LIGNES ISOTHERMES DE L'EUROPE
DE L'AÉROTHÉRAPIE.
de vue des affections pulmonaires. L'homme peut supporter les extrêmes les plus considérables de la température (i) et nous le voyons vivre sur les bords de la mer Rouge avec une température, à l'ombre, de 44 degrés au-dessus de zéro et dans l'Amérique du Nord avec une température de 56 degrés audessous de zéro, ce qui fait une différence de 100 degrés.
Pour apprécier cette température dans tous les points du globe, Hmnboldta réuni par des lignes les lieux où les températures annuelles moyennes sont égales; ce sont les lignes isothermiques, puis sont venues les lignes isothères et isochimènes, qui indiquent, les premières les moyennes de l'été, et les secondes, les movennes de l'hiver.
Je mets sous vos yeux l'une de ces cartes, qui vous montrera pour l'Europe le chemin sinueux que parcourent ces différentes lignes.
2° Loi de succession, que Lombard appelle aussi loi d'antécédent, est caractérisée par la diversité d'action des phénomènes météorologiques, selon qu'ils ont été précédés de circonstances atmosphériques différentes. Ce qui fait que bien qu'au point de vuemétéorologique le printemps et l'automne aient une grande ressemblance, ils ont cependant une différence très marquée, parce que l'un succède à l'hiver et l'autre à l'été ;
3" Loi d'intensité, qui est caractérisée par l'étendue des phénomènes atmosphériques ;
4.? Loi de variabilité, qui est l'étendue de la lixité ou de la mobilité des phénomènes météorologiques (a).
(1) Les froids extrêmes que l'homme a à supporter ont été surtout constatés dans l'expédition du pôle Nord. Dans l'expédition du capitaine Nares, faite de 1875 à 1876, à
une latitude de 83°, 20, on a observé pendant treize jours une température de — 68 degrés. Quant à la température la plus élevée, elle a été observée au Sénégal; elle est de 48 degrés à l'ombre. Le docteur Arnaux, en Algérie, a constaté, le 25 mai 1848, la température la plus élevée au rayon solaire, elle était de 72o,5, température capable d'amener la contraction de l'albumine.
A propos de ces températures élevées, l'homme peut supporter pendant quelque temps, grâce à la transpiration cutanée, des températures bien plus élevées. C'est ainsi qu'à Paris, au Hamman, on peut rester, dans une étuve à plus de 90 degrés, et tout le monde connaît le fait cité parTillet, des jeunes tilles employées au four banal de La Piochefoucault, qui restaient dix minutes dans une température de 132 degrés.
(«) Lombart, t. I", p. 185.
De
la capacitii pulmonaire
des spiromètres.
Je reviendrai lorsque je m'occuperai du traitement de la phthisie sur les eflets thérapeutiques du climat et en particulier sur les stations dites hivernales^ et nous aurons à discuter longuement les indications et contre-indications de ces stations.
L'air froid et humide a, en effet, comme vous le savez, une action manifeste sur le développement des maladies de la poitrine, et cela se comprend facilement lorsqu'on songe au contact incessant de cet air avec la muqueuse respiratoire.
Telles sont les quelques considérations que je voulais vous présenter sur l'aérotliérapie et je désire terminer cette trop longue leçon par quelques mots sur l'influence de certains mouvements au point de vue du développement des fonctions du poumon, sur ce que l'on a décrit sous le nom de gymnastique respiratoire.
La capacité pulmonaire, comme vous le savez, est variable suivant les individus; la taille, le diamètre du thorax, l'âge, le sexe, l'exercice, les maladies font varier cette capacité que l'on peut apprécier au moyen de certains instruments appelés spiromètres (1).
La spirométrie ou plutôt \si pneumatométrie ont été le sujet
(1) Les spiromètres sont conçus sur diÊférents modèles : les uns, comme celui de Hutchinson, sont de véritables gazomètres qm l'on remplit plus ou moins complètement par une expiration extrême ; le spiromètre de Galante est construit sur ce principe : c'est une poche en soufflet que l'on remplit par une expiration forcée, un cadran indique la quantité d'air ainsi expiré.
Le spiromètre de Guillet est construit sur un tout autre principe, c'est en mesurant la quantité de tours que fait une roue à ailettes, placée dans un tube dans lequel on expire avec
force, que l'on mesure la quantité d'air ainsi expiré. Enlin, il est des spiromètres très analogues à nos compteurs à gaz.
Daily a donné d'ailleurs un moyen fort simple d'apprécier la capacité pulmonaire extrême, c'est celui de faire compter à haute voix, après une inspiration profonde ; un individu bien constitué doit aussi atteindre le nombre de 4.0 sans reprendre haleine.
Marey se sert d'un appareil enregistreur appelé pneumographe, qui permet de juger par des tracés du rythme et de l'amplitude des inspirations.
DE L'AEROTHERAPIE.
de mémoires importants, parmi lesquels il faut citer en première ligne celui de Hutchinson, qui fut publié en 1846 (a), travaux qui nous ont permis de connaître dans ses plus intimes détails la puissance respiratoire.
Parmi les inspirations, on distingue les inspirations extrêmes et les inspirations ordinaires; les premières ne représentent pas la capacité totale du poumon, car il reste toujours une certaine quantité d'air dans le thorax : c'est le résidu respiratoire. La capacité totale du poumon sera donc représentée par l'inspiration extrême, plus le résidu respiratoire. Cette capacité inspiratrice extrême, capacité vitale, comme dit Hutchinson, varie entre 2 litres et 2 litres et demi; bien moindre est la capacité des inspirations ordinaires qui correspondent en moyenne à un demi-litre (1).
(1) Après une expiration ordinaire il reste toujours dans le poumon une certaine quantité d'air; une partie pourrait être expulsée par une contraction violente des parois thoraciques, c'est la réserve respiratoire ; l'autre partie n'est pas expulsée même par une expiration forcée c'est le résidu pulmonaire.
Milne-Edwards appelle capacité inspiratrice extrême des poumons la quantité dont ces organes se dilatent lorsqu'ils passent de l'état d'expiration forcée à celui résultant de l'inspiration la plus grande qu'on puisse exécuter, et la capacité absolue des poumons correspond à la capacité de ces organes, après une expiration forcée, plus le volume dont ils augmentent lors de leur plus grande dilatation.
La capacité inspiratrice ordinaire consiste dans l'augmentation qui se
produit dans une expiration normale après une expiration ordinaire.
Enjfin, on appelle complément respiratoire la quantité d'air que par une inspiration forcée on peut ajouter à celui qui est introduit dans les poumons par une respiration ordinaire.
La capacité inspiratrice extrême a été mesurée au moyen des spiromètres. Hutchinson a examiné plus de deux mille personnes et a trouvé qu'elle répondait à environ 3 litres et demi, mais variait avec les individus et était en rapport constant avec la taille. 11 a constaté que, toutes choses égales d'ailleurs, pour des hommes, adultes et en bonne santé, d'une taille de l'^jSO à l^'.SO; les plus petits avaient une capacité inspiratrice extrême d'environ2 litres 3 quarts et que cette capacité augmentait d'environ 5 centilitres par chaque centimètre d'élévation de la
(a) Hutctiinson, Contribution to vital Statistics {Journal of the Statistical Society of Lonclon, vol. VUJ, p. 193; On the Capacittj of the lungs and on the respiratory functions (Trans. of the medic. chir. Soc, p. 157).
La gymnastique a une influence prépondérante sur la ca-
taille. Simon, Woorhelm-Schneevogt ont fait des expériences analogues et ont aussi constaté les variations dues à la taille. Pour Hiitchinson, il n'y a aucun rapport constant entre la capacité absolue du thorax à l'état de repos et l'élévation de la taille.
D'après Fabuis, Buys-Ballot et Arnold, il y a une relation entre la circonférence du thorax et la capacité inspiratrice.
Pour Arnold, une circonférence thoracique de 65 centimètres correspondrait, terme moyen, aune capacité de 2580 centimètres cubes ; pour une circonférence de 80 centimètres on aurait 3480 centimètres cubes, et 4080 pour une circonférence de 90 centimètres, c'est-à-dire que pour chaque centimètre d'accroissement de la circonférence thoracique on aurait une augmentation de 60 centimètres cubes environ.
La capacité inspiratrice dépend, non pas toujours de la circonférence du thorax qui peut varier avec l'état d'embonpoint du sujet, mais de la grandeur de la cavité et de la mobilité des parois du thorax, et Milne-Edwards fait remarquer que l'augmentation do la capacité inspiratrice correspondante à une plus grande mobilité des parois thoraciques croît avec le développement de la poitrine.
Pour une augmentation de 1 centimètre dans la dilatabilité du thorax, l'augmentation de capacité est de 1 60 centimètres environ chez l'homme dont la circonférence thoracique est de 75 centimètres; de 180 centimètres cubes chez ceux dont la circonférence est de 80 centimètres: de 210 centimètres cubes chez ceux dont la circonférence est de 85 cen-
timètres et de 240 centimètres cubes chez ceux dont la circonférence ost de 90 centimètres.
La capacité inspiratrice peut varier selon la position qu'occupe l'individu en observation : couché sur le dos ou sur le ventre, il inspire moins d'air que dans la station verticale, il inspire moins aussi si.le thorax est emprisonné dans un vêtement un peu serré.
Le poids du corps ne semble devoir avoir quelque influence que s'il y a une surcharge graisseuse gênant le jeu des organes.
Avec l'âge peut varier la capacité inspiratrice qui, d'après Wintrich, diminue notablement entre l'âge de 50 et de 60 ans, époque à laquelle du reste diminue l'élasticité des cartilages costaux.
Pour Hutchinson, la capacité vitale augmente de 20 à 35 ans et décline plus tard. Voici les moyennes qu'il a obtenues :
■15 à 25 ans. 220 pouc. cub. ou 3520«
Bourgery arrive à des résultats analogues, et, pour lui, c'est à 30 ans que, par une inspiration forcée, on peut faire entrer la plus grande quantité d'air dans la poitrine.
Le sexe amène des différences notables. Pour Herbst, la capacité inspiratrice de la femme serait à celle de l'homme comme 2 est à 3.
D'après Bourgery, la femme adulte inspirerait de 1^,10 à 2i,20 tandis que l'homme inspirerait 2^,50 à 4\30.
Pour Arnold, chez une femme de
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pacité de l'appareil respiratoire, les travaux de Hillairet et de
-["^Ji-Ayla capacité inspiratrice est de 2 litres et augmente d'environ 4.0 centimètres cubes par centimètre d'élévation de la taille.
Les professions qui ont une iu- Iluence sur la dilatabilité du thorax en ont une aussi sur la capacité respiratrice ; l'exercice augmente cette capacité et chez les hommes robustes, chez les manœuvres dont les muscles thoraciques fonctionnent énergiquement, la capacité est plus grande que chez les gens sédentaires privés d'exercice. Les maladies des viscères abdominaux par la gêne mécanique qu'ils provoquent ont au ssi une grande influence. D'après Fabuis et quelques autres physiologistes, la grossesse n'aurait cependant pas une action manifeste. 11 n'en est pas de même de la tuberculose et de l'emphysème pulmonaire.
D'après Hutchinson, au début de la phthisie pulmonaire dans la première période, la capacité inspiratrice extrême est diminuée d'un dixième et demi et d'un sixième à la deuxième période. Et même, d'après Woorhelm- Schneevogt, chez les gens non tuberculeux, mais issus de tuberculeux, la capacité inspiratrice est inférieure au taux normal.
La capacité respiratoire ordinaire est variable. D'après Borelli, elle est d'environ 288 centimètres cubes; Goodwyn et Davy avaient trouvé 280 centimètres cubes, tandis que Menziès, Dalton, Vierordt et Valentin avaient évalué le volume d'air à plus d'un demi-litre.
La taille des individus, leur état de santé, leur âge, peut faire varier les résultats obtenus.
Herbst a constaté qu'un homme de taille moyenne et d'une bonne santé
donnait à chaque inspiration de 20 à 25 pouces cubes d'air, tandis qu'un homme petit et d'une constitution plus faible donnait 16 à 18 pouces cubes. Pour Bourgery, le volume d'air nécessaire à une inspiration ordinaire varie avec l'âge et suit une progression géométrique entre 7, 15, 30 et 60 ans. Herbst avait trouvé chez trois garçons de 11 à 13 ans la capacité inspiratrice extrême variant entre 70 et 96 pouces cubes, et chez trois jeunes gens de 21 à 23 ans, de constitution robuste, elle variait entre 160 et 196 pouces cubes. Quant au nombre de mouvements respiratoires, voici ce que l'on a observé :
L'homme adulte, à l'état de repos et en santé, exécute par minute de 15 à 22 respirations; mais cependant ce nombre peut varier comme le montre le tableau de Hutchinson, tableau résultant de l'examen d'un grand nombre d'individus.
Nombre Nombre d'hommes
des inspirations où ces nombres
par minute. onl été observes.
Marey, de Chassagne et de Daily, nous démontrent ce fait d'une façon péreinptoire (4).
Chez les jeunes enfants, on noie une plus grande fréquence de respiration; au moment de la naissance la moyenne est à peu près le double do celle de l'homme de 20 ans.
Quetelet (de Bruxelles) a constaté que la respiration pendant le sommeil subit une légère diminution, environ 1 sur 4.
Dans l'examen de- trois cents individus mâles, Quetelet a vu qu'on peut compter:
44 inspirations peu après la naissance.
20 à 5 ans.
20 de 15 à 20 ans.
19 de 20 à 25 ans.
16 vers 30 ans.
18 de 30 à 50 ans.
Le nombre des respirations diffère du reste beaucoup, selon les divers états de l'homme, selon qu'il est au repos ou fait des exercices violents ou qu'il subit une émotion vibrale
vive; il varie aussi selon l'état de santé (a).
(1) Dans les expériences faites par Hillairet et Marey, on a examiné le rythme de la respiration chez de jeunes soldats à l'état de repos et après une course de 600 mètres. Au début, il existait entre ces deux respirations des différences très notables, mais après cinq mois de gymnastique, il était impossible de saisir un changement de respiration pendant la période de repos et après la période de course, et cependant les 600 mètres étaient parcourus en 3 minutes 50 secondes. Marey conclut de cette expérience que les jeunes soldats respiraient environ deux fois plus d'air qu'avant d'avoir été soumis à l'entraînement.
Chassagne et Daily ont examiné les résultats de la gymnastique sur la respiration par un autre procédé, c'est en mesurant la circonférence thoracique, en suivant une ligne bimammaire, les bras relevés, qu'ils ont constaté l'augmentation de la capacité thoracique.
Voici les chiffres qu'ils ont donnés :
Après une durée effective de cinq mois des exercices gymnastiques, 401 sous-officiers, caporaux et soldats de l'École militaire de Joinville ont été examinés; leur âge était en moyenne de 23 ans, leur taille de l'",65.
l^ropor-
Auginonla-
Moyenne
Augmenta-
Nombre
tion
tion
d'augmenta-
Moyenne
tion
d'élèves.
moyenne
tion.
générale.
totale.
Augmentés
Diminués
Sans changement.
(a) Hutchinson, On the Capacity of the Lungs and on tlie Respi.ratory Fonctions
nE L'AÉROTHÉRAPIE. 367
Ces exercices consistent surtout dans des mouvements de développement des bras ou dans la suspension par les membres supérieurs, mouvements combinés avec une inspiration nasale profonde et une expiration buccale. Vous comprenez facilement, messieurs, l'importance de ces exercices, qui permettent d'augmenter dans de notables proportions le champ respiratoire. Pour apprécier cette augmentation, vous pourrez vous servir du spiromètre si ingénieux de Maurice Dupont, spiromètre que vous établirez vous-même sans grande difficulté (1).
Telles sont les considérations que je voulais vous présenter
Le plus grand nombre des augmentés a été de 37 de 2<:<:.
Le maximum a été 2 7 50
Le minimum 6 0 25
Cette proportion de 75 pour 100 pose de deux vases à deux tubulures
d'élèves ayant subi par les exercices d'une capacité égale de cinq litres,
gymnastiquesun accroissement de la Ces deux vases communiquent entre
poitrine, est la même que celle qu'a eux au moyen d'un tube en caout-
obtenue le docteur Abel en Aile- chouc et l'un d'eux avec un tube
magne (a). en caoutchouc muni d'un robinet
(1) l/appareil de Dupont se corn- est mis en rapport avec la bouche
{Traits, of the Medic. Chir. Soc. of London, 1846. — Simon, Ueber die Munge der Augsgeathmeeteim Luft. — Woorhelm-Schneevogt, Ueber den praktischen Werth des Spiromelers {Zeitsch. fiir ration. Med., 1854). — Fabuis, Spirometrisehe Beobachtungen (Zeitsch. fur ration. Med., 1854). — Arnold, Ueber die Athmungsgrosse des Menschen. — Herbst, Ueber die Capacitat der Lungen fur Luft [MeckeVs Arcli. fur Phys., 1828). — Wintricli, Krankheiten der Respirations Organe (Handb. des specilien Pathologie und Thérapie, t. V). — Bourgery, Mémoire sur les rapports de la structure intime avec la capacité fonctionnelle des poumons dans les deux sexes et aux divers âges {Comptes rendus Acad. des se, 1843). — Menziès, Tentamen physiologicum inaugurale de respiratione. Edimbourg, 1798. — Dalton, On respiration and animal heat (Mem. of the Litter and Philos. Soc. of Manchester, 1813). — Milne-Edwards, Leçons de physiologie, t. II.
(rt) Hillairet ei Marey, Modification des mouvements respiratoires par l'exercice musculaire {Acad. des se, juillet, 1880). — ■ Chassagne et Daily, Influence précise de la gymnastique sur le développement de la poitrine, Paris, 1881. — Daily, De la gymnastique respiratoire {Soc. de Tliérap., 8 décembre 1881). — Abel, Miltitaerztlich Zeitung, p. 237.
sur l'aérolhérapie; quelque incomplètes qu'elles soient, elles vous permettront d'apprécier à leur juste valeur ces méthodes thérapeutiques, et je vais maintenant, une fois ces préliminaires posés, entrer dans le cœur de mon sujet en vous exposant le traitement de la pneumonie; c'est ce que je ferai dans ma prochaine leçon.
du malade, et c'est par l'application de l'air expiré. On mesure la quan-
de la théorie du siphon, que l'eau tité d'eau qui s'est ainsi écartée au
dont on remplit l'un des vas(?s peut moyen d'une graduation établie sur
passer dans l'autre par la pression l'un des vases (a).
(a) Maurice Dupont, De la spirométrie en clinique {Bull, de Tliér., Cil, p. 8, 15 janvier 1882, et Bull, de l'Acad. de méd., 22 novembre 1881).
TROISIÈME LEÇON
Sommaire. — Histoire du traitement de la pneumonie. — Nécessité de combattre énergiquement les symptômes. — Causes d'erreur de la statistique médicale. — De la statistique en thérapeutique. — Du génie épidémique.
— De la thermoraétrie médicale. — Du cycle thermométrique. — Des médications dites jugulantes. — Symptomatologie de la pneumonie. — État local du poumon. — De la marche de la pneumonie. — Thérapeutique de la pneumonie. — Division des traitements. — Traitements spoliateurs et modificateurs de la fièvre. — De la saignée dans la pneumonie.
— Son importance. — Effets de la saignée. — État du sang chez le pneumonique. — Résultats de la saignée. — Des antimoniaux. — Du tartre stibié. — De la méthode de Rason. — Effets physiologiques du tartre stibié. — • Effets thérapeutiques. — Dangers de la médication. — Du kermès. — De l'oxyde blanc d'antimoine. — Traitement mixte. — Saignée et tartre stibié. — De la digitale. — Du sulfate de quinine. — Du veratrum viride. — De la vératrine. — Réfrigérations. — Rains froids dans la pneumonie. — De la médication tonique. — De l'alcool dans la pneumonie. — Travaux de Todd. — Action physiologique de l'alcool. — Résultats thérapeutiques. — Dangers de l'alcool. — De l'expectation. — - Doctrine hippocratique. — Des divers traitements de la pneumonie. — De l'acétate neutre de plomb. — Du seigle ergoté. — Aconit. — Alcalins. — Acide phénique et salicylique. — De la résorcine. — Mercuriaux. — Injections sous-cutanées de calomel. — Médications extraordinaires. — Inhalations de chloroforme. — Cantharides. -;- Saignée directe du poumon.
Messieurs, je vais consacrer celte" leçon à l'étude de la pneumonie; c'est là un point capital dans l'histoire thérapeutique des afFections pulmonaires.
De même qu'on voit, en Angleterre, Huxley faire, à propos del'écrevisse, un véritable traité de physiologie, de même on pourrait baser une histoire complète de la thérapeutique sur les vicissitudes qu'a présentées ce traitement et les discussions qu'il a soulevées. Permettez-moi donc, messieurs, de résumer ici aussi brièvement que possible cette histoire.
CUNIQUE THÉRAP., A" édlt. II. — 24
Histoire j^e début si brusque et si solennel de la pneumonie, l'inten-
du traitement
de site des phénomènes fébriles, le trouble profond apporté à
la pneumonie. , ... , , , . . /^ • n i
la respn^ation, tout se réunissait pour tau^e de la pneumonie une maladie des plus graves de l'économie. Aussi les anciens, qui n'avaient pour se guider ni l'auscultation , ni la percussion , avaient-ils fait de cette affection le type des phlegmasies. On dirigea donc contre cette maladie, que l'on considérait comme l'une des plus dangereuses, un traitement porportionnel au mal, et l'on puisa pour la combattre, dans l'arsenal thérapeutique, les remèdes les plus énergiques. Il fallait triompher de la maladie, disait Sydenham, et c'est cette doctrine funeste qu i a longtemps dirigé toute la thérapeutique de la pneumonie.
On oubliait que dans ce combat entre le médecin et la maladie il existait un malade; on oubliait surtout la véritable doctrine hippocratique et la définition qu'elle avait donnée de la maladie. Pour le père de la médecine, en effet, les phénomènes morbides n'étaient que des symptômes suscités par la nature dans le but de la guérison ; il importait donc de ne pas troubler, à moins d'une nécessité absolue, cette tendance spontanée delà nature vers la disparition du mal.
Pendant de longues années on institua donc contre la pneunomie les traitements les plus énergiques; et ce qui prolongea longtemps l'erreur, c'est que l'on vit, sous l'influence de ces traitements, la pneumonie disparaître et les malades guérir. Seulement les convalescences étaient longues et l'on attribuait cet affaiblissement, non pas à la médication, mais bien à l'affection pulmonaire elle-même.
Au dix-huitième siècle, nous voyons bien apparaître quelques tentatives pour établir un traitement hygiénique de la pneumonie; mais ces essais faits par van Swieten et Boerliaave furent bien vite oubliés et l'on revint plus que jamais aux traitements les plus violents et les plus sévères de la pneumonie. Mois tout cet échafaudage, qui était basé depuis des siècles sur
De la méthode
DU TRAlTEMElNT DE LA PNEUMONIE. 371
la tradition, devait s'écrouler complètement sous l'influence destructive de deux méthodes d'investigations que l'on venait d'appliquer à l'étude des maladies : la statistique d'une part, l'observation de la température de l'autre.
La doctrine deBroussais,qui avait poussé jusque dans ses dernières limites les méthodes draconiennes qu'elle avait en- statistique. fantées, suscita une réaction énergique, et cette réaction prit pour guide l'observation et la statistique; Andral, Louis, Ghomel, Valleix se rallièrent autour d'un drapeau qui avait pour devise : Niimerandce et per'pendendce ohservationes. Puis, l'école de Vienne suivit bientôt l'école de Paris dans son évolution, et Skoda et son élève Dielt nous montrèrent tous les avantages que l'on pouvait tirer de la statistique dans l'étude de la curation des maladies.
Que montra cette statistique lorsqu'on l'appliqua à l'examen des divers traitements de la pneumonie? C'est que l'absence de toute médication donnait des résultats plus avantageux que les traitements les plus actifs. C'était là un point capital qui détruisait du premier coup cette loi, qui jusqu'alors avait régi le traitement de la pneumonie, c'est qu'à une maladie intense il faut une médication énergique.
Mais la statistique seule ne pouvait suffire pour obtenir complètement gain de cause; ce procédé de démonstration, qui peut avoir dans d'autres sciences une haute valeur, ne donne pas en médecine, et en particulier en thérapeutique, tous les résultats qu'on est en droit d'espérer d'elle ; et sans dire comme Forget, que « la statistique est une bonne fille qui se livre au premier venu » , on peut affirmer toutefois que les produits médicaux qui en sont issus sont mal conformés et peu viables.
En médecine, en effet, et en particulier en thérapeutique, d^
. la statistique
les observations ne sont jamais comparables entre elles: les en conditions individuelles, et surtout le génie morbide, peuvent ^'^'^'"p^'^'^'I"'^à chaque instant modifier les résultats, et c'est ce qui explique
la grandeur et la décadence des agents thérapeutiques. Tel médicament qui a produit à un momeut donné des guérisons inespérées, ne provoquera plus que des insuccès à une autre période, et cette différence résultera de ce que dans le premier cas les affections étaient bénignes^ dans le second qu'elles étaient graves. Voulez-vous une preuve de ce que j'avance, jetez les yeux sur la statistique si importante publiée par Lebœuf (1) à propos du traitement de la pneumonie; vous y
(1) Voici la statistique publiée par Lebeuf (Thèse de Paris, 1870).