II
5U LEÇONS DE GLIiNlOUE THÉRAPEUTIQUE.
Danet; le gui de chêne (i) dont les effets ont été vantés dans la coqueluche par Willis, Baglivi et surtout par Duniont (de Gand); le sous-carbonate de fer (2), expérimenté par Lombard (de Genève) ; l'acide nitrique, dont l'action a été signalée par Gibb (de Londres) et Arnoldi (de Montréal) (3). Enfin
Sirop de succin ... X à XX gouttes. sous la forme de sirop pour édulcorer
Huile volatile de les boissons (a).
^"^^'" X à XX ^2) Le sous-carbonate de fer est
Teinture de suc- ^ ^ ^ ^^^ ^^^^^^ ^ ^^ ^^^^ ^^ ,^gr^5 j^^^^ j^^
® ■ vingt-quatre heures dans un looch
(1) Le gui (gui blanc, gui commun, ou un julep.
gui parasite, gillon, verguet), vis- Voici la formule de la poudre de
cum album, est un arbuste parasite Steyman:
et toujours vert de la famille des Sous-carbonate de fer le.25
loranthacées. 11 croît sur le chêne, Sucre blanc Q. S.
le pommier, l'orme, le tilleul, etc. ; En dix paquet. Un paquet toutes
il est inodore à l'état frais, d'une igg t^oig heures pour les enfants d'un
odeur désagréable ou d'une saveur ^ trois ans.
amère et acre à l'état sec. On em- Qn peut donner toute autre prépa-
ploie les fruits, mais surtout l'écorce ration ferrugineuse; c'est ainsi que
qui contient beaucoup de principes Barthez utilise le sirop de tartrate,
actifs. On trouve dans les fruits : de et West la potion suivante :
la glu, de la cire, de la gomme, une „., , „ , Ai,„a
°., . • I ri 1 1 Teinture de fer composée Miir.OO
matière visqueuse insoluble, do la ^ ■,, ^ r...
chlorophylle, des sels de potasse, de ci^'uë ". 2 ' 00
chaux, de magnésie, et de l'oxyde Émulsion d'amandes gommée... 70.00
r • '.' '1 j- ' ■ X Une cuillerée à dessert trois fois
Le gui a ete étudie récemment, au • c ^i i
■ ^ j i ■ 1 • par lour pour un enfant de deux ans.
point de vue physiologique , par t ^ ■ * j /■ ■ i i
il TJ , •. 1 . *^ , ^ . La teinture de ler composée de la
Payne. L extrait de gui paralvscrait r>i - i • x- . j
, •' „ ^ K .^ •' Pharmacopée anglaise contient du
les neris moteurs et sensiiifs. , . a e -i *•
„ ,, , , , «, • carbonate de ter gélatineux avec un
On 1 a ordonne contre les afiections -i v j j j
, . 1,. -, • ,„ mélange d eau de roses, de sucre, de
convulsives, contre 1 epilepsie, l'hys- . . d'alcool de muscade
terie, 1 asthme convulsif, le hoquet, /o> n-i i • -xi' -j -^ •
, ■ 1 , , , r.. (3 Gibb prescrivait! acide nitrique
la coqueluche, la goutte, les fièvres relativement à haute dose
intermittentes, etc. tt i • -^ i
^ ,, , . . , ,, . ,„„ , Holmes prescrivait la potion sui-
Un 1 administre en décoction (30 a ,
an T. T. s 1 vante :
t)U grammes par litre d eau), poudre
//. A AS, „ -1 1 \ , -, Acide nitrique dilue .50 se.
(4 a ri grammes en pilules), extrait ,r ■ . a a
° . , , r^ Teinture de cardamone
aqueux ou vineux (1 a 8 grammes composée 10
en pilules ou potions). Eau pure 300
Le gui de chêne a été administré Sirop simple 100
(ff) Payne, De l'action tliêmpeiitlque et phijsiologùiue du nui de chme (North- Carolina Med. Journ., 1881),
dans ces dernières années le drosera a été conseillé par Louvet- Lamare et la teinture de myrrhe (I) par le docteur Campardon (b).
J'en ai fini, messieurs, avec cette longue et fatigante énumération des moyens proposés pour combattre la coqueluche, et soyez persuadés, que malgré le soin que j'ai mis à les relever, un grand nombre de ces médications m'ont encore échappé.
Bien des causes nous permettent d'expliquer cette accumulation si grande d'agents thérapeutiques contre une affection en résumé bénigne. D'abord, c'est qu'aucun des médicaments proposés "n'a de vertus curatives positives, puis c'est que la coqueluche est une affection variable d'intensité suivant les circonstances climatériques. Tel coquelucheux qui a pris son affection en été guérit promptement, tandis que tel autre qui
West affirme que ceUe méthode, On administre la myrrhe, à l'inemployée à l'hôpital des Enfants de térieur; depuis 25 centigrammes Londres, a été complètement im- jusqu'à 2,4 et 6 grammes, en poudre puissante (a). (pilules, bols, électuaires, infusion),
(1) La myrrhe est une gomme- teinture (soit dans de l'eau, soit
résine soluble dans l'eau et dans mieux dans une potion alcoolique
l'alcool, et contenant, d'après Bran- ou vineuse), saccharure, eau dis-
(Ics : huile volatile, résine molle et tillée, vins.
sèche, gomme soluble et insoluble Delioux de Savignac a fait un vin
sels de potasse et de chaux. Cette antigastralgique à la myrrhe :
résine est fournie par le ôaisamof^ÉîJi- . .,
f?ro?î w?/rr/ta, delà famille des téré- lyiriecepic le i .
,.,';,„, , „ -ix pulvcx'isec -^ S' •
bmthacees (Ehrenberget Hemprich), ^^^^,^^^ d'amandes a.nèrcs. 15
et en partie par Vamyres kalaf de vin de Mala"-a l Hlrc.
Forskal ou balsamodenclron kalaf de
Kunt (Bâillon). Laissez macérer dix jours ; filtrez.
Elle est sous forme de larmes de On en fait prendre un verre à madère
grosseur variable, rougeàtres, fra- deux ou trois fois par jour avant ou
giles, cassant nettement, brillantes, après le repas, selon le moment où
très aromatiques; sa saveur est les douleurs gastriques se font le
amère, légèrement piquante. plus sentir.
(a) Gibb, Traité de la coqueluche. Londres, 185-i, p. 341.
[b) Campardon, Du traitement de la coqueluche par la teinture de myrrhe {Bull, de Thérap., t. Xf.V, 1878. p. 103).
Des
indications
dans
le traitement
de la coqueluche.
a contracté sa maladie au début de l'hiver, la verra, malgré tous les efforts médicaux, se prolonger pendant de longs mois. N'oubliez pas aussi que la coqueluche est une maladie à cycle défmi, et que, selon que Ton intervient au début ou à la fin de la maladie, on a des insuccès ou des succès. Ces raisons expliquent suffisamment la grandeur et la décadence du plus grand nombre des médications que je vous ai citées, et c'est à propos de la coqueluche que l'on peut appliquer ce mot si connu : Usez de ce remède car il guérit en ce moment.
Maintenant, me direz-vous, que devons-nous faire contre la coqueluche (1)? Voici, messieurs, quelle est ma pratique à cet égard. Dans la première période de la coqueluche, j'emploie la méthode vomitive; puis, à mesure que la toux devient
(1) La coqueluche est une des maladies les plus communes de l'enl'ance ; elle peut atteindre le nouveau-né, l'enfant à la mamelle, mais elle est surtout fréquente entre un et sept ans, rare au dessus de dix ans, et n'atteint ordinairement qu'une fois le même individu. Les filles seraient plus souvent et plus gravement atteintes que les garçons,
La coqueluche est contagieuse à toutes les périodes ; elle peut sévir épidémiquement et en toute saison, particulièrement au printemps et en automne.
On divise la maladie en quatre périodes plus ou moins distinctes : période d'invasion, de sécrétion, de spasmes, et période ultime ou catarvhale.
La coqueluche débute souvent comme un simple rhume, par du malaise, de l'abattement, de la fièvre, de la laryngo ou trachéo -bronchite catarrhale. La toux est d'abord sèche, un peu bruyante, quelquefois fréquente, surtout la nuit, et accompagnée parfois de coryza, d'éternue-
ments, de gontlement des paupières avec rougeur et larmoiement, ce qui peut faire croire à l'imminence d'une fièvre éruptive. Puis, après quelques jours, quatre ou cinq, parfois davantage, les symptômes de catarrhe diminuent, rnais la toux devient plus violente, plus ou moins fréquente, surtout le soir, et quinteuse; les quintes, souvent sans caractère au début, deviennent bientôt caractéristiques : elles sont formées de plusieurs expirations rapides suivies d'une inspiration longue, sifflante, sonore.
Lorsque l'enfant est menacé de son accès, il devient anxieux, maussade, quitte ses jeux, pleure et s'accroche aux personnes et aux objets voisins; souvent aussi, effrayé et impatient, il frappe des pieds et des mains avant de tousser ; puis la toux apparaît, formée de plusieurs expirations courtes, rapprochées, sifflantes, terminées par une inspiration longue, sonore, bruyante, caractéristique ; puis, tout se calme pour reprendre avec la même intensité
plus spasmodique et les accès plus fréquents, je conseille l'alcoolature de drosera ou la teinture de myrrhe, non que j'aie une confiance absolue dans l'action curative de ces médicaments, mais parce qu'ils peuvent être administrés à très haute dose sans produire aucun effet nuisible à l'enfant.
Je repousse entièrement du traitement de la coqueluche, chez les enfants, les médications dangereuses et qui peuvent altérer la santé de ces derniers; l'opium, la belladone même ne doivent être employés qu'avec un extrême ménagement; quant à moi, je n'en fais point usage, et cela parce que j'ai vu, pour ma part, des enfants plus malades du médicament qu'on leur administrait que de la maladie dont ils étaient atteints; car la coqueluche, qui n'entraîne la mort qu'exceptionnelle-
et l'accès ainsi composé de plusieurs reprises successives se termine par une expectoration de mucosités filantes, glaireuses, mêlées parfois à des matières alimentaires.
Survenant sous des influences diverses, brusquement, ou précédés de malaise, ces accès durent de 15 secondes à 1 ou 2 minutes et même davantage; ils sont plus on moins fréquents : dans les cas légers, on en compte de 20à 30 par jour; dans les cas plus graves, il peut yen avoir 40 et plus.
Pendant l'accès, l'enfant, anxieux, a le visage bouffi, congestionné, les yeux injectés; l'accès passé, l'enfant redevient calme et retourne à ses jeux, ou se rendort, s'il a été pris pendant son sommeil, et ne paraît nullement malade jusqu'au prochain accès.
Lorsque les accès sonttrès violents, il peut survenir des épistaxis, de l'infiltration du sang sous les conjonctives, une évacuation involontaire des urines et des matière fécales ; parfois même il y a production de hernies.
A l'auscultation de la poitrine on n'entend souvent rien pendant la quinte; après, on perçoit nettement le murmure vésiculaire normal à moins de complications pulmonaires.
Cette période convulsive a une durée variable : quinze jours, une semaine, six semaines et plus. Au début, les quintes sont fréquentes, rapprochées, puis elles se calment, restent stationnaires, s'éloignentpeu à peu et perdent leur caractère convulsif; la dyspnée diminue et l'expectoration change ; elle devient muqueuse, plus épaisse, et quelques temps api'ès, tout rentre dans l'ordre et l'enfant guérit. Il n'est pas rare cependant de voir la toux persister pendant quelques mois, et même sous l'influence du froid, d'une frayeur ou de tout autre cause, reprendre son caractère primitif. Aussi ne doit-on considérer comme guéris que les enfants qui ne présentent plus de toux depuis plusieurs semaines.
Pendant la durée de la maladie, on ne constate ordinairement pas de fièvre, à moins de complications; le
ment, est une affection pénible et ennuyeuse, je le reconnais, mais, en somme, peu dangereuse.
Je donne donc d'abord 10 gouttes d'alcoolature de drosera (1) ou de teinture de myrrhe; je préfère la première préparation à la seconde; puis j'augmente graduellement les doses et je donne 30, 40, 50 et 60 gouttes de ces médicaments, en les administrant de 1 à 6 gouttes toutes les heures.
pouls est en général rapide et la respiration accélérée.
Le pronostic de la coqueluche sporadique simple est le plus souvent favorable ; il n'en est pas de même lorsque la maladie se complique d'affections pulmonaires (bronchite, bronche -pneumonie, phthisie) ou d'affections cérébrales (convulsions, congestion cérébrale, méningite tuberculeuse), ou lorsque des troubles gastriques graves empêchent l'alimentation des malades.
La coqueluche épidémique n'a plus aujourd'hui la gravité qu'elle a présentée à certaines époques. Les auteurs des xvp et xvii^ siècles nous ont en effet laissé la relation d'épidémies qui paraissent avoir été fort nombreuses. Telles sont les épidémies de 1403 et de UU, de 1510 et de 1557, celle de 1578 décrite par Bâillon et appelée quintane, celles de 1580 à 1590, de 1724, 1732, 1746 à Vienne, 1751 à 1760 à Paris, 1749 à 1764 en Suède; puis, plus près de nous, les épidémies de 1808 à Gênes, 1842 à Saint-Pétersbourg, 1847 à Genève, 1836 à Paris, etc., etc., qui toutes ont été remarquables par leur caractère de malignité et par les complications qui les accompagnèrent.
(1) L'action du drosera roiundifolia a été surtout étudiée par Gurrie, qui aurait constaté que ce médicament amènerait une accumulation de leucocytes dans les organes de l'abdomen et produirait un gonflement considérable de la rate, des ganglions mésentériques, des follicules clos et des corpuscules de Malpighi.
Il a été conseillé depuis longtemps contre les affections de la poitrine par Dodeen (1586), par Heermann (1715), par Siegenbeck (1716).
Les homœopathes, depuis Hahnemann, ont usé de cette préparation.
Vigier a étudié les préparations do drosera. 11 conseille, comme la meilleure, l'alcoolature, et à défaut de cette dernière, il recommande la teinture suivante :
Alcool à 60 degrés.
Urosera sec
1 kilogr, 100 ar.
Après quinze jours de macération, passer avec expression et filtrer.
Louvet-Lamare donnait 1 graîiime de drosera pour un enfant de sept ans.
Dujardin-Beaumetz a montré que cette substance n'était pas toxique et qu'on pouvait la donner à dose très élevée sans inconvénients (a).
(fl) Curie, Sur l'action du drosera {Acad. des sciences, 2 septembre 1861). — Louvet-Lamare, Traitement de la coqueluche par la teinture de drosera {Soc. de Thérap., 12 mai 1878). — Vigier, Des droseras et de leur emploi en thérapeutique {Bull, de Thérav., 1878). — Dujardin-Beaumetz, Sur l'action du drosera {Soc. de Thérap., mai 1878).
TRAlTEMEiNT DE LA COQUELUCHE. 519
Si je ne parviens pas à calmer la toux, j'utilise alors les bromures associés auchloral, et je donne, matin et soir, dans un verre de lait additionné d'un jaune d'œuf, une cuillerée à café, à dessert ou à bouche, selon l'âge de l'enfant de la solution suivante :
^ Bromure de potassium 2 grammes.
• — de sodium 2 —
d'ammonium 2 —
Eau 60 —
Sirop de chloral 60 —
Enfin, j'insiste surtout sur le traitement hygiénique, qui domine en effet toute la thérapeutique de la coqueluche; aussi devons-nous ici l'examiner avec soin.
Comme l'enfant vomit les aliments et que c'est là même une du traitement des causes du dépérissement dans lequel il se trouve, vous lui ^'''''""' donnerez souvent à manger et vous saisirez surtout le moment où une des quintes vient de se terminer. Vous pourrez y joindre, comme le conseillait Guyot, le café noir et même quelquefois quelques liqueurs alcooliques qui stimulent la digestion et l'activent; vous donnerez aussi des aliments rapidement digérés.
L'influence de l'air est considérable dans le traitement de la coqueluche, et tout le monde est d'accord pour reconnaître que le changement de localité a une influence réelle sur la marche de la coqueluche; pour qu'il soit efficace, il est nécessaire que le changement d'air soit notable et' que l'enfant s'éloigne de dix ou vingt lieues au moins; il faut aussi que la coqueluche ne soit pas à son début, car l'effet que l'on obtient agit surtout aux périodes terminales de la maladie dont on diminue ainsi la durée; il faut enfin que la saison soit favorable.
Sans adopter absolument l'opinion de Maclean (1), qui veut
(1) Le docteur Macleanrecommande tements chauds en hiver, légers en les moyens hygiéniques suivants: vê- été. Aliments nourrissants et de fa-
que l'on sorte les enfants en toute saison, je crois que cette sortie ne peut donner que de bons résultats; mais il faut surveiller les enfants et éviter les temps trop brumeux ou trop froids à cause des bronchites aiguës ou des broncho-pneumonies qui viendraient compliquer d'une façon fort grave la coqueluche (1). Aussi, pendant la mauvaise saison, au moment où les déplacements sont difficiles, je vous conseille d'employer les bains d'air comprimé (2), qui, dans ces cas, comme l'ont montré Bertin, Tabarié, Gent, Standahl et Brunniche, donnent d'excellents résultats.
Tels sont, messieurs, les conseils que je vous donne pour le traitement de la coqueluche. Tout en les suivant scrupuleusement, ne comptez pas avoir des succès éclatants et n'espérez pas arrêter cette affection brusquement dans son cours; le plus souvent vous diminuerez le nombre des quintes, vous éviterez les complications, et c'est à ce rôle, fort modeste, mais fort utile, que devra se borner votre thérapeutique.
Dans la prochaine leçon nous étudierons le traitement de l'asthme.
cile digestion. En toute saison, expo- Comme médicament, il a re-
sition à l'air libre combinée avec des cours au chloral ou au croton-chlo-
exercices musculaires. — Bains froids rai (b).
matin et soir avec friction sur la peau. (2) L'air comprimé a été très em-
— La température de l'eau variant un ployé dans la cure delà coqueluche
peu suivant les âges. — De temps en par Bertin, Tabarié, Gent.
temps purgatifs légers (a). Standahl, en 1862, a obtenu treize
(i) AUan recommande de sortir guérisons sur seize cas avec une
l'enfant au grand air en ayant soin moyenne de vingt et un bains; en
de l'envelopper chaudement et de le 1863, seize guérisons sur dix-neuf
couvrir de flanelle. Ces promenades cas, au bout de trois à quatre se-
devront être faites en voiture. Il fait niaines; en 1864, vingt-neuf guéri-
aussi pratiquer des frictions bellado- sons sur trente-quatre cas.
niséeslelongde la colonne vertébrale; Brùnniche (de Copenhague; a ob-
entin, il recommande d'éviter les chan- tenu, en suivant le même traitement,
gements brusques de température. des résultats analogues.
(a) Maclean, The « Open-air » Treatment of.IIooping Cough [The Glasgow 3Iedical Jfournal, noyemhre 1871).
{b) James W. Allan, Du traitement de la coqueluche (Glasgow Med. Journ., 1880, p. 93).
HUITIÈME LEÇON
Sommaire. — De l'asthme. — Pathogénie de l'asthme. — Traitement général de l'asthme. — De l'iodure de potassium. — De l'iodure d'éthyle. — De l'ammoniaque et des sels ammoniacaux. — De l'air des étables. — Des gommes-résines. — De l'asa fœtida. — - Du galbanum. — De la gomme ammoniaque. — Des sulfureux. — Des calmants. — De l'opium. — Des injections de morphine. — Des solanées vireuses. — Du datura stramonium. — ■ Du lobelia inflata. — Des cigarettes antiasthmatiques. — Des papiers nitrés. — Des cartons fumigatoires. — Des anesthésiques. — Du chloroforme et du chloral. — Des médicaments reconstituants. — De 'arsenic. — Indications et contre-indications du traitement. — Du traitement pendant l'accès. — Dn traitement entre les accès. — De l'asthme simple essentiel. — Du traitement médical. — Ti'aitement hygiénique. — Traitement hydrothermal. — De l'asthme avec emphysème. — Bains d'air comprimé. — De l'asthme cardiaque. — De l'asthme gastrique. — Des asthmes diathésiques.
Messieurs, je désire consacrer cette leçon à l'étude du traitement de l'asthme, et. comme pour la coqueluche, je vais être forcé tout d'abord de vous dire quelques mots sur la pathogénie de l'asthme, car c'est elle qui nous permettra de grouper d'une façon méthodique les différentes médications que l'on a proposées contre cette affection. Nous allons donc, comme dans la leçon précédente, passer rapidement en revue les difféi^ents médicaments qui ont été utilisés dans la cure de l'asthme, puis je vous exposerai ce que je crois le plus utile à faire en pareil cas.
D'une façon générale, l'asthme se présente sous deux aspects : dans l'un, cette maladie est considérée comme essentielle; dans l'autre, au contraire, c'est un symptôme secondaire dû aux troubles du cœur, des poumons, des gros vaisseaux, etc. Les progrès incessants de l'anatomie patholo-
De
lapathogcnie de l'asthme.
gique font diminuer chaque jour le premier de ces groupes au profit du second, et il arrivera un moment sans doute où, connaissant mieux l'asthme, nous pourrons toujours le rattacher à une lésion plus ou moins étendue; car ce mot essentiel dissimule le plus souvent notre ignorance et devra, par les progrès de la science, disparaître de notre cadre nosologique.
Quoi qu'il en soit, pour expliquer l'asthme dit essentiel, on a invoqué trois théories : une théorie humorale, une théorie spasmodique, et enfin une théorie mixte qui se base sur l'une et l'autre de ces hypothèses (i).
(1) Nombreuses et variées sont les opinions émises sm^ la pathogénie de l'aslhme. Pour Gallien et pour beaucoup de'ses successeurs (Arétée, Paul d'Egine, Fernel, Piivière, Sydenham, Hollerius, etc.) l'asthme est dû à la présence d'une humeur épaisse et visqueuse qui obstrue les bronches.
Brée et Beau admettent cette manière de voir, et pour eux l'accès d'asthme n'est qu'un effort nécessaire fait pour débarrasser les voies aériennes de ce mucus tenace, visqueux et filant qui, pour Brée, existe dans les poumons avant l'attaque. Beau considère l'asthme comme une affection catarrhale, il peut être favorisé par une disposition héréditaire, mais le plus souvent il dépend d'un refroidissement, et la dyspnée ressentie par les malades est due au mucus qui tapisse les bronches et empêche le libre passage de l'air.
Pour van Helmont, l'asthme « n'est pas dans le monde imaginaire du catarrhe; il a son siège dans le duumvirat et a pour cause une semence virulente faisant contracter les forces du poumon; c'est un mal caduc du poumon )) . Thomas Willis admet le spasme des rameaux bronchiques et
des organes de la respiration. Baglivi, Floyer admettent aussi le spasme.
Pour Cullen, c'est « une constriction contre nature et juscju'à un certain point spasmodique des fibres musculaires des bronches, laquelle s'oppose non- seulement à leur dilatation nécessaire à une inspiration libre et entière, mais produit aussi une rigidité qui empêche que l'expiration se fasse librement et complètement ».
Cette opinion du spasme des muscles de Reisessen est partagée par beaucoup d'auteurs; pour beaucoup aussi, l'asthme à son siège dans le système nerveux (Lefèvre, Salter); pour d'autres auteurs, la maladie dépend d'une lésion du pneumogastrique.
Bretonneau rapprochait l'asthme de l'épilepsie, et admettait sa nature nei'veuse : mais pour lui, la gêne de la respiration était due à une congestion violente des poumons.
Trousseau considérait l'asthme comme une névrose diathésic[ue, et les accès de dyspnée seraient dus à la contraction spasmodique des bronches s'opposant à la libre circulation de l'air dans les poumons. G. Sée attribue la dyspnée à une contraction
La doctrine humorale remonte à la plus haute antiquité. Doctrine
^ ^ Immorale ,
Galien l'avait même formulée d'une façon fort nette, en accusant les humeurs épaisses et filantes qui occupent les premières voies d'être la cause de ces accès asthmatiques. Cette doctrine galénique a été reprise à notre époque, avec beaucoup de talent, par Beau, qui attribuait, comme Galien, à la présence d'un mucus tenace, non fluide, l'obstruction des voies bronchiques, tous les symptômes de l'asthme. Pour ces auteurs, l'asthme n'est qu'un catarrhe.
Van Helmont combattit la doctrine de Galien ; il considéra ''''"^°"^
spasmodique.
l'affection comme spasmodique et la décrivit comme le mal caduc du poumon, expression qui devait être reprise bien longtemps après par Trousseau, lorsqu'il qualifiait l'asthme
tétanique du diaphragme survenant lière qui provoque un besoin de res-
à la suite d'une excitation directe ou piration faux, et le spasme bronchique
réflexe du nerf vague. n'est qu'un symptôme qui accora-
Pour quelques auteurs, l'asthme pagne l'asthme, sans être la cause est toujours symptomatique d'une de la dyspnée, autre lésion; pour Rostan et Conslatt Parrot définit l'asthme : une néil est symptomatique d'une lésion du vrose sécrétoire du poumon, consticœur ou des gros vaisseaux; pour tuée par des attaques intermittentes, Louis et Rokitanski, il dépend d'un dont la dyspnée est le symptôme préemphysème pulmonaire. dominant.
Todd attribue l'asthme à un em- Pour Jaccoud, c'est une névrose
poisonnement des nerfs respiratoires essentielle constituée par des accès
ou des parties des centres nerveux de dyspnée qui résultent de la con-
avec lesquelles ils sont en rapport vulsion des muscles inspirateurs et
par une matière morbide particu- des muscles bronchiques (a).
(a) Brée, Recherches sur les désordres de la respiration (trad. Ducamp), Paris, 1819. — Beau, Examen des théories de la production de Vasthme par le spasme et par la retenue du mucus bronchique {Arch. gén. de méd., 3° série t. IX, 1840; Union médicale, 1855; Ga%. des hôpitaux, 1855). — Dechambre, Gaz,, hebd. de méd. et de chir., 1860. — Ployer, A. Treatise on Asthma. London, 1720. — Lefèvre, Recherches sur l'asthme {Journ. hebd. des pi ogres des se. et instit.méd., Paris, 1835). — Salter, The Lancet, 1866. — Trousseau, Clinique médical. — G. Sée, art. Asthme, Nouveau Dict. de méd. et de chir. pratiques, 1865. — Rostan, Mémoire sur Vasthme des vieillards {Journ. de méd., 1818, et Gaz. des hop., 1856). — Louis, Mémoire sur l'emphysème. Paris, 1826; art. Emphysème du POUMON, in Dict. de méd., 1835. — Todd, The Bled. Gaz., 1850. — Parrot, art. Asthme,' Dict. encijclop. des se: med., 1807. — Jaccoud, Traité de pathologie interne, 1872.
d'épilepsie du poumon. Reisessen, en découvrant les fibres musculaires des bronches, donna à cette théorie une base physiologique, et depuis, tous les efforts des expérimentateurs ont tendu à localiser, autant que possible, la cause première de cet asthme, et vous trouverez, dans l'important article du professeur Sée sur l'asthme, une discussion fort intéressante à ce propos.
Théorie mixte. Enfiu, la troisièmo théorlc, ou théorie mixte, défendue surtout par Parrot, admet, comme dans la théorie de Galien et de Beau, que la sécrétion bronchique joue un rôle prédominant dans les manifestations asthmatiques; mais cette sécrétion serait sous la dépendance d'un trouble nerveux, très analogue à ce qui se passe du côté de l'œil dans les cas de névralgie faciale. En un mot, l'asthme devrait être considéré comme une névralgie sécrétoire.
La plupart des médicaments proposés (1) pour combattre l'asthme se rattachent à l'une ou l'autre de ces théories; les unes agissent comme modificateurs de la sécrétion bronchique, les autres comme antispasmodiques, les troisièmes comme antinévralgiques.
(1) G. Sée, qui a étudié avec un Je clatura; c, les excitants des gan-
grand soin l'action des divers médi- glions cardiaques , la caséine, la
canients employés dans l'asthme, les théine, l'alcool;
a groupés en huit classes de la façon 3'= classe. Les poisons soporifères
suivante : opium;
i''^ classe. Anesthésiques, qai corn- i" classe. Les poisons des nerfs
prennent les médicaments qui dimi- moteurs, ammoniaque;
nuent la sensibilité comme la com- 5° classe. Modificateurs de la nu-
bustion du papier nitré, l'acide car- trition, arsenic, iodure de potas-
bonique et le chloroforme ; sium ;
^^ classe. Médicaments cardiaques 6'= classe. Médicaments agissant
etvasculaires, quise divisent entrais sur les gaz du sang, aérothérapie;
groupes -..a, auxiliaires de l'innerva- 7« classe. Modificateurs de l'épi-
tion vasculaire et du centre cardio- thélium et de la sécrétion, alcalins,
spinal, comme le bromure de potas- soufre.
sium; b, les modificateurs des nerfs 8^ classe. Médications complexes,
vasculaires et pneumogastriques , eaux minérales et hydrothérapie,
comme la nicotine, la belladone et Le docteur Lamotho présente le
En tête des modificateurs de la sécrétion bronchique, je placerai l'iodure dejpotassium (1), qui, comme vous le savez, s'élimine par le poumon et par les fosses nasales, et détermine, dans les premières voies aériennes, un catarrhe plus ou moins intense. Gemédicamentaétédonné, d'une façon absolument empirique, d'abord en Angleterre, par Green, en 1860, et en France surtout par Aubrée, qui, dès 1864, faisait connaître, dans le Bulletin de Thérapeutique, la recette d'une potion
De l'iodure de potassium.
tableau suivant à propos du traite- remède antiastlimatique eu 1864.
liieiit de l'asthme : Elle est la suivante :
/ Dans les intermitten- Racine de polygala 25 gr.
i ces : Eau 125
Asthme \ 1° Liqueur de Fowler. „ .^ . , .
intermittent. Dans les accès : faites réduire par décoction a
[ 2° Injection de mor- «0 grammes et ajoutez :
\phine. lodure de potassium 15 gr.
Dans les deux cas : ^irop d'opium 120
3»SMacération de digi- Eau-de-vie 60
^^^' Colorez la liqueur.
/ 4° lodure de potassium. Teinture de cochenille Q. S.
Asthme ! Dans les exacerbalions :
arthritique. \ 5° Expectorants, sirop Filtrez.
Asthme id'ipéca, potion émétique, Trousseau, en 1869;Betz, en 1869;
continu. Jet puis des injections de Weber, en 1871; Leiden, en 1872;
.morphine (a). Spurgen, en 1874, ont employé l'io-
(1) C'est Green qui, en 1860, a si- dure de potassium dans l'asthme,
gnalé le premier l'emploi de l'iodure Germain Sée en a fait le sujet d'une
de potassium dans l'asthme, en indi- communication, en 1879 à l'Académie
(juant la formule d'un remède secret de médecine. 11 donne au début 19%25
qu'on vantait à Boston comme anti- et augmente les doses jusqu'à 3 gram-
spasmodique. Cette formule était la nies, et fait prendre une cuillerée à
suivante : dessert avant chaque repas de la so-
. j , , . , lution suivante :
.lodure de potassmm ï^ gi".
Teinture de lobélia 25 lodure de potassium 10 gr.
Teinture d'opium camphrée. . . 25 Eau 200
Décoction de polygala 100
l^ee associe souvent l'opium et le
Aubrée publia la formule de son chloral à l'iodure de potassium {b).
(a) G. Sée, art. Asthme, Dict. de médecine et de chirurgie. — Lamothe, Du traitement de l'astlune par la médication altérante. Thèse de Paris, juillet 187'J
{h) Aubrée, Bull, de Thérap., t. LXVII, 1864., p. 289. — G. Sée, Du traitement de l'asthme par l'iodure de potassium {Bull, de Thérap., t. XCIV,'l878 p. 97).
antiaslhmatique qui a joui et jouit encore d'une grande réputation. Salter, Trousseau et plus récemment le professeur Sée, ont montré tous les avantages de cette médication.
A côté de l'iodure de potassium doit se placer la gomme ammoniaque, que vantait Trousseau dans le traitement de l'asthme humide et dont je vous ai déjà parlé, dans une leçon précédente, à propos des catarrhes pulmonaires; puis l'ammoniaque et, en particulier, le carbonate d'ammoniaque que Melsens a de nouveau proposé d'employer en inhalations, en faisant porter à chaque malade, en avant de la poitrine, un sachet renfermant une plus ou moins grande quantité de ce sel (j). Floyer (b) employait, lui, le chlorhydrate d'ammoniaque mêlé à l'eau panée; on a aussi conseillé l'acétate, à la dose de 10 à 20 grammes. Mais, à coup sûr, la médication qui eut autrefois le plus de vogue fut celle préconisée par Ducros (de Marseille) (2), sous le nom de cautérisation encyclique, et
(1) Melsens a fait sur lui-même térisation est des plus violents; le l'expérience : atteint d'une forte bron- malade est pris d'un accès de suCTochite, il plaça sur sa chemise, en cation des plus intenses, puis survient avant de la poitrine, un sachet rcn- une louxconvulsive amenant au bout fermant de petits blocs de carbonate d'un certain temps l'expectoration de d'ammoniaque : l'améliorationfuttrcs mucosités abondantes.
prompte. Depuis, ce moyen employé Hervieux a étudié l'action de ces
chez d'autres malades lui a toujours cautérisations et la décompose en
donné de bons résultats. Chaque ma- trois phases distinctes : 1° action lo-
lade porte ainsi avec lui, dit Melsens, cale déterminée par le contact du
sa petite étable {a). pinceau avec la muqueuse; 2° reten-
(2) Le procédé de Ducros consistait tissement de cette action locale sur le à toucher le plancher vertébral du système nerveux par l'intermédiaire pharynx avec un pinceau de charpie des nerfs directement impressionnés; ou de blaireau trempé dans l'ammo- 3° l'action des vapeurs ammoniacales niaque liquide. L'effet de cette eau- sur les voies aériennes (c).
(ff) Melsens, De Vemploi Uiérapeutiqiie de l'ammoniaque, de ses sels et des composés des mélanges ammoniacaux complexes {Bull, de l'Acad. royale de médecine de Belgique, mai 1881).
[h) Ployer, Traité de l'asthme. Paris, 176L
(c) Ducros (de Marseille), Acad. des sciences, 19 septembre 1842. — Hervieux, De la cautérisation ammoniacale et de son utililé dans la dyspnée qui accompagne quelques maladies de V appareil respiratoire {Union médicale, 31 juillet 1847).
qui consistait à toucher le plancher vertébral du pharynx, chez les asthmatiques, avec un pinceau trempé dans l'ammoniaque; cette médication, qui n'est pas sans danger, est aujourd'hui complètement abandonnée.
Je ne puis quitter ce qui a trait à l'ammoniaque sans vous signaler l'air des étables qui a été souvent préconisé contre cette affection. On place les malades dans des chambres situées sur les étables et communiquant avec elles par des ouvertures faites au plancher de la chambre. Outre le carbonate d'ammoniaque dont cet air est chargé, il y a encore de l'acide carbonique, de la vapeur d'eau et surtout une température assez élevée.
On a aussi vanté les infusions des différentes plantes béchiques, comme le marrube (1), l'hysope, l'année (2), la menthe et surtout la camphrée de Montpellier, dont Debreyne s'était fait le défenseur (3).
(1) Le marrube {marrubium vul- h'inuline (C^^H^^O'o) est un isomère gare, Labiées) est une plante vivace de l'amidon et VJiélénine est un camqui croît en abondance sur le bord pbre oxygéné. L'huile essentielle s'éde nos chemins. Thorel aurait ex- limine parles poumons, et c'est à elle trait du marrube un principe actif que l'on doit l'action thérapeutique sous le nom de marrubine. de cette plante dans les maladies
11 contiendrait aussi une huile respiratoires. A, de Korab a récemvolatile et un principe amer; cette ment repris l'étude de ces préparaplante agit comme tonique et expec- tiens d'aunée (a). torant au même litre que le lierre (3) La camphrée {cainphorosma terrestre et l'hysope. Monspeliaca) , est un sous-arbris-
(2) L'aunée [inula helenium, Sy- seau semblable à une bruyère, qui nanthérées) a été employée dès la croît dans le midi de la France et en plus haute antiquité. Pline affirmait particulier dans les environs de Montque Vhclenium d'Egypte provenait pellier.
des larmes d'Hélène et jouissait de Debreyne employait la camphrée
grandes propriétés thérapeutiques. dans l'asthme, et il a signalé une ob-
Gubler a remis cette plante en bon- servation d'asthme compliqué d'em-
neur, L'aunée renferme trois prin- physème, où les infusions de cette
cipes : YimiUne, Vhélénine et une plante avaient produit une grande
essence aromatique très volatile. amélioration (6).
(a) A. de Korab, De l'aimée comme expectorant {Bull, de Tliérap., 1881).
(b) Debreyne, Du traitement de l'asthme par la camphrée {Bull, de Thérap^i m mars 1851).
C'est aussi parmi les médicaments qui agissent dans l'asthme sur la sécrétion bronchique qu'il faudrait placer le jaborandi et son alcaloïde, la pilocarpine, que Berkart emploie en injections sous-cutanées, à la dose très faible de 1 milligramme.
Des anti-
pasmodiques. Lcs préparations dirigées contre l'asthme, considéré comme spasme, sont beaucoup plus nombreuses, et nous allons retrouver ici le plus grand nomdre des médicaments qui constituent le groupe des antispasmodiques, depuis la belladone jusqu'au bromure de potassium. A leur tête se place le bromure, qui agit dans l'asthme de plusieurs façons, non seulement parce qu'il atténue dans de notables proportions l'excitabilité de la partie supérieure de la moelle, mais encore parce qu'il s'élimine à la surface des poumons; c'est un bon médicament, et vous verrez qu'il doit rester dans le traitement de certaines formes de l'asthme.
La belladone, la jusquiame ont aussi été employées; mais, à coup sûr, des solanées vireuses, celles dont on a fait le plus Q'rand usaoe dans le traitement de l'asthme, c'est le datura siramonkm (!) et son alcaloïde, la daturine. Non seulement
(1) Le stramoiiie (datora siramo- ment produirait des intermittences
nium, solanées) est une plante an- du côté du cœur et même l'arrêt du
nuelle que l'on trouve eii Europe. cœur. 11 accélérerait surtout la res-
Brandes a trouvé dans cette plante piration.
une substance active qu'il a décrite Les fumigations de feuilles de stra-
sous le nom de daturine. Cette da- moine contre l'asthme sont connues
lurine serait isomère avec l'atro- depuis longtemps. English, Krimer,
pine: Geiger et Hesse lui donnent la Martin-Solon , Andral, Trousseau,
formule suivante : Pidoux et Lefèvre considèrent son
nQ,TTo«. /^c action comme incontestable dans le traitement de 1 asthme.
Dans ces derniers temps la datu- Pour des fumigations, on se sert
rine a été étudiée par Laurent et des racines de datura et surtout des
Oulmont au point de vue physio- feuilles que l'on hache en petits frag-
logique; ces expérimentateurs ont ments pour les mélanger avec de la
montré que la daturine exerce spé- sauge et du tabac, et l'on fume ce
cialement son action sur le système mélange dans des pipes ou sous forme
du grand sympathique; ce médica- de cigarettes.
Du datura.
ces substances ont été employées à l'intérieur, mais on a fait encore, avec ces solanées, des cigarettes antiasthmatiques encore fort en usage aujourd'hui, et pour la formule desquelles je vous renvoie à ce que j'ai dit des fumigations dans ma première leçon.
D'ailleurs, ces fumigations de feuilles de datura sont un remède fort populaire, et il n'est pas un asthmatique qui n'ait fumé ce mélange de feuilles de sauge et de feuilles de datura que l'on conseille contre cette affection.
A côté du datura, je placerai une plante quia joui aussi d'une grande réputation; je veux parler du lobelia injlata, dont on a vanté surtout la teinture, à la dose de 1 à 3 grammes. Fourrier (de Compiègne) a tout récemment rappelé l'attention sur l'action curative de ce lobelia (i).
La daturine est peu employée ; on France, a vanté le lobelia inflata l'administre sous forme de pilules à contre l'asthme et Barallier (de Toula dose de 1 à 2 milligrammes (a). Ion), qui en a fait connaître les pro-
(1) La lobélie enflée {lobelia in- priétés physiologiques.
flata, campanulacées) est une plante II existe deux autres espèces de lo-
très répandue dans le nord de l'A- bélies : la lobélie brûlante {lobelia
mérique; elle renfermerait, suivant urens) et la lobélie syphilitique (lo-
Proctor, un alcaloïde liquide, la lobé- belia syphilitica), qui croissent dans
Une, et une huile essentielle, la lobé- notre pays (6).
lialine. On y trouverait aussi une Fourrier (de Gompiègne) est revenu
substance acre, qui serait la lobéléa- plus récemment sur l'action du lo-
rine. La lobélie est un poison narco- bélia contre l'asthme, c'est la tein-
tique acre, qui détermine rapide- ture surtout qu'il emploie. Dujardin-
ment des nausées et des vomisse- Beaumetz unit la teinture de lobelia
ments. à l'iodure de potassium, il prescrit
Le lobelia inflala a été surtout em- la formule suivante :
ployé en Amérique contre l'asthme. , , , ^ • ^r
ni T . , 1 1 lodure de potassium 15 gr.
Ruttler dit même qu on donne dans ^^.^^^^^ ^^ ^^^,^.^ 15
ce pays à cette plante le nom d'asth-
maioeed. Une cuillerée à café, à dessert ou
C'est Michéa qui, le premier en à bouche selon les cas.
(a) Lefèvre, De Vasthme. Paris, 1847, p. 108 et 180.
[h) Barallier, Sur les propriétés physiologiques et raction thérapeutique de la lobelia inflata {Bull, de Thérap., 1864). — Michéa, Du traitement de l'asthme par la lobelia inflata (Journal de l'Observation, 1860). — Fourrier, Note sur l'emploi thérapeutique de la lobelia inflata {Bull, de Thérap., 1883, t. CV, p. 49).
CLINIQDE THÉRAP. 4^ édit. II. — 34
Des antinévralgiques.
Enfin l'asthme, considéré comme névralgie sécrétoire, a été traité par les médicaments dits antinévralgiques ^ et ici c'est l'opium et ses alcaloïdes qui occupent la première place. Vous savez, depuis les travaux de Huchard, la place importante qu'occupe la morphine dans le traitement de la dyspné e; aussi vous ne serez pas étonnés de voir les injections de chlorhydrate de morphine constituer un de nos plus puissants moyens d'action sur l'accès de l'asthme. Dans certains cas même, on a associé, comme l'a fait Oliver (1), la morphine à l'atropine.
La cigaë et surtout la conicine ont été aussi conseillées dans l'asthme. Ces préparations agiraient, comme je l'ai montré, en diminuant la sensibilité du pneumogastrique {h) ; je vous ai d'ailleurs parlé de ces préparations de ciguë et de leur valeur thérapeutique, à propos du traitement de la dyspnée cardiaque (2).
On devrait aussi placer, parmi les médicaments qui diminuent la sensibilité du pneumogastrique, la nicotine (3), qui
(1) J. Oliver conseille, dans le trai- férente selon la provenance de la tement de l'asthme, les injections plante; ainsi le tabac du Lot consous-cutanées de morphine et d'à- tient 7,96 pour 100 de nicotine, tantropine. Les injections se pratiquent dis qu'il n'y en a que 2 pour 100 dès les premières atteintes de l'at- dans le tahac de la Havane, taque; le soulagement est des plus C'est un liquide oléagineux, transprompts et se manifeste générale- parent, incolore et fluide lorsqu'il est ment cinq minutes après l'injection récent, jaunâtre et un peu épais lors* sous la forme d'un sommeil calme qu'il est ancien; d'une odeur acre, et d'une respiration tranquille. L'at- d'une saveur brûlante, d'une densité taque la plus intense a disparu après de 1,024. Il entre en ébullition à vingt minutes (a). 250 degrés et répand des vapeurs
(2) Voir, t. P'", Maladies du cœur. acres; il est soluble dans l'eau, l'al- Leçons sur les troubles dus aux af- cool et l'éther, les huiles fixes et vofections aortiqnes. latiles; il se combine avec les acides
(3) La nicotine est l'alcaloïde du en dégageant de la chaleur et forme tabac; elle se trouve en quantité dif- des sels déliquescents.
(a) Oliver, The Practitioner, février, 18?3, p. 137.
(b) Dujardin-Beaumetz, De la conicine et de ses sels {Bull, de fkérap.j 1876).
'après G. Sée, aurait le pouvoir de diminuer l'action de ce erf modérateur du cœur et de la respiration ; l'arsenic, qui a ne grande place dans le traitement de l'asthme, agirait aussi ans le même sens, c'est-à*dire en modifiant les fonctions u système nerveux cardio-pulmonaire; les vertus antidysnéiques de l'arsenic sont d'ailleurs connues depuis très )ngtemps, car Dioscoride appliquait déjà ce médicament au :aitement de l'asthme (1).
A côté de ces médications, qui agissent soit comme antiatarrhales, soit comme antispasmodiques, soit comme anti- [évralgiques, il faut citer celles dont le mécanisme nous chappe encore, comme, par exemple, les inhalations de papier litre. A propos de l'aérothérapie, je vous ai déjà parlé de ces )apiers dit antiasthmatiqîtes, qui ont pour base le nitrate de »otasse. Nous n'avons pas encore une explication très nette
La nicotine est éminemment toxi- soit au passage de l'air à travers les
ue et ses effets sont presque instan- cordes vocales resserrées, soit, d'a-
anés; 2 gouttes suffisent pour tuer près CL Bernard, à la contraction
n chien, 8 gouttes foudroient un très brusque du diaphragme,
heval en quelques minutes. Du côté du cœur, on remarque
La nicotine a une action dépressive d'abord une accélération des batte^
manifeste sur le système nerveux; ments avec augmentation de tension,
orsque la dose donnée à un animal puis un ralentissement et diminution
l'est pas suffisante pour le tuer, on de tension (a).
bserve, soit une contracture tétani- (4) Dioscoride, Celse, Galien, Pline
[ue des muscles, soit une violente vantaient les propi'iétés de l'arsenic,
ixcitation avec raideurs musculaires à l'intérieur, contre la dyspnée,
uivies de secousses convulsives, clo- On prétend que dans les pays de
liques; puis survient une période montagnes, dans le Tyrol, par exem*
l'épuisement et de résolution com- pie, les montagnards placent, dans
dète; l'animal paraît curarisé (Vul- leur bouche, des pierres contenant
dan). des composés arsenicaux pour faire
La respiration, accélérée tout d'à- plusfaciiementleurs ascensions. Dans
)ord, se ralentit ensuite : au début, l'art vétérinaire, l'arsenic est très em-
)n entend un bruit particulier, dû ployé contre la pousse des chevaux.
(a) Cl. Bernard, Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses, — Vul- )ian, Notes sur les effets de la nicotine chez les grenouilles {Comptes rendus de a Société de biologie, 1855); Leçons sur l'appareil vaso-moteur. — Bordier, dict. encyclop. des se. méd.
Des papiers nitrés.
des effets de la combustion du papier nitré; les uns prétendent que son action est due à l'oxygène qu'il dégage; d'autres affirment, au contraire, comme Viaud-Grandmarais, que c'est à un composé ammoniacal qu'il faut attribuer cet effet favorable (1); enfin Martin soutient que c'est par l'acide carbonique qui se produit qu'agit le papier nitré.
Je viens, messieurs, de passer en revue aussi brièvement que possible les diverses médications que l'on a conseillées contre l'asthme, il me reste à vous formuler le traitement de cette affection.
L'asthme, comme vous le savez, n'est pas une maladie continue; elle se présente sous l'aspect de crises plus ou moins longues, crises caractérisées par des accès de suffocation, surtout nocturnes , et offrant souvent un haut degré d'intensité (2) •
( J ) On se servait autrefois en Amérique , d'une façon empirique , de l'amadou nitré. Depuis 184-3, Frisi, Lefèvre et surtout Viaud-Grandmarais ont conseillé l'emploi dii papier nitré. Pour les formules de ces papiers nitrés, voir la leçon sur le poumon au point de vue thérapeutique(a).
(2) L'asthme, maladie souvent héréditaire et pouvant naître sous l'influence de la diathèse herpétique ou de la diathèse arthritique, survient à toutes les époques de la vie, dans l'enfance comme dans la vieillesse, et s'observe plus fréquemment chez l'homme que chez la femme.
, L'attaque peut être ou subite ou précédée de prodromes, spontanée ou provoquée par une cause accidentelle : changement d'air, variations de température, respiration de vapeurs, de poussières, d'odeurs, écarts de régime, mauvaises digestions, fa-
tigues intellectuelles, émotions morales.
Avant leur attaque, les malades "accusent des troubles gastriques, des pesanteurs d'estomac, du gonflement, des renvois; d'autres sont accablés et atteints d'une sorte de torpeur intellectuelle, ou bien encore sont avertis d'une attaque prochaine par des sensations bizarres, des picotements, des démangeaisons, de la toux, etc., sensations qui toujours se produisent chez eux d'une façon identique avant l'accès d'asthme.
L'attaque survient ordinairement la nuit et après le premier sommeil :
elle peut être pour ainsi dire instantanée, mais le plus souvent elle vient progressivement etrapidement aussi.
Le malade, quelquefois réveillé par une violente envie d'uriner ou par des douleurs articulaires ou musculaires, ressent un sentiment de ma-
(fl) Viaud-Grandniarais, De Vasthme et de son traitement. Thèse de Paris, 1858, n° 178.
Nous pouvons intervenir, au point de vue thérapeutique, dans les trois phases de la maladie : dans la période où il n'existe pas de crise, pendant la crise, pendant l'accès. Le traitement de la première période est prophylactique et s'adresse plus particulièrement à la cause même de l'asthme.
Les circonstances qui déterminent l'asthme sont nombreuses, et nous voyons les auteurs qui ont traité de cette affection s'attacher à les grouper (1) le plus clairement possible.
En première ligne se placent les conditions atmosphériques. On s'est efforcé de chercher quelles étaient les influences cli-
Trailement en dehors des crises.
Des conditions climaténques.
laise, d'oppression, de constriction de la poitrine; il se lève alors, cherchant l'air qui lui manque, il court à la fenêtre, l'ouvre et, s'appuyant aux meubles voisins, il fait de violents efforts d'inspiration pour introduire l'air dans la poitrine, mettant pour cela, en jeu tous les muscles inspirateurs.
11 a la tête renversée en arrière, [es traits anxieux, les yeux brillants, saillants, hors de l'orbite, les conjonctives injectées, le visage rouge et parfois couvert de sueur, les lèvres cyanosées, les veines du cou gonflées, saillantes : le pouls est petit, quelquefois intermittent. Le malade ne peut ni parler, ni bouger, ni boire, sans être menacé de suffocation; il fait entendre une sorte de sifflement rauque, de piaulement interrompu par une toux petite, pénible.
Pendant ce paroxysme, où tout est en jeu pour faciliter l'entrée de l'air dans la poitrine, le thorax est augmenté de volume, agrandi; les mouvements inspiratoires sont diminués et d'après Salter, l'expiration est plus longue que l'inspiration, contrairement à l'état normal.
La sonorité du thorax est exagérée et le murmure vésiculaire est aboli
par places, affaibli dans d'autres; on entend aussi des râles sibilants, des râles vibrants, aigus même, et plus abondants pendant l'expiration.
Puis, peu à peu, la toux change de caractère, elle est plus facile, plus fréquente, et s'accompagne alors d'une expectoration visqueuse très adhérente, constituée, d'après Salter par de petites masses distinctes du volume d'un pois, ayant la consistance d'une gelée ou d'arrow-root épais, couleur gris pâle, opalescentes transparentes et d'une saveur salée,
La respiration devient plus libre, l'angoisse disparaît et tout se calme.
L'attaque est terminée, pour reparaître soit dans la même nuit, soit la nuit suivante, soit à une époque plus éloignée : certains accès reviennent périodiquement, tous les quinze jours, tous les mois, tous les deux mois , etc. ; il est rare qu'il n'y ait qu'une seule attaque.
Telle est la physionomie habituelle de l'asthme ; elle peut varier selon les sujets affectés, et tel ou tel symptôme morbide se montre avec une intensité plus ou moins grande chez tel ou tel individu.
(1) G. Sée a divisé les causes de l'asthme de la façon suivante :
matériques qui déterminaient l'accès d'asthme; mais il a été impossible de fixer d'une manière précise ces influences, et telle localité qui convient à un asthmatique peut être la cause efficiente d'un accès chez un autre malade. On cite ce fait d'un commis voyageur asthmatique qui avait marqué avec grand soin toutes les localités où ii était pris de ses accès et toutes celles, au contraire, oii ses accès ne s'étaient jamais reproduits; eh bien, messieurs, c'était dans les endroits les
A. Accès d'origine névro-motrice, qui se divisent ainsi :
1° Impression par la poussière organique (ipéca, foin) ; 2° Action de certaines vapeurs ; 3° Influence de l'atmosphère;
B. Accès d'origine réflexe :
i° L'estomac et les intestins;
2° Les organes utéro-ovariens; 3° La peau et les nerfs des sens';