MALADIES DU FOIE
PREMIÈRE LEÇON
Sommaire. — Considérations générales sur le foie. — De l'anatomie du foie.
— Du lobule hépatique. — Des espaces interlobulaires. — De la physiologie du foie. — Du foie, organe glycogène. — Du foie, producteur de l'urée. — De l'accumulation des substances médicamenteuses. — • De la destruction des alcaloïdes par le foie. — De la différence d'action des médicaments introduits par la bouche et par la peau. — De l'accumulation des doses. — Du foie, organe sécréteur de la bile. — De la cholestérine.
— Du pigment biliaire. — Des sels biliaires. — De la sécrétion de la bile.
— Action de la circulation et du système nerveux sur cette sécrétion.
Messieurs, je me propose de consacrer, cette année, mes leçons de clinique thérapeutique à l'étude du traitement des maladies du foie et des reins, maladies fréquentes et qui réclameront souvent de vous une thérapeutique active. Je
CLINIQUE THÉRAP., i" éclit. II. — 1
commencerai par l'étude des affections du foie, mais avant d'entrer dans le cœur môme de mon sujet, permettez-moi de vous exposer dans cette leçon quelques considérations générales sur le foie envisagé au point de vue thérapeutique.
Vous savez l'importance que j'attache à la connaissance, aussi exacte que possible, de l'anatomie et de la physiologie de l'organe à traiter; c'est là une base indispensable aune thérapeutique scientifique et raisonnée; je vais donc vous résumer brièvement ce que nous savons sur cet organe. te l'anatomie. J^ scral court sur l'anatomie du foie,- et cela parce que vous connaissez bien ce sujet, grâce aux travaux de Kiernan, d'Hering, et surtout aux leçons du professeur Gharcot {a). Vous connaissez le lobule hépatique (1) que Kiernan a comparé à la feuille de chêne, feuille dont le pétiole et la nervure
Dii lobule ^ . . ' . . ^ .
hépatique, principale représentent la veine intralobulaire, tandis que les nervures latérales formées par des vaisseaux et du tissu cellulaire constituent ainsi une charpente dans laquelle se logent les cellules hépatiques, découvertes par Purkimge et Henle. Vous connaissez aussi la disposition pour ainsi dire
(1) Le lobule hépatique est consti- est enveloppé par une gaine conjonc-
tué par la réunion de cellules, au- tivale dépendant de la capsule de
tour desquelles se trouvent des vais- Glisson et supportant la ramification
seaux sanguins, des canalicules de ]a veine porte (yeines interlolju-
biliaires, des lacunes lymphatiques laires) qui, selon la comparaison de
ainsi que des fibrilles conjonctives. Hering, s'unissent dans les espaces
Réunies ensemble, ces cellules for- interlobulaires à la manière d'un
ment de petites masses prismatiques arbre qui plonge ses racines dans les
à cinq ou six faces dont la base interstices d'un solpierreux; avec ces
repose sur les rameaux de la veine veines cheminent de petites artérioles
hépatique (veines sus-lobulaires). Au provenant de l'artère hépatique, des
centre du lobule se trouve une veine canalicules biliaires et des lympba-
(veineintra-lobulaire) ; chaque lobule tiques.
(a) Kiernan, Philosophical Transactions, 1833. — Hering, Archives de Schultze, 1867, t. m. — Charcot, Leçons sur les maladies du foie, des voies biliaires et des reins. Paris, 1877. — Asp., Zur Anatomie und Phijsiologie der Leber. Travaux du laboratoire de Leipzig-, 1877. Arbeit ans der Pliysiol. von Leipzig, D. 136. — Chrétien, article Foie (Anatomie et Physiologie) du Dictionnaire des sciences médicales.
géométrique, décrite par Hering, de ces cellules hépatiques; vous connaissez enfin la constitution de ces cellules contenant des granulations pigmentaires et des nucléoles à noyaux arrondis (1).
La gangue qui renferme les cellules est constituée par une trame conjonctive qui sera le point de départ, par son hyperplasie, de la cirrhose vraie; puis les vaisseaux sanguins, lymphatiques et hépatiques, forment un réseau capillaire' multiple entourant chacune de ces cellules.
Je vous signalerai les espaces interlobulaires (2), sur les- °^' ®'p"''*''
*^ ■"• \ / 7 interlobaires.
quels a insisté Kiernan avec tant de raison et que Sabourin, dans ses recherches sur la constitution de la glande hépatique, a considérés comme le centre de son lobule biliaire (3). Ces espaces sont, en effet, le point de départ des abcès, des tu-
(1) La cellule hépatique a en moyenne un diamètre del6f^- (Henle) à 19 [). (Kolliker); elle possède un ou plusieurs noyaux de 9 jj- de diamètre et pourvu d'un nucléole ; quelques cellules ont même quelquefois trois à cinq noyaux (Henle). Le contenu de la cellule consiste en : 1° des granulations pigmentaires; 2° des granulations à bords pâles, qui n'ont pas la réaction de la graisse, et qui remplissent pour ainsi dire la cellule; 3° des granulations abords sombres, brillants, offrant avec l'éther et l'acide osmique la réaction de la graisse.
Charcot, à qui nous empruntons ces notions sur la cellule, fait remarquer que ces granulations graisseuses se trouvent à un certain degré chez l'animal et chez l'homme dans une foule de conditions physiologiques, par exemple la lactation et la digestion.
(2) Les espaces interlobulaires {spaces, Kiernan) sont formés par
l'espace polygonal que laissent entre euxplusieurs lobules voisins adossés ; ils contiennent des ramuscules de la veine porte, des branches de l'artère hépatique, des canalicules biliaires, et des lymphatiques; tous envoient de petites ramifications entre les lobules voisins et tous les éléments sont entourés par la capsule de Glisson.
(3j Sabourin a depuis modifié entièrement la conception anatomique et pour ainsi dire classique du foie. Il considère la glande hépatique comme constituée par des éléments tubulés. Il prend comme centre du lobule biliaire l'espace porte auquel aboutissent les segments pyramidaux formés par les lobules hépatiques tels qu'ils étaient décrits autrefois. Cet ensemble constitue un territoire glanduleux parfaitement délimité et auquel il donne le nom de lobule biliaire (a).
(fl) Sabourin, Soc. de biol., 17 décembre 1881.
hercules, des syphilomes et des lymphomes du foie; la cirrhose alcoolique, maladie que vous voyez si fréquemment dans nos salles et sur laquelle je reviendrai lorsque nous nous occuperons de son traitement, a pour origine ces mêmes espaces, et surtout une inflammation périvasculaire portant sur les ramifications de la veine porte, comme l'ont hien démontré les recherches de Solowiefï {a) et de Charcot.
Si l'anatomie du foie a fait, ces dernières années, des progrès manifestes et paraît aujourd'hui presque complète, il faut reconnaître que l'étude de la physiologie de cet organe n'a point marché d'un pas égal, et il est encore certaines fonctions du foie sur lesquelles on n'est pas complètement fixé. De Rien d'ailleurs de plus intéressant que d'embrasser d'un
ia physiologie^
du foie, coup d œil général cette étude des fonctions du foie. Pendant des siècles, on vécut sur la doctrine de Galien, qui voulait que la glande hépatique fût le foyer de la chaleur animale et l'organe qui présidait à la sanguinification; puis arrive, au dix-septième siècle, la découverte de la bile, toutes les anciennes doctrines disparaissent alors et le foie se trouve réduit aux simples fonctions d'émonctoire, chassant de l'économie un liquide excrémentitiel, la bile. Mais la physiologie expérimentale moderne devait rendre à l'organe les hautes fonctions que lui avaient dévolues Galien et son école. En effet, c'est, vous le savez, dans le foie, dans la cellule hépatique elle-même que Cl. Bernard {h) place la fonction glycogénique; c'est aussi ce même organe qui est le siège, suivant Murchison, Brouardel, Charcot de l'acte le plus manifeste des combustions de l'économie, la production de l'urée. Enfin un grand nombre de physiologistes sont d'accord pour affir-
(a) Solowieff, \ irchow's Archiv, t. XII, et Gaz. médicale, 1875.
{h) Claude Bernard, Nouvelle fonction du foie chez Vhomme et les animaux. Paris, 1853. — Leçons de physiologie faites au Collège de France, t. I", 1851-
DU FOiE AU POINT DE VUE THERAPEUTIQUE. 5
mer les fonctions hématopoïétiques de cette glande. Gomme vous le voyez, la glande hépatique a repris de nos jours son ancienne splendeur.
Au point de vue thérapeutique, l'étude des fonctions du foie est, il faut le reconnaître, beaucoup plus limitée; nous n'avons véritablement observé que l'action de certaines substances sur la sécrétion biliaire, nous ignorons, et cela est fâcheux et regrettable, l'action des médicaments sur le foie comme organe glycogène; d'ailleurs je reviendrai plus complètement sur ce point lorsque je vous parlerai du traitement du diabète et je vous exposerai alors ce que nous savons à ce sujet (a).
Quant au foie considéré comme producteur de l'urée, l'accord est loin d'être unanime; aux travaux de Murchison et de Brouardel, on a opposé d'autres expériences et d'autres recherches, en particulier celles de de Sinety (1) et celles de Martin, qui tendent à montrer que peut-être on a été trop loin dans cette voie, et que l'urée n'a pas pour''siège exclusif de production la glande hépatique, mais qu'elle se forme dans toutes les glandes et tous les tissus de l'économie (2).
(1) De Sinety a fait observer que, quantité. Cyon a montré, de son chez les grenouilles qui survivent côté, que lOO centimètres cubes de pendant quelque temps à l'ablation sang qui n'ont pas encore traversé le totale du foie, l'urine continue à ren- foie contiennent neuf centièmes d'ufermer de l'urée. rée, et quatorze centièmes d'urée
(2) Cette question de la formation après l'avoir traversé. Gaethgens de l'urée dans le foie est une des et Hensius ont soutenu que les maplus débattues de la physiologie; on tières albumineuses se dédoublent s'est basé, pour admettre cette for- dans le foie en matière glycogène et mation, sur deux ordres de preuves : en urée.
les unes physiologiques, les autres Au point de vue pathologique,
pathologiques. Murchison, Charcot, Brouardel ont
Meissner, Kuhn, Lehmann ont vu que, dans les maladies du foie
montré que, tandis que les muscles qui détruisent plus ou moins com-
ne contiennent pas d'urée, le foie, au plètement cet organe, la quantité
contraire, en renferme de notables d'urée diminue d'une façon notablefa) Voir t. m, Traitement des maladies générales. Leçon sur le diabète.
Du foie
glycogène.
De
raccuraulation
Mais il est un point de cette étude qui doit nous arrêter plus longtemps; je veux parler du passage des substances médicinales à travers le foie, lorsqu'elles sont introduites par le tube digestif, et de leur séjour plus ou moins prolongé dans cette glande. C'est là une question des plus intéressantes, et vous allez voir que, grâce aux expériences de Lussana, d'Héger, de SchifF et de Jacques, nous pouvons en tirer des applications fort intéressantes à la thérapeutique. Vous savez que depuis longtemps, on connaissait la possibilité de l'accumulation de certaines substances toxiques dans des substances le folc ct il cst dc règlc cu médecine légale d'analyser le foie pour y trouver les traces de l'arsenic, du cuivre, du plomb (i) et des autres substances qui peuvent être soupçonnées comme ayant déterminé les phénomènes toxiques.
Aussi Brouardel a-t-il conclu que la fait ressortir le rôle prépondérant de
quantité d'urée, formée et éliminée l'alimentation, la quantité d'urée
en vingt-quatre heures, est sous la variant suivant la nourriture absor-
dépendance de deux influences prin- bée par le malade ; il est donc pro-
cipales : 1° l'état d'intégrité ou d'al- bable que l'urée n'est pas formée
tération des cellules hépatiques ; exclusivement dans le foie, mais
2° l'activité plus ou moins grande de bien dans tout l'organisme (a).
la circulation hépatique. (1) Annuschat a fait des expé-
Murchison a mêmeété plus loin et riences intéressantes sur l'élimina-
a soutenu que le foie faisait de l'a- tion du plomb par la bile dans l'em-
cide urique. poisonnement saturnin. C'est ainsi
Mais à ces faits on a objecté qu'il a montré, chez les animaux, que
d'autres expériences et d'autres plus l'ingestion du plomb était consi-
analyses et en particulier celle de dérable, plus son élimination par la
de Sinety et de Martin, qui tendent à bile était abondante et inversement,
infirmer l'opinion pi'écédente ; on a que le plomb contenu dans l'intestin
(a) Charcot, Cours cVanatomie pathologique sur les maladies du foie. — Brouardel, UUrée et le Foie, variation de la quantité d'urée éliminée dans les maladies [Archives de physiologie, 1876). — Lécorclié, Traité du diabète. — De Sinety, Le Foie n'est pas le seul producteur de Vurée (Société de biologie, 1878). — Valmont, Etude sur les causes des variations de l'urée dans quelques maladies du foie. Thèse de Paris, 1879, n° 80. — R-euflet, Contribution à l'étude du rôle du foie dans la production de l'urée. Tlièse de Paris, 1879. — Gennevay, Essai des variations d'urée et d'acide urique dans tes maladies du foie. — A. Martin, Réflexions sur le rapport de l'urée avec le foie. — Rendu, Analyse dans la Revue des sciences médicales, 1878, t. XI, p. 122.
Paganuzzi (de Padoue) montra le premier la différence qui existait entre l'administration de certains sels de fer, lorsqu'ils sont introduits par les veines de la circulation générale ou par les veines mésentériques; dans le premier cas, le sel serait éliminé par les reins; dans le second, par la bile.
Lussana se basant sur des expériences antérieures de Sctîiff, vérifiées depuis par Rosenkranz (è), recherches qui ont montré que la bile sécrétée dans l'intestin retournait au foie pour être éUminée de nouveau (c), compléta l'expérience de Paganuzzi et soutint que les effets reconstituants et surtout hématopoïétiques des préparations ferrugineuses étaient dus à l'action intime, sur les cellules hépatiques, des sels de fer qui, introduits par la digestion dans le foie, seraient ensuite éliminés par la bile et repasseraient ensuite, grâce à la circulation entéro-hépatique décrite par Schiff,dansle foie.
En 1873, Héger (de Bruxelles) (d), appliquant à cette
De
question la méthode si ingénieuse de Ludwig sur les circu- la cicstiucuon
ix' l'f'ii p*£ 1 1 •!' 1' •< dos alcaloïdes
lations artificielles faites dans les organes isoles, découvrit dansiefoie. que, lorsque l'on fait passer à travers la glande hépatique du sang contenant une forte dose de nicotine, cet alcaloïde disparaît complètement dans le foie, de telle sorte qu'on n'en trouve plus trace dans les veines sushépatiques (1).
provenait en grande partie de la se- dans le foie sont indépendantes l'une
crétion biliaire et que les quantités de l'autre (a).
de plomb contenues dans la bile et (1) Voici comment, d'après la mé-
(a) Annuschat, Die Bleiausscheedung durch die Galle bei Bleivergiftung {Arch. f. experiment. Path. und Pharmak., 22 mars 1877).
{b) Rosenkranz, Ueber dus Schicksal und die Betenting einiger Gallenbesandtheile {Verhandlungen der Physikal-Medicin-Gesellschaft, in WUrzbui-g, t. XIII, p. 218).
(c) Lussana, Sullo piccola Circolauone entero-epatica {lo Sperimentale, année XXIV, 1875). — De l'action dépuratrice du foie (Giornale internalionale délie scienze mediche, nuova A°l, n" 6, 1879).
[dj Héger, Expériences sur la circulation du sang dans les organes isolés (Thèse d'agrégation), 1875. — Sur l'absorption des alcaloïdes dans le foie, les poumons et les muscles (Journal de médecine, publié par la Société royale de Bruxelles, octobre 1877, p. 505).
En 1877, Schiff {a) découvrit que non seulement la nicotine perdait en travertant le foie ses propriétés toxiques, mais que d'autres alcaloïdes étaient aussi détruits presque complètement par cette glande et il signala, parmi ces derniers, l'hyoscyaraine.
thode de Ludwig, Paul Héger pratique la circulation arlificielie du foie; on prend un chien que l'on sacrifie par l'artériotomie et la section de la moelle; puis on ouvre la cavité abdominale, on pratique la double ligature de la veine cave inférieure, au-dessus de l'embouchure des veines rénales et on les sectionne entre les deux nœuds. On applique ensuite, au tronc de la veine porte, à un centimètre avant son entrée dans le foie, une serre-flne, qui interrompt la circulation hépatique ; on incise le tronc du vaisseau, puis on introduit une canule de verre emmanchée d'un tube de caoutchouc, qui est en communication avec un flacon de sang défibriné ; après s'être assuré de l'absence de bulles d'air, on enlève la serre-fine, et, aussitôt, la surface du foie, qui était d'un fauve pâle, se strie de ramifications sanguines.
La circulation étant établie, on isole l'organe ; voici comment on y procède :
Après avoir compris dans une ligature commune le canal cholédoque et l'artère hépatique, on les incise au-dessous de la ligature, puis on divise l'épiploon gastro-hépatite; on enlève les reins et, mettant à découvert la colonne vertébrale au niveau des piliers du diaphragme, on
la sectionne avec de fortes cisailles entre la quatrième et la cinquième vertèbre lombaire; puis on incise, dans toute son étendue le septième espace intercostal, on divise transversalement le sternum et l'on assujettit dans la veine cave, au-dessus du diaphragme, une canule de verre par laquelle le sang, qui a traversé le foie, s'écoule lentement. La veine cave étant coupée, il ne reste qu'à sectionner la colonne vertébrale au niveau de l'espace intercostal divisé ; on a ainsi un plateau circulaire formé par le diaphragme, dont toutes les insertions ont été conservées. Lorsqu'on retourne la portion enlevée de la colonne vertébrale de manière que les vertèbres lombaires soient en haut, le foie repose de son propre poids sur ce plateau circulaire. On le place alors sur un support convenable, qui se compose d'une tige de fer sur laquelle s'engagent par glissement deux branches horizontales.
La première terminée par une forte pince, embrasse les vertèbres lomiDaires et immobilise les insertions vertébrales. La seconde a la forme d'un anneau, qui fournit un point d'appui circulaire aux insertions costales.
Toutes les parties du diaphragme sont ainsi maintenues à un niveau tel que le foie repose horizontalement [b).
(a) Schiff, Archives des sciences physiques et naturelles de la Bibliothèque universelle et Revue suisse, mars 1877, p. 293.
(b) Paul Héger, Expériences swe la circulation du sang dans les organes isolés Bruxelles, 1873, p. 12.
Enfin, en 1880, un médecin belge, le docteur Victor Jac- De la destmcques (a), compléta ces recherches, en montrant qu'un certain réumiLtion nombre d'alcaloïdes introduits par les voies digestives séjour- ^ewilXidcs nent dans le foie pendant un temps plus ou moins long, et p"'" ^^ ^"i«que les uns sont détruits en partie dans la glande hépatique et que d'autres, au contraire, peuvent être éliminés après un temps variable, soit par la bile, soit par les lympathiques.
Quelle est l'action intime de ces substances sur la cellule hépatique? Se forme-t-il là des combinaisons plus ou moins stables avec ces alcaloïdes, combinaisons ou qui détruiraient leurs propriétés, ou bien qui, dissociés lentement par un excès d'albumine, seraient ensuite éliminés de nouveau? Nous l'ignorons; mais il n'en est pas moins certain que ces recherches nous permettent d'expliquer des faits jusqu'ici fort obscurs.
D'abord, la différence si marquée qui existe entre l'effet des ^^
^ ^ la différence
médicaments et en particulier des alcaloïdes; lorsqu'ils sont d'action introduits par la bouche ou lorsqu'ils sont administrés par la médicaments voie hypodermique. L'action si prompte et si énergique des "^^i°llTche injections sous-cutanées s'explique facilement : le médicament passe de suite dans la circulation générale et va porter son action thérapeutique ou toxique dans les différents points de l'économie. Parla voie stomacale, au contraire, l'alcaloïde passera en entier dans le foie, et là, il peut y être détruit presque complètement ou bien êtreéhminé tardivement par la glande hépatique; de là l'avantage incontesté des injections hypodermiques qui nous rendent chaque jour des services si marqués, et l'on devra toujours garder à Wood et à mon regretté maître Béhier une profonde reconnaissance pour avoir intro duit et vulsjarisé cette méthode.
par la peau.
(a) Jacques, Essai sur la localisation des alcaloïdes dans le foie (Thèse d'agrégation. Bruxelles, 1880).
ue Cette destruction complète ou cette élimination tardive
des doses, des alcaloïdcs par la glande hépatique, nous donne, de plus, l'explication physiologique de deux autres ordres de faits; d'abord l'innocuité de certains poisons introduits par la bouche, comme le curare, par exemple, dont Claude Bernard a signalé l'inefficacité absolue, lorsqu'il est administré par l'estomac; puis ce phénomène si fréquent lorsqu'on use de certains alcaloïdes et en particulier de ceux des solanées : je veux parler des effets tardifs de ces alcaloïdes et de ce que Gubler a décrit sous le nom d' accimiidation des doses.
Vous connaissez tous ces faits; vous savez que, lorsque nous donnons à doses très minimes l'atropine ou la duboisine pendant plusieurs jours de suite, on voit se produire des phénomènes toxiques, quoique la dose journalière soit restée toujours la même. Aujourd'hui, grâce aux expériences que je viens de vous signaler, nous avons une explication très nette, très logique, très scientifique de ces faits. L'alcaloïde absorbé par le tube digestif se fixe dans le foie, puis, au bout d'un temps variable, il est éliminé dans Fintestin par la bile ou passe dans la circulation générale par les lymphatiques, et sa présence vient augmenter la dose journalière que vous avez administrée.
Permettez-moi^d'ajouler un mot ; je vous ai dit tout à l'heure que les médicaments introduits sous la peau et passant directement dans la circulation générale étaient éliminés par les reins. Je vous montrerai, par la suite de ces leçons, que, si cette élimination fait défaut, les effets thérapeutiques de l'alcaloïde cessent pour faire place à des accidents toxiques. Il serait important d'étudier à son tour l'influence des maladies du foie, et en particulier de celles qui détruisent complètement la cellule hépatique, comme la cirrhose, sur l'action des alcaloïdes introduits par la bouche. Il y aurait là une série de
recherches importantes à faire, et sur laquelle j'appelle votre attention.
Mais cette action de la glande hépatique ne porte pas exclusivement sur les alcaloïdes végétaux mais encore sur les alcalis toxiques que nous avons vu se produire incessamment dans l'économie.
Dans des leçons précédentes (a), je vous ai montré le rôle considérable des ces ptomaïnes on leucomaïnes et j'ai insisté sur leur élimination par les différents émonctoires.
Le foie joue un rôle important dans l'élimination et la destruction de ces produits toxiques. Aussi lorsque sonparenchyme s'altère, on comprend que les substances en s'accumulant dans le sang y produisent leur action nocive, action nocive qui joue un rôle prépondérant dans la scène clinique qui accompagne la destruction de la glande hépatique.
Cette découverte des poisons morbides que produit l'économie à l'état vivant et le rôle considérable que joue le foie en pareil cas, donne en partie raison à l'opinion formulée par Lautenbach, qui soutenait les poisons formés par l'économie.
Le foie est l'oroane sécréteur de la bile, et à cet éffard il ^'''''' °'"§*"''
^ ' O sécréteur
nous intéresse au point de vue thérapeutique, car il existe '^c la bnc un certain nombre de substances qui modifient cette sécrétion biliaire : ce sont les cholagogues. Mais avant de vous exposer les expériences physiologiques qui démontrent cette action, je vais, si vous le voulez bien, vous donner d'abord
(1) Lautenbach a même été plus core qu'à l'état physiologique, l'orga-
loin : il a soutenu, en se basant sur nisme produisait ua poison qui est
les expériences de Schiff, que le foie, détruit par le foie à mesure qu'il se
non seulement détruisait les poisons produit {b). produits dans l'économie, mais en-
[a] Voir t. I'^'', Traitement des maladies de l'estomac et de l'intestin, p. 426.
[b) Lautenbach, On a New Fonction of the Liver {Philadelphia Médical Times, 26 mai 1877).
De la bile.
De
lachûlestérine.
quelques détails sur la bile et sa sécrétion à l'état physiologique.
Considérée d'une manière générale, la bile (i)est constituée par trois éléments : la cholestérine, le pigment biliaire, les acides et les sels biliaires.
hdi cholestérine (2) que les recherches de Berthelot ont
(1) D'après Ch. Robin, voici quelle serait la composition de la bile :
Eau 915,90 à 819,90
Chlorure de sodium..
Phosphate de soude . .
— de potasse.
— de chaux. .
— de magnés.
Sels de fer
— de mangauèse.. .
Silice
Taurocholate ou cho-
hUe de soude .S6,50 <à 10660,
Glycocholate ou cho-
late de soude traces.
Leucine, tysorine, urée
(traces) non dosées.
traces.
Cholène
Cholestérine
Lécilhine
Margarine, oléine et
traces de savons.. ; Biliverdine 14,00
traces.
Mucosine ,
non dosées.
Frerichs, donne de la bile l'analyse suivante :
Eau... 859,2
Résidu solide 140,8
Glycocholate Taurocholate Pigment et mucus
Graisse
Cholestérine
Sels
de soude.
Voici, d'autre part, une autre analyse faite par Gorup-Besanez [a) sur un supplicié âgé de quarante-neuf ans.
Kau 822,7
Glycocholates et taurocholates alcalins. 107,9
Cholestérine et matières grasses 37,5 l 177,3
Matières colorantes, mucus 21,1
Sels organiques 10,8
Trifanowski est arrivé, de son côté, à des résultats analogues en examinant la bile contenue dans la vésicule chez les hommes sains; il a trouvé, dans une première série, pour 1000 grammes de bile, 908,70 d'eau 91,22 de matières fixes dont 28,56 de glycocholates et de taurocholates, et, dans la deuxième série : 910,78 d'eau, 89,21 de matières fixes dont 23,62 de glycocholates et de taurochocolates.
(2) La cholestérine C2eH»0+ H^O découverte par Poulletier et de la Salle ib) dans les calculs biliaires, puis par Fourcroy dans un foie desséché, a été étudiée par Chevreul, en 1824, qui lui a donné le nom qu'elle porte aujourd'hui.
C'est une graisse non saponifiable, blanche, cristalisable, insoluble dans l'eau, soluble dans l'eau de savon, Féther, l'esprit de bois, l'alcool bouil-
(«) Gurup-Besane^, Ckemische Vntersiichung der Gallenzweier hingerichteten, dans Vierteljahrschrift, 1851.
(b) Poulletier de la Salle, Annales de chimie, t. HI, p. 242, 1879. — Fourcroy, Observations sur un changement singulier opéré dans un foie humain par la
fait rentrer dans le groupe des alcools monoatomiques, est une substance grasse qui se présente au microscope sous l'aspect de tablettes rhomboïdales. Vous savez aussi que ces tablettes ont une réaction caractéristique qui consiste dans la coloration rouge qu'elles prennent si on les met au contact de l'acide sulfurique.
Aujourd'hui tout le monde est d'accord pour admettre l'opinion de Flint («) au point de vue de l'origine de cette substance, et Vulpian [b), dans ses remarquables leçons sur la bile, paraît avoir adopté cette opinion qui consiste à considérer la cholestérine comme un produit de désassimilation de la substance nerveuse. Feltz et Ritter (c) ont montré, d'autre part, que cette substance, en s'accumulant dans le sang, ne produisait pas d'accident toxique grave.
Quant au pigment biliaire, la bilirubine (1), c'est un prin- du pigment
tant, l'acide acétique cristallisable et éliminé par le foie, et passant clans
dans les solutions d'acide laurocho- l'intestin avec la bile; pour Beneke
lique et de taurocholates ; elle con- seul, elle se fait dans le foie et serait
tient près de 8i pour 100 de carbone un produit delà sécrétion hépatique,
et près de 12 centièmes d'hydrogène: qui contribuerait à la résorption des
les cristaux se présentent sous forme graisses dans l'intestin,
de lames rhomboïdales, minces et (1) La bilirubine, principe azoté,
brillantes, fusibles à 145 degrés. non albuminoïde, se présente sous
On rencontre la cholestérine dans forme, soit de poudre rouge amorphe,
diverses régions de l'organisme, dans soit de concrétions, d'aiguilles, de
le sang; elle est très abondante dans cristaux. Elle est tenue en dissolu-
les centres nerveux, mais en plus tion dans la bile par les acides bi-
grande quantité dans la substance liaires.
blanche. Pour la reconnaître, on emploie
Depuis les travaux de A. Flint deux procédés : celui de Gmelin, et
(1868), pour la majorité des physio- celui de Schwanda.
légistes la cholestérine est considérée Dans celui de Gmelin, procédé qui
comme un produit de désassimilation lui est commun avec celui qui per-
putréfaction {Ann. de chimie, 1789). — Chevreul, Note sur la présence de la ckolestérine dans la bile de l'homme (in Journal de plivs. de Masïendie t IV, 18"24). ^
(«) A. Flint, Recherches expérimentales sur une nouvelle fonction du foie. Paris, 1878, et New-York Médical Record, septembre 1876.
(b) Vulpian, Leçons professées à la Faculté de médecine de Paris en 1874.
(c) Feltz et Ritter, Journal de l'anatomie et de la phrjsioloijie, 1874.
cipe azoté non albumineux, provenant de la décomposition des matières colorantes des globules, et dont Tarchanoff et Vossius (i) ont bien étudié la sécrétion. En effet, il existe, au point de vue chimique, une grande analogie entre l'hématine et la bilirubine, et vous verrez, lorsque nous étudierons l'ictère, que cette transformation possible a été le point de départ
met de reconnaître l'hématoïdine, on se sert de l'acide nitrique nitreux qui, versé goutte à goutte dans une solution, fait passer la bilirubine successivement par les teintes verte, bleue, violette, rouge et brune. Lorsque l'hématoïdine domine, c'est la coloration violette qui est la plus accentuée ; c'est la coloration verte qui prédomine et persiste davantage dans les cas de prédominance de bilirubine.
Pour le ' procédé de Schwanda, on fait usage de l'acide acétique qui, chauffé avec la biluribine donne une coloration verte.
La bilirubine et l'hématoïdine ont beaucoup d'analogie : elles ne diffèrent que parce que dans l'hématoïdine il y a un demi-atome de fer qui est remplacé par un atome d'hydrogène dans la bilirubine.
Les autres pigments biliaires, qui, du reste, paraissent n'être que des dérivés de la bilirubine, sont : la biliverdine, la bilifulvine, la bilifuscine, la biliprasine et la bilihomine.
Studeler a donné à la bilirubine la formule CieHisAzO^. Cet auteur considère la biliverdine comme de la bilirubine plus de l'eau et de l'oxygène. Thudicum avait prétendu au contraire que la biliverdine était de la bilirubine plus de l'oxygène, moins de l'acide carbonique ; mais Maly a repris tontes ces expériences et a démontré d'une façon décisive
que la biliverdine prend naissance par une simple action de l'oxygène moins de l'acide carbonique ; mais esur la bilenuibcomme l'indique la formule suivante :
CieHi8Az03-t-0=Ci6Hi8Az04 (a).
Bilirubine. Biliverdine.
(1) Vossius a fait récemment des expériences sur la sécrétion biliaire et sur la quantité de matière colorante sécrétée en vingt-quatre heures. Il a montré que chez un chien de 25 kilogrammes, la quantité de bile variait de 60 à 150 centimètres cubes en douze heures, et que la matière colorante de la bile variait entre 0,0487 et 0,056. La moyenne fournie par huit expériences a été, pour la richesse en matière colorante, de 0,056. Cette richesse en matière colorante est peu modifiée par l'alimentation; elle augmente cependant lorsqu'on soumet l'animal à un régime exclusivement hydrocarboné.
Lorsqu'on injecte dans le sang des quantités plus eu moins considérables d'hémoglobine, on n'augmente pas la matière colorante de la bile.
Au contraire, lorsqu'on injecte dans les veines de l'eau distillée ou une solution à 5 et demi pour 100 de chlorure de sodiam, on augmente d'une quantité dotable la matière colorante.
11 en est de même lorsqu'on introduit dans, le sanar de la matière colorante.
(n) Maly, Untersuchungen ûber die Gallenfarbstoffe {Annalen der Chemie und Pharmacie, t. CLXXV, p. 76).
d'une doctrine spéciale : l'ictère sanguin. Nous verrons aussi que cette bilirubine a une réaction caractéristique, et que la plus importante et la plus connue est celle que détermine l'acide nitrique nitreux qui fait passer la bilirubine par des teintes variées, vertes, bleues, violettes, rouges, jaunes et brunes (1).
Mais la partie véritablement essentielle de la bile sont les sels biliaires, glycocholates et taurocholates de soude (2). Vous savez que ces deux acides se dédoublent, l'un en acides cbo-
Cela démontre, comme l'a dit Tarchanoff, que le foie a la propriété de recueillir la matière colorante de la bile contenue dans le sang pour la faire passer dans sa propre sécrétion (a).
(1) Pour reconnaître la présence de la matière colorante de la Isile dans l'urine, Fiosenbach propose le procédé suivant : on passe l'urine sur un papier à filtre blanc, et, quand le filtre est sec, on verse dessus une goutte d'acide nitrique, on voit alors apparaître les zones concentriques :
verte, bleue, violette, jaune (ô),
(2) Les glycocholates et taurocholates de soude sont obtenus sous forme cristalline. Ils forment de 55 à 61 pour 100 de résidu solide chez l'homme.
Leurs acides sont l'acide glycocholique ou cholique, découvert en 1825 par Tiedemann et Gmelin, et l'acide taurocholi ueu cholalique.
L'acide giychocolique G^^HisAzO^ est peu soluble dans l'eau et dans l'èther, plus soluble dans l'alcool ; on l'obtient sous forme d'aiguilles fines.
Sous l'influence de l'acide chlorhy-
drique, il se dédouble en acide cholalique et en glycocoUe (sucre de gélatine, glycène).
L'acide cholalique, obtenu pour la première fois par Demarquay, se présente soit à l'état amorphe, soit cristallisé en prismes à quatre pans terminés en biseaux; par l'action de la chaleur prolongée, il se convertit en dyslisyne. De même les acides sulfurique ou chlorhydrique étendus le transforment aussi d'abord en acide choloïdique puis en dyslysine.
L'acide taurocholique C2'5H'*5AzO''^S n'a pas encore été obtenu à l'état cristallisé. Sous l'influence de la chaleur et des alcalis caustiques, il se dédouble en acide cholalique et en taurine.
La taurine, découverte par Gmelin, cristallise en prismes à quatre ou six pans, terminés par des pyramides à quatre faces; elle contient du soufre en proportion assez considérable.
Gomme l'acide glycocholique, l'acide taurocholique exerce le pouvoir rotatoire à droite (c).
(a) Vossius, Bestimmungen des Gallenfarbstorffs in der Galle [Archiv fur experiment. Pathologie und Pharmak., Bd XI et 6, p. Ml, 1879).
{b) Rosenbach, Ziir Untersuchung des Harns auf Gallenfarbstoff [Centralblatt fur die medicinische Wissenschaften, n° 1, p. 5, 1876).
(c) Demarquay, De la nature de la bile {Ann. de chimie et de physique, 1838). — Tiedemann et Gmelin, Recherches expérimentales sur la digestion.
sels
Des biliaires.
lique et cholalique, et l'autre en taurine et en glycocoUe (1). Pentenkopfer a donné un moyen de reconnaître facilement ces acides, il suffit de les mettre en contact avec un mélange d'acide sulfurique et de sucre pour les voir se colorer en violet pourpré.
Ces acides sont la caractéristique de la sécrétion biliaire, et en effet, tandis que nous avons vu la cholestérine provenir des actes de désassimilation de l'axe cérébro-spinal , tandis que nous avons constaté que la matière colorante de la bile avait pour origine l'hématine des globules du sang, les sels biliaires au contraire se forment uniquement dans le foie et sont un produit de sécrétion appartenant exclusivement à cette glande; c'est là, il faut le reconnaître, un fait capital qui sépare nettement le rein du foie, et tandis que l'un ne servira qu'à séparer de l'économie les substances qui s'y sont accumulées, l'autre, au contraire, produira de toutes pièces des substances spéciales caractéristiques.Les expériences de Muller,Lehmann et Kunde, et surtout la belle expérience de Molescott, qui enlève le foie des grenouilles et n'a jamais vu s'accumuler les acides biliaires dans le sang, sont absolument démonstratives à cet égard.
De Où s'élabore cette bile? Faut-il admettre, comme le veut
dVirbuT" fiobin, que c'est dans les glandes des canaux hépatiques que se fait la sécrétion des acides biliaires, tandis que, au contraire, à la cellule hépatique serait réservée la fonction glycogène?
('I) Nous donnons ci-après le tableau acides biliaires sous l'influence des des transformations que subissent les divers réactifs.
Acides biliaires. Réactifs. Produits de transformations.
Acide taurocholique chaleur et alcalis acide cholatique et taurine.
A. taurocholique acides énergiques a. cholatique et a. choloïdique.
A. cholatique chaleur a. choloïdique et dyslysine.
A. glycocholique alcalis et chaleur ' a. cholatique et glycocolle.
— alcalis et chaleur prolongée dyslysine.
— acides concentrés a. cholonique.
— acides étendus a. choloïdique et dyslysine.
de la circulation
Faut-il placer dans la cellule hépatique elle-même cette sécrétion? C'est là une question que les recherches de Kôlliker paraissent avoir tranchée, puisqu'il a retrouvé dans les cellules hépatiques les acides biliaires eux-mêmes; c'est donc bien dans la cellule que se l'ait la sécrétion de la bile. Il nous reste maintenant à étudier quelles sont les influences qui font varier cette sécrétion.
A l'état physiologique la bile, comme l'a montré Colin, s'écoule d'une façon continue dans l'intestin (1), mais les digestions, les ém.otions, les mouvements, etc., augmentent la sécrétion d'une façon fort notable. Nous étudierons plus longuement toutes ces modifications sur la sécrétion biliaire dans une leçon prochaine, lorsque nous parlerons de la lithiase biliaire.
Vous savez que lorsqu'on lie l'artère hépatique on ne fait Action pas cesser la sécrétion de la bile : il en est de même lorsque la ligature embrasse la veine porte, laissant l'artère hépatique libre (2). Que montre cette expérience? c'est que grâce
(1) A l'état normal, la bile coule portion aurait aussi été trouvée par
incessamment dans le tube digestif, Scott et Ritter : ainsi donc, un homme
mais cet écoulement présente des in- du poids moyen de 35 kilogrammes
termittences, par exemple, dans la sécréterait un kilogramme de bile en
période de digestion et sous Tin- vingt-quatre heures,
fluence de certaines émotions, comme Le chifTre serait supérieur à celui
l'a montré Mossius, l'écoulement de- fourni par des expériences directes
vient très abondant. faites sur des malades porteurs de
La quantité de bile sécrétée en fistules biliaires. De Witch et West-
vingt-quatre heures (pour un chien phalen, sur deux cas, l'un observé
de 10 kilogrammes) serait, d'après chez un homme, l'autre chez une
Nasse et Plater, de 150 grammes; femme, ont constaté que la quantité
pour le chat, d'après Stackman, la de bile éliminée en vingt-quatre
quantité, par kilogramme du poids heures s'élevait à 500 grammes (a).
du corps serait, en vingt-quatre (2) De nombreux expérimentateurs
heures, de 16 grammes. Cette pro- ont recherché le mode de sécrétion
(a) Nasse, De bile quotidie a cano sécréta, Marburg, 1851. — Witch, Zu7' Physiologie der Gall {Pflûger's Arcliiv, 1870). — Westphalen, Ein Fall von Fallenfett [Deutsch. Arch. f. klin. Medic).
CLINIQUE THÉRAP., 4« édit. " II. — 2
à des anastomoses nombreuses, il suffit que la cellule hépatique soit en rapport avec le sang, quelle que soit son origine, pour accomplir ses fonctions de sécrétion. Ceci est tellement vrai, que lorsqu'on saigne les animaux, on voit la sécrétion de la bile diminuer notablement; en revanche,- si l'on fait une injection intra-veineuse d'eau, la sécrétion biliaire est augmentée.
Mais il est un acte qui accroît notablement cette sécrétion : c'est la digestion, ou bien encore l'irritation produite sur la muqueuse intestinale. Il y a dans ces cas une double action : d'abord augmentation de la production de la bile, puis augmentation de l'excrétion, provoquée par l'exagération des mouvements contractiles dont la vésicule biliaire et ses conduits sont le siège.
A cet égard, il est un fait signalé par Rôhrig (a) et par
de la bile. Des expériences ont été riences, il fit la ligature de la veine
entreprises par Malpighi,Bichat,Oré, porte et des petites branches qui se
Kottmeier, Chassagne, Kuthe, Moos, rendent au foie, il isola l'arbre hé-
SchifF, etc. Malpighi a constaté qu'a- palique et lia en bloc le ligament
près la ligature de l'artère hépatique, hépato-duodénal, y compris le canal
la sécrétion biliaire s'opérait. Oré (de cholédoque : les animaux moururent,
Bordeaux) fit de nombreuses expé- une heure et demie après l'opéra-
riences sur des chiens et des chats, tion, dans des convulsions,
et il a constaté que, malgré l'oblité- Dans une troisième série enfin,
ration de la veine porte, la sécrétion comme l'avait fait Orée (de Bor-
biliairecontinuait, à condition cepen- deaux), il interrompt graduellement
daot que l'oblitération nefùtpas faite la circulation de la veine porte et il
brusquement. SchifF entreprit plu- constate que la sécrétion biliaire
sieurs séries de recherches. Dans une continue.
première série, il liait les branches Pour expliquer en fait, Schifî dit
dutronccseliaqueetl'artèrediaphrag- que la sécrétion se continue par suite
matique inférieure : la bile ne dimi- de la persistance de la circulation
nua pas. porte due aux veines portes acces-
Dans une deuxième série d'expé- soires para-ombilicales (b).
{a) Rohng, Archiv der Heilkunde, 1863. -^ Vulpian, Cours professés à la Faculté de médecine de Paris, 1874.
(b) Malpiglii, De viscerum structura (Opéra omnia, t. II). — Simon (de Metz), Expériences sur la sécrétion de la bile [Journal du progrès des sciences médicales, 1828, t. VII). — C. Robin, Compte rendu du mémoire de M. Oré sur les fonctions de la veine porte (in Journal de l'anatomie et de la physiologie nor-
Vulpian, qui présente un grand intérêt, c'est que lorsqu'on injecte de l'eau dans l'intestin des animaux en expérience, on voit augmenter la sécrétion de la bile.
Quant à l'influence du système nerveux sur cette sécrétion, elle n'est pas douteuse, mais cependant les expériences à cet égard sont peu décisives (1). A coup sûr les nerfs vaso-moteurs, vaso-contricteurs, vaso-dilatateurs y subissent comme par- du systèm<-
.,, , . . . . . , nerveux.
tout ailleurs, des impressions qui ont pour origine des actes réflexes; mais, je le répète, et je me fonde sur l'opinion de Vulpian, nous n'avons rien de précis à cet égard.
Telles sont, messieurs, les courtes considérations générales
(1) Des expériences nombreuses, ont été faites pour étudier l'action des différentes parties du système nerveux sur la sécrétion biliaire, et en particulier par Heidenhain, Rôhrig et Munk.
Heidenhain, en opérant sur deg chiens, a montré que l'électrisation de la moelle produisait d'abord une augmentation dans la sécrétion de la bile puis un ralentissement. Pour lui, le ralentissement de l'écoulement de la bile est une conséquence de la constriction des vaisseaux et de la diminution de la pression sanguine dans l'intérieur du foie. L'accé.
lération du flux biliaire, au contraire devrait être attribuée à la contraction des canaux biliaires. Munk est arrivé aux mêmes conclusions que Heiden-
hain. Quant à Rôhrig, il a aussi constaté l'augmentation de la sécrétion biliaire sous l'influence de l'électrisation de la moelle. Mais l'électrisation du bout central du nerf sciatique ne produirait pas, d'après lui, cette augmentation de sécrétion, ce que Heidenhain et Munk avaient affirmé.
Vulpian fait remarquer de plus que la section des pneumogastriques et que les lésions expérimentales du plancher du quatrième ventricule produisent une congestion du foie avec suractivité de la sécrétion biliaire. Ces faits ont pour lui une haute importance : ils expliqueraient le mécanisme de l'ictère résultant d'émotions morales vives, telles que la peur, la colère, etc. (a).
maies et pathologiques de l'homme et des animaux, t. I"). — Schiff, Ueber das Verhdltniss der Leber circulation tmv Gallenblldung (in Schiueizerische Zeitschrift fur Heilkunde, 1862).
(a) Heidenhain, Weitere Beobachtungen betreffend die Gallensecretion {Studien
d. physiol. zu Breslau. Anal, in Centralblatt ,1868, p. 710).— A. K6hv\g, Expé-
rimentelle Untersuchungen ûber die Physiologie der Gallenabsouderung. Anal, in
Centralblatt , 1874, p. 51. — J. Munk, Uber den Einfluss sensibler Reizung auf
die Gallenauscheidung Anal, in Centralblat , 1874, p. 51. — A. Vulpian, Recherches expérimentales relatives aux effets des lésions du plancher du quatrième ventricule, etc. {Mém. de la Soc. de biologie, 1861, p. 259).
que je voulais vous présenter, à propos du foie. Maintenant que nous connaissons cet organe au point de vue anatomique et physiologique, maintenant que nous savons les conditions qui président à la sécrétion de la bile, nous pouvons étudier l'action de certaines substances sur cette sécrétion et passer en revue ce groupe si important des médicaments qui jouent dans la cure des maladies du foie un rôle prépondérant : je veux parler des cholagogues; c'est ce que je ferai dans ma prochaine leçon.
DEUXIÈME LEÇON
DES MÉDICAMENTS CHOLAGOGUES.
Sommaire. — Des médicaments cholagogues. — Expériences physiologiques sur les cholagogues. — Procédé de Rôhrig. — Procédé de Rutherford et Vignal. — Des purgatifs cholagogues. — De l'action cholagogue du calomel. — Des nouveaux cholagogues d'origine végétale. — De l'évonymin. • — De l'iridin. — Du baptisin. — De l'hydrastin. — Du juglandin. — Du sanguinarin. — Du phytolaccin. — Des cholagogues d'origine minérale. — De l'action des alcalins comme cholagogues.
Déjà, lorsque je vous ai fait l'histoire des purgatifs, je vous ai montré certains d'entre eux qui agissaient en augmentant la sécrétion de la bile : c'est à ce groupe qu'on donne le nom de purgatifs cholagogues (i) je vous ai dit aussi que je me réservais d'étudier plus complètement ces purgatifs en m'occupant des maladies du foie : je le fais aujourd'hui. Mais avant d'énumérer les différentes substances rentrant dans ce groupe, permettez-moi d'examiner sur quelles bases expérimentales s'appuie cette étude des cholagogues.
Tout d'abord ce fut l'examen des srarde-robes qui permit '^^""ences
^^ -1 A physiologi-
de grouper ces médicaments, et selon que les selles étaient a^es sur les
... . clioliigog'ues.
plus ou moins bilieuses, le médicament était considéré comme ayant une action plus ou moins active sur le foie et classé parmi les purgatifs cholagogues. Cette méthode peu scientifique a fait place à des expériences plu précises, dues presque toutes à des étrangers {a).
(1) XoÀYi, hile, et à'yo), je chasse.
(a) Arthur Gamgee, Rutherford, Hughes Bennet, British Med. Journ , 1860, t. II, p. 78, 176, 191. — Rohrig, Expérimental Untersuchungen iiber die Physiologie der Gallenatsonffderung {Medizinich Jahrbùcher, 1873, 2° partie, p. 210).
En 1873, Handfield Jones entre le premier dans cette voie expérimentale; il donne certaines substances à des animaux qu'il sacrifie ensuite, et examine alors l'état du foie et des intestins; selon qu'il trouve la glande hépatique plus ou moins congestionnée, il en conclut à une action plus ou moins active des médicaments sur la sécrétion biliaire. C'était là, il faut le reconnaître, encore un procédé bien primitif, qui fut mis cependant en usage par quelques expérimentateurs et en particulier parPécholier (l),pour étudier l'action du calomel.
En 1867 et 1868, l'Association britannique, qui a déjà élucidé tant de questions importantes en thérapeutique et en particulier celle de l'action des médicaments alexipharmaques et de l'antagonisme en thérapeutique, mit cette question à l'ordre du jour et nomma une commission composée d'Arthur Gamgee, Rutherford et Hughes Bennet, pour instituer à ce sujet des expériences décisives. Ce dernier fit sur l'action des cholagogues un rapport important, basé sur une série de recherches entreprises sur des chiens qui, soumis à un régime identique, subirent l'action de certains médicaments, et dont on eut soin ensuite d'analyser la bile. piocédô En 1873, en Allemagne, Rôhrig compléta et perfectionna ce mode de recherches. Il curarisait des chiens, les soumettait à la respiration artificielle|; [puis, après avoir eu le soin de vider la vésicule biliaire et de lier le canal cystique, il introduisait dans l'extrémité du canal cholédoque un tube terminé par une pointe effilée, véritable compte-gouttes. Alors, à l'aide d'un métronome battant la seconde, il comp-
(1) Pécholier avait noté en 1865 nistrait du calomelle foie était très que chez les lapins auxquels il adnii- congestionné (a).
— Rutherford et Vignal, British Med. Journ., oct. 1875. — Ernest Labbée, Dea cholagogues { Journ. de Tliérap., 1876, p. 660 et 703).
(a) Pécholier, Indication de l'emploi du calomel pour le traitement de la dysenterie.
DES MÉDICAMENTS CHOLAGOGUES. 23
tait le nombre de gouttes de bile s'écoulaiit en un temps donné par le tube et étudiait ainsi l'action des différentes substances introduites dans l'estomac ou le tube digestif des animaux en expérience (i).
Les procédés, comme vous le voyez, se perfectionnaient de plus en plus et vous voyez la distance qui sépare la méthode de Jones de celles de Rôhrig. Mais le progrès ne devait pas s'arrêter là.
Rutherford et Vignal, en 1875, complètent le procédé de Procédé Rôhrig : ils procèdent d'abord comme cet expérimentateur, c'est-à-dire qu'ils curarisent l'animal, vident la vésicule, appliquent une ligature sur le canal cystique; mais, au lieu d'introduire dans le canal cholédoque un simple tube effilé, ils font pénétrer un tube de verre adapté à un tube de caoutchouc, terminé lui-même à son extrémité par un tube de verre qui plonge dans une éprouvette graduée, puis calculent la quantité de bile sécrétée dans un laps de temps donné.
Dans des recherches préliminaires, ces expérimentateurs établirent tout d'abord que le curare n'a aucune action sur la sécrétion bihaire, et que pendant toute la durée de l'expérience la bile conservait à peu près la même composition (2) ; puis ils montrèrent qu'à l'état normal chez le chien, la quantité de bile sécrétée est de 20 centimètres cubes par kilogramme du poids du corps et par heure, et c'est en se rap-
(1) Bidder et Schmidt ont constaté près son procédé une fistule biliaire : que chez le chat la bile sécrétée en Bile sécrétée pendant vinfft-quatre heures est d'environ ^TT**""^^'*^ r>
1 il. 4 h. uGrnièrG
14 grammes ; chez le mouton, de ' ' heure.
25 grammes, et chez le lapin, de Eau 80.53 87.58 89.55
136 grammes (Bidder et Schmidt, Acides biliaires,
Die Verdauungssafte under Stoff- pigments, clio-
wechsel). lestérine, graisse 8.73 8.68 8.71
(2) Voici l'analyse de la bile faite Mucus 0.71 8.71 0.71
par Rutherford chez un animal cura- C^"^''^^ ^'"^ '"^^ ^'^^
risé et sur lequel on a pratiqué d'à- 100.00 100.00 100.00
portant à ce dernier chiffre qu'ils établirent ce qu'ils appellent le coefficient des médicaments cholagogues. Ce mot de coefficient indique donc la quantité de bile sécrétée en une heure et correspondant à 1 kilogramme du poids de l'animal; plus ce chiffre dépassera la somme de 20 centimètres cubes, plus l'action du médicament sur la sécrétion bihaire sera considérable. Notons, à ce propos, que la substance en expérience n'était pas introduite par la bouche, mais bien placée dans le duodénum ; c'est ainsi que Rutherford et Vignal ont élabh le tableau suivant, que je mets sous vos yeux :