‹ Leçons de clinique thérapeutique (volume 4)Chapitre 11 sur 32 · COMPARAISON DES STATISTIQUES DES DIFFÉRENTS AUTEURS · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES STATISTIQUES DES DIFFÉRENTS AUTEURS

Traitement par la saignée.

Mortulilé pour 100.

Leroux (1826) 21

Louis (1828j 30.3

Charité 33.3

Pitié U

Broussais (1838) 62

Rasori 24

Audral 56

Bouillaud (1831-1336), à la Cliarité.

Saignées coup sur coup 11

Grisolle. Première période de

la pneumonie 10

— Deuxième période de

la pneumonie 16

Réunion des observations .... 15.8 Brera (Italie), 2 à 3 saignées.. 19

De 3 à 9 saignées 22

Plus de 9 68

Bambeau (Lyon). Hôpital militaire 0

Balfour. Infirmerie royale d'Edimbourg (1839-18ii). . .... 39.5

Hôpitaux écossais (Thompson

<Jri-) 25 à 33

Bennett. Infirmerie royale d'Edimbourg, de 1839 à 1848 (Reid, Peacock, Bennett et

Macdougall) 34.

Infirmerie royale d'Edimbourg

1812 à 1837 (Thorburn) .... 38 Dielt (Vienne, 1849) 20. 7

Mortalité pour 100.

Bouth (Londres, 1855). Statistiques comparées 14 à 20

Bordes (Amsterdam, 1855) 18

Wunderlich (Leipzig, 1856) ... 6.6 Magnus^Huss (Stockholm, 1840-

Traitement mixte.

Laënnec (1826, à la Charité).

Saignée et tartre stibié 3.5

Louis (jnême traitement) 15

Andral (Charité). iMême traitement ^3

Rasori. Saignée et tartre stibié.

Hôpital militaire 14

Môme traitement. Hôpital civil. 22 Lebert (Zurich). Traitement de

Laënnec 0

Grisolle. Saignée ettartrestibié. 10 Saignée et oxyde blanc d'antimoine 23

Traitement par le-tartre stibié employé seul.

Laënnec (1826) 3

Rasori (Milan) 10

Dielt (Vienne, 1849) 29.7

Bang (Copenhague) 3

Routh (Londres, 1855). Statistiques comparées 13 à 20

Traitement par les moijens variés.

Exclusion de la saignée.

Bennett (Edimbourg). Alimentation et toniques (1857),

65 ans, 3 morts 4.6

De 1856 à 1862, 103 cas,

3 morts 2.8

De 1856 à 1864, 550 cas, 71 morts '. \'\

verrez que la mortalité à varié de 0 à 40 pour 100 suivant les années, et cela avec les mêmes méthodes thérapeutiques.

L'application du thermomètre à l'étude des maladies fut une arme plus puissante contre les doctrines du passé (1). Grâce à Bœrensprung,] Traube, Wunderlich, l'application du thermomètre est devenue une pratique journalière dans nos hôpitaux et dans notre clientèle de la ville. Cette thermométrie médicale nous démontre scientifiquement ce grand

De la

thermomctrie

mcdicalr.

Mortalité pour -100.

Magnus Huss (Stockholm), 184.8 à 1855. Tartr(3 stibié et calomel 13.77

Baumgartner et Warrenlrapp (chloroforme en inspiralion). 10

Vogs (Berne). Vératrine 10,18

Klingel (1833) compare la défei'vescence de la pneumonie traitée par rexpectalion (7° et 9'^ jour) et traitée par la vératrine (5^ et 6° jour)

Béhier. Alcool 8.20

Eclectisme.

Brandes (Copenhague, 1858).

Pendant deux années :

Même traitement. Résultat ) 5 bien différent S 13

Roy (Lyon). 1842-1852. Oxyde blanc d'antimoine, sangsues. 10

Raimann (de Vienne), 1854.

Expectation, saignée, rarement .-. 23.4

Grisolle (1865). Tartre stibié, ventouses scarifiées, révulsifs, saignées 5.5

Traitement par V expectation.

Skoda (Vienne), 1843-1846.... 13.7

Dielt (Vienne, 1849) 7 .i

Brera (Italie) 14,

Teissier (Paris, 1850). Homéopathe 7

Tunbart (Paris, 1850). Homéopathe 7.7

Granmottel (Paris, 1852). Homéopathe 12.5

Dielt (Vienne, 1852) 9*2

Mortalité pour 100.

Dworzak (Ofen en Hongrie,

Magnus Huss (Stockholm, 1848-

Laboulbène (Paris, 18.52), 5 cas. 0 Schmidt (Hollande, 1851-1865). 23.2 Routh (Londres, 1855). Comparaison de statistiques .... 1 à 12 Metcalfe'(New-York, 1855)... 0

Bordes (Amsterdam, 1855) 23.3

Peyraud (Lyon) 15

Marrotte (Paris, 1855), 10 cas,

1 saignée 0

Wunderlich (Leipzig, 1856)... 23.4 Dielt (Vienne, 1854). Document

officiel 20. 7

Mittchell (hôpital de Vienne, de 1847 à 1856), 1000 cas d'ex-

pectation 14.

Bourgeois (d'Étampes, 1860).. 10 Barthez (Paris, 1862), Enfants.

Un sixième des malades traités un peu activement 0.94

Santiard (Paris, 1862). 10 cas. 10

(1) Depuis les temps les plus reculés, les médecins ont attaché une grande importance aux variations de la température du corps dans les diverses maladies, mais ce n'est que vers 1638 que le thermomètre fut employé pour constater ces variations par Sanctorius. Après lui, Boerhaave, van Swieten s'occupent de la thermoniétrie clinique, et de Haen (de Vienne), élève de Boer-

fait, qu'un grand nombre de maladies suivent une marche régulière, un cycle voulu, dont on peut observer les périodes d'augment, d'état et de déclin.

Pour ces maladies cycliques, les médications jugulantes n'existent pas et de même que nous ne pouvons arrêter la fièvre typhoïde ou les fièvres éruptives dans leur marche, de même aussi nous ne pouvons enrayer brusquement la pneu-

haave, étudie plus à fond la question et tire de ses observations des déductions fort importantes.

En Angleterre, Cli. Martin (1840), Haller - Marcard (1758), Blagden (1784.), Pickel (1778), examinent les diverses variations de la température chez l'homme et les animaux.

Blagden et Bodson montrent que, soumis à des températures de plus de 100 degrés, l'homme conserve une température invariable.

James Currie publie un travail important, avec observations thermométriques sur les effets de l'eau chaude et de l'eau froide dans la fièvre et les autres maladies, et d'après les altérations de la chaleur propre des malades, il juge les effets des divers médicaments.

En 1815, Gentil, dans sa thèse inaugurale, étudie les différences de température d'après l'âge, le tempérament, le sexe et les différentes heures de la journée; en 1821, à l'instigation de Hufeland, qui s'occupe toujours de la température dans les maladies, paraissent deux importants mémoires dus à A. Frolich (de Vienne) et à Reuss (d'Aschaffenburg).

D'autres médecins ou physiologistes publient des travaux, des monographies sur les sources de la chaleur animale, sur la température humaine observée chez l'homme et les animaux en état dn santé ou de

maladie. Thomson, Lucas, Bailly, Everard Home , Edwards publient des observations; Breschet et Becquerel entreprennent d'importantes expériences; mais cependant l'emploi du thermomètre ne jouit pas d'une grande faveur, et Chomel luimême pensait que la main était suffisante pour apprécier la température et que le thermomètre ne pouvait donner qu'une idée imparfaite de l'élévation de température. D'autres cliniciens, Bouillaud, Donné, Piorry, accordent plus d'importance à ce moyen clinique et recueillent de nombreuses observations thermiques.

En 1837 paraissent les travaux de B. Brodie sur l'élévation de la température après la section de la moelle; en 1838, Fricke étudie la . température axillaire et vaginale avant et après la menstruation; en 1839, Gavarret démontre que pendant le frisson fébrile la température du tronc peut s'élever autant que dans le stade de chaleur; en 1839, John Davy publie le résultat de ses expériences. Mais ce n'est guère qu'en 1840 que commencent les recherches les plus sérieuses sur la température, et que sont méthodiquement recueillies les observations du thermomètre pathologique.

Andral y insiste dans son cours de pathologie générale (1841), Gierse (1842) fait des observations minu-

monie dans son évolution ; donc, la première condition pour bien apprécier les résultats d'une médication dirigée contre un état pathologique c'est d'en connaître l'évolution cyclique normale.

Pour la pneumonie , vous connaissez tous aujourd'hui De la marche cette évolution (i), La pneumonie franche, que l'on appelle '^y^g'*"^ encore pneumonie lobaire, la pneumonie croupale des i\.lle- ^^ pneumonie.

lieuses et observe la marche de la température dans l'inflammation, dans les fièvres; Hallmann (1844) publie le résultat de ses observations sur la température, spécialement dans la fièvre typhoïde ; Chossat (1843) étudie les effets de l'inanition sur la chaleur animale, et H. Roger, avec son soin habituel, examine la température de l'enfant et montre les modifications thermiques dans la fièvre, les fièvres éruptives, et les autres affections de l'enfance.

Paraissent ensuite les travaux de Demarquay (1847), de Duraéril (1848), de G. Zimmermann (1847-1854), de J. Peter Schmitz (1849), de John Davy (1850).

Ce sont les recherches de Bœrensprung et Traube qui font entrer Ja thermométrie dans une voie plus pratique. Ces deux médecins allemands étudient à fond la question et donnent de minutieuses indications. Sous l'instigation de Traube, Wunderlich (1851) entreprend des recherches et étudie « l'évolution de la température dans les maladies,

abstraction faite de toutes considérations théoi'iques ». Wunderlich a recueilli des observations en nombre considérable et a publié de nombreux mémoires sur la thermométrie clinique. Ses élèves ont suivi son exemple et aujourd'hui le thermomètre, d'abord accueilli par beaucoup avec une certaine méfiance, est décidément entré en maître dans la clinique médicale et chirurgicale de tous les pays.

En France, en particulier, de nombreuses thèses ou mémoires ont été publiés et les travaux des professeurs Charcot et Jaccoud ont bien démontré l'importance de la thermométrie clinique (a).

(1) La pneumonie, plus fréquente à droite qu'à gauche, peut être unilatérale ou bilatérale soit d'emblée, ce qui est rare, soit, ce qui est plus fréquent, que l'inflammation ait gagné successivement les deux poumons; elle peut siéger au sommet, aux bases ou au centre d'un lobe (pneumonie centrale).

On reconnaît à la maladie trois périodes ou degrés. Dans la première

(a) De Hahen, Ratio medendi. — Martin, De animalium calore. — Haller-Marcard, Dissertatio de generatione calons ad usum in corpore humano, 1741. — Pickel, Expérimenta med. physica de etectricitate et calore animali, 1778. — Blagden, Philosophical Transactions, 1775. — Dobson, Philosoph. Transactions, 1775. — Hunter, Philosoph. Transactions, 1775-78. — Currie, Médical Reports on Ihe Effecis of Water cold and ivarm as a Remedij in Eever and other Discales. — Gentil, De la chaleur animale. Thèse de Paris, 1815. — Breschet et Becquerel, Annales des sciences naturelles, 1835. — Chomel, Dict. en 30 volumes, 183i. —

mands, est caractérisée surtout au point de vue anatomique par un exsudât fibrineux qui occupe l'intérieur des alvéoles pulmonaires ; cet exsudât subit au bout d'un certain temps une dégénérescence granulo -graisseuse qui permet sa résorption et sa sortie au dehors. Ces modifications essentielles qui caractérisent la pneumonie franche et qui constituent par leur ensemble ce que l'on a décrit sous le nom d'hépatisation, s'accompagnent d'un cortège fébrile qui comprend les symptômes généraux de la pneumonie et dans

période (d'engorgement), le tissu chire, il a un aspect marbré, et prépulmonaire est violacé, gorgé de sente des granulations nombreuses, sang, augmenté de volume et de rouges, très rapprochées les unes densité; plongé dans l'eau, il ne des autres; si on le lave à grande surnage qu'incomplètement. Son eau, il prend une couleur grise jauélasLicité est moindre et il crépite nàtre.

moins sous le doigt. A la coupe, il Les vaisseaux sont dilatés, gorgés

s'écoule une sérosité rougeâtre. de sang et les alvéoles, comme les

Les capillaires sont distendues et petites bronches, encombrées, ob-

gorgées de sang; les alvéoles sont struées par des cellules èpithéliales

remplies de cellules èpithéliales. et les leucocytes englobés dans la

Le poumon est encore perméable fibrine. Le poumon est alors imper-

et peut être insufflé.- A la deuxième méable et ne peut plus être insufflé,

période (hépatisation rouge), le pou- Si la maladie marche vers la guè-

mon est plus dense, plus dur, res- rison, ces exsudais se dissocient, se

semble à un bloc fibrineux rouge, liquéfient, les cellules èpithéliales

présentant parfois l'empreinte des et le dépôt de fibrine devenus grais-

côtes ; il ne crépite plus, se déchire seux sont expulsés par les crachats

facilement et, plongé dans l'eau, ga- ou résorbés sur place,

gne le fond du vase. L'air pénètre de nouveau dans les

A la coupe, et surtout si on le dé- alvéoles devenues libres, un épithé-

Bouillaud, Clinique médicale. — Donné, Arch. gén. de médecine. — Piorry, Traité du diagnostic. — Brodie, Medico-Chirurg . Transactions. 1837. — Gavarret, Journal l'Expérience, 1839. — Hallmann, Traitement rationnel de la fièvre tijphoïde, 1844. — Chossat, il/e'm. de VAcad. royale des sciences, 1843. ^ H. Roger, Arch. gén. de médecine. — Demarquay, Recherches expérimentales sur la température, 1847. — Demarquay et Duméril, Arch. gén. de méd., 1848. — Zimmermann, Medic. d. Vereins fur Heilkunde, 1846; Arch. fur phtjsiologiscli Heilkunde, 1858; Recherches cliniques sur la fièvre, V inflammation et les crises, 1854; Med. Zeitung der Vereins fur Heilkunde in Preussen, 1852. — Traube, Ann. de la Charité, 1850. — Bœrensprung, Recherches sur la température du fœtus et de l'adulte à Vélat physiologique et morbide, 1851, in Arch. de Mulle. — Wunderlich. Traité de pathol. et de thérap., Arch. fur physiol. Heilkunde, 1857-58, 1860-69; De la température dans les maladies, 1872. — Jaccoud, Leçons de cllnioue médicale, 1867; Traité de pathologie interne.

lequel on observe un début brusque, une période d'état et enfin une période de défervescence.

Ce qu'il nous importe le plus de connaître au point de vue où nous nous sommes placés, c'est de savoir à quel moment se produit cette défervescence, lorsque la phlegmasie est abandonnée à elle-même. Jûrgensen nous a fourni à cet égard une très importante statistique; il a en effet étudié dans 121 cas l'époque de cette défervescence, et en consultant les tableaux qu'il a donnés (1) on voit que c'est au cin-

De la

défervescence

dans la jmeumonie.

lium se reforme et la guérison s'effectue.

Si la pneumonie passe à la troisième période (hépatisation grise), le poumon, tout en présentant les lésions disséminées appartenant aux deux premiers degrés, prend un aspect gris cendré avec quelques points noirâtres, il devient encore plus friable et se déchire à la moindre pression. Si on le coupe ou si on le déchire, il s'en écoule un liquide sanieux , pui'iforme. Quelquefois , mais rarement, le pus se réunit en foyer et forme des abcès qui peuvent s'ouvrir soit dans une bronche (vomique pulmonaire) , soit dans la plèvre (pyo-pneumothorax) ou rester enkystés et subir la dégénérescence graisseuse.

La gangrène s'observe aussi, mais rarement.

Charcot a donné à son cours de 1877 à la Faculté de Paris une excellente étude sur les lésions histologiques de la pneumonie. Nous ignorons les altérations histologiques qui caractérisent la première période (dite période d'engouement), mais pour la seconde période (dite période d'hépatdsation), on sait, depuis Lobstein et Rokitanski, qu'elle est caractérisée par la présence de dépôts fibrineux dans l'intérieur des

vésicules. Au microscope on trouve les vaisseaux injectés et l'alvéole pulmonaire remplie par de la fibrine, des hématies et des leucocytes. Cet épanchement occupe non seulement l'alvéole pulmonaire, mais encore la branchiole intralobiilaire et même extralobulaire.

Pour la période de résolution, il se fait une dégénérescence graisseuse et muqueuse de la fibrine, des leucocytes et des cellules épithéliales, tandis que la paroi alvéolaire reste intacte.

(1) D'après un tableau statistique de Jiirgensen, sur 721 observations thermométriques empruntées à Griesinger, Lebert, Naunyn, Thomas, Wunderlich et Ziemssen, la défervescence se ferait :

fois.

Au bout

de

2 jours

ir, -

quième et au septième jour qu'elle se produit le plus ordinairement. Tout récemment encore, notre collègue, le docteur Fernet, revenant sur ce sujet, nous montrait la marche régulière et cyclique de la pneumonie franche (1).

Vous voyez aussi que la défervescence peut se faire dans un laps de temps beaucoup plus court, et l'on observe des pneumonies qui, à l'état normal, peuvent évoluer en trois ou quatre jours.

Une fois ce premier fait acquis que la pneumonie franche, lobaire, croupale des Allemands, sans être influencée par aucune médication, a une défervescence qui se montre le plus ordinairement vers le septième jour, examinons et jugeons

(1) Pour le docteui' Fernet, la pneumonie franche aiguë a une évolution et une crise caractéristiques.

1° L'évolution est pai'faitement représentée par la marche de la fièvre et figurée par la courbe thermométrique.

Le début de la maladie est marqué par un léger frisson. Puis survient une lièvre intense qui persiste d'une seule tenue pendant cinq à sept jours en moyenne et qui tombe ensuite rapidement.

Concurremment avec cette fièvre se développe une lésion locale dans le poumon, lésion qui se résume dans l'épanchement et la solidification d'on exsudât fibrineux (hépatisatioii rouge) formant dans le parenchyme pulmonaire un ou plusieurs blocs compacts.

Cette hépatisation, qui est la lésion de la pneumonie à la période d'état, dure en général autant que la fièvre et ensuite elle subit des transformations qui permettent le retour de

l'organe à 1 elat normal (dissociation et élimination de l'exsudat). Cette dernière phase de réparation organique est étrangère à l'éliminatioa de la, maladie proprement dile. Elle fait partie de la convalescence.

Par cette évolution et par cette lésion locale la pneumonie ressemble aux fièvres éruptives.

2° La crise de la pneumonie survientvers le sixième ou septième jour de la maladie ; elle est marquée par une défervescence brusque et d'abondantes sueurs.

Les modifications' de l'urine, les épistaxis, la diarrhée, les éruptions naso-labiales ne sont pas des phénomènes critiques. Ce sont (sauf l'herpès naso-labial) des accidents ou des complications.

L'herpès naso-labial apparaît régulièrement vers le troisième jour de la maladie, précédant de beaucoup la crise ; il paraît être une manifestation locale analogue ou semblable à celle qui constitue lapneumonie (a).

(a) Fernet, De la pneumonie franche aiguë, de son évolution et de sa crise {Arcli. gén. de méd., juillet-août 1881, p. 5 et 155).

les différentes médications qui ont été proposées pour combattre cet état phlegmasique.

Je grouperai ces médications dans trois chapitres séparés. D'abord, nous étudierons celles qui provoquent leurs effets thérapeutiques en perturbant profondément l'économie et produisant ainsi un abaissement des forces et de la température, c'est ce que j'appellerai les médications spoliatrices. Les secondes ont pour effet de relever les forces du malade : ce sont les médications toniques ; enfin les troisièmes sont basées sur l'étude de l'évolution normale de la maladie : ce sont les méthodes d'expectation.

Les médications spoliatrices comprennent les émissions Des sanguines, les antimoniaux,la digitale, la vératrine, le sulfate spouXîcTs! de quinine et la réfrigération.

Les émissions sanguines ont été pendant longtemps la Des émissions

1 1 1 1 f • 11 • • 5 1 • sanîruincs

base de la thérapeutique de la pneumonie; jusqu a ces vmgt dans dernières années elles ont régné sans partage dans le traitement de l'affection qui nous occupe, et tout médecin qui dans une pneumonie n'eût pas saigné, eût commis une lourde faute. On devait, de par la tradition, saigner son malade, et le saigner abondamment; si on discutait, ce n'était pas sur l'opportunité de la saignée, reconnue absolument nécessaire par tous, mais bien seulement sur la quantité du sang que l'on devait retirer et à quel point de l'économie devait être opérée cette soustraction (1). Fallait-il saigner les veines du

(1) Guy Patin, fort partisan de la Dans la première, 1633, il s'agit

saignée, disait: «Nos Parisiens font d'un sieur Cousinot, qui, enhuitmois,

peu d'exercice, boivent et mangent fut saigné 64 fois pour un violent

beaucoup et deviennent fort plétho- rhumatisme. Après avoir été tant de

riques. En cet état, ils ne sont presque fois saigné, on commença à le purger,

jamais soulagés de quelque mal qu'il dont il fut fort soulagé, et en guérit

leur vienne, si la saignée ne marche à la fin. <r Les idiots, dit-il, qui n'en-

pas devant, puissamment et copieu- tendent pas notre métier s'imaginent

sèment. » 11 cite en faveur de la sai- qu'il n'y a qu'à purger, mais ils se

gnée plusieurs observations. trompent, car si la saignée n'a pas

la pneumonie.

même côté, fallait-il faire une section transversale ou une section longitudinale de la veine (1)? Tels étaient seulement les points en discussion.

On devait saigner et saigner abondamment. Sydenham (2) faisait tirer 400 grammes de sang le matin et 400 grammes le soir, pour recommencer le lendemain matin, de sorte qu'on retirait au malade 1200 grammes de sang. Borsieri tirait 1200 grammes par jour, en Italie on allait jusqu'à 2000 grammes et même jusqu'à 2400 grammes. Bouillaud, notre illustre maître, suivant la tradition de Broussais qui saignait jusqu'à la syncope, formule en 1837 la méthode des saignées coup sur coup (3). Il prescrivait le premier jour

précédé copieusement pour réprimer l'impétuosité de l'humeur vagabonde, vider les grands vaisseaux et châtier l'intempérie du foie qui produit celte sérosité, la purgation ne saurait être utile. »

Dans une deuxième observation, il s'agit d'un jeune geatilhomme de 7 ans, qui fut saigné 13 fois et guérit en 15 jours, comme par miracle.

Dans une troisième observation, c'est un jeune genlilhomne breton, âgé de 19 ans, qui fut saigné des bras et des pieds jusqu'à 22 fois ; fut purgé de plus de quarante lavements et d'environ 30 apozèmes purgatifs, avec la casse et le séné, auxquels furent ajoutés à la fin le sirop de roses et de fleurs de pêcher.

Guy-Patin fit saigner un enfant de 3 jours pour un érysipèlc, et un autre de 62 jours.

Son beau-père, âgé de 80 ans, fut saigné huit fois pour une pneumonie grave.

(1) C'était la fameuse question du y.ccT'i^iv. Hippocrate et Gallien disaient qu'il fallait saigner. Pour les uns,

xa-'t^tv, signifiait qu'il fallait saigner, selon la longueur, c'est-à-dire parallèlement à l'axe de la veine; pour les autres, jcc-t'ï^w voulait dire « secundum rectitudinem », c'est-à-dire du même côté que la pneumonie.

Pour quelques-uns, x.ar'i^'.v désigne la veine du bras correspondant, ou bien du bras opposé, ou bien du pied correspondant ou bien du pied opposé.

(2) Sydenham, dans sa méthode pour guérir les malades, s'exprime ainsi : « Il faut d'abord tirer JO onces de sang du bras droit et le lendemain donner la potion, suivante; potion à la casse et au séné. Le jour suivant, on réitérera la saignée et l'on tirera la même quantité de sang; le lendemain on réitérera la purgation qui sera encore réitérée de deux ou trois jours l'un, selon la force du malade ; et si les symptômes se rendent opiniâtres il faudra saigner encore deux fois et même davantage, en mettant quelques jours d'intervalle ; mais pour l'ordinaire deux saignées suffiront. »

(3) Voici la formule du traitement (le Bouillaud.

laeiuiioniqucs.

du traitement deux saignées du bras de quatre palettes et l'application de nombreuses ventouses scarifiées ; le lendemain, nouvelle saignée et nouvelles ventouses; le troisième jour encore une saignée, que l'on renouvelait le quatrième et le cinquième jour si la pneumonie résistait. Ce mot résistait est caractéristique, il nous montre bien l'idée de lutte entre la maladie et la médication que je vous signalais au début de cetle leçon et qui dirigeait à cet époque la thérapeutique de la pneumonie.

En 1853, pour Valleix, dans son Guide du médecin praticien; pour Grisolle, dans son Traité de la pneumonie, la saignée est encore une méthode maîtresse.

Gomment iuffer l'action des saignées dans la ijneumonie? ^^

''°^ ° ^ l'élut du saiifi

Est-ce la statistique seule qui doit nous guider? Je ne le crois chez les pas. Il faut d'abord étudier ce qu'est le sang chez un individu atteint de la pneumonie, puis rechercher ce que pourra produire la saignée sur un pareil état.

Premier jour du traitement. Une cinquième saignée de 3 palettes

saignée du bras de 4 palettes le ma- environ et appliquer un large vési-

lin, et 8 le soir. Dans l'intervalle des catoire.

deux saignées on appliquera 30 sang- Cinquième, sixième et septième

sues ou mieux des ventouses scari- jour, du traitement. Le plus souvent

fiées jusqu'à soustraction de 3 ou -4 la guérison a lieu à cette période,

palettes de sang. mais dans les pneumonies très graves

Deuxièmejoiir du traitement. Une on est obligé de pratiquer une

seconde saignée du bras de 3 à i pa- sixième, une septième, une huitième

letles, et, si la douleur persiste, une et même une neuvième saignée un

nouvelles application de ventouses et peu moins copieuses que les pre-

de sangsues semblable à celle de la mières (2 ou 3 palettes), veille. En règle générale, dit M. Bouil-

Troisième jour du traitement. Si laud, on ne doit renoncer aux émisla maladie n'est pas encore jugulée, sions sanguines que du moment où il faut pratiquer une quatrième sai- la réaction fébrile est nulle ou presgnée du bras de 3 à 4 palettes. que nulle et que la dyspnée ainsi que

Quatrième jour du traitement. Si la douleur cessent presque complè-

la maladie résiste on doit faire une tement (a).

(a) Bouillaud, Clinique médicale de la Charité. Paris, 1837, t HT, p. -iSi.

Voyons d'abord quels sont les résultats de la saignée sur les symptômes de la pneumonie. Au point de vue de l'exsudat intra-alvéolaire, l'action delà saignée est absolument nulle, elle ne peut ni empêcher cet exsudât, ni hâter sa régression. Son action est-elle plus manifeste sur les symptômes locaux et généraux qui accompagnent la pneumonie? Oui, la saignée modifie, chez les pneumoniques,la température et la dyspnée.

Dans les états fébriles, la saignée me paraît être un des plus puissants antithermiques que nous possédions. Voyez ce température, q^j gg passc dans la fièvre typhoïde : lorsqu'une hémorrhagie plus ou moins intense s'y produit, l'hyperthermie s'abaisse très rapidement; il en est de même pour la pneumonie, et à la suite des émissions sanguines il se fait un abaissement souvent durable de la température.

C'est ce qui vient de se passer dans notre service, chez ce jeune homme âgé de vingt-six ans, couché au numéro 9 (1)

Action

de la saignée

sur la

(1) Voici le résumé de l'observation prise par l'interne du service, M. Pennel :

Le nommé D. Laurent, âgé de vingt-six ans, tourneur en cuivre, entre, le 10 mai 1881, à l'hôpital Saint- Antoine, salle Saint-Lazare, n° 9.

Ce jeune homme, jouissant d'une bonne santé habituelle, a contracté la syphilis il y a deux ans.

Il y a quatre jours, grand frisson, point de côté à gauche, sous le mamelon, toux quinteuse pénible.

11 reste chez lui pendant deux jours, ne prenant que de la tisane, puis entre à l'hôpital Saint-Antoine le 9 mai. Le soir de son entrée, nous le trouvons dans l'état suivant :

Abattement considérable, soif vive, céphalalgie, langue sale, peau chaude et sèche, température 39°,8.

Douleurs vives dans l'aisselle gauche quand il tousse, quelques

crachats visqueux, vert rougeâti'e.

Poumon gauche : en avant sous la clavicule , matité , bronchophonie , souffle tubaire, pas de râles crépitants.

En arrière, dans la fosse sus-épineuse, submatité, absence de respiration de l'aisselle, souffle tuberculeux avec râles crépitants, fins quand le malade tousse.

Poumon droit : râles sibilants en arrière : les râles crépitants sont très nombreux sous la clavicule gauche.

La température est très élevée — 40°, 4.. Dyspnée considérable, pouls vibrant, fréquent, 120, on prescrit du lait et une potion calmante.

Le 11, la dyspnée a augmenté, la figure est bleuâtre, la température se maintient à -iO degrés, la pneumonie occupe tout le lobe supérieur du poumon gauche.

Le pouls est fort; M. Beaumetz

de notre salle des hommes. Cet homme avait une pneumonie du lobe supérieur gauche. Sa température, au cinquième

prescrit une saignée. Celle-ci est pratiquée après la visite, on retire 300 grammes de sang. Aussitôt après, le malade accuse un grand soulagement, la gêne respiratoire est moins considérable.

Le soir, le thermomètre marquait 39°, 2 seulement, alors que la veille il atteignait -40°,4. Les signes locaux restent sensiblement

Le délire continue les 14 et 15 mai, tandis que la température baisse, et qu'on entend au sommet du poumon gauche de gros râles crépitants de retour, puis des râles sous-crépitants de tous volumes.

Le 15 mai, dans la matinée, le délire a disparu complètement; on enlève la camisole de force au malade.

La température marque 370,5, la

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