demarquay, Recherches sur l'absorption des médicaments faites sur l'homme {Union médicale, 3" série, 1877).

sie par le rectum.

dans quelques cas, surpasser celle des médicaments donnés par la bouche.

On a même été plus loin et on a proposé de se servir du De i-anesthérectum et de la facilité de l'absorption de sa muqueuse pour pratiquer l'anesthésie. Signalée pour la première fois par Pirogoff, en 1847, l'anesthésie parle rectum a été de nouveau étudiée par Mollière (de Lyon) qui a montré tous les avantages de cette nouvelle méthode anesthésique, qui présente cependant un sérieux inconvénient, celui de ne pouvoir doser la quantité d'éther absorbé. Malgré cet inconvénient, la plupart des chirurgiens français ou étrangers qui ont expérimenté cette anesthésie par le rectum sont unanimes à reconnaître les avantages qu'elle présente lorsqu'il s'agit d'opérations portant sur la tête ou sur la trachée (1).

C'est sur cette propriété d'absorption de la muqueuse rec-

maux l'absorption de la strychnine, le cyanure de potassium, l'acide cyanhydrique, la nicotine, adminis-

" très soit par la bouche, soit par- le rectum. Voici les conclusions de son

6 travail :

\ 1° La strychnine en solution a une action plus rapide par le rectum que par l'estomac; le cyanure de potassium et l'acide cyanhydrique agissent avec la même activité par les deux voies; la nicotine est plus active par l'estomac; 2° La présence d'aliments dans

i l'estomac ne modifie en rien l'énergie ni la rapidité d'action de la strychnine ; 3° Si l'on donne la strychnine en

ii poudre, elle est absorbée mieux et

' plus vite par l'estomac (a).

(1) Voici d'ailleurs comment on procède pour pratiquer l'anesthésie

(a) Savory, The Lancef, mars 1864.

par la voie rectale. On introduit de quelques centimètres dans l'anus un tube gros comme le petit doigt et qui est mis en communication avec un flacon gradué contenant de l'élher, ce flacon est plongé dans de l'eau maintenue à 50".

Pirogoff a le premier eu l'idée, en 1847, de l'éthérisation par le rectum. Mollière (de Lyon) a proposé de nouveau ce moyen qui consiste à introduire des vapeurs d'éther dans le rectum. Ce procédé a eu ses partisans et ses détracteurs. Comte condamne le procédé parce qu'il ne permet pas de doser la quantité d'éther administrée. Starcke et Bœckel le considèrent comme très avantageux pour les opéi'alions qui portent sur la tête el sur les yeux.

Wanscher considère ce procédé d'éthérisation par la voie rectale

Couche musculeuse de

taie que sont basés deux modes d'administration des médicaments : les lavements médicamenteux, et les suppositoires, agents thérapeutiques excellents et fort employés. Déjà je vous ai parlé, à propos du chloral, des avantages que présente son administration par le rectum ; vous verrez, par la suite de ces leçons, que d'autres médicaments sont aussi fort utilement administrés par cette voie. Quant aux suppositoires, ils nous rendent journellement, surtout ceux à base d'opium et de belladone, d'excellents services (1).

Mais jusqu'ici nous n'avons étudié que la muqueuse intesl'intestin. Unalc. N'oubllous pas que ce n'est là qu'une tunique de cet intestin : il possède aussi une couche musculeuse (2), qui

qu'il a pratiquée sur viiigl-deux dicamenteuses. L'un des plus era-

sujets comme excellent. Delore (de ployés est le suivant :

Lvon) partage le même avis et consi- „ . „ . „ „„

,r ,, ,f, ■ 1 . ^1 Extrait d'opium 0.02 centigr.

dere lanesthesie par la voie rectale „ , ., , ', ,, , ^ ,,,

r Extrait de belladone. U.Ol —

comme une véritable conquête de la gg^,,^,^ ^^^ ^^^.^^ 5 grammes.

chirurgie moderne. Poncet (de Lyon)

Persil, Pierson et Bradschaw, enfin Pour un suppositoire.

John S. Miller ont tiré de bons effets Pour rendre la pâte plus homo-

de cette méthode (a). gène, Berquier a proposé de les

(1) Les suppositoires ontpour base fondre dans un moule spécial (b).

un corps gras et le plus souvent le (2) La tunique musculeuse de l'in-

beurre de cacao; leur poids varie testin se compose de deux plans :

entre 5 et 7 grammes, et l'on y in- l'un superficiel est constitué par les

troduit les diverses substances mé- fibres longitudinales, l'autre profond

{a) Pirogoff, Recherches pratiques et physiologiques sur Vélhérisation. St-Péters-

bourg, 184.7. — Comte, Ethérisation jmr la voie rectale {Revue médicale de la

Suisse romande, IV, 409, juillet 1884). — Starcke, jEthernakose per Rectum nach

Pirogoff {Berli7ier klinische Wochenschrift, n° 28, p. 433, 14 juillet 1884). — Bœckel,

Ethérisation rectale (Gaz. méd. de Strasbourg, n° 6, 1884). — Wanscher, De Vanes-

thésie chirurgicale par les injections rectales de vapeur d'éther {Courrier méd.,

24 juin 1884). — Delore, Ethérisation par la voie rectale {Journ. de méd. de

Paris, n° 16, 1884). —Dubois, Note surVanesthésie parle rectum {Bull, de la Soc

debiol., 10 mai 1884). — Reverdin, Note sur un nouveau procédé d' anest liés ie par

Véther {Revue médicale de la Suisse romande, n" 6, 1884). — Molliôre, De l'anes'-

thésie par le rectum {Lyon médical, 1883, 1884). — Poncet, A propos de l'anesthé-

sie rectale {Lyon médical, 22 juin 1884). — Persli, Ethérisation by the rectum

{The Med. Neivs, 12 juillet 1884). — Pierson et Bradshaw, A trial of rectal anœs-

■ thesia{The Med. News, 19 juillet 1884). — John S. Sliller, Ethérisation by the

rectum {Pliilad. County Med. Soc, 19 juillet 1884).

{b) Herquier, Sur les suppositoires {Répertoire de pharmacie, 1879, p. 593).

Système

DE L'IlNTESTIN AU POINT DE VUE THERAPEUTIQUE. 637

joue un rôle important dans les fonctions intestinales; c'est elle qui produit les mouvements péristal tiques dont est animée la masse intestinale, mouvements incoiscients à l'état normal, mais pouvant, à l'état pathologique, devenir douloureux et constituer ainsi ce que nous appelons des coliques. Legros et Onimus (b) nous ont donné une bonne étude de cette locomotion intestinale.

Les mouvements intestinaux sont sous la dépendance du système nerveux ; mais notons cependant que la température et surtout la circulation ont sur eux une influence marquée. Horvath (de Kiew) (c) a montré, en effet, que chez les animaux, une température au-dessous de iO° paralysait les mouvements intestinaux et que ces derniers étaient d'autant plus intenses que la circulation intestinale était plus active. Le système nerveux intestinal est des plus complexes, ner^

ine;tin;il.

L'mtestm reçoit non seulement des filets du pneumogastrique, mais encore des filets du grand sympathique et de la moelle lombaire. Ces nerfs se rendent à deux plexus : l'un placé sous la couche sous-muqueuse, c'est le plexus de Meissner; l'autre entre les couches musculaires, c'est le plexus d'Auerbach; puis ils fournissent des branches aux muscler, aux glandes, aux vaisseaux.

Quelques-unes de ces branches président aux mouvements

est formé par des fibres circulaires; gitudinales qui partent toutes de

ce dernier est de deux ou trois fois l'appendice vermiforme, et ici c'est

plus épais que le plan superficiel. la couche la plus épaisse, tandis

Dans le gros intestin, la couche qu'au contraire les fibres circulaires

des fibres longitudinales ne forme 'sont tellement minces, qu'elles ont

pas une enveloppe complète à l'in- été niées par un certain nombre

testin et constitue trois bandes Ion- d'auteurs (a).

(a) Sappey, Traité d'anatomle descriptive.

(b) Legros et Onimus, Recherches expérimentales sur les mouvements des intestins {Journal de Robin, 1866, p. 187).

(c) Alexis Horvath, Ziir Physioloqie der D armer regiincjen (Centralbl., 1872, n^s 33, iO, 41 et 42). ' ' ■

l'iitriditd intestinale.

péristaltiques; d'autres branches ont sous leur dépendance la sécrétion intestinales. Déjà Moreau nous avait montré qu'il suffisait de sectionner tous les nerfs qui se rendent à ■ une anse intestinale pour voir s'y accumuler une quantité notable de liquide; mais c'est à Vulpian que l'on doit l'étude la plus complète sur l'action du système nerveux sur la sécrétion intestinale; il a mis en lumière ce fait important que la sécrétion et la circulation intestinales étaient non seulement sous la dépendance des systèmes ganglionnaire et médullaire, mais encore que certaines parties des centres nerveux encéphaliques avaient une influence marquée sur ces fonctions de l'intestin.

L'intestin est de plus le siège de phénomènes très importants et sur lesquels de nombreux travaux de physiologie ont appelé récemment l'attention, je veux parler des phénomènes de putréfaction intestinale et de la pénétration des substances toxiques qui en résulte dans l'économie.

Il est aujourd'hui démontré que les matières fécales contiennent des substances toxiques que Bouchard, en 1882, a l'un des premiers isolées (1). Ces substances toxiques ont la réaction des alcaloïdes et appartiennent à ce grand groupe des ptomaïnes de Selmi et des leucomaïnes de Gautier.

Les matières fécales contiennent de plus des produits tels que l'indol, le phénol, le skatol (2) qui résultent de la putréfaction des substances animales. Elles contiennent en outre

(1) Bouchard a trouvé des alcaloï- matières fécales des alcaloïdes

des dans les matières fécales, enl882, toxiques (a).

ces alcaloïdes seraient multiples. Les (^) On trouve dans les matières

uns seraient solubles dans l'éther. fécales des substances qui résultent

les autres insolubles. Ces alcaloïdes de la putréfaction, ce sont l'indol, le

sont éminemment toxiques. phénol et le skatol.

En 1883, Arnold a aussi retiré des L'indol est une substance qui

(a) Bouchard, .Soc. de biol., 3 août 1882. — Arnold, Ptomaine und Ptomaine œhnlische Substanzen {Arch. f. Pharmacie, 1883).

de la leucine et de la lyrosine qui proviennent de l'action du pancréas sur la pepsine et enfin tous les dérivés, tels que la stercorine, l'excrétinc, etc., qui sont dus à des décompositions successives de la bile. Mais de ces substances les plus importantes de beaucoup sont les premières à cause de leur extrême toxicité. Ces alcaloïdes ont une triple origine, ils proviennent soit de la putréfaction des substances animales, soit de modications apportées dans la constitution des peptones, soit enfin de la présence des bactéries et des microorganismes, qui sont d'autant. plus nombreux que l'on se rapproche davantage de l'anus, comme l'ont montré les curieuses expériences de Miquel et de Marié-Davy (i). Examinons chacun de ces points : je n'insisterai pas sur le

Micro-organismes intestinaux.

SOUS l'influence 'lu chlore prend une coloration rosée. Tiedmann et Gmeling l'ont signalé en 1826 dans les matières contenues dans le duodénum, Claude Bernard l'a constaté dans le pancréas. Kuhne montre que c'est un produit de la putréfaction et, en 1878, Piadziejewski démontre que l'indol est un élément constant des selles. On a émis deux opinions sur l'origine de cet indol dans l'intestin. Hoppe-Seyler et Salkowski soutiennent qu'il est dû à l'activité du suc pancréatique pur. Kuhne, Neneki, Brieger, Hufner, prétendent que l'indol est le résultat de l'activité des bactériens du tube digestif.

Cet indol passe dans les urines sous une forme spéciale décrite sous le nom d'indican.En effet Jaffé, en 1872, a démontré que l'indican urinaire est augmenté à la suite des injections sous-cutanées d'indol et il parait démontré que cet indican urinaire exprime l'indol absorbé dans l'intestin et oxydé dans son passage dans le sang.

Quant au phénol, c'est Baumann qui le premier l'a trouvé dans les selles, on le trouve aussi dans les urines, comme l'ont montré les recherches de Stœdeler (a).

(1) Miquel et Marié-Davy ont recherché la présence des micro-orga-

(a) Tiedmann et Gmeling, Recherches sur la digestion (îr&d., 1828). — Claude Bernard, Mémoire sur le pancréas, iS5C); Leçons sur les principaux liquides de l'économie. — Kuhne, Erfahrungen und Bemerhungen ûher Euztjme iind Fermente, 1877; Untersuchungen aus dem physiologischen InstitiUe der Universitàt Heidelherg, I. — Radziejewski, Zur physiologischen Wirkung der Alfûhrmitlel [Arch. f. Anatomie, 1870). — Hoppe-Seyler, Ueber Gdhrungs Prozesse {Z. fur physiologische Chemie). — Salkowski, Ueber Bildung, des Indols im Thierkôrper {B. der deutsch. chemischen Gesellschaft). — ■ ISeneki, Zur Kenntniss der S/catolbildung [Z. /'. physiologische Chemie, 10 juillet 1880); Ueber Indol ausEiweiss (B. der

premier, car je vous ai déjà montré l'influence de la putréfaction sur la production de ces alcaloïdes (a).

Le second point est des plus intéressants, et c'est à Tanret que revient le mérite de l'avoir signalé, en 1881, en nous montrant qu'il suffisait de mettre une substance alcaline en présence des peptones pour obtenir un corps ayant la réaction des alcaloïdes. Depuis, Brieger (1) a aussi obtenu des

nismes dans les différentes parties de l'économie et voici comment ils ont procédé dans leurs expériences.

On chloroforme des cobayes et on les autopsie vivants avec des instruments plongés au préalable dans un bain de glycérine chauffée à 140°; puis, avec des stylets d'argent passés dans la flamme d'un bec de Bunsen, on prenait une certaine quantité de mucus, que l'on plaçait dans des conserves de liquides nutritifs altérables, et l'on observait s'il se développait des bactéries.

D'après ces expériences, on ne trouverait des bactéries que dans le poumon et dans l'intestin. Dans l'intestin, l'altération des bains de culture a été d'autant plus prompte, que la portion mise en expérience était plus proche de l'ouverture anale {b).

(1) Tanret a montré que les peptones se transformaient en alcaloïdes ; il suffit pour cela de traiter de la

peptone par des carbonates neutres ou de la potasse caustique et d'ajouter de l'éther. Celui-ci dissout une petite, quantité de liquide volatil à réaction alcaline qui présente tous les caractères des alcaloïdes. Si on laisse putréfier les mêmes peptones, il se forme de plus une quantité notable d'un alcaloïde non volatil.

Pour Tanret ces alcaloïdes ne se trouvent pas tout formés dans les peptones, mais s'y produisent par l'action des alcalis.

En 1883, Brieger a aussi retiré de ces peptones des alcaloïdes. Il fait agir du suc gastrique sur 200 grammes de fibrine, il évapore jusque consistance sirupeuse et fait agir l'alcool amylique et butylique; il obtient ainsi un corps amorphe qui a les réactions des alcaloïdes, qui tue une grenouille à la dose de 5 à 10 centigrammes et de 1 gramme pour un lapin (C).

deiitschen chemischen Gesellschaft, 1875). — Brieger, Zur Kenntniss der Faulnlssalkaloïde {Z. f. plujsiologlsche Chemie, VIII, t883). — Huefner, Untersuchungen liber ungefornite Fermente (Journal f. praktische Chemie, N. F. V, 2, 1881). — Jaffé, Centralbl. fur Med., 1872. — Baumanii, Beitràge zur Kenntniss der aromatischen Suhslanzen {Z. fur physiologische Chemie, I, 1877). — btaedeler, Annalen der Chemie und Pharmacie, XC.

(a) Voir Leçon sur la dyspepsie putride.

(b) Marié Davy. Annuaire de l'observatoire de Montsouris, 1882, p. 494'.

(c) Tanret, Peptones et Alcaloïdes {Comptes rendus de V Académie des sciences, 1881). — Brieger, Zur Kenntniss der aromatischen Substamen {Z. fïir physiologische Chemie, VUI, 1883).

alcaloïdes toxiques en faisant agir le suc gastrique sur la fibrine. Ainsi donc à l'état physiologique, dès que les peplones passentde l'estomac dans l'intestin, elles y subissent des modifications qui transforment certains de leurs éléments en ptomaïnes ou leucomaïnes.

Enfin les micro-organismes contenus en si grand nombre ^'^ôic dis

"^ micro-oi'ga-

dans les matières fécales jouent un rôle non douteux sur la '"s'ï'es

intestinaux.

production de ces alcaloïdes. A l'axiome formulé par Bouley (( Toute maladie virtdente est fonction de microbe », on a ajouté le suivant : « Les alcaloïdes organiques sont fonctions de microbes », et l'on a prétendu que c'était en développant ces alcaloïdes que ces microbesjouissaient de propriétés toxiques.

Il manque à cette affirmation une démonstration scientifique complète, mais ce que je puis vous dire, c'est que ces micro-organismes sont en grand nombre dans notre tube digestif et ils sont puisés à plusieurs sources. Ils peuvent provenir des aliments que nous absorbons, de l'air que nous respirons et qui renferme, comme vous pourrez le voir par la suite, un nombre prodigieux de ces micro-organismes, enfin de l'eau que nous buvons, et les recherches de Proust à cet égard sont des plus démonstratives (1).

Ainsi donc, comme vous le voyez, à l'état physiologique et normal, l'intestin renferme une certaine quantité de produits toxiques, mais ces substances n'influent pas d'une façon fâcheuse sur l'économie, grâce à leur sortie journalière

(1) Proust et Henri Fauvel, par le Eaux. Colonies

procédé de culture par la gélatine, ' P*^' ont étudié le développement des

proto -organismes qui se dévelop- Eau de la Vanne 1 1 .000

peut dans les eaux potables et en Eau de la Vanne^ ayant se- ^^ ^^^

particulier dans les eaux du dépar- journe ans un leservon . . . '

' ^ , , „ . <,,•,, Eau du canal de 1 Ourcq 8.0UU

tement de la Semé; a laide de Eau de l'hôpital Lariboisière.. 9.000 lameHes quadrillées ayant deux milli- j.^^ ^^ i^^ 5ei„e prise à Saintmètres de côté, ils ont pumesurer le Ouen, route de la Révolte. . 20.000 nombre de colonies de culture et Eau de la Seine prise à Clichy voici àquels chiffres il sont arrivés : eu amont du collecteur 116.000

CLINIQUE THÉRAP., 4° édit. I- — '^'^

6/i2 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

par les garde-robes, ou bien grâce à leur élimination par les différents émonctoires et en particulier par les urines. Mais qu'une circonstance fâcheuse vienne à troubler ces fonctions harmoniques et nous verrons alors survenir une série de symptômes qui résulteront de l'empoisonnement déterminé par ces alcaloïdes toxiques. Ces circonstances fâcheuses seront produites soit par un trouble apporté au fonctionnement du tube digestif, soit par la pénétration d'une trop grande quantité de micro-organismes infectieux, soit par la non-élimination de ces substances (1).

Comme vous le voyez, messieurs, il découle de tous ces

Eau de la Seine prise à Clichy en aval du collecteur Si^.OOO

•Eau de Seine prise à Saint- Denis à l'amont de la prise d'eau 40.000

Eau de Seine prise à Saint- Denis à l'aval de l'égout départemental 48. 000

Un habitant de Paris buvant un verre d'eau de la Vanne (en supposant que le verre contienne 250 centimètres cubes d'eau) absorbera 2 750 000 colonies ; un habitant de Clichy, à l'aval du collecteur, absorbera dans un verre de même capacité 60 500 000 colonies (a).

(1) Humbert, en 1873, avait appelé l'attention déjà sur les septicémies intestinales, mais à ce moment on ne connaissait ni l'existence des microbes, ni celle des ptomaïnes intestinales. Humbert divise ces septicémies en deux groupes suivant

qu'il y a ou non rétention de matières dans l'intestin.

Dans le premier groupe il place la constipation, l'étranglement intestinal et l'embarras gastrique; dans le second la fièvre typhoïde, les suppurations de la bouche et du pharynx.

Bouchard considère les poisons intestinaux comme étant la cause principale des accidents urémiques.

L'accumulation de quantités considérables de ptomaïnes dans le sang proviendrait des quatre conditions suivantes :

1° Défaut d'élimination par les reins ;

2° Défaut de destruction par le foie ;

3° Excès d'absorption au niveau de l'intestin;

4° Excès de production au même niveau (b).

(a) Proust, Académie de médecine. Séance du 21 octobre 1884.

(b) Humbert, Des septicémies intestinales. Th. de Paris, 1873. — Bouchard, Du rôle pathogénétique de la dilatation de l'estomac (Soc. méd. des hôp., juin 1884). — Comby, Du rôle pathogénique des alcaloïdes qui se forment dans le tube digestif {Progrès médical, 31 mai 1884). — Netter, Des poisons chimiques qui apparaissent dans les matières organiques en décomposition et des maladies qu'ils peuvent provoquer [Arch. gén. de méd., septembre et octobre 1884, p. 447).

faits des conséquences cliniques très importantes et sur lesquelles je ne saurais trop appeler votre attention, mais il en découle aussi des conséquences thérapeutiques qui portent sur la nécessité de régler ou d'arrêter ces phénomènes putrides intestinaux. Nous pouvons y parvenir soit par l'intro- Médication

, -. . ■,,. . antiseptique

duction directe de meuicaments par 1 intestin, soit par leur intestinale, administration par la bouche.

Les premiers sont les lavements antiseptiques et nous verrons leur application surtout à propos du traitement de la fièvre typhoïde («). Les seconds constituent ce que l'on peut appeler la médication antiseptique intestinale, et c'est ainsi que l'on a conseillé les sels de bismuth à haute dose, la poudre de charbon, l'acide phénique, l'iodoforme surtout dont Bouchard a vanté les propriétés antiseptiques, et enfin le sulfure de carbone, que j'ai préconisé.Ge dernier médicament me paraît bien supérieur à l'iodoforme qui détermine toujours, même à faible dose, une irritation marquée du tube digestif. Je me sers, bien entendu, de l'eau chargée de sulfure de carbone, l'eau à laquelle, comme je vous l'ai déjà dit, j'ai donné le nom d'eau sulfocarbonée (h). Cette eau sulfocarbonée n'a aucune propriété toxique et à la dose de quatre à huit cuillerées par jour, elle amène la désinfection presque complète des 2farde-robes. Nous reviendrons d'ailleurs sur tous les détails de cette médication antiseptique intestinale, lorsque je vous parlerai du traitement des maladies infectieuses, et en particulier de celui de la fièvre typhoïde.

J'en ai fini, messieurs, avec ces très courtes considérations anatomiques, physiologiques et cliniques; je vais aborder maintenant la thérapeutique des maladies de l'intestin et je me propose de la limiter à l'étude presque exclusive du trai-

(«) Voir t. III, Traitement des fièvres. Leçon sur la fièvre typhoïde.

(b) Ckiandi-Bey, Sur les propriétés antiseptiques du sulfure de carbone (Comptes rend. Acad. des se, t. XGIX, no 12, 1884, p. 509). -r- Sapelier, Sur les propriétés physiologiques thérapeutiques toxiques du suif, de carb. Th. de Paris, 1885.

6il

tement de deux grands symptômes que vous aurez à combattre bien des fois : la constipation et la diarrhée. Dans la prochaine leçon, nous étudierons, à ce point de vue, le premier de ces symptômes.

(a) Moreau, Expériences sur la section des nerfs d'une anse intestinale, in Mémoires de physiologie, 1877.

DEUXIEME LEÇON

Sommaire. — De la constipation, définition. — Marche du bol alimentaire.

— Calculs intestinaux. — Défécation. — Des matières fécales, leur composition. — Dangers de la constipation. — Traitement hygiénique de la constipation. — Influence de l'alimentation.— Du régime herbacé. — Des fruits. — Des boissons. — De l'eau. — Du climat. — De l'exercice.

— De la gymnastique. — De l'habitude. — Des influences morales. — De l'hydrothérapie. — Des applications d'eau froide.. — Des douches. — Du lavement, son histoire, son origine. — Modifications dans l'instrument.

— Siècle des lavements. — Action des lavements, leurs avantages, leurs inconvénients.

La constipation, messieurs, est caractérisée par la rareté r>o

11 IV p/-» 1 • ■> nr 1 I ' I '^ constipation.

absolue ou 1 msutiisance des matières tecales, et la sécheresse et la dureté des matières expulsées. Dans cette étude, je laisserai de côté lasymptomatologie elle diagnostic de la constipation, mais j'insisterai sur la pathogénie et l'étiologie, et Patiiogoniccela parce que ces deux parties de notre sujet ressortent plus spécialement de la thérapeutique ; car le vieil adage : Suhlata causa, tolUlur effectus est ici un des plus applicables. Mais, pour bien connaître cette pathogénie et cette étiologie, il faut recourir à la physiologie et avoir une notion exacte de la marche du bol ahmentaire et des modifications qu'il subit dans l'intestin ; ce qui me permettra de compléter ainsi les quelques indications que je vous ai déjà données dans la précédente leçon.

Le bol alimentaire, après avoir subi dans l'estomac l'im- -^'■^''^''e ''» i^»'

alimentaire.

prégnation du suc gastrique et après que les matières albuminoïdes ont été transformées en peptones, passe dans l'intestin. Là, le milieu change; il était acide, il devient alcalin au

niveau de l'ampoule de Waters, et cette alcalinité est due à l'action de la bile versée en ce point dans l'intestin; puis le bol alimentaire, grâce à la lubréfaction des parois intestinales, grâce aux mouvements incessants de l'intestin, descend peu à peu jusqu'à la valvule de Bauhin, qu'il franchit, et pénètre dans le grosintestin.

C'est là, comme le fait remarquer Spring, que commence la capropoièse, c'est-à-dire c'est là que commence la formation des matières fécales proprement dites qui se mouleront sur les parois de l'intestin de façon à reproduire, comme chez certains animaux, la forme même de cet intestin (1).

Au moment où le bol ahmentaire à franchi la valvule iléocsecale, il pénètre dans un diverticulumdu gros intestin qui, s'il ne joue pas un rôle important dans la digestion, du moins chez l'homme, offre cependant au point de vue de la constipa- Du cœeum. tiou uu grand intérêt, je veux parler du caîcum. Les matières peuvent en effet s'y accumuler et si la contractilité musculaire de ce réservoir s'affaiblit, on comprend que leur présence puisse déterminer des inflammations graves que l'on décrit, comme vous le savez, sous le nom de typhlite et de pérityphlite.

Cette accumulation de matières fécales dans le cœcum présente encore cet autre caractère, c'est que, grâce à la position déclive de ce réservoir placé au-dessous de l'embouchure de l'intestin grêle, le séjour prolongé de ces matières peut se produire sans constipation; puisque les liquides constam-

(I) En Angleterre, dans les terrains des empreintes à spirales, ce qui a

jurassiques, à Lyme-Regis, on a permis d'établir la structure et la

trouvé des coprolithes de l'ichtyo- forme du tube digestif de cet animal

saure; ces coprolithes présentaient antédiluvien (a).

(a) Buckland, On the Discovery of Coprolites, or Fossil Fœces, in the Lias at Lyme-Regis and other Formations {Transact. of the Geological Society, 1829, new séries III, p. 224-).

ment fournis par l'intestin grêle trouvent une voie libre dans le gros intestin.

C'est aussi surtout dans le gros intestin que se remarquent les calculs intestinaux (1) ; ces derniers, rares, il est vrai, chez l'homme, où Laboulbène {a) les a fort bien étudiés (2)?

Calculs intestinaux.

(1) Les calculs intestinaux qu'ont rencontre chez les animaux, principalement les ruminants et les solipèdes, ont été appelés bézoards.

Les bézoards étaient considérés comme possédant de grandes vertus médicinales ; on en distinguait de deux espèces :les uns dits orientaux, provenaient de l'estomac de la chèvre ou de celui de la gazelle ; les bézoards dits occidentaux, étaient apportés d'Amérique et se trouvaient dans l'estomac des lamas. Enfin, sous le nom de bézoards a Allemagne, on désignait ceux que l'on rencontre dans l'estomac des chevaux et des bœufs.

Chez ces animaux, les poils sont souvent le point de départ de ces corps étrangers auxquels on donne le nom à'égagropiles. Tous ces corps ont été analysés et sont constitués presque exclusivement par des phosphates et des carbonates calcaires.

L'ambre gris serait aussi une con-

crétion intestinale qu'on trouve dans les cachalots.

Chez le cheval, ces concrétions sont considérables; elles peuvent atteindre 7 kilogrammes.

Bouley a présenté récemment à l'Académie un calcul intestinal trouvé chez un cheval et ne pesant pas moins de 2 870; pour Colin, ces calculs ne se développeraient que dans une seule région de l'intestin appelée diaphrafimatique ou gastro-diaphragmatique, et pourraient séjourner dans ces dilatations sans y produire d'accidents (Académie de médecine, séances de septembre et octobre 1878) (b).

(2) Chez l'homme, les concrétions de l'intestin ont pourpoint de départ souvent un corps étranger, comme un noyau de fruit, un pépin, un calcul biliaire; ils sont constitués soit par des carbonates ou phosphates calcaires, ou bien encore par des substances grasses. Quelquefois, ces

(a) Laboulbène, Sur les sables intestinaux (Bulletin de VAcadémie de médecine, -2^ série, t. II, p. 1383, 1873); Arch. gén. de médecine, 6^ série, t. XXH, p. 641, 1873, et Anatomie patholog., 1878.

(b) Laugier, Mém. sur les concrétions qui se forment dans le corps humain, 1825. — Brande, On the Bad Effecti of the Incautions Use of Magnesia (/. of the Royal Institution, 1816, t. I). — Bérard, Cours de physiologie. — Cloquet, Mém. sur les concrétions intestinales, 1855. — Douglas Maclagen, On the Constitution of Intestinal Concrétions [London and Edinburg 3Iont'lily), Journal of Médical Science, 1841. — Jager, Uber dei Darmsteine der Menschen und der Thiere, Berlin, 1834. — Caventou et Columbat de Chaumont, Béward humain (Arch. gén. de médecine, <8'28, t. XII). — Lassaigne, J. de chimie médicale, 1825. — Vauquelin, Sur la formation des bézoards (Ann. de chimie, 1812, t. LXXXIII). — Fourcroy et Vauquelin, Mém. sur les caractères distinctifs des différents matériaux qui forment les calculs, les bézoards et les diverses concrétions des animaux [Ann. du Muséum dliistoire naturelle, 1804). — Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et Vanatomie comparée des hommes et des animaux, 1862.

De

la défécation.

Des matières fécales.

618 LEÇONS DE CLIlXIOUE THÉRAPEUTIQUE.

sont fréquents chez les animaux, tels que le cheval, par exemple.

Poussées ensuite par les mouvements péristaltiques du gros intestin, les matières fécales parcourent l'intestin en se desséchant, séjournent quelque temps dans l'S iliaque, puis descendent dans le rectum. Par leur présence en ce point, elles déterminent du côté de l'anus cette sensation spéciale qui amène bientôt un syndrome complexe qui permet à l'anus des'entr'ouvrir, et qui fait agir simultanément tous les muscles qui concourent à la presse abdominale, en même temps qu'il augmente les contractions de l'extrémité inférieure du gros intestin ; les matières fécales sont ainsi expulsées au dehors par l'acte de la défécation.

O'Beirn, de Dublin, avait soutenu que les matières fécales s'arrêtent toujours à l'S iliaque et ne séjournent pas dans le rectum, c'est là une erreur, et il suffit de toucher une femme pour savoir combien souvent, au contraire, on trouve accumulées dans l'extrémité inférieure du rectum des matières fécales soulevant plus ou moins la face postérieure du vagin.

Qu'est-ce que ces matières fécales? Ce sont les résidus des aliments; elles sont composées en grande partie des substances qui n'ont pas été utilisées par la nutrition; vous y trouverez surtout de la cellulose des végétaux et de la substance cartilagineuse, du tissu épidermique et des graisses provenant des substances animales. Il fut même une époque

corps étrangers forment un véritnble sable appelé sable intestinal, et qui est constitué surtout par des parties siliceuses entourées de phosphates ammoniaco-magnésiens. Ce sable intestinal résulte d'une alimentation presque exclusivement végétale. L'un des calculs intestinaux, le plus volu-

mineux de l'homme, a été observé par Huss et Mossonder ; son diamètre était de 16 centimètres. Enfin, on peut trouver dans l'intestin de l'homme des calculs fournis par la magnésie : Brande, Simon, Bérard, Cloquet, et plus récemment Blondeau en ont observé des exemples (a).

(a) Blondeau, Sur vm calcul intestinal {Société de Tliérap., 1879).

OÙ l'on a employé en thérapeutique un de ces produits, véritable résidu fécal, je veux parler de V album grœcum (1).

La quantité de ces matières est variable et dépend, comme je vous ai montré dans mes leçons sur l'alimentation, du régime auquel l'homme est soumis (5). Elles ont une réaction alcaline, et leur couleur, comme leur odeur, dépend en grande partie des modifications subies par la bile versée dans l'intestin (3) ; on liouve, en effet, dans les matières fécales tous les corps qui dérivent des éléments biliaires, acides cholinique, fellinique, dyslysine.(4), excréline (5), etc. Elles

(1) On donne le nom A' album grœcum à des excréments blancs et friables provenant de chiens nourris exclusivement d'os de mouton et que l'on privait de boisson. Ce médicament, qui était admis parl'ancien Codex, n'est plus employé de nos jours ; on en fait usage contre la dysenterie et dans les maladies de la gorge. Guyton-Morveau l'a vanté dans les affections du gosier.

On a même été plus loin, et, îous le nom d'album nigrum, on a donné des crottes de souris et de rats à des malades, et les médecins qui prescrivaient ces sortes de médicaments avaient pris un surnom spécial : on les appelait médecins stercoraires.

(2) Wehsarg, qui a fait une étude toute particulière des fèces, a montré que chez l'homme, la quantité totale des excréments rendus journellement variait entre 67 et 306 grammes et était en moyenne de 131 grammes; les matières solides contenues dans ces fèces ont varié entre [() et 57

grammes, en moyenne 30 grammes.

Quant à la quantité de substance alimentaire non digérée, la plus forte a été de 8 grammes par jour et la plus faible de 0,8 (a).

(3) Valentien (de Berne), a montré que le précipité, fourni par la bile del'homme en décomposition, répand l'odeur des matières fécales; cependant, il faut reconnaître que l'alimentation a aussi une influence sur cette odeur {b).

(i) L'acide choléique ou taarocholique donne lieu en se décomposant, à la taurine et à de l'acide cholalique, qui lui-même donne lieu à une substance neutre : la dyslysine. qui a été découverte par Berzélius.

(5) Marcet a trouvé dans les matières fécales de l'homme une substance spéciale qu'il a décrite sous le nom A'excrétiiie. Cette substance, qui aurait pour formule C'*Ii'''^S'0'-, proviendrait de la décomposition de la taurine (c).

(a) Wehsarg, Mikroshopische imd chemische Untersucliiuujen der Fœces gesunder

erwachsener Menschen. Gicssen, 1853.

{b) Valentin, Lelirbuch der Physiologie des Menschen, 18-17, t. I, p. 369, (c) Marcet, An Account of the Organic Chemical Constituans on immédiate

Prineiples of the Excréments of Man and Animais {Philos. Trans., 1854, p. 265).

Des causes

de

!a constipation.

contiennent aussi, comme nous l'avons vu dans la dernière leçon, des produits de putréfaction, tels que l'indol, le skatol, le phénol, etc.; puis des micro-organismes (1), et enfin des ptomaïnes etleucomaïnes.

Voyons, maintenant que nous sommes fixés sur la marche et la nature dii bol alimentaire arrivé à l'extrémité inférieure du tube digestif, voyons quelle est la pathogénie de la constipation.

La rareté des garde-robes reconnaît dilFérentes causes (2) :

(1) D'après Netter, Leeuwenhœck, aurait signalé des micro-organismes dans les matières fécales, il les avait observé sous deux états : état corpusculaire et état d'anguillules. Frerichs décrit cinq formes de champignons dans le tube digestif. Ce sont :

1° L'algue buccale; % la levure de bière; 3" un champignon à mycélium ; 5° les pustulaires et en particulier le cryptococcus guttulatus; 5°les sarcines. Nothnagel décrit aussi cinq espèces:

i" Bactéries arrondies et bâtonnets. Chaque selle en renferme des centaines de millions. Les bâtonnets sont plus abondants dans les selles liquides, les coccos dans les consistantes. Les coccos peuvent être disposés en chapelets ou agglutinés dans une gangue gélatineuse;

2° Bacillus subtilis deCohn;

3° Le saccharomyces, champignon de la levure ;

A° Clostridium, organisme en bâ-

tonnet elliptique ou en losange, se colorant en bleu par l'iode, et qui rappelle le ferment butyrique de Prasmowsky;

5° Organisme plus petit, se colorant également par l'iode et qui est peut-être le mycoderma pasteurianum.

Tout récemment M. Stahl a annoncé au Congrès des médecins allemands avoir pu constater et cultiver 25 espèces de bactéries normalement présentes dans le tube digestif (a).

(2) Voici les diverses divisions proposées pour la constipation. — Piorry admet trois espèces de constipation : l'une, de cause alimentaire, c'est la stercoreniérectasie; la seconde résulte de la difficulté des selles par un obstacle mécanique, c'est la dyscoprotie; enfin, la troisième résulterait de la paralysie de l'intestin, c'est la rectonervie.

Colomb divise la constipation en trois groupes : dans le premier se rangent les causes qui ont leur

(a) Netter, Des poisons chimiques qui apparaissent dans les matières organiques en voie de décomposition (Archiv. gén. de médecine, sept, et oct. 1884). — Leeuwenhœck, Anatomia seu interiora rerum tum animatorum tum inanimatorum (Lettre à lloocke, p. 321, Leyden, 1787).— Frerichs, Verdauung in Handworterbuch des Physiologie von Wagner. — Nothnagel, Ueber die im normalen Darmenflœrungen vorkommenden niedersten pflànzlischen Organismen.{Zeitschrift fur klinische Mediùn, 1881, III).

do Elle peut résulter d'un obstacle mécanique, qui empêche le bol de parcourir sa route; c'est la constipation par obstacle mécanique; j'y consacrerai une leçon spéciale;

2" Dans d'autres cas, la constipation est de cause alimentaire; déjà, dans les leçons sur les aliments et le régime, j'ai longuement insisté sur les faits de Voit («), qui montre que la quantité des matières varie suivant l'alimentation, et que plus les substances inutiles à la nutrition sont prédominantes, plus les fèces sont considérables, et que, réciproquement plus les substances sont assimilables, moins abondantes sont les garde-robes.

3° Dans un troisième groupe rentrent les constipations qui dépendent d'un défaut de sécrétion des sucs intestinaux. La bile d'une pari, le suc intestinal d'autre part aident au cheminement du bol alimentaire; que l'un ou l'autre fasse défaut, sa marche est ralentie et il y a arrêt des matières.

4° Enfin, la tunique musculaire joue un rôle considérable dans la marche du bol alimentaire; grâce aux mouvements péristaltiques, le bol parcourt sa route; qu'une circonstance

point de départ dans l'intestin lui- pagne les affections de l'estomac;

même; dans le second se rangent les 5" la constipation spasmodique, que

altérations de la paroi de l'intestin; l'on observe dans les grandes né-

enfin, dans le troisième, toutes les vroses; 6° la constipation paralyti-

causes qui siègent en dehors de Fin- que, due à la paralysie de l'intestin

testin. ou des parois abdominales; 7" la

Spring admet les divisions sui- constipation hypérémique, qui est

vantes de la constipation : 1° la propre à l'hypérémie chronique de

constipation saburrale, qui est due l'intestin; 8° la constipation hypocri-

à FaJimentation; 2" la constipation nique, qui résulte de la sécheresse toxique, produite par" des poisons ou - de l'intestin; 9° la constipation céré-

des médicaments; 3" la constipation brale, que l'on observe dans les af-

cholestatique, provoquée par l'ab- feetions du cerveau; 10° la constipa-

sence de sécrétion de la bile; i° la tion sténotique, due à un obstacle

constipation gastrique, qui accom- mécanique {b).

(a) Voir Maladies de Vestomac : Le régime.

(b) Spring, Symptomatolo'jie, t. î, p. 177.

quelconque diminue la contraclilité, et vous verrez les ma-, tières s'arrêter dans leur route et la constipation survenir. 5" Dans un dernier groupe, enfin, aucun obstacle ne s'oppose au cours des matières; mais, au moment où doit s'effectuer la défécation, il peut se produire deux ordres de phénomènes : ou le malade, comme cela arrive aux individus atteints d'affection médullaire, perdra cette sensation particulière qui est le point de départ de l'action réflexe qui fait expulser au dehors les matières, ou bien, au contraire, il éprouve une telle douleur au moment de la défécation, qu'il fait un effort inconscient pour éviter la dilatation de l'anus et empêche ainsi l'expulsion des matières fécales ; c'est ce qui arrive, vous le savez, dans la fissure à l'anus.

Telles sont, messieurs, les causes qui peuvent amener la rareté des garde-robes; vous verrez que chaque groupe mérite une mention spéciale et que chacun a un traitement particulier. Mais, avant d'aborder l'étude de chacune de ces divisions, je désire vous exposer quelques considérations hygié-

Dc rhygiiine. uiqucs sur le traitement de la constipation. L'hygiène, en effet, joue un rôle considérable et je dois vous résumer les principaux préceptes applicables dans ces cas.

Des aliments. gj-, preuiicr Hcu se place l'alimenlation. Lorsque je vous ai parlé du régime à propos des maladies de l'estomac, j'ai insisté sur l'abondance considérable des garde-robes qui résultent d'aliments renfermant des substances non absorbables et je vous ai signalé les faits de Voit. Je n'y insisterai pas davantage, vous rappelant seulement que, plus un individu prendra une alimentation azotée et facilement assimilable, plus les garde-robes seront rares, tandis que, au contraire, plus l'alimentation sera végétale, plus les fèces seront abondantes.

Aussi devrez-vous, auprès des personnes constipées , insister sur l'usage de ces aliments végétaux, et, à coup sûr, la

réputation de quelques-uns, tels que les épinards, résulte de ce fait que ces substances renferment une grande quantité de cellulose, ce qui produit une augmentation de la masse de résidu fécal. C'est ainsi que l'emploi du pain de son, ou bien encore du pain de seigle, produit des garde-robes chez les individus qui en font usage.

Vous voyez que certains aliments, plus que d'autres, prédisposent aux garde-robes et peuvent ainsi combattre la constipation. Dans ce groupe vous placerez les fruits mûrs et en particulier les prunes et surtout les pruneaux qui servent souvent à préparer des tisanes purgatives. De même les raisins, et je ne puis que vous rappeler ici ce que je vous ai déjà dit sur les effets obtenus par la cure de raisin [a). Peuvent aussi entrer dans ce groupe les corps gras qui, mal ou incomplètement absorbés par l'estomac, déterminent une action purgative. Je reviendrai du reste sur ce sujet en étudiant les purgatifs huileux; enfin certains sucres, tels que les miels, ont, vous le savez, une action purgative manifeste.

Mais c'est l'eau, considérée comme boisson alimentaire, qui est un des plus grands éléments de la rareté ou de l'abondance des garde-robes {h). A cet égard les eaux potables doivent être considérées, comme l'a fait remarquer Armand Gautier dans son remarquable travail sur les eaux potables, aux trois points de vue suivants : la température, la quantité, et la qualité. La température de l'eau a, en effet, une grande influence sur les troubles intestinaux, et dans les leçons sur les maladies de l'estomac je .vous ai montré que l'usage de l'eau glacée déterminait très promptement la diarrhée. Quant à la quantité, moins on boit d'eau plus les garde-robes sont

(a) Voir Cure de raisin et stations pour la cure de raisin. Leçons sur les Maladies du cœur et sur les Maladies de l'estomac.

(h) Armand Gautier, Etudes sur les eaux potables. Tlièse inaugurale, Montpellier.

De l'eau.

rares; elles augmentent, au contraire, lorsqu'on en absorbe une grande quantité. Enfin, pour la qualité de ces eaux, celles qui sont crues, c'est-à-dire contenant trop de principes calcaires, déterminent une constipation persistante; renferment-elles, au contraire, beaucoup de matière azotée, elles produisent une diarrhée plus ou moins abondante, et c'est par l'usage de ces eaux qu'on s'explique comment la diarrhée ou la constipation apparaît lorsqu'on se déplace et qu'on va séjourner dans des localités différentes. Ainsi les provinciaux, à Paris, ressentent presque toujours de l'usage de l'eau de la Seine, riche en matières organiques, des effets purgatifs, tandis que le Parisien éprouve un effet opposé lorsqu'il va à la campagne, parce que l'eau qu'il boit renferme alors, plus souvent, des produits calcaires.

D'autres boissons peuvent aussi déterminer la diarrhée, et, sans parler du vin doux, je vous signalerai le poiré et le cidre, qui agissent de la sorte chez les personnes non habituées à leur usage; il en est de même pour la bière. Mais il est un liquide accusé bien à tort de déterminer la diarrhée, c'est le lait; il est démontré, en effet, par de nombreuses observations, qu'établie sur des bases rigoureuses, la diète lactée ne provoque pas la diarrhée, mais bien, au contraire, la constipation. Cependant, je reconnais que le lait mélangé à du café favorise les garde-robes et, chez quelques personnes, ce mélange produit chaque matin un effet purgatif réel. Du tabac. J^ joiudrai, si vous le voulez bien, à l'hygiène alimentaire, le tabac, qui provoque souvent la diarrhée. Vous entendrez en effet beaucoup de fumeurs vous assurer que lorsqu'ils cessent de fumer, ils sont constipés, et que le tabac après le. repas détermine et favorise les garde-robes.

L'exercice a aussi une influence incontestable sur la constipation, et on peut dire qu'après l'alimentation il n'y a pas de cause plus efficiente. La paresse intestinale et celle des

De l'exercice.

muscles de la défécation marchent de pair avec l'affaiblissement musculaire général, et moins on fait l'exercice, plus on est disposé à la constipation. Aussi presque toujours, si ce n'est toujours, voit-on la constipation chez les gens sédentaires, et on peut afflrmer que chez la femme la constipation habituelle résulte de l'inaction dans laquelle elle est le plus souvent plongée. Ordonnez donc l'exercice, soit la marche, soit la gymnastique et, sans recourir à la pratique de la gymnastique abdominale, que j'ai vivement critiquée (a) à propos du traitement des dyspepsies, -vous devrez autant que possible, favoriser non seulement le jeu régulier du diaphragme, mais encore celui des muscles abdominaux, et insister sur les exercices corporels qui peuvent augmenter la force du groupe musculaire qui entre en jeu dans les efforts de la défécation.

Tl est certains mouvements spéciaux qui favorisent la diarrhée; ainsi, par exemple, la trépidation du chemin de fer et de la voiture; un autre exercice, au contraire, l'équitation, ou bien le séjour sur un navire en marche, prédisposerait à la constipation. Ce sonl là, je le sais, des faits individuels, mais ils méritent cependant d'être notés.

L'habitude joue, elle aussi, un très grand rôle dans la pa- dc ihabuude, thogénie de la constipation; il est des personnes, des femmes surtout, qui peuvent rester sans trop d'inconvénients huit et quinze jours sans aller à la garde-robe; ce sont là, je le veux bien, des cas exceptionnels, mais on peut dire qu'ordinairement les femmes vont à la selle seulement tous les deux jours; les hommes, au contraire, se trouvent constipés s'ils ne sont pas exonérés une ou deux fois par jour.

L'heure est encore un point important dans la production heures des garde-robes; certaines personnes ont l'habitude d'aller à garde-robes. la selle à une heure fixe de la journée. Utilisez ce fait, et si

(a) Voir Leçons sur les dyspepsies, Du régime.

morales.

VOUS avez affaire à des gens conslipés, recommandez-leur de se présenter pendant quelque temps, chaque jour à la même heure et surtout le matin au lever, à la garde-robe, dussentils, les premières fois, ne pas avoir de selles. Des affections j^^g afïectious moralcs ont une influence marquée sur la constipation, etsansparler ici des névroses, comme l'hystérie, ou des perversions mentales, comme la folie, qui s'accompagnent si fréquemment de constipation opiniâtre, je vous signalerai l'influence réciproque du moral sur la constipation et de la constipation sur le moral ; influence encore mal connue, mais qui n'en est pas moins exacte, et ce qu'a écrit Voltaire (i) à ce sujet est et sera toujours vrai. D'ailleurs, Vulpian, par les expériences qu'il a faites et que je vous ai signalées dans la leçon précédente, en nous montrant l'action de certaines parties encéphaliques sur la circulation intestinale, a mis en lumière le lien si étroit qui unit les fonctions cérébrales à celle de l'intestin.

L'influence des circonstances extérieures est aussi indubitable dans le développement ou la cure de la constipation, et ce serait chose banale de dire que les changements de climat produisent ou la constipation, ou plus souvent la diarrhée. Ce dernier phénomène est même habituel dans l'acclimatement des pays chauds.

Du froid. L'influence du froid humide sur l'abdomen étant une des causes les plus habituelles de la diarrhée, vous comprenez bien qu'on ait conseillé ce moyen pour combattre la consti-

(1) « Les personnes qui ont de favorisées de la nature, sont douces,

l'embonpoint, les entrailles .velou- affables, gracieuses, prévenantes,

tées, le cholédoque coulant, le mou- compatissantes, officieuses. Un non-

vementpéristaltique aisé et régulier, dans leur bouche a plus de grâce

qui s'acquittent tous les matins, dès qu'un oui dans la bouche d'un con-

qu'elles ont déjeuné, d'une bonne stipé. » (Voltaire, Romans, les Oreil-

selle aussi aisément qu'on crache; les du comte de Chesterfield et le

CCS personnes, qui sont, par ce fait, chapelain Goudman, chap. vu.)

Influences extérieures

patioD, et qu'on ait appliqué sur le ventre des gens constipés des linges mouillés ou de l'eau froide sous forme de douches. Cette hydrothérapie est un bon moyen dans la cure de la constipation. Sauvages («), dans sa Nosologie^ signale des cas de constipation opiniâtre traités ainsi par Ghaptal ; Schedel {b) relate aussi cette cure qui a fait autrefois du bruit et a tant contribué à la réputation de Priesnitz; c'est celle d'un fds unique d'un prince de Lichtenstein, qui, atteint d'une constipation rebelle à tous les traitements, fut guéri par l'application de l'eau froide. •

Gommentagit le froid pour combattre la constipation? C'est en exagérant les mouvements péristaltiques de l'intestin, et cette exagération n'est point due directement à l'abaissement de la température, qui au contraire, comme nous l'avons vu, aurait un effet opposé; mais bien parce que ce refroidissement de la périphérie entraîne, sans doute, une activité circulatoire plus grande de l'intestin et par cela même une augmentation dans les contractions intestinales.

Toute cause vaso-motrice d'ailleurs qui pourra amener cette congestion active intestinale produira cet eff'et et c'est ainsi que nous pouvons expliquer certains faits curieux, comme par exemple celui de ce duc de Ferrare, qui ne pouvait aller à la garde-robe qu'en marchant pieds nus sur les dalles froides.

Outre l'application du froid et de l'eau froide, signalons Des douches aussi un autre moyen qui peut rendre de grands services : je veux parler des douches périnéale, anale et rectale, qui agissent directement, non seulement sur la paroi musculaire du rectum, mais encore sur l'ensemble des muscles qui prennent part à l'acte de la défécation, et ceci me conduit à vous Des

. . lavemeiUs.

parler des lavements, qui jouent un si grand rôle dans la cure de la constipation. Permettez-moi de vous résumer en

(o) Sauvages, Nosologie médicale, t. UI.

{b) Schedel, Examen critique de riitjdrothérapie, p. 34.

CLINIQUE THÉRAP., 4° édit. I. — 42

Histoire des lavements.

quelques mots l'histoire de cet utile agent thérapeutique. On fait remonter, vous le savez, l'origine du clystère fort loin, et si on en croit la fable, c'est à la cigogne ou à l'ibis qu'on devrait l'invention de ce moyen thérapeutique. Un de ces oiseaux, gêné par la constipation, aurait, dit-on, puisé dans son long bec une certaine quantité d'eau et, la lançant dans l'anus, se serait ainsi débarrassé de son incommodité (1). Hippocrate, Celse, Galien, Oribase, Asclépiade, adoptèrent sans hésitation cette origine; ils prescrivaient souvent les lavements, qu'ils administraient en se servant d'une vessie adaptée à un tube de sureau ; ce dernier était introduit dans l'anus et, par des pressions plus ou .moins énergiques sur la vessie pleine d'eau, on faisait ainsi pénétrer le liquide dans l'intestin; c'est la bourse à clystère en usage pendant si longtemps. De nos jours même, dans quelques pays encore peu au courant des progrès de la civilisation (2) on se sert d'un appareil encore plus primitif; c'est une corne de ruminant ; on introduit l'extrémité percée d'un trou dans l'anus et remplissant la cavité de la corne du liquide à injecter, on le fait pénétrer dans le rectum.

La bourse à clystère s'est depuis bien perfectionnée; déjà en 1496, la seringue, pour ainsi dire classique, était en usage; c'est à Guatinaria {a) qu'on en doit l'invention; cet instrument

(1) Guy de Chauliac dit : « Enœme d'une courge sèche, ayant la forme ou clystère a été prins de l'oiseau d'un matras à long tube recourbé, nommé cigogne, laquelle ayant dou- dont ils introduisent la petite extréleur de ventre, prend de l'eau de la mité dans l'anus et ils font pénétrer mer dans son bec et se la jette par le liquide, soit avec la main, soit à le derrière, comme Galien raconte l'aide du souffle d'une personne qui, en l'introductoire des médecins. » en appliquant la bouche sur la grosse

(2) D'après le docteur Mondière, extrémité, pousse le liquide dans le les habitants de la Côte-d'Or d'Afri- rectum.

que se servent comme seringue

(a) M. Guatinaria, De curis œgretudinum particularium Nonl Almansoris pratica uberrema, Lyon, 1532.

fut promptement amélioré du reste (i). L'une des modifications les plus importantes est celle que lui fit subir de Graaf, et dans la traduction du traité de Chjsteribus (a), due, dit-on, à l'un de nos plus savants et plus spirituels collègues, on voit l'importance énorme que ce médecin attachait à la découverte qu'il a faite, et qui consistait à adaptera la seringue, au lieu d'un tube rigide, un tube souple plus ou moins long (2). Puis on a songé à. courber à angle droit l'extrémité de la canule très allongée, de manière à permettre au malade de prendre lui-même le lavement (3). Ensuite, on fit une pompe aspirante et foulante, c'était le clysopompe; et depuis, tous ces instruments ont disparu pour faire place à l'irrigateur dû au docteur Eguisier, qui a inventé, on doit le reconnaître, un des appareils les plus commodes pour l'administration des lavements.

Tous les médecins ont depuis les temps les plus reculés,

(1) D'après Colson, ce n'est pas à j'ai cru devoir rendre public (c). » Guatenaria ou Guatinaria, médecin (3) C'est dans Ambroise Paré que qui mourut en 1^96, mais bien à l'on trouve la première description Avicenne que l'on doit la découverte de cette modification apportée à la de la seringue classique, dont il seringue. Voici comment il s'exprime aurait donné la description com- à ce sujet :« Or, il se trouve certaines plète dans ses ouvrages (6). femmes qui pour mille choses ne

(2) Dans sa lettre à Plempius, pro- voudraient prendre un clystère de fesseur à l'Académie de Louvain da- la main d'un homme, pour une vertée de Dell't, 14 mars 1669, René de gogne et honte qu'elles ont de se Graaf, après avoir montré les diffi- montrer; à ceste cause, j'ai fait porcultés qu'il a vaincues pour obtenir traire cest instrument, duquel elles ce tube flexible, termine ainsi sa se pourront aider à recevoir un clysmissive : « Tel est, illustre maître, tère, le mettant par devant (ayant l'instrument que, pour vous être un peu les fesses levées), la canule agréable, pour obtempérer aux . dans le siège, puis versera la liqueur prières de mes amis et pour sou- dedans la boite » {d).

iager les souffrances de l'humanité,

(a) Vinstrument de Molière, trad. du Traité des Clystéres, par Régnier de Graaf, Paris, 1878.

{h) Colson, De La méthode intestinale, Tli. de Paris, 1867. (f) Pi. de Graaf, Tract, de clijsteribus, etc., La Haye, 1688. {d) Ambroise Paré, Édition de Malgaigne, t. III, p. 557.

Apog'ée dos lavumenfs

conseillé l'emjDloi des clystères et adminislré ce remède (1). Au moyen âge, le lavement fut en vogue et Guy de Chauliac ne sortait jamais sans sa bourse à clystère sous le bras. Mais l'époque à laquelle cette vogue atteignit son apogée fut le règne de Louis XIV, et on peut dire que le siècle du grand roi fut aussi le siècle du clystère.

On ne peut se figurer jusqu'où va la folie du lavement à cette époque ; pour vous en donner une idée, il faut parcourir les mémoires du temps, et vous y verrez ce fait, qui nous paraît aujourd'hui invraisemblable, que lors, d'une réception royale, la Dauphine se fit administrer subrepticement un lavement par une femme de chambre. D'ailleurs les médecins du grand roi ont noté avec soin tous les clystères administrés à leur auguste client, et le nombre en est considérable fâ).

(i) Les Arabes ont repoussé le lavement comme contraire aux prescriptions du Coran. Dans sa thèse, M. Colson s'exprime ainsi à cet égard :

L'iman Ahmed a établi des textes qui désapprouvent, comme chose répréhensible, le lavement que n'exige pas une circonstance indispensable.

Des autorités respectées, telles que Djaral, Mondjahed, Haçan, Tâous Amir et nombre d'autres déclarent que le clystère n'est point répréhensible. D'après Khallàl, Abd Allah, (probablement le fils dukalife Omar) condamnait le lavement, puis plus tard l'autorisa dans le sens de médicament. D'après ce même Khallâl, qui cite ses autorités, le second kalife, Omar, considéra le clystère comme une chose à tolérer. « J'ai questionné dit Djâber, Moammed, tils d'Aly, au sujet du lavement. —

Il n'y a rien de mal, me répondit-il, à prendre le lavement, c'est un médicament comme un autre médicament. » Abou Bekr EI-Mouroûji, parlant au père d'Abd Allah des avantages des clystères, lui posa cette question : « Prendre un lavement, est-ce rompre le jeûne ou non?»

A ce sujet les casuistes diffèrent d'opinion (a).

Brochin, dans une noie à son article Lavement du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, cite le fait suivant : lorsque Abd-el-Kader fut indisposé à Amboise, le médecin qui le soignait ayant ordonné un lavement, l'émir refusa formellement en disant : « Que la volonté de Dieu soit faite ! » et le remède ne fut pas administré.

(2) Voici quelques-unes des formules des [lavements ordonnés au roi

(o) Colson, De la méthode inteslmale. Thèse de Paris, p. 12, 1867.

DU TRAITEMENT HYGIÉNIQUE DE LA CONSTIPATIOiN.

11 nous est même resté à propos de cet engouement pour les clystères un document fort curieux; c'est le procès intenté à un chanoine de Troyes, François Bourgeois, par une gardemalade (J), Étiennette Boyeau , qui, ayant administré

Louis XIV par ses médecins ordinaires, Fagon, Vallol et d'Aquin :

Lavement calmant pour le roi, 1652 (Vallot) :

Huile d'amandes douces.... 30 gr.

Miel violet -45 •

Électuaire lénitif 15

Dissoudre dans une décoction d'orge et faire un clystère à prendre le matin.

Lavement purgatif pour le roi, 1653 (Vallot).

Manne 30 gr.

Faites bouillir légèrement dans une suffisante quantité de décoction de farine d'orge et de graine de lin.

Dissolvez dans la colation :

Miel violet 45 gr .

Électuaire lénilif. 15

Huile d'amandes douces. . . 20

Faites un clystère à prendre le matin.

Lavement pour le roi en son flux de ventre, 1653 (Vallot) :

Confection minérale 15 gr.

Huile d'amandes douces. . 30

Miel de roses 45

Eau de roses 120

Faire dissoudre dans une décoction de graines de lin et de farine d'orge.

Autre lavement, 1653 (Vallot).

Jalap d'Alexandrie 15 gr.

Confection minérale 24

Huile d'amandes douces. . 31

Eau de roses 120

Versez dans 500 grammes de décoction de farine d'orge et de graines de lin. Faites un clystère.

Lavement laxatif pour le roi, 1673 (d'Aquin) :

Manne... 60 gr.

Lénitif 30

Miel violet 120

Huile d'amandes douces.. 60

Dissolvez une décoction d'orge et de graines de lin (a).

(1) Voici le mémoire composé par l'avocat Grosley, dans ce procès mémorable :

«. Mémoire pour ÉtiennetteBoy eau garde-malade, contre maître François Bourgeois, chanoine de V insigne église collégiale et papale de Saint-Urbain de Troyes. — Le sieur Bourgeois se trouvait depuis quelque temps fatigué d'une intempérie chaude des viscères, et de cette espèce d'acrimonie du sang qui en fait extravaser la partie rouge. Ayant consulté sur sa maladie, on lui ordonna l'usage fréquent d'une espèce de lénitif connu vulgairement sous le 'nom de clystère. La Faculté ayant parlé, il ne s'agissait plus que de trouver quelqu'un pourvu de talents nécessaires pour en exécuter l'ordonnance. On aurait pu s'adresser au sieur

(«) Journal de la santé de Loiiix XIV, de l'année 1647 à l'année 1711, écrit par Vallot, d'Acquin et Fagon, tous trois ses premiers médecins, avec mtroduction, notes et réflexions critiques, etc., par J.-A". Le Roi. •

1190 clystères à ce chanoine en deux ans, réclamait à son client la somme de 2 sols 6 derniers par lavement.

Molière a d'ailleurs donné une peinture fort exacte de cet entraînement vers le lavement, dans son immortelle comédie du Malade imaginaire, et le compte de l'apothicaire Fleu-

Gentil, le phénix des apothicaires de cette ville, mais le sieur Gentil gagne beaucoup d'ai'gent dans sa boutique?

et ne se déplace qu'à grands frais.

Tiennette jouissait alors de la réputation la plus brillante. Elle avait l'iionneur de servir les personnes les plus qualifiées de la ville, qui se louaient également de son zèle et de sa dextérité. D'ailleurs quoiqu'elle ne fût pas riche, elle ne prenait que deux sous six deniers par représentation, ce qui la faisait passer pour une femme d'un désintéressement peu commun.

» Le sieur Bourgeois jeta les yeux sur elle; il la pria de venir le voir. Il lui fit confidence de sa maladie, de la consultation des médecins et des services dont il avait besoin. Tiennette lui ayant donné un essai de son savoir-faire, il Ja combla des éloges les plus flatteurs, et la pria de lui continuer par la suite ses bons offices.

» Deux ans entiers se passèrent de la sorte, c'est-à-dire le sieur Bourgeois toujours un peu échauffé, et toujours se rafraîchissant; Tiennette toujours officieuse, et toujours prête à le rafraîchir : elle y procédait au moins une fois par jour, et souvent jusqu'à six.

» Cependant elle avait besoin d'argent, et le sieur Bourgeois ne voulait point lui en donner. Trois cents fois, dans les moments les plus intéressants et dans la posture la plus suppliante, elle le pria d'avoir égard

à ses besoins, sans qu'il se laissât attendrir.

» Enfin, après diverses péripéties inutiles à rapporter ici, elle le traduit en justice, et l'exploit est donné le 5 mai 1756.

)) Elle conclut à la modique somme de 150 livres, tant pour avoir mis en place 1200 lavements, que pour avoir fourni la seringue et le canon. »

Après avoir montré, en s'appuyant sur les autorités les plus respectables combien il est mal de retenir la récompense du mercenaire, l'avocat continue :

« Si des services ordinaires doivent être suivis d'une récompense prompte, combien doit l'être davantage la récompense de ces services secrets, de ces services auxquels l'humanité répugne un peu, de ces services, en un mot, qu'on ne rend point en face!

» Comment se défendra le sieur Bourgeois? Opposera-t-il la fin de non-recevoir? Mais depuis le dernier lavement jusqu'à l'exploit il ne s'est écoulé que deux mois. Déniera-t-il les services de Tiennette? tous ses voisins et amis sont prêts d'en rendre témoignage. Dira-t-il que Tiennette s'acquitte maladroitement de ses fonctions? La voix de tous les honnêtes gens s'élèverait contre lui.

» Peut-être se retranchera-t-il à dire que la somme de 150 livres est exorbitante, que des lavements, ainsi que toute autre chose, doivent être moins chers en gros qu'en détail; et que lui, qui en prend tous les jours.

rant est d'une exactitude parfaite et conforme à ce qui était alors écrit dans les traités de médecine (1).

Que nous enseigne la physiologie au point de vue de l'admi- Expériences nistration des clystères? Malgré leur aversion pour les lave- les lavemems. ments, c'est dans les auteurs anglais que nous trouvons les expériences les plus complètes sur ce sujet. Christison, Anthony Thomson, Denman, Graves, Marshall-Hall («), nous ont donné des faits très intéressants à cet égard et qui mon-

et plutôt six qu'un, doit en avoir à meilleur marché qu'une personne qui n'en prend qu'un en passant. Cette réflexion du sieur Bourgeois est judicieuse, mais par un calcul fort simple on va lui prouver qu'il en fait une application peu juste.

» Tiennette a servi le sieur Bourgeois pendant deux ans consécutifs :

le fait n'est pas douteux. Chaque année est composée de 365 jours, ce qui fait pour deux ans 730 jours. Or, le sieur Bourgeois prenait au moins un lavement par jour, et souvent il en prenait six. Ainsi en excluant chaque jour, l'un dans l'autre, à trois lavements (et cette évaluation n'est pas excessive), il se trouvera pour les 730 jours, un capital de 2,190 lavements, lesquels à deux sous six deniers pièce, qui estle prix courant, forment la somme de 273 livres 15 sous.

» Tiennette veut bien restreindre ces 2190 lavements à 1 200, et au lieu de 273 livres 15 sous qu'elle avait droit de prétendre, elle réduit sa demande à 150 livres. Comment donc lesieur Bourgeois ose-t-il se plaindre?

et Tiennette pouvait-elle porter le désintéressement et la modération plus loin ?

D L'intérêt propre du sieur Bourgeois doit l'engager à faire justice à Tiennette, car enfin il n'est pas parfaitement guéri de sa maladie. S'il ne satisfait pas Tiennette, qui désormais voudra lui rendre des services qu'il sait si mal récompenser? Qui les lui rendra avec autant de zèle et dextérité ?

» Qu'il vienne à résipiscence, et Tiennette oubliera le passé. On s'attache aux gens par les bienfaits ; elle est véritablement attachée à lui par ceux qu'elle lui a rendus. Qu'il lui fasse justice et il la verra retourner à côté de son lit avec plus d'empressement que jamais. »

(1) Voici le passage de l'immortelle comédie relatif aux lavements :

« Plus un petit clystère insinuatif, préparalif, émollient pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles

de Monsieur plus un bon clystère

détersif composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat et autre suivant l'ordonnance pour balayer, laver, nettoyer les entrailles de Monsieur, trente sols plus un clystère

carminatif pour chasser les vents de Monsieur, trente sols » (b).

(a) Anthony Thomson, Eléments de matière médicale et de thérapeutique. — Denman, Traité d'accouchements (2^ édit.).

[b) Molière, 3Ialade imaginaire, actel", scène i'\

trent que pendant la vie les lavements ne peuvent franchir la valvule iléo-c9ecale ; le nom de barrière des apothicaires est donc bien applicable à cette valvule, comme le soutenait d'ailleurs depuis longtemps René de Graaf (i). Ces expériences nous montrent aussi qu'avec les moyens ordinaires d'injection les lavements pénétrant dans le rectum atteignent difficilement l'S iliaque et que la quantité du liquide ne dépasse pas habituellement 500 à iOOO grammes (2).

Bien entendu, je ne parle pas ici des injections forcées faites dans le gros intestin ; lorsque je m'occuperai du traitement de l'occlusion intestinale, vous verrez qu'on peut porter, par des moyens appropriés, le liquide beaucoup plus loin et lui faire ainsi parcourir une grande étendue du gros intestin, et même, si l'on en croit Cantani, de l'intestin grêle.

Cantani, en effet, par la méthode dite de l'entérosclisme,

(1) Quelques auteurs ont cependant sou'.enu par les lavements et même des suppositoires pouvaient être rendus par la bouche, Kerkringuis a soutenu que la valvule pouvait être franchie, Régnier de Graaf nie que ce fait puisse se produire et cite cependant les observations de Galien, Sennert, Paré, Rartholin, etc.

Colson, dans sa thèse, rapporte aussi quelques observations des auteurs anciens (a).

(2) Hall a fait une série d'expériences pour savoir quelle quantité de liquide peut contenir le gros intestin et à quelle hauteur peuvent monter les injections quiy sont faites.

Sur le cadavre, il a pu faire pénétrer de 4. à 8 pintes d'eau et remplir tout l'intérieur du gros intestin et franchir même la valvule iléo-caecale (de 41-61 à 71,44).

Sur le vivant. Hall a fait pénétrer jusqu'à 5 pintes (4',65) d'un liquide huileux, et la percussion a permis, dans ce cas, de reconnaître la présence de ce liquide dans toute l'étendue de l'intestin.

Dans une autre expérience, laite sur un jeune homme qui fut placé horizontalement sur le côté gauche, on fit pénétrer d'abord 3 pintes (2i,79) de liquide; puis, comme l'injection ne pouvait aller plus loin, on reconnut que le liquide avait pénétré jusqu'à l'union des côlons transverse et ascendant.

On plaça alors le sujet sur le côté di'oit; on put constater, par la percussion, que le liquide passait dans le côlon transverse et descendant, et l'on put faire alors pénétrer trois nouvelles pintes de liquide (2',79).

(a) E. Colson, Dsia méthode Intestinale. ïlièse de Paris, 1867, n» 113.

aurait fait franchir à des corps gras tels que l'huile, la valvule iléo-csecale. Il prétend que, dans trois cas, il a vu les lavements d'huile introduits par sa méthode, méthode que je vous exposerai complètement lorsque je vous parlerai du traitement de l'occlusion intestinale, déterminer des vomissements contenant l'huile auisi introduite par l'anus. Malgré la rigueur scientifique avec laquelle ont été prises ces observations, je crois cependant que ce sont là des faits exceptionnels et qui viennent confirmer la règle qui veut que la valvule iléo-C8ecale constitue une barrière le plus souvent infranchissable aux liquides introduits dans le rectum.

Quels sont les avantages des lavements simples? Quels Avantages

et

sont leurs inconvénients? On a beaucoup critiqué l'abus des incomcnionu clystères, on a prétendu qu'ils amenaient la paresse des fibres lavements. musculaires du rectum, et quel'usage prolongé en était mauvais. Je crois, messieurs, qu'on a grandement exagéré ces inconvénients; on peut éviter cet affaiblissement si souvent invoqué comme conséquence des lavements trop fréquents, en usant de l'eau^ froide au lieu d'eau tiède. L'eau froide, en effet, excite par la réaction qu'elle produit la contraction des fibres musculaires, brise les matières fécales et permet leur expulsion au dehors.

C'est donc un bon moyen pour combattre la constipation; mais n'oubliez pas ce point important que, si la constipation dure depuis longtemps, le lavement ne peut la vaincre par lui seul, car il ne pénètre pas dans le rectum, la canule introduite par l'anus se fixe en effet dans les matières fécales, qui en obturent l'ouverture et empêchent ainsi l'eau de passer dans l'intestin. Dans ces cas il faut intervenir directement soit à l'aide d'une cuiller, soit à l'aide du doigt pour briser ce bol fécal et en entraîner les portions hors de l'anus. Ce sont là des procédés auxquels on est souvent obligé de recourir chez les vieillards.

Tels sont, messieurs, les différents moyens hygiéniques dont nous pouvons disposer pour la cure de la constipation. Dans la prochaine leçon, je vous ferai l'étude des moyens pharmaceutiques et vous exposerai l'histoire des différents purgatifs.

TROISIEME LEÇON

Sommaire. — Des purgatifs. — Classification des purgatifs. — Par leur effet. — Par leur action physiologique. — Expériences physiologiques sur les purgatifs. — Procédés d'expérimeiitation. — Piecherches sur les purgatifs salins. — Expériences de Colin, Moreau, Vulpian. — Interprétation des faits. — Action sur la tunique musculeuse. — Division physiologique des purgatifs. — Des purgatifs salins. — Actions toxiques différentes des sels de soude, de magnésie et de potasse. — Sels de soude. — Sulfate de soude. — Sels de magnésie. — Sulfate de magnésie et citrate de magnésie. — Sels de potasse. — Eaux purgatives. — Eaux chlorurées sodiques, sulfatées magnésiennes.

Dans la leçon précédente, nous avons étudié les moyens hygiéniques dont le médecin dispose pour combattre la constipation; nous allons maintenant passer en revue les agents pharmaceutiques dont on peut user pour faire disparaître ce symptôme.

Ces moyens sont puisés dans un ordre de médicaments qui Des puigatiis forment en thérapeutique un groupe naturel, les purgatifs. Et puisque j'aborde cette question si intéressante des purgatifs, permettez-moi de la traiter complètement et de vous dire sur quelles bases nous devons étabhr l'étude et la classification de ces précieux agents médicamenteux.

Les purgatifs ont toujours joué un grand rôle en thérapeutique et vous ne serez pas étonnés qu'on ait cherché, pour les étudier plus complètement, à les grouper et à les classer d'une façon méthodique. Il y a deux grandes bases à ces classifications; l'une déjà ancienne, s'appuie sur les effets purgatifs divers obtenus par ces médicaments ; l'autre, plus

récente et plus scientifique, prend pour point de départ l'action physiologique de ces substances. Alibert, Hartmann, Tornasi, Trousseau et Pidoux, Bouchardat et d'autres auteurs (1) ont classé les purgatifs suivant leurs effets, d'une façon presque identique et vous trouverez un résumé clair et méthodique de ces classifications dans la thèse de Requin (a).

Les purgatifs, pour ces auteurs, se divisaient en trois classes ou tribus : Dans la première on classait les laxatifs, c'est-à-dire les purgatifs doux, appelés aussi minoratifs, lénitifs, coproliques; c'étaient la manne, la casse, le tamarin, les pruneaux, La deuxième classe comprenait les catharliques doux, représentés par la magnésie calcinée; les cathartiques moyens, dont la rhubarbe et le séné sont de bons exemples; et enfin les cathartiques quasidrastiques comme le jalap et la scammonée. Dans une dernière tribu étaient les purgatifs irritants, les drastiques, tels que îa coloquinte et

Classification IC CrOtOU.

physiologique. L'autre base de classification repose sur l'action phy-

(1) Giacomini classe les purgatifs purgatifs d'origine végétale, en purdans le groupe des hyposthénisants gatifs salins, en purgatifs émoUients entériques. et en purgatifs mécaniques.

Trousseau et Pidoux ont divisé les Fonssagrives admet la classifica-

purgatifs en deux grandes classes : lion suivante des purgatifs : 1° al-

ceux qui sont tirés du règne végétal calino-salins; 2" purgatifs salins;

et ceux qui sont fournis par le règne 3" purgatifs antimoniaux ; i» purga-

niinéral. tifs mercuriels ; 6° purgatifs résineux ;

Bouchardat, dans son. Formulaire, 7° purgatifs sucrés; 8° purgatifs aci-

• adopte la classification en drastiques dulés; 9° purgatifs convulsivants;

cathartiques et laxatifs; dans sa 10" purgatifs mécaniques; 11° pur-

Matière médicale, il les divise en gatifs composés {b).

(a) Requin, Thèse de concours pour la chaire de matière médicale, 1839.

(&) Giacomini, traduit par Monjon et Rogretta. l'aris, 1S73. — Alibert, Eléments de thérapeutique et de matière médicale. Paris, 1826. — Hartmann, Farmacologia dinamica per uso acailemico, trad. di Andréa et Angero Ruffini. Pavia, iS'il. — Trousseau el Pidoux, Traité de Tliérap. et de matière médicale, 1855. — Bouchardat, Traité de matière médicale et de Thérapeutique, t. II, p. 11. — Fonssagrives, Traité de Thérapeutique, t. II, p. 469.

Procédés

Fistiil

siologique de ces purgatifs, et je dois d'abord vous expliquer cette action, je dois vous rappeler les expériences qui ont permis de faire cette étude; ces recherches ont été faites en France par Colin (1854), par Moreau (1868-1870) et par le professeur Vulpian; en Angleterre par Lauder Brunton (1874); en Allenaagne par Thiry (1864), par Radziejewski et par Brieger (1878) {a). Mais, avant de vous exposer à quels résultats sont arrivés ces expérimentateurs, je vous dois l'ex- opératoires. plication des procédés mis en usage.

Les procédés sont de deux ordres : le procédé de Thiry, dit fistule de Thiry, et celui établi par Colin. Le procédé de Thiry de Tinry est des plus compliqués : il consiste à séparer par deux sections perpendiculaires une portion de l'intestin, tout en la laissant adhérente au mésentère, puis à fermer l'une des extrémités de cette anse isolée et à appliquer l'autre à une ouverture pratiquée à la paroi abdominale. On a ainsi un caecum ouvert à l'extérieur et vivant de la même existence que le reste de l'intestin, grâce à la portion mésentérique q,ui lui reste attachée; puis les deux bouts sectionnés de l'intestin sont réunis ensuite pour maintenir la continuité de ce tube. En introduisant dans ce cul-de-sac des médicaments irritants, ou bien en faisant pénétrer par le tube digestif les médicaments, on observe ce qui se produit dans la portion intestinale en expérience.

Le procédé de Colin est plus simple et de beaucoup pré- procédé férable; c'est celui qu'ont employé Moreau, Vulpian, Lauder Brunton et Brieger. Il consiste à placer, sur une portion de l'intestin, deux pinces qui empêchent cette portion de com-

(a) Colin, Physiologie comparée, t. I, t'"' édit., p. 649, 1054. — Moreau, Mémoires de physiologie, 1847-1854, p. 126. — Vulpian, Appareil vaso-moteur, t. 1, p. 483. — Brinton, Of the action of the purgatives medicines (The Practitionner, n° 71- 72, 1874). — Thiry, Ueber eine neue Méthode den Dunndarmzu isoliren. 25 februar 1864. — Radziejewski, Zur physiologischen Wirkung der Abf'àhrmittel, 1876. — Brieger, Zur physiologischen Wirkung. der Abfûhrmittel, 1878.

de Colin.

muniquer avec le reste du tube digestif : on a soin, avant d'appliquer les pinces, de presser l'intestin pour en chasser tous les produits qu'il renferme; on pratique ensuite une injection du liquide purgatif dans l'anse séparée que l'on veut étudier; on la rentre après dans l'abdomen; puis on sacrifie l'animal et on examine ce qui s'est produit dans cette anse.

N'oubliez pas aussi que pour juger des mouvements intestinaux et de leur intensité, vous pouvez user de la méthode graphique, qui nous a donné une si grande précision dans nos expérimentations, en introduisant dans l'intestin, comme l'ont fait Legros etOnimus, Oulmont et Laurent, une ampoule pleine d'air, communiquant avec un appareil enregistreur de Marey.

Expciiencos G'cst avcc CCS procédés qu'on a étudié certains purgatifs salins et drastiques, ainsi que l'action de quelques solanées; les recherches sur les purgatifs salins ont été de beaucoup les plus .nombreuses et voici ce qu'on a observé. Si à l'exemple de Moreau, vous injectez de 20 à 35 centimètres cubes d'une solution de sulfate de magnésie au cinquième dans une anse séparée parle procédé de Colin, vous observerez qu'au bout de six à vingt-quatre heures cette anse renfermera, selon le laps de temps écoulé, de 70 à 336 centimètres cubes d'un liquide contenant du mucus, des leucocytes et du suc intestinal (1).

(1) Nous donnons dans le tableau ci-contre les quantités de liquide qui ont été trouvées par Moreau dans l'anse intestinale d'un chien auquel on avait administré de la solution de sulfate de magnésie au cinquième.

Nous indiquons également le temps écoulé entre l'injection et l'examen de l'anse intestinale, ce qui est d'une certaine importance.

sur

les pLiVi^otifs

salins.

Quantité

de solution

injectée.

Temps écoule.

(Quantité' de liquide trouvée.

Cette expérience, vous la verrez toujours réussir et ce pre- sicrdtioa

,',. ,, 11- •! ij'rt exagérée.

mier fait d une sécrétion exagérée de liquide sous 1 influence des purgatifs salins nous permettra de repousser l'opinion exclusive de Thiry et Radziejewsky, qui veulent que l'action des purgatifs ne s'explique que par l'exagération des mouvements intestinaux; cette exagération avec les purgatifs salins n'existe pas, comme l'ont montré Legros et Onimus («) dans leurs expériences, et il faut attribuer l'effet purgatif, au contraire, au liquide sécrété en plus grande abondance par la muqueuse intestinale.

Mais quel est le mécanisme de cette sécrétion? Tout d'abord théorie

Je la dialyse

on a trouvé une explication des plus naturelles et des plus physiologiques ; on soutint qu'il se faisait entre la substance saline introduite dans l'anse et les glandes intestinales et les nombreux vaisseaux sanguins qui parcourent l'intestin un double échange osmotique. On était d'autant plus en droit de soutenir cette opinion que les expériences fort précises de Rabu teau {b) , de Jolyet et Frémy (c) , de Vulpian avaient montré ce fait important : c'est que lorsqu'on injecte une solution purgative dans les veines d'un chien, au lieu d'avoir un effet purgatif dans l'intestin, comme le soutenait Cl. Bernard (d), on produit au contraire de la constipation; comme vous le voyez, l'explication était pour ainsi dire complète et l'on disait : lorsque vous introduisez certains sels dans l'intestin, vous déterminez le passage osmotique de la sérosité des vaisseaux sanguins vers l'intestin, d'où l'effet purgatif, tandis que, au contraire, si vous faites pénétrer la solution dans les veines, le passage se fait en sens inverse, d'où diminution de sécrétion, d'où constipation.

(a) Legros et Onimus, Recherches expérimentales sur les mouvements de l'intestin [Journal de Robin, 1869, p. 187). ih) Rabutean, Soc.de biologie, 1869.

(c) Jolyet et Frémy, Arch. de physiologie de Brown-Séquard, 1869. {d) Cl. Bernard, Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses, 1857.

Des injections Permettez-mol de m'arrêler un instant sur cette action des

hypodermiques substances purgatives introduites par les veines ou par la piiifc,, INC.. p^g^^^ Elles donnent, à hautes doses, des résultats négatifs; mais il n'en est pas de même à petites doses : d'après Vulpian, chez le chien, des petites doses de sulfate de magnésie, injectées sous la peau, produisent des selles diarrhéiques. Luton avait déjà soutenu l'effet purgatif, chez l'homme, des injections sous-cutanées de sulfate de magnésie (1). Malgré la concordance de ces recherches, j'avoue que j'ai souvent employé ce moyen et que je n'ai jamais obtenu de résultats certains, et je crois donc, jusqu'à nouvel ordre, que nous ne possédons pas un agent thérapeutique qui, introduit sous la. peau, puisse combattre la constipation et produire des effets purgatifs.

Mais revenons à la question de l'échange osmotique des solutions salines introduites dans l'intestin. Déjà Vulpian, tout en montrant que les sels de magnésie étaient absorbés et passaient dans les urines, avait insisté sur l'état de la muqueuse toujours congestionnée et sur l'examen du liquide sécrété, pour montrer que les purgatifs salins agissaient surtout en c.itaiii.c déterminant un catarrhe passager de la muqueuse intestinale. Les nouvelles expériences de Moreau (2) ont démontré que

(1) Luton a observé sur lui-même, rhée pendant la nuit qui a suivi l'in-

puis sur des malades de l'Hôtel-Dieu jection. L'expérience, répétée deux

de Reims, qu'une injection sous-cu- fois, a donné les mêmes résultats,

tanée de 10 centigrammes de sulfate Lorsqu'on injecte des quantités J^eau

de magnésie provoque des selles coup plus considérables de sulfate de

diarrhéiques. magnésie, 10 grammes par exemple,

Chez un chien, Vulpian a injecté on n'observe aucun effet intesti-

10 centigrammes de sulfate de ma- nal (a).

gnésie dans 2 ou 3 grammes d'eau (2) De nouvelles expériences de

distillée; le chien a eu de la diar- Moreau (b), coramvmiquées à l'Aca-

(c) Luton, Effet purgatif des injections hypodermiques de sulfate de magnésie {Bulletin de la Soc. méd. de Reims, p. 126, séance du 3 août 1873). (b) Moreau, Bull, de VAcadémie de médecine, 1879.

piirgiitii.

l'action osmotique n'était que passagère et ne pouvait exister qu'au début de l'action de substances salines. Il faut donc admettre que les purgatifs salins déterminent un véritable catarrhe intestinal, et quer c'est ainsi que doit s'expliquer leur action, dont Vulpian a fort bien décrit le mécanisme intime (1).

demie, ont montré combien la question de l'action purgative des solutions salines était complexe. Voici ces expériences : dans une anse intestinale, préparée comme je l'ai indiqué plus haut, Moreau injecte du sulfate de magnésie, puis du cyanoferrure jaune de potassium, sel dont on peut retrouver des traces dans l'urine. La présence de ce sel permet de constater que, s'il y a double échange, il se fait au début de l'expérience et que ce double échange cesse bientôt.

Colin a répondu que ce fait n"est pas une démonstration évidente, parce que, au bout de peu de temps, la muqueuse de l'intestin s'enflamme et ne présente plus les conditions normales pour l'absorption (a)..

(1) « En résumé, dit Vulpian, les purgatifs introduits dans les voies digestives agissent en irritant la membrane muqueuse de ces voies.

» Cette irritation détermine des modifications de l'épithélium intestinal, et une excitation des extrémités périphériques des nerfs intestinaux centripèdes. Cette excitation est portée jusqu'aux ganglions nerveux thoraciques inférieurs et intraabdominaux (ganglions des plexus solaires et mésentériques, ganglions des plexus de Meissner et d'Auerbach), puis elle se réfléchit, par les nerfs varso-moteurs, sur les vaisseaux

des parois intestinales, et, par les nerfs sécréteurs, sur les éléments anatomiques de la membrane mu- .queuse, entre autres sur ceux des glandes de Lieberkuhn. Il en résulte une congestion plus ou moins vive de la membrane muqueuse intestinale (action réflexe vaso-dilatatrice); une desquamation épithéliale, avec production rapide et abondante de mucus, diapédèse ou non, de leucocytes, et une sécrétion active du suc intestinal, auquel se mêlent sans doute, dans certains cas, les produits d'une transsudation profuse, formés surtout d'eau et de certains sels du sang, et due au travail exagéré et vicié, dont les éléments de la membrane sont le siège.

» C'est là, ce me semble, ce qu'il y a d'essentiel dans le mécanisme de l'action des substances purgatives, quelles que soient, d'ailleurs, ces substances.

» Dans un certain nombre de cas, les actions réflexes, dues à l'irritation déterminée par les purgatifs, ne s'effectuent pas uniquement en suivant les arcs diastaltiques que je viens d'indiquer; l'excitation peut être assez vive pour être transmise jusqu'à la moelle épinière et pour provoquer des douleurs. Tel est le mode de production des coliques :

on sait qu'elles se manifestent, et plus fréquemment et avec plus d'in-

(«) Colin, Bull, de V Académie de médecine, 1879.

CLINIQUE THÉRAP., 4.* édit.

piu-atifs Avec les solutions salines, nous avons vu que la muqueuse

drastiques. ^

était seule atteinte, tandis que la tunique musculeuse ne présentait aucune modification dans ses fonctions; il n'en est plus de même lorsqu'on expérimente les purgatifs drastiques. Ces purgatifs, dont l'action locale est beaucoup plus vive et qui produisent une véritable inflammation de la muqueuse intestinale, déterminent aussi, comme l'ont montré Vulpian, Legros et Onimus, des contractions exagérées de la tunique musculeuse et augmentent ainsi les mouvements de l'intestin.

Purgatifs Enfin, certains médicaments, rana^és avec raison dans ce

musculaires. ' ' o

groupe de purgatifs, limitent leur action à cette seule tunique musculeuse, et, sans vous parler des strychnos et des médicaments tétanisants, permettez-moi de vous signaler des faits forts intéressants sur l'action des solanées.

Oulmont et Laurent (a) ont montré que l'hyoscyamine et la daturine, à faibles doses, activaient les contractions de l'intestin; Legros et Onimus {b) ont obtenu les mêmes effets de l'atropine, qui agirait directement sur le grand sympathique et augmenterait la contractilité intestinale. C'est là un fait d'une grande importance, qui permet d'expliquer nettement l'action purgative des solanées.

Divisien Tclles sout, messleuFS, les expériences phvsioloffiQues d'a-

ttos purgatifs. ' ' ^ ....

près lesquelles nous pouvons établirune classification scientifique des différents purgatifs (1 ); voicicelie que je vouspropose :

tensité, lorsqu'on fait usage de oer- purgatifs en deux grandes classes :

tains purgatifs (les drastiques) que i° évacuants purgatifs, et 2° purga-

lorsqu'on en emploie d'autres (pur- tifs véritables, gatifs salins) » (a). Les évacuants se subdivisent en

(1) Sée a proposé de diviser les deux genres; ceux qui agissent d'une .

{a) Vulpian, Appareil vaso-moteur, t. I, p. 516.

[h) Ouimont et Laurent, Étude sur l'hijoscijamine et la daturine {Arch. de physiologie, 1870, p. 334.

(c) Legros et Onimus, Journal d'anatomie et de physiologie de Ch. Robin, 1S69.

Dans un premier groupe, j'examinerai d'abord les purgatifs agissant en augmentant la sécrétion intestinale, sans exagérer pour cela les mouvements péristaltiques.

Dans le deuxième groupe, groupe intermédiaire, je placerai les substances purgatives qui agissent en augmentant la sécrétion et en exagérant aussi les contractions intestinales; ici nous étudions deux groupes de purgatifs, les uns agissant surtout sur la sécrétion intestinale proprement dite, ce sont les drastiques ; les autres ayant une action spéciale sur la bile, ce sont les cholagogues. •

Le troisième groupe sera constitué par les médicaments qui produisent une action purgative en agissant exclusivement sur la tunique musculaire; ce seront, si vous voulez, les purgatifs musculaires, et parmi eux se trouvent l'atropine et les strychnos.

Il est enfin un dernier groupe dans lequel rentrent les substances qui agissent par une action mécanique. Ce sont les purgatifs mécaniques.

Je commencerai par le premier groupe, c'est-à-dire j'étudierai les purgatifs qui augmentent la sécrétion intestinale sans exagérer les contractions intestinales. 11 y a dans ce groupe trois ordres de purgatifs : l°les purgatifs salins; 2° les purgatifs sucrés; 3° les purgatifs végétaux non drastiques.

Ces purgatifs salins sont à base de soude, de magnésie, de Des purgatifs potasse; et, avant de donner un rapide aperçu de ces purgatifs, permettez-moi de vous faire remarquer qu'au point de

façon mécanique et ceux qui agissent tenant de l'acide cathartique (séné,

sur la constriction des muscles in- rhubarbe), 3" les glycosides anhydres

testinaux. (coloquinte et al ces), 4° les corps

Les purgatifs proprement dits sont gras (huile de ricin), 5° les mannites

subdivisés en cinq genres : 1° les (sucres et surtout sucre de lait) (a), sels neutres, 2° les substances con-

(a) Sée, Des dijspepsies gadro-iniestinales. Paris, 1881, p. 312.

salins.

vue de leur action nocive, il y a de grandes différences entre Actiontoxi>e ^.gg tpols scls ; à cct égard les expériences de Grandeau, Jolyet

de soude, de et Cahours, Rabuteau, Moreau sont absolument confirmapotasse et de. /NT 11 !• 1-1

magnésie, tivcs («). Lcs scls QC soudc mtroduits dans le sang ne sont pas toxiques. On peut injecter jusqu'à 20 grammes de sulfate de soude dans les veines d'un chien sans produire d'accidents, mais 2 à 6 grammes de sulfate de magnésie, ou bien encore 2 à 3 grammes de sulfate de potasse déterminent chez l'animal des accidents mortels, et si l'on avait à classer par ordre toxique ces différents sels, on devrait placer ici, en première ligne, les sels de potasse, puis viendraient les sels de magnésie et en dernier lieu les sels de soude.

Sels Les sels de soude fournissent un grand nombre de purga-

tifs ; nous avons le sulfate, le tartrate, le citrate et le phosphate qu'on peut utiliser. Mais, à coup sûr, le plus employé et l'un des meilleurs est le sulfate de soude, appelé aussi sel de Glaiiber (1). C'est un excellent purgatif qui, à la dose de 30 à 50 grammes, donne de merveilleux résultats sans provoquer de coliques trop vives.

{{) Sulfate de soude {?>q\ à'Y.\i?,om, tique. A plus fortes doses (30 à 5 de Lorraine, sel de Glauber, soude grammes), il agit comme purgatif vitriolée), cristallise en prismes efflo- et donne des selles séreuses. On rerescents, blancs, très solubles dans marque souvent de" la constipation l'eau, insolubles dans l'alcool, d'une après un usage prolongé de ce pursaveur amère et désagréable. Il existe gatif.

dans beaucoup d'eaux minérales et Le sulfate de soude entre dans la

dans certaines plantes marines; on composition de plusieurs prépara-

l'obtient aussi par Févaporation des tiens : Eau fondante, sel deGuindre,

eaux salines de Lorraine. tisane royale et médecine noire du

A petites dose (1 à 3 grammes) le Codex, lavements purgatifs (15 à 60

sulfate de soude agit comme diuré- grammes pour 500 grammes d'eau).

(a) Rabuteau, Etude expérimentale sur les effets physiologiques des fluorures, et des composés métalliques en général. Paris, 1867. — Grandeau, Exp. surVaction physiologique des sels de potassium, de sodium et de rubidium {Journ. d'analomie et de physiologie, 1864). — Jolyet et Cahours, Actio7i j^hysiologique des sidfates de potasse, de soude et de magnésie {Arch. de physiologie, 1869). — Rabuteau, Arch. de physiologie de Brown-Séquard.

de soude

Sulfate de soude.

Souvent à la consultation vous m'avez va ordonner une eau purgative que j'appelle eau purgative de Vhôpital Saint- Antoine et qui consiste dans le mélange suivant :

Sulfate de soude.

Sel de Seiq'uelte [ âà 20 sv

Otl lie OOlgilCllU /■

Crème de tartre ]

Citrate

Tartratc de soude.

pour un litre d'eau. Vous faites prendre un ou plusieurs verres de cette solution tous les matins. C'est un purgatif bon marché qui s'adresse bien à la clientèle de nos consultations hospitalières.

Poton et Guichon (de Lyon) («) ont vanté le citrate de de'^l'oade soude, mais ce médicament est presque oublié aujourd'hui à cause de ses effets tardifs (1).

Dclioux de Savignac (2) a préconisé le tartrate de soude, mais ce sel est aussi délaissé. Il en est de même du phosphate de soude, ou sel admirable perlé, qu'on ordonnait à la de soude. dose de 30 à 60 grammes dans le bouillon aux herbes (3). On a même fait avec ce sel une eau purgative gazeuse.

(1) Le citrate de soude neutre est cristaux transparents, inaltérab'es à incolore, inodore, d'une saveur salée, l'air, s'effleurissant par la chaleur, non anière; il cristallise en pyrami- solubles dans l'eau froide, plus dans des à six faces; estefflorescentà l'air l'eau bouillante, insolubles dans l'alsec, très soluble dans l'eau. Il se cool.

donne à la dose de -iO à 60 grammes. Le tartrate neutre de soude a peu

Ce sel a été proposé par Guichon, de saveur, et une solution de ce sel

pharmacien à Lyon; Potton, médecin aromatisée avec du sirop de limons,

de l'Antiquaille, l'a expérimenté et a fleurs d'oranger, framboises, etc.,

vu que 40 grammes ont suffi pour constitue, d'après Delioux de Savi-

purgerlesjeunes sujets, 55 grammes- gnac, un breuvage d'un goût extrê-

pour des sujets plus âgés. moment agréable. La dose habituelle

On peut donner ce sel dans une li- est de 40 grammes {b).

monade gazeuse. (3) Le phosphate de soude (sel ad-

(2) Le tartrate de soude est en mirable perlé, sel purgatif insipide),

[a] Potton, Gazette médicale de Lyon, et Bouchardat, Manuel de matière médicale, de thérapeutique et de pharmacie, t. U, p. 100, 1873.

(6) Delioux de Savignac, De l'emploi du tartrate de soude comme purgatif. Paris, 1851.

Sulfovîiiate de soude.

Chlorure de sodium.

Enfin, pour en finir avec les sels de soude, je vous signalerai le sulfovinate de soude, introduit en 1870 dans la thérapeutique par Rabuteau et aujourd'hui abandonné à cause de son instabilité (1). Ce sulfovinate de soude se transforme en effet en bisulfate, sel des plus acides et des plus irritants fâ) .

Le chlorure de sodium devrait être rangé dans ce groupe, car les solutions de chlorure de sodium et même l'eau de mer sont conseillés comme purgatifs. Rayer avait été plus loin et avait pensé que l'eau de mer, outre son action purgative, pouvait avoir une action curative du cancer, et

cristallise en prismes rhomboïdaux terminés par une pyramide à quatre faces. Incolore, d'une saveur fraîche, non désagréable, très soluble dans l'eau, purge sans nausées, ni coliques, et provoque des évacuations séreuses et bilieuses comme le sulfate de soude.

Il se donne à la dose de 30 à 60 grammes.

Bouillon aux herbes ou apozème d'oseille composé :

Feuilles fraîches d'oseille. 60 gr.

— de laitue 30

— poirée ou bette.. 15

— rerfeuil 15

Eau 1500

Faites bouillir jusqu'à cuisson et ajoutez :

Beurre frais 10 gr.

Sel marin 3

Bouillon de veau :

Veau fîOO gr.

Eau 1 litre.

(1) Le sulfovinate de soude, ou éthylsulfate de soude, cristallise en tables hexagonales ; il est blanc, d'une

saveur fraîche, sans amertume, très soluble dans l'eau, l'alcool faible et la glycérine, insoluble dans l'éther, un peu dans l'alcool fort. D'après Rabuteau, 25 grammes dissous dans trois verres d'eau ordinaire ou d'eau de Seltz amènent chez l'adulte de 5 à 6 selles ; 10 grammes suffisent chez les enfants.

(2j Le chlorure de sodium (sel marin, hydrochlorate de soude, muriate de soude, sel commun) est en dissolution dans l'eau de mer, ou à l'état solide sous form.e de bancs, de sel gemme. On le rencontre ainsi en France, àDieuze (Meurthe), à Monlmoros et à Salins (Ardennes), à Château-Salins; à Salins (Basses-Pyrénées) ; en Pologne à Wieliczka.

Le chlorure do sodium est incolore, inodore, d'une saveur salée et fraîche ; il cristallise en cubes ; il est soluble dans l'eau froide, plus dans l'eau bouillante, insoluble dans l'alcool absolu.

Administrée petite dose, le sel est stimulant; à haute dose il est purgatif; comme purgatif on l'emploie surtout en lavements : une cuillerée de sel pour 500 grammes d'eau.

DES PURGATIFS SAIJNS.

pour rendre cette eau plus supportable il avait imaginé de la rendre gazeuse. Lebert a repris cette idée et conseille l'eau de mer gazeuse comme laxatif {a). Quoi qu'il en soit, dans nos ports de mer il est fréquent de voir les marins, pour se purger , prendre plus ou moins d'eau de mer et obtenir ainsi des effets purgatifs des plus manifestes.

La magnésie (1), comme la soude, fournit à la thérapeutique de nombreux purgatifs. Tout d'abord, nous avons : la magnésie dite calculée, étudiée surtout par Fonssagrives et qui, au point de vue pharmaceutique, se présente sous deux états, ou bien comme substance légère, privée d'eau et appelée magnésie française, par opposition à la magnésie anglaise qui est lourde, pesante, et s'appelle aussi magnésie de Henry o\ide Hoiuard.

Cette substance est un excellent purgatif surtout pour les enfants, et je ne connais pas de meilleur médicament à la

Sels de magnésie.

Maffnésie.

(1) La magnésie, ou oxyde de magnésium, s'obtient en calcinant l'hydrocarbonate de magnésie. Elle se présente sous l'aspect d'une poudre blanche, légère, sans saveur, infusible aux plus hautes températures; elle est insoluble dans l'eau si elle a été fortement calcinée.

On fait usage de deux sortes de magnésie : 1° la magnésie lourde, ou magnésie blanche, magnésie anglaise, magnésie de Henry; cette magnésie lourde se présente en petits grains durs; elle est beaucoup plus lourde que la magnésie calcinée-, et est insoluble dans l'eau; 2" la magnésie légère ou magnésie française, magnésie calcinée ordinaire; elle se donne aux jeunes enfants à la dose de

50 à 60 centigrammes, aux adultes à la dose de 6 à 8 grammes.

On administre la magnésie soit en tablettes, soit dans du chocolat, soit en sirop, soit en potion, soit aussi sous forme granulée, granules magnésiens effervescents préparés en Angleterre principalement. On reproche à la magnésie d'être parfois le point de départ de concrétions intestinales, de bézoards plus ou moins volumineux.

La magnésie faiblement calcinée a été proposée comme antidote dans les empoisonnements par l'acide arsénieux et comme neutralisant dans les empoisonnements par les acides minéraux.

(a) Lebert, Sur remploi à Vintérieur de Veau de mer {Archives de médecine, oct. 1879).

Sulfate de maarnésie.

dose de une ou deux cuillerées à café pour provoquer chez eux les garde-robes.

On peut la conseiller aussi pour les adultes ; mais ses effets s'épuisent et l'on voit quelquefois à l'effet purgatif succéder une constipation plus ou moins opiniâtre et même dans certains cas l'abus de cette magnésie peut produire des calculs intestinaux. En pharmacie, on a fait deux bonnes préparations avec la magnésie : l'une est dite médecine à la magnésie, formule de Mialhe, l'autre est appelée lait de magnésie (1).

A côté, vous placerez le carbonate, ou mieux le souscarbonate de magnésie (2), décrit sous le nom de magnésie blanche; elle est peu usitée et employée plutôt pour combattre l'acidité trop grande de l'estomac.

C'est encore la magnésie qui fournit le sel le plus employé comme purgatif : le sel d'Epsom ou de Sedlitz, qui n'est que du sulfate de magnésie (3), et c'est avec ce sel dissous dans

(1) Médecine de magnésie (Miallie) :

Magnésie calcinée 8 gr.

Eau 40

Faites bouillir :22 minutes et ajoutez :

Sucre 50 gr.

Eau de fleurs d'oranger... 20

Cette médecine agit cinq ou six heures après avoir été prise : on la prendra le matin à jeun, et après son administration on boira un demiverre d'eau froide.

Lait de magnésie :

Magnésie calcinée 10 gr.

Eau pure 80

Eau de fleurs d'oranger... 10

Après l'administration de ce lait, boire un liquide sucré.

(2) Carbonates de magnésie. — 11 y a trois carbonates de magnésie :

1° un neutre; 2° un bicarbonate et 3° un sous-carbonate appelé aussi magnésie blanche, magnésie carbonatée, carbonate de magnésie.

Ce sel se présente sous forme de masses cubiques, d'un beau blanc, doux au toucher, insipide, inodore, inaltérable à l'air, insoluble dans l'eau, soluble dans l'acide chlorhydrique. On l'administre, soit en poudre à la dose de 50 centigrammes à 5 grammes, soit en eau purgative, eau magnésienne, bonne préparation qui purge légèrement et peut être donnée comme absorbant des acides de l'estomac.

(3) Sulfate de magnésie (sel d'Epsom, sel de Sedlitz ou d'Egra, sel cathartique amer). — C'est un sel blanc, inodore, d'une saveur amère

DES PURGATIFS SALIiNS.

l'eau et additionné d'acide carbonique en plus ou moins grande quantité que se font les eaux de Sedlitz artificielles. Si vous formulez sans fixer la quantité du sel que le purgatif doit renfermer, l'eau de Sedlitz est à 30 grammes de sulfate pour 650 grammes d'eau gazeuse : Il est donc nécessaire, si vous désirez augmenter la dose, de bien le spécifier.

Le sulfate de magnésie a été pendant longtemps le sel le plus employé, mais en 1847 un rival dangereux lui fut suscité par un pharmacien d'un petit village de l'Aisne (Anisyle-Château), Rogé, qui s'est acquis, par sa découverte du citrate de magnésie (1), une grande renommée. Il y a plu-

de

Citrate magnésie.

et désagréable, cristallisé en prismes quadrangulaires terminés par une pyramide à quatre faces, il s'effleurit à l'air, est soluble dans 1 eau et insoluble dans l'alcool. On le prescrit à la dose de 30 à 50 grammes dans deux ou trois verres d'eau, pour l'adulte. On l'administre aussi soit sous forme d'eaux de Sedlitz gazeuses artificielles, soit sous forme d'eaux minérales naturelles (Sedlitz, Pullna, Birmenstorfj, soit encore en lavements.

Souvent le sulfate de magnésie du commerce est mélangé avec du sulfate de soude. Liebig a proposé le moyen suivant pour déceler la fraude : On ajoute à la solution de sulfate de magnésie, du sulfate de baryum, qui précipite toute la magnésie en même temps qu'il se dépose du sulfate de baryte ; on ajoute à' la liqueur filtrée de l'acide sulfurique en petit excès pour décomposer l'excès de sulfure de baryum et séparer tout le baryum à l'état de sulfate de baryte; si la liiagnésie est pure, il ne reste en dissolution que de l'acide sulfurique qui se dissipe par évaporation; s'il y a du sulfate de soude, il

reste dans les liqueurs, et on l'obtient pour résidu de leur concentration.

(1) Citrate de magnésie. — Ce sel dépourvu de la saveur amère et désagréable du sulfate de soude, est blanc, à peine sapide, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. C'est un purgatif agréable, qui purge sans occasionner ni soif ni épreintes et donne à peine quelques coliques très légères. La dose pour l'homme est de 45 grammes et de 40 pour la femme (Soubeyran).

Le citrate de magnésie sert à préparer de nombreuses limonades de Garot, Thévenot, Piobiquet, Bouchardat; les limonades les plus connues sont celles de PiOgé (chaque bouteille contient 50 grammes de citrate de n-agnésie et 23'', 50 d'acide citrique libre) ; on a fait aussi des tablettes au citrate de magnésie qui sont prescrites surtout aux enfants.

Il est aussi une autre préparation facile à employer : c'est le citrate de magnésie granulé effervescent de Draper. Cette préparation n'est pas du citrate, mais du tartrate mêlé de citrate et de sulfate de magnésie; on la donne à la dose de 30 à 60 gram-

sieurs préparations de ce sel, qui s'emploie à la même dose que le sulfate de magnésie et sert de base à la limonade purgative, médicament agréable à prendre, mais qui a quelques inconvénients qui restreignent un peu son usage. Ce sel, lorsqu'il est mal préparé, a des effets tardifs, de sorte que souvent le malade, n'obtenant pas les effets désirés, mange quelque temps après avoir pris sa purgation, et il survient, sous cette influence, une véritable superpurgation. On a proposé de lui substituer le tartrate (i), et Chevalier a beaucoup vanté ses avantages, mais il n'est pas adopté.

Dorvault a entrepris quelques expériences intéressantes sur les différents résultats purgatifs obtenus comparativement avec les sels de magnésie et a montré que, toutes choses étant égales d'ailleurs, c'était le sulfate de magnésie qui produisait l'action purgative la plus intense (2).

mes dans une bouteille d'eau sucrée, à boire par verres de demi en demiheure.

(1) Le tartrate de magnésie est cristallin, peu soluble. On emploie surtout le bitartrate de magnésie, qui est plus soluble et qui entre dans la composition des limonades. Garnieraproposélapréparation suivante:

Carbonate de magnésie... 15 gr.

Acide tartrique 2'2

Eau 600

Dissolvez, filtrez et édulcorez avec 60 grammes de sirop tartrique; aromatisez avec citron ou orange.

(2) Dorvault a fait des expériences sur sept jeunes gens du même âge et dans un bon état de santé.

Chacun d'eux a pris, à dix jours d'intervalle, une dose de magnésie calcinée (79', 50), une dose de citrate de magnésie (30 grammes) et une dose de sulfate de magnésie (4-4 grammes).

Ces purgatifs ont été administrés dans 150 grammes d'eau, et l'on s'est placé dans des conditions identiques de préparation et de régime.

Or, voici les résultats qui ont été constatés :

1"^ Relativement au nombre des évacuations, il yen a eu en moyenne 2,83 avec la magnésie calcinée; 3,28 avec le citrate ; 4 avec le sulfate de magnésie;

2° Relativement à la durée de l'action purgative, elle a été, pour la magnésie calcinée, de 18,83 heures; de 11 heures pour le citrate; de 8,60 pour le sulfate;

3° Relativement au poids des évacuations, il a été, pour la magnésie calcinée, de l'',017 en moyenne; pour le citrate, de -1^,11 1 ; pour le sulfate, de2^200;

4° Relativement à- la nature des selles ; elles ont été féculentes pour la magnésie ; demi-séreuses pour le citrate ; séreuses pour le sel d'Ëpsoni ;

Enfin, si l'on s'en rapporte aux expériences de Laborde, le chlorure de magnésium comme le chlorure de sodium doit être rangé parmi les purgatifs, avec cette différence toutefois que le chlorure de magnésium, faisant exception dans le groupe des purgatifs salins, agirait surtout en excitant et en activant les contractions intestinales {b).

Les sels de potasse sont très toxiques, comme je vous le disais, ce qui explique leur usage peu fréquent comme purgatifs. On a vanté le sulfate de potasse ou sel de Diwbiis, à la dosede4à8 grammes ; le tartrate àladose de 20 grammes (i); mais ils sont abandonnés et le seul sel conservé et qui mérite de l'être, c'est un sel double de potasse et de soude (2), le sel de Seignette, fort vanté par Trousseau (3), et qui est excel-

Chlorure

maanésiuni.

Sels de potasse.

5° Relativement aux efïets produits, l'action nauséeuse a été très marquée avec le sulfate de magnésie; moindre avec la magnésie ; nulle, avec le citrate, et certains purgatifs ont -produit du ténesme, mais le sulfate de magnésie plus que les autres (?). La soif, ardente avec ce dernier sel, a été modérée avec la magnésie et nulle avec le nitrate (a).

(1) Sulfate de potasse (sel de Duobus, tartre vitiiolé, sel polychreste de Glaser) : blanc, inodore, d'une saveur amère et désagréable, cristallise en prismes hexagonaux courts, inaltérable à l'air, soluble dans l'eau, plus à chaud qu'à froid, insoluble dans l'alcool.

Le sulfate de potasse doit être employé avec une grande prudence; comme laxatif on le prescrit à la dose de 4 à 8 grammes pour un litre de tisane; comme purgatif on nedoitpas administrer plus de 10 à 15 grammes.

Il provoque des coliques assez vives.

(2) Tartrate de potasse neutre (tartre soluble, tartre tai'tarisé, sel végétal) : blanc, cristallise en prismes rectangulaires, courts, terminés par des sommets dièdres, soluble dans l'eau. Il a une saveur désagréable ; il agit assez promptement sans donner de coliques, à la dose de 15 à 30 grammes.

Eviter dans sa prescription de l'associer à des matières acides qui troublent sa solution et s'emparent d'une partie de la potasse et précipitent de la crème de tartre.

(3) Tartrate dépotasse ou de soude (sel de Seignette, sel de la Rochelle), découvert par Seignette, pharmacien à la Rochelle, en 1672. Il cristallise en prismes à huit ou dix faces inégales, efflorescent à l'air, incolore, inodore, d'une saveur amère, il est soluble dans l'eau, plus à chaud qu'à froid.

(rt) Dorvault, Statistique des purgatifs magnésiens, 1851.

{b) Laborde, De Faction physiologique du chlorure de magnésium (Soc. de biologie, U et 31 mai 1879 et Tribune médicale, nos 568, 572, 1872, 1879).

powders.

Sel

deseignette. lent. Il GsL agréable, non irritant et mérite de prendre rang dans la thérapeutique. ]1 se donne à la dose de 15 à 30 grammes.

Les Anglais , qui, vous le savez, ont repoussé les clys- Des sediitz- tères, ont perfectionné l'usage des purgatifs salins et ont préparé des poudres purgatives, les sedUtz-powders, qui sont un mélange effervescent de tartrate de potasse et de soude (i). C'est une bonne préparation dont vous pourrez vous servir avantageusement.

Tel est, messieurs, l'ensemble des purgatifs salins, purgatifs d'une haute utilité et dont vous userez à chaque instant pour combattre la constipation et obtenir des effets dérivatifs sur le tube digestif; dans le cours de ces leçons je reviendrai sur l'emploi de ces sels qui présentent cet" avantage d'être bien supportés par l'estomac, et de déterminer un flux diarrhéique sans trop irriter la muqueuse intestinale et sans déterminer de coliques trop vives.

De tous les sels que je viens d'énumérer, les plus employés sont : le sulfate de soude, le sulfate et le citrate de magnésie et le tartrate double de potasse et de soude. Mais ces pré-

11 se donne à la dose de 15 à crème de lartre à la dosedeSO gram-

30 grammes. mes : 30 grammes suffisent quand

On a proposé aussi d'employer le on veut entretenir la liberté du

bitartrate de potasse (crème de tar- ventre.

tre), sel incolore, inodore, cristal- (1) Poudre gazogène laxative;

lise en prismes quadrangulaires, sedlitz-powders (Codex, fr.).

très courts, coupés en biseaux aux „■ , , i- , o

' I Bicarbonate sodique pulv z

deux extrémités, demi-trausparents. xartrate de potasse et de soude pulv. 6 Peu soluble dans l'eau froide, insoluble dans l'alcool. Mêlez, faire un paquet bleu.

Peu employé, on lui préfère la crème de tartre soluble (tartrate bo-

rico-potassique) blanche, incristalli- Faire un paquet blanc,

sable, a une saveur aigre; la crème On fait dissoudre d'abord le pa-

de tartre est très soluble dans l'eau. quet blanc dans un demi-verre d'eau,

D'après Trousseau, il faut, pour on ajoute ensuite le paquet bleu et

produire un effet purgatif, donner la l'on fait avaler.

Acide tartrique pulv 2 ■

Des

paradons pharmaceutiques viennent de voir s'élever contre elles une redoutable concurrence par les eaux médicales purgatives ; eaux naturelles qui offrent tous les avantages que présentent les purgatifs précédents et qui peuvent être données à dose minime et à des prix relativement modérés, grâce aux communications faciles qui unissent les différents points de l'Europe.

Je vous dois un rapide exposé de ces eaux purgatives, et si, dérogeant à mes habitudes, je n'ai pas placé cet aperçu à la suite des moyens hygiéniques dont nous disposons pour combattre la constipation, c'est ce que j'ai cru plus rationnel de rapprocher ces eaux de l'action des purgatifs salins, auxquels elles empruntent leurs éléments médicamenteux.

Les eaux purgatives sont rangées dans trois groupes prin- eaux minérales cipaux : T les eaux qui empruntent leur prmcipe actif aux chlorures, ce sont les eaux chlorurées ; 2° les autres aux sulfates sodiques, ce sont les eaux sulfatées sodiques; 3" enfin d'autres doivent leur action aux sulfates de magnésie, ce sont les eaux sulfatées magnésiennes. Et, messieurs, s'il fallait les ranger selon leur activité purgative, le premier rang appartiendrait aux eaux sulfatées magnésiennes , le deuxième aux sulfatées sodiques et le troisième aux chlorurée?.

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Je commencerai par ces dernières. Les eaux chlorurées diioiinées sont assez nombreuses en France; telles sont les eaux de Balaruc, Bourbon-Lancy, Bourbonne-les-Bains, Salies-de-Béarn, Salins (Jura), Bourbon-l'Archambault, Salins-Moutiers et Niederbronn en Alsace (1) ; toutes ces eaux chlorurées sodiques, froides ou chaudes, renferment de 2 jusqu'à 3 grammes à 20 grammes par litre de chlorure de sodium.

(1) Balaruc (France), à 12 kilo- température, 49 degrés; à la dose mètres de Cette ; eau chlorurée so- de cinq ou six verres, cette eau est dique thermale, renferme 7a'',0451 ; purgative.

Eaux sulfatées sodîques.

686 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTfQUE.

A l'étranger, ces eaux sont sinon plus actives, du moins plus connues ce sont : Kreuznach, Nauheim, Kissingen, Wiesbaden (1).

Les eaux sulfatées sodiques sont peu nombreuses en

Boiirbon-Laiicy (France, Saôiieet-Loire) renferme six sources chlorurées sodiques faibles, formant i'J^,30 de chlorure de sodium et ont une température de 28 à 56 degrés, elles sont laxatives à la dose de six verres par jour,

Bourbonne - les - Bains (France, Haute-Marne). Eau chlorurée sodique thermale avec S»'", 783 de chlorure de sodium; température de 49 à 56 degrés.

Salies-de-Béarn (France, Basses- Pyrénées). Eaux chlorurées sodiques très fortes, renfermant 230 grammes chlorure de sodium; température, 15 degrés. Ne se boivent qu'à très petites doses.

Salins (France, Jura). Eaux chlorurées sodiques fortes, froides, renfermant 22a'', 747, purgatives et diurétiques à la dose de un verre le matin, un verre le soir.

Bourbon-l'Archambault (France, .allier). Eaux chlorurées sodiques, renfermant 23',41 de chlorure de sodium; température de la source thermale de Bourbon-l'Archambault; 52 degrés.

Salins-Moutiers (France, Savoie).

Eaux chlorurées sodiques, faibles, analogues ta l'une des sources de Haulseim ; température de 36 à 38 degrés, renfermant M'j'-,317 de chlorure de sodium.

Niederbronn (Alsace). Eaux chlorurées sodiques froides; température

de 17 degrés, renfermant S^'^OSS de chlorure de sodium. Cette eau se boit à la dose de six à huit verres par jour; elle produit alors des effets purgatifs et diurétiques.

(1) Kreuznach (Allemagne). Eaux chlorurées sodiques, renfermant quatre sources, dont l'une, Elisenquelle, est froide; les autres ont une température variant entre 23 et 30 degrés. La quantité de chlorure de sodium est au minimum de 99'', 19 et au maximum de 143', 9.

Nauheim (Allemagne). Eaux chlorurées sodiques, se composant de deux sources principales: leKurbrunnen, qui renferme 14sr,42 de chlorure de sodium, et le Karlsbrunnen, qui en renferme 99', 86. Cette eau est purgative à la dose de un ou deux verres.

Kissingen (Allemagne). Voir plus haut Dyspepsie acide et pituiteuse, p. 432.

Wiesbaden (Allemagne). Eaux chlorures sodiques,. renfermant plusieurs sources, dont la plus utilisée en boisson est la Kochbrunnen, à la dose de un à six verres. Cette eau qui a une température de 68°, 7 renferme 69%82 de chlorure de sodium.

Voici le tableau fort complet des eaux chlorurées sodiques, que nous empruntons au travail de Gassot (a) sur les eaux minérales de France : -

(a) Gassot, Des eaux minérales de la France [Journal de Thérapeutique, 21 septembre 1879).

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France, je ne vous en citerai que deux : Miers (i), qui contient 2 grammes de sulfate de soude et dont on boit deux à trois litres par jour, par verres d'une contenance de 200 grammes et les eaux de Brides-en-Savoie (2), que

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