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TRAITEMENT DES TROUBLES SECONDAIRES DUS AUX AFFECTIONS

AORTIQUES

Sommaire. — Du nilrite d'amyle. — Son action physiologique. — Son application aux maladies du cœur. — Son emploi thérapeutique. — Des contreindications du nitrite d'amyle. — De la trinitrine. — Son action thérapeutique et physiologique." — Son mode d'administration. — Des angines de poitrine. — De leur nature. — De leur traitement. — De l'électricité. - Son action sur le cœur. — Des courants continus. — De la névrite du plexus cardiaque. — Des révulsifs. — Du bromure de potassium. — De l'iodure d'éthyle.

Messieurs, dans la leçon précédente nous avons vu que, dans les affections aortiques, la morphine ou les opiacés avaient pour but non seulement de combattre l'anémie résultant du trouble apporté à la circulation artérielle par la lésion des valvules sigmoïdes, mais encore que ces préparations pouvaient combattre aussi et la dyspnée, si fréquente dans ces affections, et les phénomènes angineux qui les accompagnent. Je vais vous montrer, messieurs, que d'autres médicaments peuvent atteindre le même but, et je conimencerai tout d'abord par l'étude de deux substances : le nitrite d'amyle et la trinitine, et" vous verrez que cetle dernière mérite désormais de rester dans la thérapeutique des affections cardiaques aortiques.

(1) Découvert en 1844 par Balard, une solution chaude de chlorhydrate

lenitrited'amyles'obtientpar l'action d'amylamineC^H^^AzCl; del'acide ni-

de l'acide nitreux sur l'hydrate d'à- trique sur l'alcool amylique (Wurtz).

myle G^H^-0, et sur l'amylamine Le nitrite d'amyle, qui a pour for-

C^H^Wz; du nitrite de potasse sur mule C^H'^AzO% est un liquide jaune

Du nitrite gjgjj ^^g découvert en France par Balard, en 1844, c'est

d'amyle. ^ '- ^

cependant surtout aux médecins anglais qu'on doit la con-

verdâtre, d'une densité de 0,877; sa vapeur est légèrement rutilante; il est volatil, bout vers 99 degrés quand il est complètement anhydre; détone vers 260 degrés. S'il est récemment préparé, sa réaction est neutre; mais au contact de l'air et de l'eau, il s'acidifie par la formation d'acides valérianique, nitrique et nitreux, et perd ses propriétés physiologiques.

Pour lui enlever son acidité et lui rendre sa pureté, 0. Berger conseille d'y ajouter un fragment de chlorure de calcium sec et une petite quantité de magnésie calcinée.

Le nitrite d'amyle est insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool rectifié.

11 faut être prévenu que dans le nitrite impur on peut trouver une plus ou moins grande quantité d'acide cyanhydrique.

Effets locaux. — Appliqué sur la peau saine, intacte, il ne produit rien; sur les muqueuses, il provoque de la vésication.

Injecté sous la peau, il ne cause pas d'irritation; mais, appliqué sur le tissu musculaire, il en détruit le pouvoir fonctionnel. Il peut être considéré comme un poison musculaire (Pick, Brunton). Appliqué sur le cœur d'une grenouille, il amène le ralentissement graduel des contractions, puis la paralysie de l'organe. Chez les lapins, au contraire, il provoque une augmentation de fréquence du pouls.

Ingéré par la bouche ou exhalé, il n'a que peu d'action sur le tube digestif; quelques malades ont eu cependant des nausées et des vomissements.

Circulation. — Il donne naissance

à quatre ordres de phénomènes : accélération du pouls, dilatation des dernières ramifications artérielles, diminution de la pression vasculaire, et abaissement de la température centrale. Quelques gouttes versées sur un mouchoir et inhalées amènent un raptus congestif du côté de la tête ; sensation de plénitude vasculaire, lourdeur de tête, battement des carotides et des temporales; accélération du pouls (120-180), augmentation et quelquefois irrégularité des battements du cœur.

Le visage devient rouge vermillon, légèrement cyanose; les conjonctives oculo-palpébrales, les lèvres, la langue et les muqueuses buccales sont injectées. Quelquefois on note des éblouissement s, des vertiges, du trouble dans les idées, une ivresse passagère. Dans quelques cas exceptionnels, on a constaté la pâleur de la face, de violents vertiges, la perte de connaissance même (S. Ringer). D'après Goodhart et T. Jones, la rougeur de la face n'arrive que 20 ou 30 secondes après l'inhalation, tandis que l'accélération du pouls se montre après 2 ou 3 secondes. Donné à haute dose d'emblée, le pouls tombe brusquement et remonte ensuite à un chiffre très élevé (Bourneville, Marsat, van Ermengen).

Respiration. — Elle est d'abord accélérée, puis elle diminue.

Les sécrétions sont parfois augmentées : sueurs profuses (Pick), glycosurie (Hoiïmann), diurèse plus abondante (Hoffmann, Rutherfort, Guttmann).

Sur les animaux, le nitrite d'amyle provoque d'abord les même phénomènes que chez l'homme; mais, si on

naissance des propriétés physiologiques et thérapeutiques du nitrite d'amyle. Guthrie ouvre la marche en 1859; il est bientôt suivi par Benjamin Richardson (1863), Gamgee, L. Brunton, Haddon, Forster, Farquarhson, Horatio Wood, etc., qui montrent le parti qu'on peut tirer du médicament; en Allemagne, R. Pick, Guttmann et Eulenberg, Bernheim, Filehne, etc., étudient aussi les propriétés de ce corps.

En France (1873), c'est-à-dire depuis le travail de Amez- Droz, publié dans les Archives de physiologie, quelques

force la dose, on note de la titubation, des tremblements, quelques contractions tétaniques attribuées par Wood à l'excitation du bulbe par le sang altéré sous l'influence du poison, puis la résolution musculaire et le relâchement des sphincters. En même temps, gêne de la respiration, pâleur de la peau et des muqueuses. Poussé à doses excessives, le nitrite tue par arrêt des mouvements respiratoires.

Bourneville, dans ses expériences sur les chats et les lapins, a constaté que la température baisse généralement et si les inhalations sont faites d'une manière progressive, avec des intervalles pendant lesquels on laisse l'animal respirer librement, il peut y avoir abaissement de 8 à 9 degrés au-dessous du chiffre normal. La respiration diminue de fréquence

chez l'animal soumis à l'influence du nitrite d'amyle.

D'après H. Wood, l'inhalation du nitrite d'amyle amène un abaissement de la température (1 à 2 degrés); pour Goodhart et Ladendorf, il y a, au contraire, élévation; chez l'homme, elle serait constante et pourrait persister pendant plus d'une heure.

Action sur lé sang. — Rabuteau range ce corps parmi les poisons hématiques, le sang d'un animal empoisonné ne présente plus le spectre de l'hémoglobine, et est devenu acide.

Ladendorf et Wolf disent avoir constaté que les vapeurs de nitrite d'amyle produisent une vive agitation des globules ; le contact direct du nitrite les dissout et leur donne une teinte de laque; les vapeurs ellesmêmes finissent par les dissooier (a)

(a) Balard, Ann. de ch. et de phijs., t. XU.— Personne, J. de j)harm., t. XXVI. et XXVn. — Guthrie, Journ. of the Chem. Soc., vol. XI. — B. Richardson, Med. Times and Gaz., vol. II, 1863; id., 1864; Brit. and for. Rev., LXXXI, 1868; 3Ied. Times and Gaz., 1870. — Gamgee, Phil. Transactions, 1868. — L. Brunton, Bericlite u. die Verhandl. der k. Sach. Ges. der W. s. Leipzig, 1868-1870. — Goodhart, The Practitloner, 1871. — Wood, Amer. Journ. of Med. Se, 4871. — Hoffmann, ReichkerfsArch., 1872. — R. Pick, Uber das Amylnitritu. s. Hier. Anwen., Bonn, 1874. — Gultman et Eulenberg, Reichkerts Arch., 1873. — Bernheim. Pflûger's Arch. fur Phys., VIII-. — Filehne, Arch. f. die Ges. Phys., H. 8, U. 9. — Ladendorf, Berlin, klin. Wochenschrift, 1875. — Bourneville, Soc. biolog., 1875, et Progrés médical, 1874. — Veyrières, De l'action thérap. .et physiol. du, nitrite d'amyle Thèse de Paris, 1874. — Rabuteau, Soc. biolog., 1875. — A. Marsat, Des usages thérap. du nitrite ^d'amyle. Paris, 1875. — G. Paul, Soc. de Thérap., 1875. — E. van Ermengen, Etude sur le nitrite d'amijle, Louvain, 1876.

études furent faites, et nous devons citer le mémoire de Bourneville, les thèses de Marsat et de Veyrières. En Belgique, signalons la monographie publiée récemment à l'université de Louvain, sur ce sujet par le docteur van Ermengen. Actîonphy. Lc uitriie d'amyle, ou éther amylnitreux, possède la

siologique . , . , -'.ri . ,

du smguliere propriété de provoquer une congestion très raardwie '^1^*^^ ^^ ^"^ ^'^^^- ^^ suffit, pour provoquer ce phénomène, ainsi que bien souvent vous en avez été témoins dans nos salles, de répandre sur un mouchoir quelques gouttes de ce nitrite, liquide très odorant, qui rappelle assez bien l'odeur de certaines poires, puis de le faire respirer immédiatement au malade. On voit, au bout de quelques secondes, la face se congestionner, Fœil devenir brillant, le malade accuser même des vertiges, la peau augmenter de chaleur et le pouls de fréquence; en quelques minutes, l'action du médicament est à son apogée, puis bientôt tout rentre dans l'ordre, et il ne reste plus trace, au bout de quelques minutes, de ce qui s'est passé. Ces phénomènes si marqués du côté du visage, à la dose de 5 à iO gouttes, deviennent beaucoup plus accusés à dose plus forte : dans ces cas, la face prend une teinte violette, et la congestion est si violente, que le sang paraît prêt à sortir à travers la peau et les muqueuses.

Cette congestion si prononcée de la face atteint aussi l'encéphale; pour s'en rendre compte, il suffit d'expérimenter sur un animal trépané ; on voit manifestement à chaque inhalation se produire une congestion très vive du cerveau qui devient turgescent, et fait saillie à travers l'ouverture de la voûte crânienne (1).

(1) C. Bader, oculiste à Guy's Hos- ainsi que des vaisseaux de la pupille ;

pital, dit avoir constaté, k l'ophthal- Engelmann, Steketee, Mac Bride,

moscope, l'augmentation de volume SchûUer, etc., ont constaté, chez des

des artères et des veines rétiniennes animaux trépanés, l'injection vive des

En même temps qu'il y a congestion cérébrale, il y a modification du pools; il augmente de fréquence, sa tension diminue, et, si l'eflet est trop prononcé, il devient irrégulier.

Je ne veux pas vous faire ici l'histoire physiologique du nitrite d'amyle (1); ce serait, je l'avoue, une étude extrêmement intéressante, et donnant lieu à des discussions physiologiques importantes, mais cela nous éloignerait trop de notre sujet. Sans discuter ici les diverses explications physiologiques que l'on a proposées pour rendre compte de cette congestion si vive de la face," soit que l'on adopte l'idée de Richardson, qui veut que le nitrite d'amyle ait une action directe et immédiate sur le cœur, dont il augmenterait les con-

vaisseaux des méninges et la turgescence du cerveau lui-même ; d'après SchùUer, la dilatation des vaisseaux de la pie-mère serait très apparente, après trois à cinq inspirations de nitrite d'amyle (a).

(Ij Pour Richardson, le nitrite d'amyle est un stimulant du cœur, et la dilatation des vaisseaux est due à la suractivité du muscle cardiaque.

Pour Bernheim et Filehne, la dilatation des vaisseaux et la diminution de tension artérielle sont d'origine centrale, et s'expliquent par une diminution de la tonicité vasculaire ; pour Steketee et Engelmann, ce phénomène dépend d'une action réflexe suspensive exercée sur les centres vaso-moteurs rachidiens. L. Arunton, Pick et d'autres observateurs admettent que le nitrite d'amyle agit directement sur les fibres lisses des vaisseaux, comme sur les fibres contractiles en général, en les paralysant.

Amez-Droz, 0. Berger, Schram, Mayer et Friedrich attribuent à la dilatation vasculaire une origine périphérique, tandis que Huizinga, d'après ses expériences sur la membrane interdigitale des grenouilles, l'explique par la diminution d'activité tonique des cellules nerveuses existant dans la paroi des vaisseaux ; d'autres invoquent l'irritation des fibres musculaires dilatatrices par un sang chargé d'acide carbonique ou une vive stimulation musculaire, à laquelle succède promptement un état de paralysie et de dilatation (Amez- Droz).

Pour d'autres, enfin, on pourrait rapporter les divers phénomènes que produit le nitrite d'amyle à l'action du médicament sur les centres nerveux et sur les éléments anatomiques de la paroi vasculaire, et aussi à la modification plus ou moins grande que subit le sang par l'accumulation de l'acide carbonique {b).

[a) Bader, The Lancet, 1875. — Steketee, Thèse d'Utrecht, 1873. — Mac Bride, The Chicago Journ., 1875. — Schûller, Berlin, klin. Wochenschrift, 1875.

(b) Voy. art. Nitrite d'amyle, in Diction, de Thérap. de Dujardin-Beaumetz.

tractions, soit qu'on admette qu'il agisse particulièrement en paralysant les nerfs constricteurs des petits vaisseaux, soit enfin qu'on invoque son action particulière sur le sang, le phénomène n'en existe pas moins, et, au point de vue de l'action physiologique du nitrite d'amyle, il faut surtout faire ressortir les deux points suivants : tension artérielle moindre, fréquence des battements du cœur et congestion vive de la face, du cerveau et de ses enveloppes.

On comprend facilement que la tension soit moindre; cette congestions! vive permet, en effet, un passage plus facile au sang et diminue le travail actif du cœur. Mais il n'en est pas moins vrai que, soit directement par action sur le cœur, soit indirectement par action sur les nerfs ou sur le bulbe, le nitrite excite les contractions du muscle cardiaque et agit comme tonique de la circulation.

Cette action tonique de la circulation, surtout à faible dose, est, je le reconnais, très fugace, et fait place, si les doses sont plus élevées, à des phénomènes tout opposés, c'est-à-dire à une véritable paralysie du côté du cœur. C'est là, messieurs, un fait bien fréquent dans l'étude des médicaments; je vous l'ai montré pour la digitale; vous avez vu que ce merveilleux tonique du cœur devenait à haute dose un paralysant de cet organe; il en est de même pour le nitrite d'amyle : selon les doses, les résultats sont différents.

Ces données acquises, il m'a paru logique d'appliquer ses propriétés incontestables d'excitation du cœur et de congestion encéphalique au traitement des affections cardiaques (1).

(1) Guthrie, en 1859, a proposé de de W. G. Dabney, T. A. Bural, Bor-

l'employer pour « ranimer les défail- dier, SchûUer, Goodhart, Bader,

lants », et, depuis, bien des médecins Munro montrent quels résultats excel-

se sont servis de ce corps pour com- lents on peut tirer du nitrite d'amyle

battre avec succès les syncopes brus- pour lutter contre l'anémie cérébrale

ques et les pertes de connaissance due au chloroforme. Et aujourd'hui

liées àl'anémie cérébrale. Les travaux l'action antidotique de l'éther amyl-

Gomme tout corps nouveau, l'éther amylnitreux a été appliqué à la cure de nombreuses affections, depuis le choléra jusqu'à l'épil'epsie, en passant par le tétanos, etc., maladies contre lesquelles le médecin a si peu d'action. Mais aucune application réelle aux maladies cardiaques n'a été faite, sauf cependant l'angine de poitrine (1). C'est contre cette angine

nitreux et du chloroforme paraît assez bien établie. 11 n'en est pas de même de l'antidotisme qui, pour Richardson, existerait entre le nitrîte et la' strychnine (a).

(1) Le docteur Lauder-Brunton, médecin de Saint-Bartholomew's Hospital, fit son premier essai sur un jeune homme de vingt-six ans, atteint d'insuffisance aortique, avec hypertrophie du ventricule gauche. Les accès revenaient toutes les nuits et duraient une heure. Après avoir, sans succès, ordonné la digitale, l'aconit, la lobélie, l'eau-de-vie, les stimulants, les ventouses, etc.,. L. Brunton pratiqua de petites saignées qui produisirent d'assez bons résultats, puis s'adressa au nitrite d'amyle, comme à un médicament destiné à diminuer la tension vasculaire. On versa cinq à dix gouttes de nitrite d'amyle sur un mouchoir, et, après une inhalation de 30 à 60 secondes, les douleurs disparurent. Ces inhalations furent renouvelées toujours avec succès, et l'on remarqua que l'accès de la nuit suivante était généralement supprimé.

L. Brunton dit avoir vu, dans tous les cas , la maladie guérir après l'usage d'une once de nitrite d'amyle. Dans les cas d'anévrysme, où la douleur était continue, elle ne cédait pas au médicament.

D'autres médecins ont employé aussi le nitrite d'amyle avec succès; le docteur Madden, atteint d'insuffisance mitrale et sujet à des accès d'angine de poitrine, s'est guéri par des inhalations de cinq gouttes de nitrite.

En 1873, Amez-Droz a publié dans les Archives de physiologie une observation très intéressante d'angine de poiti'ine, très améliorée par le nitrite. Bourneville (Société de biologie) et d'autres observateurs ont relaté des faits analologues.

Depuis la publication de ces Leçons de clinique thérapeutique, il a paru quelques travaux sur l'emploi du nitrite d'amyle dans les maladies du cœur. Parmi ces travaux, il faut signaler celui d'Edgard Kurz (de Florence), qui s'est montré très partisan du nitrite d'amyle pour le traitement des accidents syncopaux dans les maladies du cœur.

Voici en résumé, d'après M. le D'' E. Kurz, les principales indications de l'emploi du nitrite d'amyle :

1° Affections organiques du cœur, avec affaiblissement marqué de cet organe; 2° Affaiblissement consécutif aux diarrhées cholériformes ; 3° Hydrocéphalie des enfants ; 4° Attaques tétaniques ou éclamptiques ; 5° Accès d'asthme; 6» Frisson palustre.

(a) Dabney, The Richemond and Louis. Med. Journ., 1874.. — Burral, New-Yovk Med. Gaz., 1870. — Bordier, Journal de Thérap., 1874. — Schiiller, Berlin. Min. Wochenschrift, 1874. — Bader, The Dangers of Chloroform, etc., and Nitrite of Amyl {The Lancet, 1875).

dépendant le plus souvent d'une maladie du cœur, que Brunton a conseillé le nitrite d'amyle ; mais, en dehors de ces cas, on paraît ne pas avoir fait usage de ce médicament. Pour moi, je pense qu'on peut trouver, qu'on trouve même dans le nitrite d'amyle un puissant moyen pour le traitement des affections aortiques, moyen venant après l'opium, et qui, dans bien des cas, combattra heureusement non seulement l'angine, mais encore et surtout la tendance aux syncopes des individus porteurs de lésions aortiques.

Moded'ad- Comment devez-vous employer ce médicament? il faut tion. que le nitrite a amyle soit pur, et, a ce propos, sachez que, s'il est exposé à l'air, ce médicament s'altère et subit une transformation importante à connaître : il s'y développe de l'acide cyanhydrique. Conservez-le donc dans un flacon bien bouché, à l'abri des rayons lumineux, et assurez-vous que la réaction ne devient pas acide.

11 y a deux et même trois modes d'introduction de ce médicament : la voie pulmonaire ou les inhalations, la voie buccale et la voie hypodermique (1).

De tous ces moyens, le plus certain, celui qui donne les

Au début de l'administration, oiien sur les animaux, mais l'ont été assez

donne deux à trois gouttes, ensuite on rarement chez l'homme : elles ont été

peut aller jusqu'à dix; il faut s'arrêter conseillées par H. Wood, mais elles

dès qu'apparaissent des symptômes sont infidèles,

de congestion. Les injections intra-veineuses ne

Quant aux contre-indications, il ne sont pas usitées ; d'après Amez-Droz,

signale que les suivantes : elles donnent des résultats moins

ITHypérémie cérébrale; 2° l'Athé- rapides que les inhalations,

rome (à cause du danger d'apoplexie); S. Ringer fait prendre aux épilep-

o° la Pléthore avec tendance hémor- tiques le nitrite par la voie buccale,

rhagique (a). il le donne à la dose de trois à cinq

(1) Les injections sous-cutanées gouttes dans un mucilage, sont employées dans les expériences

(a) Kurz, Le Nitrite d'atmjle, son emploi dans les accidents- syncopaux qui surviennent dans les a/fections cardiaques [Memorabil, XXVI Jahrg., "I Heft, p. 65).

TROUBLES DUS AUX AFFECTIONS AORTIQUES. Î6l

meilleurs résultats, c'est l'inhalation. Procédé d'ailleurs très facile, puisqu'il suffit de répandre 5, 6, 7 et même 10 gouttes sur un mouchoir, qu'on fait ensuite respirer doucement au malade, pour produire en quelques instants les phénomènes congestifs que l'on recherche. L'évaporation du nitrite d'amyle est tellement rapide, que, en Angleterre, les médecins usent d'un moyen plus commode. On prend un tube capillaire de verre, on y verse iO gouttes de la substance, puis on ferme le. tube à la lampe; il suffît ensuite, au moment voulu de briser le tube et de respirer son contenu.

On administre aussi le médicament par la voie buccale; j'ai expérimenté, dans le service, ce moyen employé en Angleterre, et je l'ai trouvé bien inférieur à la méthode des inhalations. Enfin, comme il est peu irritant, le nitrite d'amyle a été employé en injections hypodermiques; je n'ai pas, je l'avoue, essayé cette méthode, trouvant que le premier procédé donne les meilleurs résultats.

L'introduction du nitrite d'amyle dans le traitement des maladies au cœur était un progrès. Cependant l'usage de ce médicament ne s'était pas encore répandu et ceci résultait surtout de la difficulté de son administration d'une part, et, de l'autre, de son action trop fugace, mais l'introduction dans la thérapeutique de la trinitrite qui, comme vous allez le vpir, a tous les avantages du nitrite d'amyle sans en avoir les inconvénients, a fait faire un progrès très notable au traitement des affections aortiques.

La trinitrine, que l'on connaît aussi sous le nom de nitro- De la glycérine (1) et avec laquelle l'ingénieur suédois Nobel a

(1) La trinitrine a été découverte ou nitro-glycérine était un éther ni-

parSobrero en 1857, elle a été étudiée trique d'un alcool triatomique, la

par Williamson et surtout par Ber- glycérine, dans lequel trois atomes

thelot qui a montré que la trinitrine d'hydrogène sont remplacés par trois

CLINIQUE THÉRAP., 4" édit. I.— 11 ■

trinitrine.

constitué ce corps explosif si dangereux, la dynamite a été employée pour la première fois en thérapeutique en 1850, sous le nom de glonoin ou de glonoïne. Fidèles à leur doctrine, les disciples d'Hahnemann ont appliqué ce poison vasodilatateur au traitement des accidents congestifs du cerveau. Depuis les travaux de Field, depuis ceux de Bruel, depuis les expériences de Vulpian, nous connaissons les effets toxiques et physiologiques de la trinitrine, que W. Murrel a appliquée l'un des premiers à la cure des angines de poitrine. Mais c'est à Huchard que l'on doit la. véritable réhabilitation de ce médicament (1). Le D' Marieux a fait récemment, en

atomes d'acide hypoazotiqiie, comme le montre la formule suivante :

Glycérine.

G3H5(Az03)3 Nitro-glycérine.

On obtient aujourd'hui la nitroglycérine par le procédé de Boutmy et Faucher qui consiste à meltre en contact les deux mélanges suivants :

de la glycérine avec trois fois son poids d'acide sulfurique concentré d'une part et de l'autre de l'acide nitrique fumantavec son poids d'acide sulfurique concentré. On laisse d'abord refroidir le liquide puis on le mélange, puis au bout de deux heures la trinitrine se dépose au fond du vase.

C'est un corps huileux légèrement jaunâtre, d'une densité de 1,60, presque insoluble dans l'eau mais très soluble dans l'alcool et dans l'éther.

Mélangé à des corps inei'tes, elle constitue la dynamite qu'un ingénieur suédois, Nobel, a le premier introduit dans l'industrie en 1854-. C'est en effet le corps explosif qui donne la plus grande quantité de gaz. D'à- ,

près Sarrau et Vieille, un gramme de trinitrine donnerait 760 centimèlres cubes de gaz à zéro {a).

(1) La trinitrine a été introduite dans la thérapeutique parles homéopathes sous le nom de glonoïne ou de glonoin. C'est Hering (de Philadelphie) qui en fit la première application en 1850, et l'appliqua suivant la méthode homéopathique, à la congestion cérébrale, à l'apoplexie et à à la céphalalgie congestive.

En 1853 Dudgeon a continué ces mêmes applications.

Les homéopathes administrent la glonoïne en dilution de la troisième décimale à la douzième centésimale.

Field (de Brighton) montra, le premier, les effets physiologiques de ce médicament, effets qui furent confirmés bientôt par Thorogowood et .lames Lawrence (de Brighton), Edwards Barker et Brady, pendant l'année 1859. La même année FuUer et Harley en Angleterre, Vulpian en France mirent en doute les propriétés physiologiques de cette trinitrine.

Jusqu'en 1872 aucun travail ne fut

(a) Wurtz, Dictionn. de chimie, de chimie organique.

Bertlielot et Jungfleiscli, Traité élémentaire

1883, SOUS ma direction, un excellent travail sur la trinitrine, et nous avons montré la haute valeur de ce médicament dans le traitementde certaines affections du cœur et de l'aorte [a). Lorsqu'on introduit sous la peau d'un homme trois à quatre gouttes (i) d'une solution au centième de trinitrine,

fait sur celle subslaiice, cependant, dès cette époque, Schuchardt signale l'action toxique de la dynamite. En 1876, Bruel revient sur cette question, et dans sa thèse il montre que.

la trinitrine est un poison des plus violents et que quelques milligrammes peuvent déterminer la mort chez les animaux.

En 1879 Murrel considère la trinitrine comme un poison vaso-dilatateur, il l'applique au traitement de l'angine de poitrine, et il est suivi dans cette voie par W. Craig, Farquhar, Stitls et M'Call Anderson.

Mayo-Robson l'applique au traitement de la néphrite albumineuse.

En J882, Korcinski a publié une étude d'ensemble sur les effets phy-

Actiou physiologique de la trinitrine.

siologiques et thérapeutiques de la nitro-glycérine, ainsi que Desrosiers, au Canada.

Mais c'est Huchard qui a montré le premier, en 1883, d'une manière définitive, les bons effets que l'on peut tirer de la trinitrine dans les affections du cœur et de l'aorte. C'est dans la même année (1883) qu'a paru le travail du D' Marieux confirmant les résultats obtenus par M. Huchard {b).

(1) La trinitrine agit différemment chez les animaux que chez l'homme.

Chez les animaux l'action paraît presque nulle et l'on peut, chez un chien, comme l'a fait Vulpian introduire de la trinitrine sans produire de phénomènes toxiques. Chez l'homme l'action est des plus manifestes et

(a) Marieux, Recherches sur les propriétés thérapeutiques et physiologiques de la trinitrine. Th. de Paris, 1883. — Dujardin-Beaunietz, Des nouvelles médications cardiaques. Bull, de Thérap., 15 aoijt 1884, p. 97.

{b) Hughes, Action des médicaments homéopathiques. Trad. Guérin-Menneville.

— Field, Méd. Times and Gaz., 10 mars 1858 et 2 avril 1859. — James Lawrence, Médical Times and Gaz,., 1858, t. I, p. 331. — Backer, On the phijsiological properties of Xyloïds {Liverpool Medic. Chir. Journal, janvier 1859). — Brady, On the médicinal action of Glonoïne (Med. Times and Gaz., 12 mars 1859). — 4'uller et Harley, Med. Times and Ga%., 1859, p. 356. — Vulpian, De l'emploi thérapeutique de lanilro-glycérine. [Gaz,, hebd., 1859). — Schuchardt, Journ. de méd. pratique, 1872. — Bruel, Recherches expérimentales sur les effets toxiques de la nitroglycérine et de la dy^iamite. Th. de Paris, 1876.— W. Murrel, The Lancet, 1879.

— Mayo-Robson, Brit. Med. Journ., n" 20, 1880 KOrchinski, Wien. Med. \Yoch.,

1882. — Martindall, The Practitioner, janvier 1880, p. 38. — W. Craig, Glascow Med., n° 7, 1881. — Farquhar, The Gazette, 1882. — Stils, The Gazette, 1882. — M'Call Anderson, Glascow Med. Journ., juillet, p. 33, 1882. — Green, Practitioner, février 1882. — Hammond, Virginia Med., Montly 1881. — Steward, The Ther. Gaz., janvier et mai 1882. — -H. Huchard, Propr. physiol. et thérap. de la trinitrine {Bull, de Thérap., avril 1883). — H. Huchard, Des angines de poitrine {Revue de méd., mai, juin, juillet, aoiàl, septembre 1883). — Marieux, Recherches sur les propriétés physiologiques et thérapeutiques de la trinitrine. Th. de Paris, 1883. — Eloy, Les propriétés et Vusage thérapeutique de la trinitrine {Union médicale, juillet 1884, p. 49).

on constate au bout de quelques instants que le visage se congestionne, la peau devient plus rouge et se couvre de sueur, les yeux s'injectent; le malade éprouve de la céphalalgie, des bourdonnements d'oreille, il lui semble, comme il dit, que son crâne se dilate et est prêt à éclater, les battements du cœur deviennent plus actifs. Ces effets congestifs ne sont pas limités à la périphérie; on peut constater, grâce à l'ophthalmoscope, qu'ils se produisent aussi dans les parties profondes de la circulation encéphalique. Ce sont là, comme vous le voyez, les mêmes phénomènes que ceux que détermine le nitrite d'amyle avec cette dilïérence toutefois que les effets en sont beaucoup plus prolongés et durent pendant plusieurs heures.

L'étude physiologique de cette trinitrine nous a montré

voici les symptômes que l'on observe.

Quelques minutes après l'ingestion de deux ou trois gouttes de la solution centésimale de nitro-glycérine, on éprouve une sensation de plénitude congestive de la tête, des bourdonnements d'oreille et des nausées.

Le pouls perd de sa force, devient petit, parfois dicrote, et ses tracés sphygmographiques sont caractérisés par le redressement de la ligne d'ascension et l'acuité des crochets intermédiaires entre cette ligne et la ligne de descente.

La face pâlit, le malade éprouve un état syncopal, phénomènes que remplacent bientôt une véritable torpeur physique et intellectuelle, suivie elle-même d'un sommeil de quelques heures. A doses plus élevées, l'état syncopal s'accompagne de convulsions et de stertor respiratoire, effets passagers d'ailleurs, qui, à bon droit, effrayaient les observateurs.

La nitro-glycérine modifie donc les

activités fonctionnelles de la circulation, de la respiration, des sécrétions et du système nerveux. De ces changements, les plus importants sont ceux de la circulation. La circulation périphérique est ralentie, de là cet aspect vultueux du visage; à preuve aussi, chez les animaux, l'arrêt des globules dans les réseaux capillaires de la membrane digitale des batraciens, la rougeur congestive et l'élévation thermique des oreilles du lapin. De là aussi, après quelques instants, le changement de coloration du sang artériel perdant sa rutilance et prenant l'aspect du sang noir.

La circulation centrale est auss modifiée : le choc du cœur devient plus fort et ses battements plus rapides; effets conséquents des précé-' dents, en vertu de la loi de Marey :

— « Le cœur bat d'autant plus vite qu'il éprouve moins de peine à se vider. » — La trinitrine est donc un modificateur de la vaso-motilité : elle produit le ralentissement de la cir-

un autre fait curieux que je veux vous signaler parce qu'il fera bien ressortir à vos yeux combien il est souvent difficile de conclure de l'expérimentation sur les animaux à l'application thérapeutique. La trinitrine, en effet, qui produit chez l'homme des phénomènes toxiques à la dose si minime de dix gouttes de solution alcoolique au centième, ne paraît avoir aucune action sur le chien et le lapin; de telle sorte que nous' avons pu, . Marieux et moi, injecter jusqu'à 12 grammes de cette solution alcoolique au centième, et chez le lapin 2''., 50 de cette même solution sans produire aucun phénomène appréciable. Ceci nous explique comment on a pu émettre sur l'action toxique de la trinitrine des opinions absolument opposées et tandis que Bruel la regardait comme un des poisons les plus violents, Vulpian,

culation, l'abaissement de la tension vasculaire, et, comme résultat final, le ralentissement des échanges dans les tissus.

Les effets respiratoires qu'elle provoque sont moins constants; ils consistent dans des changements de rhythme, amplification au début, suspension plus tard, et même, d'après Marieux, une sorte d'apnée, quand les doses sont toxiques. Il en est de même des modifications des activités sécrétoires : nulles pour les sécrétions salivaires et lacrymales, elles consistent parfois dans une hypersécrétion sudorale et urinaire.

Par contre, la trinitrine modifie les activités fonctionnelles du système nerveux, en changeant les conditions de son irrigation sanguine.

On constate l'engourdissement de la

sensibilité, et les animaux répondent mal aux excitations douloureuses périphériques ; la diminution de l'acuité visuelle et l'amblyopie chez l'homme; enfin, comme on l'a vu plus haut, à doses toxiques des convulsions et à doses modérées la diminution de la puissance musculaire.

Dès que l'on dépasse la dose de dix gouttes de la solution alcoolique au centième de trinitrine on détermine chez l'homme des phénomènes toxiques.

La trinitrine peut s'introduire soit par la voie buccale, soit par la voie hypodermique, soit même par la peau.

Bourru a montré que les personnes qui manipulent la dynamite pouvaient, par le seul fait du contact avec la peau, éprouver des phénomènes toxiques (a).

(a) Marieux, Recherches sur les propriétés physiologiques et thérapeutiques de la trinitrine, Th. de Paris, 1883. — Eloy, Les propriétés et l'usage thérapeutique de la trinitrine [Union médicale, juillet 1884, p. 49). — Bourru, Sur les propriétés toxiques de la nitro-gbjcérine et de la dijnamile {Bull, de Thérap., mai 1883).

au contraire,|affirmait qu'elle était absolument sans action.

Usage Comment clevrez-vous employer la trinitrine? Vous ne

tiquriie "la clevez vous servir que de la solution alcoolique au centième

trinitrine. g|- :^ ]^ ^q^q ç^q ^[^ gouttes claus ccut grauimcs d'eau dont

vous faites prendre une cuillerée à bouche trois fois par

jour.

Vous formulez par exemple de la façon suivante :

^ Solution alcoolique de trinitrine au centième.. XXX gouttes. Eau 300 grammes.

Une cuillerée à soupe à prendre le matin, à midi et le soir.

Lorsque vous voudrez avoir une action plus prompte, vous pourrez alors vous servir de la voie hypodei^mique et injecter trois gouttes de la solution de trinitiine au centième.

Vous prescrirez la solution hypodermique 'suivante : .

^ Solution de trinitrine au centième XXX gouttes.

Eau 10 grammes.

Et VOUS injecterez une seringue de cette solution. De l'angiiK- Par l'emploi de la trinitrine, vous obtiendi^ez dans les afïec- .epoinno. ^.^^^ aortiqucs qui se compliquent d'anémie cérébrale de bons résultats, mais là où ce médicament comme le nitrite d'amyle se montre véritablement supérieur, c'est dans le traitement de ces phénomènes douloureux qui accompagnent si fréquemment les affections aorliques et que l'on décrit sous le nom générique d'angine de poiliMue, et permettez-moi, puisque j'aborde ce sujet, de vous dire quelques mots du traitement de ces angines.

Desangines Qu a coufoudu SOUS Ic uoiii d'angiuc de poitrine la plupart

vraies ou , . i • , i , , i

fausses, des phénomènes douloureux qui se produisent du cote du cœur; notre collègue Huchard, qui a étudié avec tant de soin les angines de poitrine, a établi, au double point de vue du

pronostic et de la thérapeutique, une distinction fondamentale entre les angines 'vraies et les pseudo-angines (1). L'angine vraie est cette maladie décrite par Rougnon et parHeberden, ce qui l'a fait dénommer maladie de Rougnon- Heberden. C'est cette affection qui entraîne la mort presque fatalement et qui est caractérisée anatomiquement par

(1 ) Huchard a donné un excellent résumé des diverses opinions qui ont

été mises pour expliquer l'angine de poitrine. Voici ce tableau :

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