‹ Leçons de clinique thérapeutique (volume 4)Chapitre 8 sur 32 · MALADIES DES POUMONS · texte numérisé non relu

MALADIES DES POUMONS

PREMIÈRE LEÇON

Sommaire. — Du poumon. — Topographie histologique. — Du lobule pulmonaire. — Sa structure. — De l'acinus pulmonaire. — Sa structure. — Slracture des bronches. — Des vaisseaux et des nerfs du poumon, — Du poumon, comme organe éliminateur des médicaments. — Applications thérapeutiques. — Du poumon comme organe d'absorption. — De l'action médicamenteuse en général. — Comparaison de l'absorption par les différentes voies. — De l'absorption par le poumon. — Expériences physiologiques. — Applications thérapeutiques. — Des injections trachéales. — ■ Des inhalations. — Appareils inhalateurs. — Des fumigations. — Historique. — Division. — Des fumigations sèches. — Cigarettes. — Trochisques médicamenteux. — Des fumigations humides. — Appareils pour les fumigations humides. — Pulvérisation des liquides. — Des appareils pulvérisateurs. — Critique de la méthode des pulvérisations.

Messieurs, je veux consacrer cette année mes leçons de clinique thérapeutique à l'étude du traitement des maladies du poumon; insister sur l'importance d'un pareil sujet serait chose banale; aussi vais-je entrer immédiatement en matière. Mais avant de vous parler des traitements des affections pulmonaires, permettez-moi de vous exposer quelques considérations générales sur le poumon.

Je vous ai déjà dit et je ne saurais trop le répéter, qu'une thérapeutique sage, raisonnée et scientifique doit avoir pour base la physiologie et l'anatomie de l'organe dont on veut

combattre les troubles fonctionnels et morbides. Je vais donc, suivant en cela la marche que je me suis tracée à propos du traitement des maladies des différents viscères, vous exposer, aussi brièvement que possible, les conditions anatomiques et physiologiques de l'appareil pulmonaire, qu'il vous importe le plus de connaître au point de vue thérapeutique. Topographie J^ ^crai brcf sur l'anatomie, car je ne puis rien ajouter à histoiogique gg q^g jgg travaux de Léon Le Fort, de Sappev, de Rind-

du poumon. ■■■ •» i i .j ?

fleisch, de Gadiat, et surtout à ce que les belles leçons du professeur Charcot {a) vous ont appris à ce sujet. Cependant il est nécessaire pour la compréhension de certains détails, dans lesquels je dois entrer à propos des bronchites, des pneumonies et des broncho-pneumonies, il est nécessaire, dis-je, d'insister sur ce que Charcot a appelé avec raison « la topographie histoiogique du poumon ». C'est ce que je vais faire le plus rapidement possible.

Du lobule Considéré dans son ensemble, le poumon est constitué par puraonaire. j^ péunion d'uu grand nombrc d'organes similaires, les lobules pulmonaires, réunis par une gangue conjonctive. Ces lobules, véritables petits poumons, ont une indépendance presque complète, ils reçoivent chacun une bronche, ramification de l'arbre pulmonaire, des vaisseaux sanguins et lymphatiques et des nerfs. L'artère pulmonaire de la bronche pénètre dans le centre du lobule, constituant, avec le tissu conjonctif qui les entoure, ce que Charcot décrit sous le nom ^'espace conjonctif intralohulaire; à la périphérie, au contraire, dans la gangue conjonctive qui entoure le lobule, aboutit la veine pulmonaire; c'est V espace conjonctif périlobulaire de Charcot. Entre ces deux espaces se trouvent les alvéoles pulmonaires.

(a) Léon Le Fort, Thèse de concours. — Sappey, Anatomie descriptive. — Gadiat, Anatomie générale appliquée à la médecine, t. H; Soc. de biologie, 1877; Gaa. médicale, 1877. — Charcot, Cours d'anal, pathol. {Progrès médical, 1879). — Jeoffroy, Des différentes formes de broncho-pneumonies. Thèse de concours, 1880.

Le lobule pulmonaire représente donc, comme vous le voyez et comme je vous l'ai dit tout à l'heure, un véritable poumon en miniature, dont l'espace intralobulaire constituerait la bile et dont l'espace périlobulaire représenterait la surface extérieure ou pleurale. Voici maintenant comment se distribuent dans chacun de ces petits poumons les différentes parties qui le constituent.

La bronche, bronchiole lobulaire, qu'on appelle aussi suhlobulaire au niveau du pédicule et intralobulaire au-dessous, se distribue dans le lobule à la façon des bronches dans le poumon; elle constitue l'axe du lobule, émet des branches latérales et alternantes, qui constituent le système des bronchioles intralobulaires,et se divisent en branches secondaires et en branches terminales; on donne à ces dernières le nom de bronchioles acineuses.

Chaque bronchiole acineuse, après un court trajet, se ré- oesaivéoies

, pulmonaires.

trécit, puis s'évase en forme d'entonnoir, c'est le vestibule alvéolaire. De ce vestibule partent deux ou trois conduits : ce sonlles conduits alvéolaires ou canalicides respiratoires qui correspondent à une série d'alvéoles; cette disposition ressemblerait assez, d'après Gharcot, à un corridor de couvent ou de prison dans lequel s'ouvrent des cellules. Ces cellules, qu'on décrit sous le nom d' infundibules, T^Tèseuleni une série d'alvéoles que l'on distingue, suivant leur situation, en infundibules latéraux ou terminaux.

Telle est la topographie histologique du poumon, et ne croyez pas qu'il s'agisse ici de détails microscopiques. Le lobule pulmonaire a un volume de 1 centimètre cube; la bronchiole pulmonaire un diamètre del millimètre et l'acinusune étendue de 2 à 3 milhmètres; ces organes sont donc parfaitement visibles à l'œil nu.

Étudions maintenant la structure des bronches. Elles sont structure

' des bronches.

comme vous le savez, constituées par trois couches distinctes

qui sont de dedans en dehors : une muqueuse qui présente un chorion élastique, des glandes en grappes sous-muqueuses et un épithélium cylindrique à cils vibratiles ; puis une couche musculaire qui entoure complètement les conduits, et qui est innervée par le pneumogastrique; elle aurait pour fonction de régler, comme l'a montré Cadiat, l'entrée de l'air dans les poumons; enfin une couche fibro-élastique qui comprend dans son épaisseur des anneaux cartilagineux.

A mesure que la bronche se divise, cette structure se modifie. La bronche intralobulaire n'a plus ni cartilages ni glandules, mais en revanche la tunique musculeuse est relativement plus épaisse. Un peu plus loin dans la bronche Des acineuse, la couche musculaire n'est plus continue et l'épi-

vaisseaux , . . . ., „

des poumons, théfium cylnidriquc perd ses cils vibratiles. Enfin, dans l'alvéole pulmonaire, il n'existe qu'une couche hyaline d'une ténuité extrême, revêtue d'un épithélium composé de cellules absolument plates et soudées intimement entre elles, épithéhum que Kuttner.et iVufrecht ont bien étudié (1).

Chaque lobule reçoit deux ordres de vaisseaux, les uns dépendent de la grande circulation, les autres de la petite. La bronchiole intralobulaire est accompagnée d'une veine et d'une artère bronciiique appartenant à la grande circulation; quant à la petite circulation, elle est représentée par un rameau de l'artère pulmonaire qui pénètre dans le centre du

(l)ly après Kuttner, l'alvéole pul- Pour Aufrecht, les alvéoles pulmo-

moiiaire possède un revêtement épi- naires seraient revêtues d'un réseau

Ihélial, qui est la continuation immé- fibrillaire élastique, dans les nodo-

diate de celui de l'arbre bronchique. sites duquel on trouve les noyaux

Cet épithélium cellulaire n'a pas de isolés et dont les mailles sont en

forme spéciale. On y rencontre toutes même temps remplies par de l'épi-

les variétés connues d'épithéliums. thélium alvéolaire (a).

(a) Kuttner, Studien ueber Lungenalveolen {Arch. fur Pathol. Anal, und Phys., t. LXVI, p. 12). — Aufreclit, Ueber dan Epithel. der Lungenalveolen {Centralblatt, 1875, n" 28, p. 341 V

lobule et qui va former un riche réseau capillaire à la surface des alvéoles. De ce réseau partent les veines pulmonaires dont les ramifications se trouvent à la périphérie du lobule, dans l'es ace conjonctif périlobulaire.

Dans les infundibules terminaux on latéraux, les vaisseaux capillaires ne sont séparés de l'air extérieur que par- une mince couche d'épithélium et ils font saillie sur la paroi interne de ces infundibules. Lorsque l'air pénètre dans l'intérieur de l'acinus il efface ces saillies, de sorte qu'il existe, en ce point, un certain antogonisme entre l'air et le sang; l'afflux de l'un empêchant l'afflux de l'autre.

Les lymphatiques du poumon ont été, vous le savez, étudiés par Grancher (1), qui nous a montré l'existence de deux systèmes, l'un constitué par des gaines entourant les vaisseaux sanguins, l'autre formé par un réseau enveloppant le lobule pulmonaire.

Les nerfs du poumon proviennent du pneumogastrique et Des nerfs

1 1 1 • T-i n • !• /^\ i> I • des poumons.

du grand sympathique, Egorow, Stirling (2) et d autres his-

(1) Les lymphatiques du poumon, termine en pointe aiguë et effilée et

d'après Granclier, se composent de cesse avec la tunique adventice (a). deux systèmes : les vaisseaux lym- (2) Egorow a étudié les nerfs du

phatiques du système aérien et les poumon chez la grenouille et le veau,

vaisseaux lymphatiques du système et a montré que les gros rameaux

vasculaire. nerveux qui pénètrent dans le pou-

Les vaisseaux lymphatiques du sys- mon sont pourvus d'appareils gan-

tème aérien envelopperaient de toute glionnaires. Ces' gros rameaux, qui

part le lobule pulmonaire et l'ouver- se divisent dicKotomiquement, sont

ture des petites bronches. composés en plus grande partie de

Quant aux vaisseaux lymphatiques fibres sans myéline. Toutes ces fibres

du système vasculaii'e, ils sont com- se terminent dans la partie propre

posés d'une gaine lymphatique qui de l'alvéole.

entoure les vaisseaux. Contrairement D'après Stirling, on trouverait dans

à l'opinion de Klein et de Vyvodzof, le poumon des cellules nerveuses ac-

qui veulent que la gaine lymphatique compagnant les branches et les vais-

se prolonge sur les capillaires de seaux, l'alvéole, Grancher pense qu'elle se Ces cellules et fibres nerveuses

(a) Grancher, Notes sur les maladies du poumon {Soc. de biologie, 10 février, 1877; Gaz,, médicale, 1877, p. 103).

tologistes se sont efforcés de suivre aussi loin que possible chacune des ramifications de ce système nerveux. Telles sont, messieurs, les quelques considérations anatomiques que je voulais résumer devant vous.

N'attendez pas de moi que je vous fasse ici la physiologie de la respiration, c'est là un sujet beaucoup trop vaste et je ne puis que vous renvoyer à vos livres classiques, au Traité de physiologie de Béclard et surtout à ce véritable monument élevé, au dix-neuvième siècle, à la physiologie, à l'ouvrage de H. Milne-Edwards {b). Aussi, me bornerai-je à appeler ici voire attention sur le poumon considéré comme organe d'absorption et comme organe d'élimination.

Du poumon Vous conuaisscz tous l'élimination des substances volatiles

comme organe

d'élimination, par le poumon et ici les preuves expérimentales abondent. Voyez, à cet égard, ce qui se passe à chaque instant autour de vous : l'haleine empestée de l'ivrogne ou du mangeur d'ail provient de l'élimination par les paumons de l'alcool, chez le premier, de l'essence d'ail ou sulfure d'allyle, chez le second. 11 en est de même de la térébenthine, du copahu, de l'éther, du chloroforme, etc., etc., en un mot de toutes les substances, comme l'ont montré Magendie et surtout Tiedemann (1), qui

seraient blanches et grises. Les blan- volatiles injectées dans les veines des

elles innerveraient la muqueuse et animaux. Ce dernier en conclut que

les muscles bronchiques; les grises, la muqueuse pulmonaire est une voie

au contraire, les muscles des vais- d'élimination des substances capa-

seaux (a). blés de former des vapeurs à la tem-

(1)- Magendie, el plus particulière- pératui-e du corps humain. Le musc,

ment Tiedemann ont fait de nom- l'éther.l'alcool.les diverses essences,

breuses expériences sur l'exhalation l'ail, l'asa fœtida, le camphre, etc.,

pulmonaire de diverses substances seraient dans ce cas (c).

(ff) Egorow, f/efeer die Nerven der Lungen {Centralblatt f. d. medicin. Wissensch., 3 mai 1879). — Stirling, Nervous Apparatus of the Lung. Brit. Assoc- {Brit. Med. Journ., p. 401, 25 septembre 1876).

{b) Mihie-Edwards, Traité de physiologie comparée de Vhomme et des animaux.

(c) Magendie, Mémoire sur les transpirations pulmonaires {Bull, de la Société philomalique. Paris, 1811, t. II, p. 233). — Tiedemann, Die Ausdûnstung in den Lungen (Zeitschrift fur Physiologie von Treviranus, 1835, Bd V, p. 203).

sont capables de se volatiliser à la température du corps.

Je vous ai déjà montré à propos de l'élimination par les reins, la séparation que subissent les térébenthines dans l'économie; la résine et les essences qui les composent s'éliminant par des voies différentes : la résine, plus fixe, passant par les reins; l'essence, très volatile, passant par les poumons {a).

Ces preuves expérimentales deviennent encore plus positives lorsque l'on fait des injections hypodermiques de ces substances. Ainsi, dans nos expériences faites avec Audigé sur le pouvoir toxique des différents alcools, nous avons toujours constaté, en les injectant sous la peau, une élimination très active par la muqueuse pulmonaire {b) de tous les alcools volatils de la série mono-atomique.

Cette élimination des substances volatiles se produit aussi à l'état pathologique lorsque des produits de cette nature se développent dans le sang, et vous savez tous que dans l'urémie on a pu trouver dans l'air expiré des traces d'ammoniaque.

L'action éliminatrice du poumon est mise à profit par la médecine et c'est ainsi que, pour modifier l'état des bronches, nous faisons prendre aux malades du copahu, du goudron, de la térébenthine, etc., toutes substances éliminées par la surface pulmonaire. Le soufre, si fréquemment employé dans la thérapeutique des affections pulmonaires, devrait aussi son action curatrice à l'élimination de fhydrogène sulfuré par les poumons, ce qui a été bien démontré par les expériences de Cl. Bernard (c).

L'étude du poumon considéré comme organe d'absorption du poumon est des plus intéressantes au point de vue thérapeutique, mais „,J°,'""'°- ,,j pour que vous saisissiez bien l'importance d'un pareil sujet, son't'o"-

(a) Voir Leçon sur le Traitement des maladies du rein. Du rein au point de vue thérapeutique.

(b) Dujardiu-Beaumetz et Audigé, Du pouvoir toxique des différents alcools.

(c) Cl. Bernard, Intoxication par l'hydrogène sulfuré chti les animaux, 1857, 5'= série, t. IX, p. 129.

CLINIQUE TtlÉRAP., i" édit. U. — 20

des conditions

d'action

dp, s

médicaments.

permettez-moi de vous exposer aussi rapidement que possible l'action intime des médicaments.

Pour qu'une substance médicamenteuse produise ses effets toxiques ou thérapeutiques, il faut qu'entraînée par la circulation artérielle, elle atteigne en général, les points de l'organisme où doit porter son action élective, et en particulier l'axe cérébro-spinal; et la rapidité de ses effets sera en rapport direct avec le trajet qu'elle aura à parcourir depuis l'endroit où elle a été introduite jusqu'au lieu où elle doit agir.

Ce transport par les voies artérielles des substances thérapeutiques jusqu'à l'axe cérébro-spinal est démontré d'une façon évidente, pour les anesthésiques, par les expériences de Gl. Bernard (1).

(1) Les anesthésiques agissent sur le système nerveux, et ce sont les centres nerveux qui sont d'abord atteints. Claude Bernard a démontré ce fait par des expériences directes sur les grenouilles, et a fait voir que dans toutes ces expériences il fallait tenir compte, pour l'interprétation des faits, de l'influence que peuvent exercer les modifications de l'absorption et de la circulation.

Dans une première expérience :

deux grenouilles sont plongées dans une solution de chloroforme au deuxcentièmes ; l'une des grenouilles a la moitié inférieure du corps plongée dans l'eau, la moitié supérieure restant libre à l'extérieur, l'autre grenouille est plongée la tête en bas et a toute la moitié supérieure du corps immergée.

Au bout de quelques minutes, l'anesthésie se produit dans tout le corps, partie immergée et partie non immergée. Le chloroforme ayant pénétré dans l'organisme par un endroit quelconque est transporté par la circulation dans tous les membres

aussi bien dans les parties immergées que dans celles qui sont libres à l'extérieur, tout le corps est ainsi par la circulation sous l'influence du chloroforme.

Dans une deuxième série d'expériences, Claude Bernard prend deux grenouilles chez lesquelles, au moyen d'une ligature placée au-dessous des nerfs lombaires laissés libres, il interrompt la circulation dans les vaisseaux. Les deux grenouilles sont mises comme plus haut dans l'eau chloroformée, c'est-à-dire que l'une a la partie supérieure et l'autre la partie inférieure immergée dans la solution.

Au bout de quelque temps, chez la grenouille dont le train antérieur est immergé, l'anesthésie se protluit et dans la partie supérieure et dans la partie postérieure non en contact avec le chloroforme. Comme dans la première expérience, le sang a servi de .véhicule à l'agent anesthésique.

Le sang circulant dans la partie supérieure du corps sous l'impulsion du cœur, s'est chargé de chloroforme

Voici ces expériences: deux éprouvettes, remplies d'une solution de chloroforme, sont fermées par des membranes de caoutchouc vulcanisé qu'on perce en leur milieu ; par ce trou on introduit des grenouilles jusqu'à mi-corps et la membrane

pénétrant par la peau, l'a conduit au cerveau et à la moelle épinière qui ont été anesthésiés. Sous l'influence de la moelle, les nerfs lombaires et tous ceux qui prennent racine dans la moelle ont été anesthésiés dans toute leur étendue.

L'autre grenouille ne s'est pas anesthésiée. Le chloroforme n'a pas pénétré dans la circulation, il n'a pu ag-ir sur le système nerveux central.

Pour montrer que l'anesthésie se produit sur la moelle épinière de même que sur le cerveau, Claude Bernard fit l'expérience suivante :

Il prend deux grenouilles et au lieu de leur appliquer au milieu du corps une ligature embrassant tous les vaisseaux de manière à interrompre la circulation en respectant les communications par la moelle et les nerfs lombaires, il coupe la moelle au-dessous des bras de façon à interrompre les communications entre le cerveau et la partie supérieure de la moelle d'un côté, et de l'autre à laisser communiquer la partie inférieure de la moelle avec les nerfs lombaires qui se distribuent dans les pattes de derrière.]

Par suite de cette section, les grenouilles ne peuvent plus excercer de mouvements volontaires, mais les mouvements réflexes sont conservés.

On place alors les gienouilles dans la solution de chloroforme, l'une la partie supérieure, l'autre la partie inférieure immergée. Les deux gre-

nouilles sont bientôt anesthésiées, aussi bien dans la partie supérieure du corps placée sous l'influence du cerveau et de la partie supérieure de la moelle que dans la pai'tie postérieure innervée par le tronçon inférieur de la moelle séparé du reste de la moelle et du cerveau par la section pratiquée dans la région dorsale.

Comme le fait remarquer Claude Bernard, cette expérience démontre que la moelle peut s'anesthésier par elle-même. En effet, ce tronçon inférieur était séparé du cerveau et ne pouvait recevoir de lui aucune communication; mais la circulation continuait et elle a apporté le sang, ayant subi l'action du chloroforme, à ce tronçon et aux origines nerveuses sensitives.

Dans une quatrième série d'expériences, chez une grenouille, par une ligature de l'aorte et des parties molles en arrière des bras, on empêche le sang de passer du tronc antérieur au tronc postérieur, puis on coupe la moelle épinièr-e un peu au-dessous de cette ligature.

Si l'on plonge dans le chloroforme le train antérieur de la grenouille, les pattes de derrière restent sensibles. En effet, la circulation étant interrompue par la ligature, le sang ne transporte pas le chloroforme au tronçon inférieur de le moelle, et l'anesthésie ne se produit pas (a)

(ffj Claude Bernard, Des anesthésiques, 1875, p. 990.

de caoutchouc, en se resserrant, les maintient dans la position où on ]es a placées.

Claude Bernard introduit donc dans chaque éprouvette une grenouille, mais en leur donnant une position inverse. L'une a la tête et la moitié supérieure du corps plongées dans l'eau chloroformée, l'autre n'a que la partie inférieure immergée. Ces deux grenouilles ne reçoivent donc le chloroforme que par une moitié du corps. On a eu préalablement le soin de leur enlever le sacrum, de mettre à nu les nerfs lombaires et de lier tous les vaisseaux de façon à interrompre la circulation entre le train antérieur et le train postérieur.

Au bout de quelque temps on remarque que l'une des grenouilles est complètement aneslhésiée : c'est celle qui a la tête plongée dans le liquide, tandis que la seconde ne présente aucune trace d'anesthésie. Pourquoi cette différence? c'est que dans la première, l'eau chloroformée a été absorbée parla surface cutanée, puis portée au cœur, de là à l'encéphale et à la moelle épinière, où elle a pu produire son action médicamenteuse; l'anesthésie s'est ainsi généralisée à tout le corps. Dans la seconde, au contraire, l'absorption cutanée a bien eu lieu, mais la ligature des vaisseux empêchant l'arrivée de la substance médicamenteuse jusqu'au cœur, l'effet anesthôsique ne s'est pas produit.

En un mot, la rapidité d'action d'un médicament sera en raison directe de la promptitude de sa pénétration dans la circulation artérielle. Examinons, à ce point de vue, ce qui se produit dans l'administration des médicaments dans les différentes voies.

Par la bouche, le médicament rencontre un premier obs- 'lî^s tacle, c'est l'action plus ou moins active des sucs intesti-

nicdicarnents

par la boiieiie. naux, puls 11 Sera absorbé et passera dans la veine porte, et do là dans le foie où il pourra être détruit. Je vous ai montre, en effet, dans mes leçons sur les maladies du foie, l'action

l!p ia r.ijii.lilô

d'à cl ion

des

uiddicamciits.

Do l'inlro'Jiictioii

DU POUMON AU POIiNT DE VUE THÉPiAPEUTIQUE. 309

destructive de cet organe sur certains alcaloïdes (1). Ce médicament, après avoir traversé la glande hépatique, arrivera dans le cœur droit et passera alors dans la petite circulation. En ce point, les substances volatiles à la température du corps s'élimineront par la voie pulmonaire; enfin, après bien des vicissitudes, le médicament parviendra au cœur gauche et pénétrera dans la circulation artérielle; alors seulement se produiront ses effets toxiques ou thérapeutiques. Vous voyez, messieurs, combien est long ce trajet et qu'elles sont nombreuses les causes d'arrêt ou de destruction des médicaments avant qu'ils produisent l'action que l'on attend d'eux.

L'administration par la voie cutanée, en supprimant plu- oe la méthode

. hypodermique.

Sieurs de ces obstacles, a rendu beaucoup plus active et beau coup plus prompte l'action médicamenteuse. Le principe actif introduit pour la peau est pris par les veines ou les lymphatiques, passe dans le cœur droit et traverse la petite circulation avant d'arriver dans le cœur gauche. Ce passage à travers le poumon est la seule cause d'arrêt ou de destruction des médicaments; lorsqu'on aura affaire à des substances volatiles, il faudra en tenir compte, et permettez-moi à cet égard de signaler ici les expériences que j'ai faites sur les injections hypodermiques de chloroforme (a).

Vous savez que mon collègue Ernest Besnier conseille, comme moyen calmant, les injections sous-cutanées de chloroforme. J'ai voulu par ce môme moyen produire, non plus des effets locaux, mais des effets généraux; j'ai donc injecté sous la peau de mes malades, et cela, il faut le reconnaître

(1) Voir plus haut, Leçons sur le Traitement des maladies du foie. Du foie au point de vue thérapeutique, p. 8.

(a) Dujardin-Beaumetz, Des injections hijpodermiques de chloroforme, Communication faite à la Société de thérapeutique, séances du 12 décembre 1877, du 9 janvier 1878, du 27 février 1878 et du 8 mai 1878 {Bulletins et Mémoires de la Société de thérapeutique, 1877, 22" série, t. IV, p. 159, t. V, 2" série, 1878, p. 1, 39, 40). — Fournier, 5m/' les injections hypodermiques de chloroforme. Thèse inaugurale, 1^78.

sans aucun danger, jusqu'à 10 ou 15 grammes de chloroforme. Avec ces doses relativement considérables, j'ai obtenu le calme et le sommeil, mais je n'ai jamais produit l'anesthésie chirurgicale, tandis que ces mêmes doses l'eussent déterminée si je les avais introduites par la voie pulmonaire. D'où résulte cette différence d'action? De ce que mon chloroforme introduit sous la peau avant de passer dans le système artériel rencontrait le poumon et qu'en ce point, à la température du corps, il était éliminé en grande partie. Mais dans les mouvements d'inspiration le malade reprenait quelques-unes de ces vapeurs chloroformées et nous avions alors une action plus ou moins sédative, selon la quantité plus ou moins grande de vapeurs chloroformées qui pénétrait ainsi dans le ventricule gauche. L'explication que je vous donne ne m'appartient pas, elle a été fournie depuis longtemps par Cl. Bernard; vous trouverez d'ailleurs dans la thèse d'un de mes élèves, le docteur Fournier, tous les faits relatifs à cette question des injections hypodermiques du chloroforme. L'administration par la voie pulmonaire supprime-t-elle l'administra- tgus Ics obstaclcs? Oul. Lc princlpc actif absorbé par la vaste

tion par la voie

pulmonaire, surfacc quc préscutc la muqueuse du poumon, pénètre de suite dans le ventricule gauche, et de là, lancé dans tout le système artériel, il pourra produire très rapidement son action curatrice. Voilà ce que nous donne la théorie ; voyons ce que nous fournit la pratique; en un mot, examinons ce que vaut le poumon comme organe d'absorption des substances médicamenteuses.

l'absorption Outrc Ics gaz et les vapeurs, la muqueuse pulmonaire peut des lifiuidcs absorber les liquides; ainsi, Gohier a pu, sans tuer un cheval,

par , 7 17

les poumons, injcctcr dans ses poumons jusqu'à 32 litres d'eau, et Gollin de 6 à 18 litres d'eau par heure. De plus, Ségalas nous a montré expérimentalement la différence d'activité du médicament lorsqu'il est introduit par la voie pulmonaire ou bien

De

par l'estomac; il tuait en dix minutes des chiens auxquels il injectait par la trachée 3 centigrammes d'extrait de noix vomique dans 60 grammes d'eau, tandis que 10 centigrammes du même extrait, introduits dans l'estomac, ne produisaient aucun effet.

Cl. Bernard, en 1864, a reproduit les mêmes expériences avec les alcaloïdes de l'opium et il a montré que des doses très faibles, qui restent inactives quand on les injecte dans le tissu cellulaire, agissent rapidement au contraire lorsqu'elles sont absorbées par la surface pulmonaire [a).

Enfin Jousset (de Bellesme) a signalé (1) les applications

(l)Le docteur Jousset (de Bellesme)a employé les injections trachéales dans des cas de fièvres pernicieuses.

Dans un premier cas, il avait affaire à un homme robuste de quarante-cinq ans, atteint depuis un mois de diarrhée chronique, avec des accès quotidiens de fièvre intermittente. Cet homme est pris d'accès pernicieux et rejette le sulfate de quinine qu'on essaye de lui faire avaler.

En présence de l'état grave du malade, du péril qui le menace, le docteur Jousset songe à l'injection trachéale, et, à deux reprises, injecte 6s'',50 d'une solution de quinine, soit 6.50 centimèlres cubes. L'injection est pratiquée 'goutte à goutte, et aucun effort de toux, aucun trouble dans la respiration ne se produit.

Au bout de huit minutes, le malade éprouve des bourdonnements d'oreilles; au bout de douze minutes, la sueur cesse ; au bout de dix-huit minutes, l'amélioration s'accentue, le pouls est devenu perceptible; pouls à 52.

Une demi-heure après, le faciès

n'est plus reconnaissable, le tronc et les membres se réchauffent, le malade boit abondamment sans rien rejeter; il prend 1 gramme de sulfate de quinine, qui est toléré.

Le malade peut se lever et marcher une heure après, quoique très faible; pouls à 88.

Deux heures après, l'état est presque normal; pouls à 88 ; le malade mange du riz et un peu de viande.

Dans la soirée, rétablissement complet; le malade sort et marche comme d'habitude; pouls à 85; prescription de sulfate de quinine pour les jours suivants.

La petite plaie du cou a saigné légèrement, il n'y a pas eu d'ecchymose, elle a disparu sans accident ultérieur.

Dans un deuxième cas, le docteur Jousset avait affaire à un enfant de douze ans, sujet à des accès de fièvre. Au moment où il fut examiné, il était pâle, dans une immobilité presque absolue, les yeux enfoncés, fixes et à demi ouverts; les lèvres à peine bleuâtres, les traits maigris et les

(a) Cl. Bernard, Loc. cit. — Jousset (de Bellesme), De la méthode hypodermique. Thèse de Paris, 1868 (Soc. de biologie, 1871).

teuscs.

de cette méthode pulmonaire dans le traitement de la fièvre Des injections pemicieuse. Voici comment il procède pour pratiquer ces

trachéales .

médicamen- injcctious médicamentcuses dans la trachée :

Après avoir étendu le malade et avoir placé des coussins derrière le dos et le cou, comme si l'on allait pratiquer la trachéotomie, on fixe le larynx de la main gauche et de la main droite on enfonce le petit trocart de la seringue hypodermique sur la ligne médiane, à un travers de doigt au-dessous du cartilage cricoïde. La pénétration dans la trachée se fait avec la plus grande facilité et l'on est averti de cette pénétration par une sensation analogue à celle qu'on éprouve en traversant un papier épais avec une épingle. Le liquide est ensuite versé goutte à goutte. Jousset introduisait ainsi de S^^SO à 6^'',50 d'une solution au dixième de chlorhydrate de quinine, et cela sans déterminer ni toux, ni suffocation. Cl. Bernard pensait que l'injection trachéale devait être

muscles du nez et de la bouche ré- Cinq minutes après, pouls à 40,

tractés. - Même état. Enveloppement des mem-

La respiration s'effectuait avec une bresdans de la laine chaude, légères

telle lenteur, qu'on aurait pu croire frictions.

l'enfant complètement mort. Mains Petit à petit, les symptômes alar-

et pieds refroidis. Le pouls est hési- mauts s'amendent et, trente-cinq

tant, irrégulier, ne battant que /i-^ fois minutes après, le petit malade de-

par minute; il finit même par tomber mande à boire. Le pouls est à 79,

à 38. irrégulier, vibrant.

L'intelligence n'était pas complè- Une heure après, l'enfant parle et

tement abolie. répond librement. La figure est co-

Rate augmentée, débordant les lorée, ainsi que les yeux; il s'assied

fausses côtes de deux travers de sur son lit et veut manger. Pouls

doigt. En présence de tous les symp- à 96.

tomes d'une fièvre intermittente per- On lui donne quelques cuillerées

nicieuse et de l'impossibilité défaire de confiture.

prendre quoi que ce soit à l'enfant. Le docteur Jousset quitte alors

le docteur Jousset a recours à l'in- le malade, après avoir pi'escrit un

jection trachéale ; il fait usage d'une gramme de sulfate de quinine dans

solution de chlorhydrate de quinine du café, en deux fois.

au dixième, et injecte goutte à goutte Trois heures après, l'enfant est à

3&r,50 de solution, soit 0gr,35. Aucun peu près rétabli ; il a un peu mangé,

effort de toux ne se produit. Le pouls marche dans la chambre et joue

était à 31. avec un autre enfant.

admise dans la pratique médicale; il la considérait comme un moyen thérapeutique excellent, à condition toutefois d'employer des substances pures et exactement dosables, et il fait remarquera cette occasion les grands avantages des alcaloïdes sur les extraits, qui ont presque toujours des compositions variables.

Cependant, malgré l'appui que lui a prêté Cl. Bernard, la méthode des injections médicamenteuses dans les voies respiratoires ne s'est pas généralisée, et l'on a fait à ce procédé beaucoup d'objections qui me paraissent plutôt théoriques que pratiques; on a soutenu que la muqueuse respiratoire s'enflammerait facilement sous l'influence de ces injections, qui détermineraient ainsi des bronchites plus ou moins graves ; mais, à l'appui de cette thèse, on n'a produit aucun fait positif, aussi je pense qu'il ne faut pas complètement rejeter la pratique de Cl. Bernard et de Joussetet qu'on peut y avoir recours dans des cas d'urgence, lorsqu'on veut obtenir une action prompte et décisive, comme dans les cas de fièvre pernicieuse. Pour ma part, je me propose de reprendre à nouveau cette question.

La médecine vétérinaire a d'ailleurs suivi la route tracée par Ci. Bernard, par Jousset et par moi-même; et, mettant à profit les injections trachéales qui lui sont rendues très faciles par le long développement de la trachée et la tolérance du poumon chez les animaux domestiques, elle en a tiré grand parti pour l'introduction des alcaloïdes dans l'économie.

Si l'on use peu en thérapeutique humaine des injections dans la trachée, il n'en est plus de même des autres méthodes qui permettent d'introduire des substances médicamenteuses parla surface pulmonaire : inhalations, fumigations, pulvérisations.

Dans l'inhalation, vous le savez, on fait respirer au malade do des substances qui dégagent des vapeurs à la température

nhal.itions.

ambiante (éther, chloroforme, acide acétique, nitrite d'amyle, alcool, ammoniaque, iode, camphre, etc.).

Les anesthésiques s'administrent exclusivement par cette méthode. Cependant je vous ai montré, à propos du nitrite d'amyle, le parti qu'on en pouvait tirer dans le traitement des maladies du cœur; on l'applique aussi au traitement des syncopes, c'est ainsi qu'on fait respirer dans ces cas, des vinaigres aromatiques (1) et des sels vol.atils (2), que les iVnglais ont surtout perfectionnés sous le nom de smelling scUts, et qui sont, vous le savez, des sels ammoniacaux (3).

(1) Le plus oi'dinairement on place dans un flacon spécial à cet usage un mélange d'acide acétique raonohydraté et de cristaux de sulfate de potasse.

Voici, d'ailleurs, la formule du vinaigre aromatique anglais :

Acide acétique cristallisable.. . . 600

Camphre 60

Huile volatile de cannelle 1

Lavande 0.50

Girofle

(2) Les sels volatils anglais, décrits aussi sous le nom de sels de Preston, et qui sont très usités en Angleterre, ont la formule suivante :

Sur du carbonate d'ammoniaque, dont on remplit un flacon, versez, pour combler les vides, le liquide suivant :

gouttes.

Ammoniaque liquide l'25

Essence de bergamote . . XXV

— de lavande • XXV

— de rose ''.

— de cannelle . . [ àâ X

— de girofle .... )

(3) Les vinaigres sont très employés; voici la formule des plus usités :

1° Vinaigre aromatique des hôpitaux (Cod. fr.).

Feuilles de mélisse (Mell&sa offici-

nalis) 5

— menthe poivrée {Men-

tha pipereta) 5

— romarin [Rosmarinus

offîcinalis) 5

— sauge {Salvia offîcina-

lis) 5

Fleurs de lavande {Lavandula vera). 10 Bulbes d'ail {Allium sativum).... 2 Vinaigre blanc 400

Incisez les plantes ; faites macérer pendant dix jours; agitez de temps en temps; passez, exprimez, filtrez.

2° Vinaigre aromatique vulnéraire.

Cannelle \

Macis '^ àâ 15

Girofle ')

Bois de Rhodes 8

Santal blanc, 8

Fenouil 8

Vinaigre 2000

Faites digérer quarante-huit heures; ajoutez :

Absinthe

Romarin

Menthe poivrée.

Lavande

Marjolaine

( MÙ 15

3° Vinaigre aromatique et antiputride (Bully).

On a surtout appliqué la méthode des inhalations à la cure des affections du poumon, et lorsque je vous parlerai du traitement des bronchites et de la phthisie, je vous montrerai tout le parti qu'on peut tirer de ces inhalations. Guillemin a généralisé cette méthode en soutenant que le plus grand nombre des substances odorantes, pour produire leurs effets thérapeutiques, devaient être, non pas absorbées par les voies digestives, mais bien inhalées. C'est ainsi qu'il a proposé de traiter l'hystérie par les inhalations de teinture de valériane et les bons effets que l'on a obtenus des bains de valériane seraient, selon lui, le résultat non pas de l'action locale de ces bains, mais bien de la pénétration parles voies respiratoires de l'odeur si intense qu'ils développent. D'ailleurs, vous connaissez tous les bons effets que l'on obtient des inhalations d'éther dans la cure des états spasmodiques. Fonssagrives a donné le nom à'osphrétique médicamenteuse à ce mode d'emploi des médicaments {a).

Beaucoup d'appareils ont été confectionnés pour pratiquer Des appareils

. 1 1 • 1 1 . 1 • f '^ inhalation.

ces mhalations: les uns sont plus ou moms compliques.

Eau 7000 Vinaigre distillé 200

Alcool 3500 ,^, ^ . ,

Essence de bergamote 30 D après Auber, on peut avoir

citron au zeste.. 30 "'^ produit conforme, pour l'odeur et

— Portugal 12 la couleur, au vinaigre de Bully, par

— romarin 23 la formule suivante :

lavande 4-

Néroli 4

Alcool de mélisse '. . . . 500

Teinture de benjoin. ... . 10

Vinaigre radical 50

Eau de Cologne 1 litre.

Agitez de temps en temps et après 4,0 Vinaigre aromatique et antisep-

vingt-quatre heures ajoutez : tique.

Infusion de benjoin \ Alcool de mélisse 15

Tolu f .. „„ Essence de girofle 4

, , lia faO ^ ®

— styrax i Essences de citron et de lavande. 10

— giroHe ] Vinaigre blanc 60

Agitez de nouveau et ajoutez : Mêlez et fdtrez.

[a) Fonssagrives, Thérapeutique générale, p. 83.

inhalaleur

permanents

di6 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

comme ceux qui servent à l'éthérisation, d'autres sont plus simples, ce sont ceux qu'on emploie pour donner le chloroforme (cornets, appareils de Demarquay, appareil de Legroux). On se sert aussi dans le même but de flacons laveurs avec tube de dégagement.

Enfin, on a construit des inhalateurs permanents : ce sont des masques ou des muselières qu'on applique devant la bouche (vous en avez vu certainement porter cet hiver). Ces appareils sont employés en Allemagne, et Gurschmann (1). Langenbeck, Frankel et Senator utilisent ces muselières dans le traitement des bronchites fétides. Des Se basant sur ce fait qu'on respire à l'état normal beaucoup

plus par le nez que par la bouche, Feldbausch a inventé un petit instrument qu'il suffit de mettre dans la narine pour inhaler d'une façon permanente les substances qu'il contient. C'est ce qu'il a décrit sous le nom d'inhalateur permanent nasal; ce sont de petits tubes ou capsules qu'on introduit dans le nez, où ils restent fixés d'eux-mêmes; ils contiennent une parcelle de papier buvard ou de flanelle destinée à recevoir le médicament. C'est ainsi que Feldbausch utilise les vapeurs d'acide phénique, d'ammoniaque liquide, de baume du Pérou, de Tolu, de brome, de camphre, de créosote, de chloroforme, d'eucalyptus, de genièvre, de pin, de sauge, etc., etc.

(1) Curschmann emploie contre les mettait dans la bouche du malade une

bronchites fétides un masque pré- petite capsule en bois ou en ivoire

sentant une ouverture dans laquelle percée de trous contenant des médi-

on plong^e une éponge imbibée d'un caments variables suivant les cas.

médicament qui est de l'essence de Frankel et Senator . emploient à

térébenthine, du thymol ou de la l'hôpital Augusta une muselière qui

créosote. embrasse le nez et qui renferme

Langenbeck (de Gœttingen) avait aussi une éponge contenant un mé-

imaginé un procédé analogue; il dicament voulu (a).

(«) Curschmann, Langenbeck, Frankel, Senator, Israël, Zur Localbe.handlunq der putriden Bronchial und Lungena/fectionen {Berlin, klin. Wocliens., ri° 2'J, p. 4.2y ; n° 30, p. 451, et no 27, p. 405, 21, 28 juin, 7 juillet 1879).

La fumigation est un autre procédé de thérapeutique pulmonaire. Ce qui distingue la fumigation de l'inhalation, c'est qu'il est nécessaire dans ce procédé de faire intervenir la chaleur pour dégager des vapeurs médicamenteuses.

Les fumigations sont connues depuis la plus haute antiquité, Hippocrate (1) les vantait, et le nombre des travaux (2) qui ont été faits sur ce sujet est des plus considérables. Beddoës, Watt Crichton, Scudamore, Cottereau et surtout Martin-Sol on ont bien étudié cette partie de la thérapeutique, à laquelle on a donné le nom d'atmiatrie (a).

Les fumigations sont ou générales ou locales. Nous ne

Des fumigations.

(1) Hippocrate parle souvent des fumigations respiratoires. A propos des angines, il dit : On introduira des canules dans la goi'ge le long des mâchoires. On fera une fumigation avecl'hysope de Silicie.le soufre et l'asphalte, et il (le malade) attirera cette fumigation par les canules et par les narines afin que la flegme sorte (Des maladies, livre III, trad.

de Littré, t. Vil, p. 131). Et plus loin, Hippocrate conseille les fumigations contre la phthisie (t. Vil, p. 193, Des affections internes).

(2) OrilDase parle des procédés qu'employait Antyllus pour les fumigations. Voici comment s'exprimait cet auteur :

« Les fumigations, dit Antyllus.

ne conviennent pas à toute espèce de maladie, mais seulement à celle delà

poitrine, et encore ne sont-elles légitimement applicables qu'au cas d'asthme ou d'orthopnée par embarras de pituite ; elles sont contreindiquées dans le cas d'hémoptysie et de toux sèche. On fait asseoir le malade et on le met tout entier sous une vaste couverture; entre ses jambes écartées on place un vase contenant du feu sur lequel on jette des feuilles d'aristoloche, de la clématite, ou du soufre, ou des bourgeons de sapin, ou du persea, ou des fragments de vieilles cordes (celles qui ont servi à la marine sont les meilleures), et l'on recommande au patient de baisser la tête pour mieux recevoir et aspirer cette fumée. Heaucoup ont rejeté la pituite à la première épreuve (b).

(a) Martin-Solon, {Bull, de tliérap., 1834, t. VI, p. 173).

(6) Beddoës, EmjJloi des fumigations d'acide carbonique contre la phthisie {Bib. brit., 1797, Genève, t. VI; Sciences et arts, p. 237. — Watt, On the use of inhalation air in Medieine. Edinburgh. practice of physic. Surgerij and Midwiferij vol. II, p. 207. — Crichton, Practical Observations on tlie treatnient and cure of several varieties of pulmonary consîimption and the effects of the vapour of boiling tar in that disease. Loiidon, 1823. — Cotlereau, Emploi du chlore dans le traitement de la phthisie {Arch. gén. de méd., 1830, 1'" série, t. XX, p. 28'J; t. XXIV, p. 347). — Scudamore, Cases illustrating the remédiai poiver of the

Des

fumigations

sèches.

parlerons ici que des fumigations respiratoires; il y en a deux variétés : les fumigations sèches ou suffUiis et les fumigations humides ou halitus.

Pour les fumigations sèches, on produit les vapeurs en brûlant certaines substances, telles que le styrax, la myrrhe, le benjoin, etc C'est dans ce groupe que nous devons faire rentrer les cigarettes et les cigares médicinaux (1), qui ont

(1) Les cigares médicinaux sont faits avec des plantes naturelles ou additionnées de substances médicamenteuses en poudre ou en dissolution que l'on dispose en cigares; les cigarettes médicinales sont faites avec des plantes hachées et roulées dans du papier. On en confectionne aussi avec des papiers imprégnés de substances actives et roulés en forme de cigarettes (cigarettes arsenicales, balsamiques, etc.), ou encore avec des substancs volatiles qu'on introduit dans des tubes en plume, en verre, bois ou ivoire (cigarettes de camphre, naphthaline, etc.).

On fait des cigares ou cigarettes narcotiques avec des feuilles de belladone, digitale, jusquiane, nicotinine, stramoine ; cigarettes de varech ou de fucus, cigarettes iodées antiphthisiques, cigarettes d'eucalyptus.

Pour fumer, il faut se servir de porte-cigares ou de pipes, afin de ne

pas avoir dans la bouche les substances elles-mêmes.

Les cigares ou cigarettes les plus employées sont les suivantes :

Cigares opiacés. — Feuilles de belladone, 3 grammes; extrait d'opium, 15 centigrammes. On fait dissoudre l'extrait d'opium dans un peu d'eau, on arrose de la solution les feuilles de belladone, on laisse sécher et l'on fait un cigare. On peut remplacer l'extrait d'opium par le laudanum.

Cigarettes arsenicales (Trousseau).

Arséuiate de soude cristallisé.. 1 gr. Eau distillée 30

On fait absorber cette solution par une feuille de papier blanc à fdlrer, ou fait sécher et l'on divise en vingt morceaux qui contiennent chacun 5 centigrammes d'arséniate de soude,

Cigarettes arsenicales de Boudin.

Acide arsénieux ... . 0.01 centigr.

Eau O.S.

inhalation of iodine and in lubercula phthisis, 2= édit., London, 1834.. — IClee, Traitement de la phthisie pulmonaire par Vatmiatrie, Thèse de Strasbourg, 2" série, 1848, p. 57. — Hufeland, iMém. sur l'emploi des médicaments en fumigations (in Prakt. Journ. der Heelk., Bd XXVIIl, n" 5, p. 88, 1809. — Martin- Solon; De Vusage des fumigations -pulmonaires dans quelques maladies et notamment dans celles de l'appareil pulmonaire (Bull, de Tliérap., 1834). — Rapou, Essai sur l'atmidriatique ou médecine par les vapeurs. Paris et Lyon, 1819; Traité de la méthode fumigatoire, 1824. — Sales-Girons, Traitement de la phthisie pulmonaire par l'inhalation de liquides pulvérisés et par les fumigations de goudron. Paris, 1860, etc. Depuis, de nombreux mémoires ont été publiés sur cette question et Ton a beaucoup utilisé les fumigations dans les diverses affections des poumons et des bronches.

DU l'OUMOiN AU POINT DE VUE THÉUAl'EUTIQUE.

joui autrefois d'une assez grande vogue, ainsi que les papiers nitrés ou cartons l'umigatoires, que l'on fait brûler sur une assiette dans la chambre des malades (1).

On imbibe une Icuillc de papier blanc à filtrer de 5 ccntinictres de longueur sur i centimètres de largeur qu'on fait sécher avant de la rouler en cigarette.

Cigarettes antispasmodiques. — (Trousseau).

Feuilles de stramoniuin . . . 30 gr.

les mouiller avec :

Extrait d'opium 2 gr.

Eau distillée 25

On fait sécher et on fait des cigarettes.

Cigarettes antispasmodiques. — Feuilles de stramoine et de sauge (de chaque) parties égales. On arrose ces plantes avec une solution de nitre au dixième. La dose du mélange est de 1 gramme.

Cigarettes antiasthmatiques.

Feuilles de belladone. . . \

■~ ^''•"s^ f âà 5 gr.

— stramonium. \

— digitale /

Teinture de benjoin 40 gr

Sel de nitre 75

Eau ■ 1000

On fait une décoction de ces plantes, on passe, on ajoute le sel de nitre et la teinture de benjoin pour immerger, feuille à feuille, une main de papier buvard, pendant vingt-quatre lieures ; on fait sécher et l'on coupe en rectangles de 10 centimètres de largeur.

Cigarettes de belladone. — On introduit dans une cigarette des feuilles sèches de belladone. Pour une cigarette on emploie 1 gramme de feuille.

Les cigarettes de digitale, jusquiame, nicotiane, etc., se préparent de même.

Cigarettes de camphre (Raspail).

— Dans un tube ou tuyau de plume, on met un peu d>e camphre granulé et l'on ferme les doux extrémités du tube avec un petit tampon de ouate.

Cigarettes de Golfin ou cigarettes balsamiques. — Ce sont des feuilles de papier sur lesquelles on a étendu plusieurs couches de teinture de baume de Tolu, tenant en suspension de la poudre de nitrate de potasse et d'iris.

Cigarettes iodées. — Elles sont confectionnées avec les espèces aromatiques arrosées de teinture d'iode.

Cigarettes iodoformées. — Se préparent avec des feuilles de belladone saupoudrées d'iodoforme ou trempées dans une solution alcoolique d'iodoforme.

Cigarettes merciirielles de Trousseau.

Deutochlorure de mercure. I gr.

Acide nitrique 1

Eau 20

Après dissolution, on étend sur un papier collé de 20 centimètres sur i 5 ; on fait sécher et on plie en cigarettes.

On inspire 10 gorgées de ces cigarettes plusieurs fois par jour dans le traitement des affections syphilitiques de la gorge.

Cigarettes pectorales (Espic).

Belladone 0.30

Stramoine 0.15

Jusquiame 0.15

Pliellandre 0.14

Extrait d'opium 0.18

Eau de laurier-cerise Q.S.

pour une cigarette faite avec du papier brouillard.

(1) Cigarettes nitrees oit papier

Nous discuterons d'ailleurs la valeur de ces préparations lorsque je vous parlerai du traitement des maladies pulmonaires et en partie de celui de l'asthme. Les trochisques (1) qui ont été bien étudiés par Lorbel-Lagneau (a) sont des préparations qui entrent dans ce groupe. Ce sont des petits

nitré. — Préparées avec des feuilles de papier blanc non collé Irempées dans une solution saturée à froid de nitrate de potasse.

On brûle ces papiers sur une assiette, et la combustion dégage une fumée épaisse.

Carton fiimigatoire (Codex fr.)

Papier gris sans colle 120

Azotate de potasse pulvérisée.. GO Feuilles de belladone pulvérisées

— de datura stramo-

. nium pulvérisées..

— de digitale pulvéri- , , , ^

, ) aa o

sees

— de lobélie en feuilles

pulvérisées .•

Semences de phellandrium

pulvérisées

Myrrhe pulvérisée 10

Oliban pulvérisé 10

Déchirez le papier en morceaux, faites tremper dans l'eau, ajoutez, pile^, incorporez, ensuite dans les poudres préalablement mélangées ; étendez la pâte humide dans des moules de fer-blanc; faites séchera l'éluve. La dose doit fournir trentesix morceaux rectangulaires d'environ 6 centimètres de longueur sur 4 centimètres de largeur.

On fait brûler un de ces cartons dans la chambre.

(1) Les trochisques (Tpo-/,oç, toupie, cône). On appelle ainsi des médicaments solides composés d'une ou plu-

sieurs substances réunies au moyen d'un mucilage et auxquels on donnait une forme conique, ou bien parfois celle d'un grain d'avoine, d'uneboule, d'un cube. Aujourd'hui on met encore sous cette forme des poudres (de bismuth) ou des précipités qu'on veut faire sécher.

Les pastilles du sérail sont des trochisques.

Trochisques odorants (clous fumants, pastilles fumigatoires du sérail).

Benjoin 80

Baume de Tolu 20

Santal citrin 20

Cliarbon léger 500

Nitre 40

Mucilage Q.S.

Faites un masse homogène que vous diviserez en petits cônes de 3 centimètres de hauteur en donnant à leur base la forme d'un trépied (Codex).

Trochisques résino-iodés (Rouvier).

Charbon léger 0.05

Benjoin.... 0.25

Iode 0.10

Tolu 0.05

Azotate de potasse 0.10

Mucilage de gomme adragante. Q.S,

pour un trochisque ; qu'on brûle comme des clous fumants, c'est-à-dire en les allumant par la pointe.

(a) Lorbel-Lagneau, Union pharmaceutique, 1862.

Des fimiigations

DU POUiMON AU POINT DE VUE THÉRAPEUTIQUE. 321

cônes médicamenteux fumants (comme les pastilles du sérail) , qu'on allume et dont on respire les vapeurs.

Récemment Tanret dous a montré tout le parti que l'on pouvait lirer de ces trochisques ou clous fumants pour pratiquer des inhalations médicamenteuses; et c'est ainsi qu'il a fait des trochisques à l'acide thymique, à l'eucalyptol et à la créosote (i).

Les fumigations humides se préparent en employant des décoctions de plantes, belladone, guimauve, hysope, etc. On iiumidc jette ces plantes dans l'eau bouillante et la vapeur d'eau entraîne les principes médicamenteux qui pénètrent dans les poumons.

Pour pratiquer ces inhalations, on a proposé divers appareils; Martin-Solon en décrit un basé sur le flacon de Wolf à trois tubulures, mais les plus connus sont ceux de Mandl, de Gharrière, deBaillemont et de Mathieu. Tous ces appareils sont analogues, ils sont aujourd'hui presque tous abandonnés; ils consistaient en un récipient où l'on dégageait les vapeurs qui étaient dirigées vers la bouche par un tube plus ou moins long (2). On peut, du reste, les remplacer assez facilement.

(1) Tanrel fait une solution con- la presque totalité de la substance

centrée des divers produits médica- employée (a).

menteux, et c'est cette solution qu'il (2) Toutes les substances ont été

fait absorber parle trochisque, grâce employées pour faire les fumigations,

à sa porosité. On peut aussi doser Beaucoup sont abandonnées aujour-

très exactement la quantité de médi- d'hui, surtout parmi les substances

caments contenus dans chaque clou prises dans le règne animal, telles

fumant. En brûlant, il se fait une que la corne, la fiente, les graisses,

distillation du médicament introduit urines, poils, etc. Le règne végétal

qui n'altère pas ses propriétés ni sa fournit aujourd'hui les substances

nature, du moins lorsqu'on se sert ewo///(?nff;s (la mauve, guimauve, pa-

de l'acide phénique, de l'acide thyrai- riétaire, etc.) jaromaf/^wes (Labiées,

que, de l'eucalyptol ou de la créosote orabellifères, crucifères, rosacées, oi'-

et l'on retrouve dans l'atmosphère chidées,etc.);îu>e«s<?s ou narcotiques

(«) Tanret, Des trochisques dêsinfeclants {Bull, de Tliérap., 15 novembre 1882).

CLINIQUE THÉRAP., 4» édit. If. 21

Veut-on, par exemple, faire une fumigation avec des fleurs de mauve, après avoir jeLé sur ces fleurs, mises dans un vase, de l'eau bouillante, il est bien simple, dis-je, de coiff'er le vase avec un morceau de papier épais afl'ectant la forme d'un entonnoir, dont la partie évasée coifl'e le bol, tandis que la par-

(belladone, jusquiane, stramoine, morelle, pavots, etc., etc.).

Dans le règne animal, on utilise beaucoup de substances : l'ammoniaque, le chlore, l'iode, le soufre, le calomel, le sublimé corrosif, le cina- , bre, Fiodure de potassium, le bromure, le chlorure de sodium, les sels de mercure, les sels ammoniacaux, ai'senicaux, etc., dissous dans l'eau, peuvent être vaporisés et employés en fumigations, d'après les expériences de Brémond.

De nombreux appareils ont été inventés et il diffèrent selon l'espèce de corps avec lequel on veut agir.

Nous ne nous occuperons pas ici des procédés de l'enveloppement, des boîtes à fumigations, décrites déjà dans Ambroise Paré, de l'appareil de Ijalès, des appareils de Jurine et Triayre, de Rapon, de Rioux, qui sont utilisés surtout pour les bains de vapeur.

Nous laisserons aussi de côté les appareils de Mauroy, Lécuyer, Chaussier, Duval, Langlebert, Bremond, Toad-rDowning, etc., destinés à servir surtout pour les fumigations générales.

Parmi les appareils permettant de diriger le jet de vapeur sur les muqueuses, les plus connus sont ceux de Mulkiet de Traube, en Allemagne, de Mudge, de Mandl, de Charrière et de Baillemont.

Celui de Mandl, servant à porter des fumigations dans le nez, la bouche, la gorge et le larynx, est constitué par un ballon de verre supporté

par un pied en cuivre et chauffé au moyen d'une lampe à alcool placée au-dessous. Ce ballon présente à sa partie supérieure deux tubulures :

l'une, évasée, sert à l'introduction des liquides et à établir la communication avec l'air extérieur; l'autre, tubuleuse, est munie d'un tube de caoutchouc vulcanisé de 30 à 35 centimètres terminé par une rondelle de bois à laquelle est adapté un autre petit tube de caoutchouc de 7 à 8 centimètres, destiné à être rais dans la bouche ou les narines du malade.

L'appareil fumigatoire de Charrièi-e, se compose : 1° d'un fourneau renfermant une lampe à alcool et surmonté d'un cercle fenêtre; 2° d'un récipient recevant le liquide destiné à la fumigation ; 3° d'un large conduit élastique faisant suite au réservoir et se terminant par une embouchure que l'on applique sur la bouche ou sur le nez et la bouche. Une soupape, placée au-dessous et en avant de l'embouchure , permet à l'expiration de se faire au dehors.

L'appareil de Baillemont est composé de deux cylindres de fer-blanc, s'emboîtant l'un dans l'autre de manière à laisser entre les parois un vide de 1 millimètre de largeur ; cet écartement est maintenu par quatre fils de fer étamé, de 1 millimètre de diamètre et de 25 millimètres de longueur, taillés en biseau à leur bout inférieur de manière à ne point présenter d'obstacles à la pénétration du cylindre supérieur dans l'inférieur.

L'intervalle circulaire laissé entr

De la pulvérisation.

tie rétrécie, mise devant la bouche, permet l'issue par cette voie des vapeurs médicamenteuses.

Quelle est la valeur des fumigations? Les fumigations vaiei.i- des

o t; fumigations,

sèches ont une valeur réelle, mais celle des fumigations humides est très douteuse, et, comme Fa montré mon interne en pharmacie, M. Jaillet, à propos de la belladone, l'action médicamenteuse est à peu près nulle; en effet, lorsque l'on inhale les vapeurs d'une décoction aussi concentrée que possible de belladone, on ne détermine aucun trouble pupillaire, même lorsque cette fumigation est prolongée pendant longtemps. 11 est donc probable que dans un très grand nombre de cas les fumigations humides ne font pénétrer dans le poumon que de la vapeur d'eau.

Frappé du peu d'effet des fumigations humides, Sales- Girons, en 1858, a introduit un autre procédé thérapeutique basé sur la division des liquides médicamenteux en particules excessivement ténues, c'est la pulvérisation des liquides, et cette nouvelle thérapeutique respiratoire parut à son début devoir faire progresser d'une façon très sensible| la cure des affections pulmonaires.

Vous connaissez tous les nombreux appareils qui ont eu Des pour point de départ la découverte de Sales-Girons. Ces pul- puivcrisatem;

les deux cylindres à leur partie su- dégagement. A l'extrémité du tuyau

périeure est recouvert d'un petit cha- recourbé s'adaptent à volonté deux

peau destiné à empêcher l'intro- embouts différents de buis ou de por-

duction de la poussière. Le cylindre celaine, l'un creusé d'un canal rec-

supérieur ou interne est percé à sa tiligne et destiné aux aspirations

base de deux ouvertures d'une lar- buccales, l'autre creusé d'un canal

geur d'une hauteur de 1 centimètre coudé à angle droit et servant aux

diamétralement opposées et établis- fumigations nasales, sant la communication entre les deux Dans le cylindre inférieur se met

cylindres. La partie supérieure de la substance liquide ou solide qui

ce cylindre possède un tuyau d'as- doit servir à la fumigation. Pour

piration, muni à son orifice d'un dia- dégager la vapeur, il suffit d'appro-

phragme en fer-blanc, s'opposant à cher l'appareil d'un foyer quelcon-

ce qu'une forte aspiration fasse pé- que pendant quelques instants, nétrer un liquide dans le tube de

ir

vérisateurs peuvent être ramenés à trois types principaux/ Dans les uns, c'est un jet filiforme de liquide qui, venant frapper avec force une surface polie, se répand en poussière d'iaie finesse extrême, c'est le véritable pulvérisateur de Sales- Girons. Dans d'autres appareils, c'est l'air qui, lancé avec force et mélangé au liquide, produit la pulvérisation de ce dernier; c'est sur ce principe qu'est basé le pulvérisateur de Richardson. Enfin, on a construit d'autres appareils dits jjiîlvérisateurs à vapeurs dans lesquels le courant de la vapeur d'eau aspire et entraîne en les pulvérisant les substances médicamenteuses. C'est ainsi que sont construits les appaleils si puissants que l'on emploie aujourd'hui dans la méthode de Lister.

Pour ma part, c'est à ces derniers instruments que je donne la préférence, d'abord parce qu'ils fonctiennent seuls et sans avoir besoin de faire manœuvrer une pompe, puis parce qu'ils font pénétrer dans la cavité buccale un liquide à température convenable, ce qui n'arrive pas avec les autres pulvérisateurs, et en particulier avec ceux de Richardson, qui projettent un courant d'air froid qui peut avoir son inconvénient dans le traitement des angines.

vaieiu des Qucl quc solt d'ailleurs l'appareil employé, quelle est la véritable valeur de cette méthode thérapeutique? Il y a près d'une vingtaine d'années, en 1862, la pulvérisation de liquides donna lieu à l'Académie de médecine aune discussion longue et approfondie, les uns soutenant que les poussières liquides pénétraient dans les poumons, les autres, au contraire, que cette pénétration ne pouvait avoir lieu (i). Les premiers,

(1) Demarquay a expérimenté dans animaux,pai' le cyanure jaune de po-

une première série l'action des pul- tassiuni, la présence de ce sel de fer

v('i\sn(ioi!s chezleslapins.il pulvé- dans les poumons. iNotons que ces

risiiit une ;>olution d'un gramme de lapins avaient la gueule maintenue

perrh'orure lie fer dans iOU grammes ouverte par une pince spéciale,

d'eau, il a tuijours trouvé chez ces Dans une seconde série faite sur

pulvérisaticni

comme Sales-Girons, Poggiale, Tavernier, Gratiolet, etc., etc., se basaient sur les expériences deDemarquay et de Moura- Bourouillon, qui démontraient expérimentalement la possibilité de cettepénétration. Les seconds, comme Pietra-Santa, Briau, Delore, Fournie, etc., etc., soutenaient que cette pulvérisation ou détruisait les propriétés curatives des eaux sulfureuses ou que les poussières liquides ne pouvaient pénétrer dans la trachée.

les chiens par le même procédé, Uemarquay n'a plus trouvé le perchlorure dans le parenchyme pulmonaire, mais seulement dans les trachées et les bronches. Enfin, dans une troisième série d'expériences, il expérimenta sur une malade trachéotomisée et trouva dans la trachée les traces des liquides pulvérisés. Sur cette même femme, le docteur Fournie a renouvelé l'expérience et a montré que le liquide pulvérisé ne pénétrait pas au-dessous du larynx.

Pietra Santa a insisté sur l'abaissement de la température de l'eau sulfureuse par la pulvérisation des Eaux-Bonnes. La température, qui est de 31°, 5, s'était abaissée par la pulvérisation à 18 degrés; il se produit aussi une destruction des sulfures alcalins et de l'acide sulfhydrique par ce moyen.

Briau conclut de ces recherches sur la pulvérisation que les expériences sur les animaux rendent peu probable chez l'homme la pénétration de ces mêmes liquides dans les canaux respira.toires.

Delore combat aussi la méthode des pulvérisations; en pulvérisant de l'iode ou des iodures, il n'a jamais trouvé, dans les urines des personnes qui inhalaient ces pulvérisations, traces de ces liquides.

Fournie nie la pénétration des liquides pulvérisés, mais il admet celle des poussières. Dans des expériences faites sur l'homme, il a toujours constaté la pénétration des poussières solides, jamais celles liquides.

Auphan à soutenu que la pulvérisation^détruisait dans les eaux d'Euzet-les-Bains toutes les propriétés sulfureuses.

Moura- Bourouillon , Tavernier , Gratiolet, en opérant sur eux-mêmes, oii fait pénétrer les liquides pulvérisés dans la trachée.

.^îales- Girons reconnaissait luimême que, pour faire pénétrer les poussières liquides, il fallait respirer d'une certaine manière.

Poggiale admet que les poussières liquides pénètrent dans les bronches (a).

(a) Pietra Santa, Note sur la pulvérisation des Eaux-Bonnes. Séance du 2 avril 1861. — Auphan, De la pulvérisation à Euzet-les-Bains. Séance du 20 août 1861. — Demarquay, De la pénétration des liquides pulvérisés dans les voies respiratoires, 24 septembre 1681. — Fournie, De la pénétration des liquides et des solides, 10 octobre 1861. — Tavernier, De la pénétration des liquides, 10 décembre

1861. — Poggiale, Rapport sur la pulvérisation [Acad. de méd., séance du 7 juin

1862, t. XXVII, p. 166).

Aujourd'hui cette question paraît à peu près définitivement jugée; à l'état normal et physiologique, il est douteux que les poussières liquides pénètrent réellement dans la trachée, et si Demarquay a retrouvé jusque dans le parenchyme pulmonaire des animaux les traces du liquide qu'il pulvérisait, c'est qu'il les plaçait dans des conditions expérimentales absolument anormales. Les expériences de Moura-Bourouillon ne sont pas plus décisives ; cet expérimentateur montrait sur lui-même et sur des individus opérés de la trachéoLomie,la pénétration des liquides dans la trachée, mais ce fait s'expliquait suffisamment soit par l'accoutumance du larynx, soit par la paralysie de ce dernier.

Cependant, dans son remarquable travail sur la Thérapeutique locale des maladies deV appareil respiratoire, Mœller (i)

(1) Mœller invoque à l'appui de sa manière de voir des raisons théoriques et des raisons expérimentales.

Critique théorique. Mœller repousse l'idée de la sensibilité du larynx comme une cause d'obstacle à la pénétration des liquides et montre que les poussières solides pénétrant dans le larynx comme l'ont montré les recherches de Lewin et de Zenker, les poussières liquides peuvent aussi entrer dans le larynx et les voies aériennes.

Critique expérimentale. Mœller insiste sur les expériences faites par Demarquay sur les animaux, et montre leur importance; puis sur celles faites avec des larynx artificiels par Fournier et par Armand Rey; enfin, sur celles faites sur l'homme et met en lumière les résultats démonstratifs observés cà

l'autopsie d'individus soignés d'hémoptysie par les pulvérisations de perchlorure de fer. Dans un cas Zdehauer (de Saint-Pétersbourg) aurait observé dans des caillots contenus dans l'arbre aérien, du fer, en beaucoup plus grande quantité que dans le sang. Lewin aurait constaté le même fait.

Quant à la quantité de liquide inspiré qui pénétrerait ainsi dans les voies aériennes^, elle serait très faibles. Waldenburg a surtout étudié cette question, et a montré que dans la trachée et le pharynx, il se précipiterait au moins le quart du liquide qui a été pulvérisé; le larynx serait traversé par environ les trois dixièmes de la poussière produite.

Enfin, dans la trachée et les bronches, il arinverait 12 à 14 gouttes de liquide pulvérisé, pendant une minute de pulvérisation {a).

(a) Lewin, Die Inhalatione Thérapie. Berlin, 1865, p. 32 et 100. — Zenker, Staubinhalations Krankheiten der Lunge. Deutsch. Arch. fur klin. Med., 1866. —

soutient la réalité de la pénétration des liquides dans la trachée. Malgré les raisons invoquées par lui je persiste à considérer la méthode découverte par Sales-Girons comme n'étant pas à proprement parler une nouvelle thérapeutique respiratoire.

Est-ce à dire qu'elle doive être abandonnée? Nullement, messieurs ; la méthode de Sales-Girons, si elle n'a pas donné tout ce qu'elle promettait à propos des maladies du poumon, a rendu et nous rend encore d'immenses services dans les maladies du pharynx et des fosses nasales; aussi, dans toutes les stations sulfureuses ces pulvérisations sont-elles en usage, mais elles s'adressent exclusivement au traitement des angines.

Il ne faut point confondre ces pulvérisations avec les inhalations ou le htimage des eaux sulfureuses; cette pratique consiste dans l'inspiration d'un air fortement chargé d'hydrogène sulfuré, gaz qui pénètre facilement dans le poumon et qui y est rapidement absorbé; à Saint-Honoré, à Allevard, à Amélie-les-Bains, au Mont-Dore, etc., etc., (1), vous trouverez des vaporia où se pratiquent ces inhalations et ces humages.

Jusqu'ici, je ne me suis occupé que de la pénétration des liquides ou des vapeurs médicamenteuses dans le poumon, il

(1) Les salles d'inhalation présen- grés à la partie inférieure et 45 dotent des dispositions variables : grés à la partie supérieure.

Au Mont-Dore, ce sont des étuves A Allevard, l'eau, qui a 24 degrés,

humides entourées de gi'adins placés arrive, par un jet d'eau, à la partie

de bas en haut. La température de supérieure de la pièce et se brise au

la salle d'inhalation est de 25 de- plafond sur une sphère creuse.

Armand Rey, Union médicale, 21 novembre 1861. — Zdehauer, Zw Thérapie ZimgenbliUing, Wie^ier med. Vvoch., p. 30 et 31, 1861. — Waldenburg, Die locale Bedandlung der Krankheiten, der Ailimumgsorgane. — Mœller, TnérapeiUiqiie locale des maladies de l'appareil respiratoire par les inhalations médicamenteuses. Bruxelles, 1882, p. 56.

me reste à vous exposer l'action curative de l'air; c'est là un grand chapitre que je me promets d'aborder dans ma pruchaine leçon.

A Saint-Honoré, l'eau, qui a 18 à 20 degrés, tombe du plafond par jels très ténus.

A la Mothe, l'eau sort d'un disque en pomme d'arrosoir en très petite ouverture.

A Amélie-les-Bains, dans la salle d'inhalation des thermes romains, on trouve deux appareils pour le dégagement des vapeurs : l'un est une vasque où l'eau sulfureuse se renouvelle constamment; l'autre, des bas-

sins où l'eau est projetée par un jet puissant.

Le humage consiste dans l'aspiration par un tube des vapeurs d'eau minérale. Lambron a étahli depuis longtemps ces humages à Luchon; ils existent aussi à Cauterets.

A Panticosa (Aragon) il existe une méthode mixte; on pulvérise l'eau et l'on aspire, par un tube en forino cIo conque, les produits de cette pulvérisation (a).

[a) Candellé, Manuel de médecine thermale, 1879, p. 47 et 3U.

DEUXIÈME LEÇON

DE L'AEROTHERAPIË.

Sommaire. — De l'atmosphère. — Composition de raLmosplière. — Loi des échanges gazeux. — Des impuretés de Fatmospiière. — Poussières organiques.—Contagion. — Épidémie. — Poussières inorganiques. — Phtliisie professionnelle. — Pression barométrique. — De l'air comprimé. — Des bains d'air comprimé. — Appareils et cloches pneumatiques. — Action physiologique. ■ — Application thérapeutique. — Des inhalations d'air compi'imé et raréfié. — Appareil de Waldenburg. — Effets physiologi(]ues.

— Résultats thérapeutiques. — De l'air raréfié. — Des altitudes. — lies influences des altitudes. — Du mal des montagnes. — Applications tlienipeutiques. — Immunité à la phthisie. — De la température de l'atmosphère. — Des climats. — Division des climats. — Climatologie médicale.

— Gymnastique respiratoire. — Capacité pulmonaire. — Spirométrie.

Dans la précédente leçon nous avons étudié le poumon au point de vue thérapeutique, nous réservant de consacrer une leçon à l'étude si importante des échanges gazeux qui se fooL à travers la muqueuse pulmonaire et des conséquences thérapeutiques qui en découlent; c'est ce queje viens faire aujourd'hui en traitant de l'ensemble des moyens curatifs auxquels on a donné le nom d' aérothérapie.

L'homme, fixé sur le sol, vit dans le bas-fond d'un océan ne

, . . A m n l'atmosiilière.

aérien qui a ses courants, ses tempêtes, son ilux et son reilux, c'est l'atmosphère. Cet air est indispensable à la vie ; véritable aliment, il aide à tous les actes de la nutrition et préside aux fonctions de l'organisme. il^r pabidiim vUœ, a-t-on dit; jamais expression ne fut plus juste ni plus exacte, et, de même que vous m'avez vu, dans mes leçons sur le traitement des maladies d'estomac, insister sur la nature et la qualité des aliments, de même je vais m'efforcerici de vous exposer le plus brièvement

De

la composition

de l'air atmosphérique.

possible tout le parti que l'on peut tirer de cet air dans la cure des affections pulmonaires.

Le traitement des maladies de l'appareil digestif se résume ordinairement, avons-nous vu, dans la solution d'un simple problème d'alimentation; c'est aussi dans l'étude des conditions atmosphériques que vous trouverez, dans bien des circonstances, la clef de la cure des affections pulmonaires. D'ailleurs, vous comprenez facilement le rapport direct qui s'établit entre la muqueuse respiratoire et l'air atmosphérique, et comment l'influence incessante de ce dernier peut modifier les fonctions du poumon, soit dans le sens favorable, soit dans le sens défavorable.

L'air, vous le savez, a une composition presque immuable, comme l'ont montré les expériences de Dumas et de Boussingault (1) ; partout il contient des proportions presque, identiques d'oxygène, d'azote et d'acide carbonique, et, à ce

(I) 100 parties d'air contiennent, 1° Sur 10 000 parties d'air en

d'après Boussingault , et Dumas, en poids, la quantité d'oxygène a varié

poids : entre 2258 et 2314; différenee : 56.

„ , Qo AI Le minimum a été constaté par

Oxygène 23.01 . . '^^

. .g ^g gg Lewy dans l'air recueilli en août 1857

sur la mer du Nord. Le maximum a et en volume : ^^^ constaté à la fois par Stas à

Oxygène 20.81 Bruxelles et par Lewy dans un

Azote 79.19 échantillon d'air recueilli à la Gua-

EUes renfermeraienl de plus : ^®!f ^1*®* , n aaa • i, ■

2° Sur 10 000 parties d air, en vo-

Acide carbonique 0.0004 lume, la proportion d'oxygène a varié

et de la vapeur d'eau. ' entre 2038, 8 et 2120; différence: 81 ,2.

„ . Le minimum a été fourni par de l'air

Chatm a trouvé qu a Pans 1 air ^^ ^^^^ ^g^g g^^, ^^ Gange. A ce

contient : sujet, il faut remarquer que, dans la

1500 de milligrammes d'iode pour 1000 port d'Alger, la proportion d'oxygène

litres d'eau. gsi tombée à 2040,7 en juin 1851,

L'air renferme aussi de l'ozone. et qu'en juin 1849, dans le golfe de

Lorsqu'on compare toutes les ana- Bengale, elle s'est abaissée à 2055,6;

lyses d'air atmosphérique, comme le le maximum a été constaté à Paris

fait Gavarret, voici les variations par Doyère en 1848; à Bogota, dans

dans la quantité d'oxygène qu'on y les analyses de Lewy, la proportion

constate : d'oxygène s'est élevée à 2105,9.

DE L'AÉROTHÉRAPIE. 331

point de vue chimique, la différence qui existe entre « l'air pur des campagnes » et l'air des grandes villes est bien peu considérable. Reportez-vous aux travaux de Dumas et de Boussingault, à ceux deRegnault (4) et surtout aux belles recherches de Lewy,et vous verrez que la quantité d'oxygène contenue dans l'air varie entre 20, 38 et 21,21.

On pourrait croire que les variations de la quantité d'acide carbonique contenue dans l'air sont plus grandes : il n'en est rien. Ainsi, lorsque en 1844, Boussingault etLewy (a) instituèrent leurs analyses comparatives d'air entre Andilly, près ■ Montmorency, et Paris, ils constatèrent pour 10000 mètres cubes 2,999 d'acide carbonique à Andilly et 3,172 à Paris. Comme vous le voyez, la différence est bien minime, malgré la production énorme de l'acide carbonique à Paris, production qui, d'après Boussingault, s'élève en vingt-quatre heures à 2 944641 mètres cubes.

Cet air, dont nous venons de voir la composition presque Dos actes

, i , , . . . , chimiques

immuable, est amené par chaque mouvement mspiratoire a de

la respiration.

(i) Le tableau ci-après, dû à V. Regnault, indique la quantité d'oxygène que renferme l'air dans divers milieux.

Teneur en oxygène pour 100 volumes d'air.

Minimum. Maximum.

100 échantillons d'air de Paris ou des environs 20.913 20.999

9 — de Montpellier, Lyon, Normandie. 20.918 20.996

30 — de Berlin 20.908 20.998

10 — de Madrid 20.916 20.982

23 — de Genève et de Chamounix 20.909 20.993

50 — des bords de la Méditerranée

(France) 20.912 20.982

9 — pris sur mer (voyage de Liverpool

à Vera-Cruz) 20.918 20.965

2 — de l'Equateur (Amérique du Sud). 20 » 20.096

2 — du sommet de Pichincha 20.9402 0.998

Air des mers arctiques recueilli par le capitaine Ross. 20.860 20.940 {h)

(a) Boussingault et Lewy, Observations simultanées faites à Paris et à Andllhj (près Montmorency) pour rechercher la quantité d'acide carbonique contenue davs l'air atmosphérique {Ann. de phys. et de chimie, 1844, t. X, p. 570).

(b) Regnault, Recherches sur la composition de l'air (Aim. de phys. et de chimie, 3° série, 1852, t. XXXVI, p. 385).

la surface de la muqueuse pulmonaire. Cette surface est immense, elle représente 200 mètres carrés de superficie et reçoit une quantité de sang qu'on peut évaluer à 20 000 litres en vingt-quatre heures. Entre cet air et ce sang séparés par une membrane à peine perceptible vont s'établir de nombreux échanges qui constituent les actes chimiques de la respiration. L'oxygène sera absorbé et l'acide carbonique exhalé, et cela, selon les uns, par le seul fait des lois physiques qui président aux échanges gazeux; selon les autres, par l'intervention d'un acide spécial, l'acide pneu mi que qui chasserait l'acide carbonique de ses combinaisons avec le sérum (1). Mathieu et Urbain ont bien étudié les conditions qui favorisent ces échanges gazeux et ils en ont tiré des conclusions fort importantes. Ils nous ont montré que l'endosmose de l'oxygène était activé par le froid et modéré par la chaleur; que de plus l'ampleur des respirations augmentait la quantité d'oxygène absorbé et cela beaucoup plus que la fréquence

(1) Ludwig et ses élèves ont pression de l'acide carbonique était

soutenu que l'acide carbonique du de 3,84 pour 100 pour l'air intra-

sang ne sort pas au niveau des al- alvéolaire et 3,81 pour 100 dans le

véoles pulmonaires par la seule loi sang du cœur droit,

des échanges gazeux, ils ont prétendu Volberg, lui, avait trouvé les chif-

que, sous l'influence de l'absorption fres suivants : 3,56 pour 100 pour

de l'oxygène, il se formait un acide l'air intra-alvéoîaire et 3,44 pour le

libre (acide pneumique de Robin et ventricule droit.

.Verdeil) qui met l'acide carbonique Sanson a fait de très nombreuses

en liberté et le chasse de sa combi- expériences sur les grands ani::iaux

naison avec les sels alcalins du au point de vue de la respiration,

sérum. D'après ces expériences, Félimina-

Pour juger cette question, il suffi- tion de l'acide carbonique par les sait de savoir si la tension de l'acide poumons est un phénomène purecarbonique augmentait dans les ça- ment physique dépendant exclupillaires du poumon et était plus sivement des. lois qui régissent la forte que dans le ventricule droit. diffusion des gaz au travers d'une Les expériences faites à cet égard membrane perméable (a). ont démontré à Nusbaum que la

(a) Nusbaum, ForUjeseHte Untersucliungen ûber die Atlimung (1er Liinge (in Pflûger's Arch., 300, p. 381, 92-76). — Sanson, Soc. de biol., 29 janvier 1876.

DE L'AÉROTHÉRAPIE.

des inspirations. Ils ont vu aussi que lorsque la circulation pulmonaire est trop active, elle ne permet pas une oxygénation suffisante et qu'enfin la quantité d'oxygène absorbé est en rapport avec le nombre des globules.

Ces derniers, véritables commis-voyageurs de l'hématose, selon l'heureuse comparaison de Kùss, vont porter dans tous lespoints de l'économie l'oxygène qu'ils ont puisé à la surface pulmonaire et ce sera dans la profondeur de tous nos tissus que se produiront les actes intimes de la combustion organique. L'homme brûle ainsi en vingt-quatre heures 750 gr. d'oxygène qui produisent 850 grammes d'acide carbonique.

L'air expiré (1) devient, comme vous le savez, toxique pour ceux qui le respirent à nouveau et l'hygiène s'est longuement occupée des conditions qui doivent présider à l'aération suffisante des locaux où se trouvent agglomérés les individus. Cet air confiné peut donner lieu à un groupe de maladies

Do.

l'air confiné.

(1) L'air subit des altérations lorsque plusieurs personnes séjournent dans un espace fermé dans lequel l'air ne se renouvelle pas et il se développe surtout de l'acide carbonique. Le tableau suivant, d'après

Parkes, résume les expériences d'un médecin militaire anglais, le docteur de Chaumont, sur la quantité d'acide carbonique anhydre, dans 1000 volumes d'air, à Fintérieur et à l'extérieur.

CO- dans l'air extérieur.

Casernes neuves à Gosport 0.4.3

— Anglesey 0.393

— Aldershol 0.44

— Chelsea Û.47

Tour de Londres 0.4:2

Casemates au fort Elson 0; 425

— Brockhurst 0.4'22

Hôpital militaire de Portsmoutli 0.306

— civil — (i.32r>

HOpital Herbert 0.421

— Hilsea 0.405

Cellules de la prison militaire d'Ahiershot. 0.409

— — — de Gosport. . 0.555

— — • civile de Chatam.... 0.452

— — — de Pentonvillc.

(système Jebb). non indiqué

CO^ à 1

'intérieur.

Maxiraiim.

Moyenne.

poussières

organiques

de

l'atinosphèrc.

spéciales et en particulier à la phthisie, qui résulterait alors des miasmes de l'encombrement, comme dit Bouchardat. Cette cause de la phthisie a été invoquée en Angleterre par Henry Mac-Gormak, Grenhow, Parkes; en France, par Laènnec, Boudin, Hérard et Gornil et vous trouverez cette opinion défendue avec beaucoup de talent dans la thèse de notre collègue Damaschino. Depuis la découverte du bacille, on comprend facilement l'action de cet air confiné puisqu'il peut porter directement dans le poumon l'agent contagieux de la maladie.

Des Pringle a dit: Plus occidit aer quam gladius; l'air, en

effet, renferme le germe de tous les principes infectieux, c'est lui qui est le véhicule des germes contagieux des maladies épidémiques qui désolent l'humanité, c'est lui qui transporte au loin les miasmes paludéens, c'est lui qui rend si fatal l'atmosphère de nos hôpitaux. Les profondes modifications qu'a subies la chirurgie dans ces dernières années, modifications qui ont eu pour point de départ les grandes découvertes de Pasteur, résultent toutes de la présence dans l'air des principes infectieux.

Ne croyez pas, messieurs, qu'il s'agisse ici d'une simple vue de l'esprit, et pour vous convaincre de la réalité des faits que j'avance, il vous suffira de jeter un coup d'œil sur les Annuaires de V Observatoire de Montsouris, où vous trouverez les indications les plus précieuses sur la présence de ces micro-organismes dans l'air. Par des procédés fort ingénieux on est arrivé non seulement à classer ces différents organismes, mais encore à faire leur numération de telle sorte que l'on peut établir la pureté de l'atmosphère sur le plus ou moins grand nombre de ces bactéries voltigeant dans l'air; ces microbes sont-ils peu nombreux, on dira que l'air est pur; abondent-ils au contraire, l'air sera impur, et tandis qu'au sommet du Mont-Blanc, c'est à peine si l'on peut

DE L'AÉROTHÉRAPIE. 335

trouver un microbe en vingt-quatre heures , dans nos salles d'hôpitaux, au contraire, on en trouve plus de 11000 par mètre cube.

Le tableau ci-joint, que j'emprunte au travail du D"^ Miquel qui s'est consacré tout entier à cette étude, nous montrera encore mieux d'ailleurs cette progression des micro-organismes à mesure que l'air devient moins salubre (1).

Désignation des lieux. Microbes par mètre cube.

Air du parc de Montsouris 51

— d'une pièce de l'Observatoire 325

— du laboratoire de micrograpliie 550

— de la rue de Rivoli 680

— d'une chamlire à coucher (rue Monge). 5260

— de l'iiôpital de Notre-Dame-de-ia-Pitié. 11100

Get air ne renferme pas que des germes organiques, on y Des trouve aussi des poussières inorganiques (2), et c'est cet air, chargé de ces principes, qui donne naissance à l'anthracosis.

poussière s inorganiques

de l'atmosphère.

(1) Pour compter approximative- sur les animaux qui consistent aies

ment le chiffre des schyzomicètes tenus trachéotomiser et à faire communi-

en suspension dans une atmosphère quer par un tube en caoutchouc cette

libre ou confinée il suffit d'introduire ouverture avec une caisse contenant

un volume d'air convenable dans une une lampe à pétrole briilant sans

série de conserves nutritives par un verre.

appareil approprié et de compter Ces poussières charbonneuses chi-

d'un côté le nombre des litres d'air as- miquement indifférentes ne déter-

piré et d'un autre le chiffre des espèces mineraient sur les bronches aucune

microscopiques trouvés au sein du altération. Ces poussières seraient

bouillon puis finalement de ramener absorbées par les lymphatiques,

ces résultats à l'unité. Les bactéries Fournie, dans les expériences qu'il

que l'on trouve dans l'air présentent a faites sur les pulvérisations, a

trois genres, desmicrococci, des bac- montré que chez les animaux, si les

tériesetdes bacilles. Ce sont toujours, poussières liquides ne pénètrent pas,

les micrococci qui sont les plus nom- les poussières soUdes et ténues

breux puis viennent les bacilles et entrent avec une extrême facilité

les bactéries (a). dans l'arbre aérien {b). (2) Ruppert a fait des expériences

(a) Miquel, Annuaire de V Observatoire de Montsouris, 1881, 1882, 1883, 1881, et Thèse de Paris.

(b) Ruppert, Expérimentale Untersuchungen ùber Kauklentaubinhalation {Arch. fur Path., Anat. und Phtjs., t. LXXII, p. 14).

336 LEÇONS DE CLIA'IQUE THERAPEUTIQUE.

cette phthisie professionnelle que l'on rencontre chez les tailleurs de pierres, les tourneurs en cuivre, les potiers, etc. (1). De Abordons maintenant un point fort important de notre

la pression , . ,

aimosphériqnc. eludc, cettc uicr, cet océan aérien, au bas-fond duquel nous sommes attachés, subit des pressions plus ou moins considérables. Étudions ces variations, qui ont une importance réelle ' [lu point de vue thérapeutique.

La pression barométrique, à Paris, est de 760 millimètres; évaluée en centimètres cubes, c'est une pression considérable do 15000 à iSOOO kilogrammes que supporte l'homme; on comprend bien alors que les variations de cette compression sont la cause de graves perturbations dans l'économie.

Pour que vous puissiez bien juger de cette influence de la pression barométrique, permettez-moi de vous citer ici quelques chiffres, d'abord ceux de Paul Bert, qui nous montre qu'à 5500 mètres un litre d'air pèse moitié moins qu'au bord de la mer, à 3500 mètres un tiers en moins et à 2300 un quart en moins. Fuis ceux de Lonibart (de Genève), qui a établi dans son grand traité de climatologie un tableau (2) que vous pourrez consulter avec fruit, tableau qui indique

(1) John Arlidge a étudié l'in- Ihicarc des poussières sur le développoiuent des maladies pulmonaires chez les mineurs et les potiers de terre. (]otte phlhisie professionnelle peut entraîner la mort, et Ghurche ;i uiialysé un des foyers d'induration dans lequel il a trouvé de l'alumine {a).

{%) i.ombard a établi le tal)leau suivant, qui donne le poids supporté par le corps humain à différentes altitudes (6).

('«) Jolin Arlidgc, On lung Disease from ■ inhalation of dust. (Brit. and Foreign Med. Chirurgical Revieiu, octobre 1875, p. 433). {b) Lombard, Climatologie, t. I".

Hauteur

Poids de l'î

Altitude.

du

atraosphé-

Mètres.

b.iromètre.

riquo.

Millim.

Kilogr.

.SOO

DE L'AEROTHERÂPIE. 337

les variations de pression que supporte l'homme suivant les modifications de la pression atmosphérique.

Sachez aussi qu'avec l'attitude diminue la quantité d'oxygène (1), de telle sorte que l'homme, en admettant qu'il absorbe 15000 litres d'air en vingt-quatre heures, aura un déficit croissant, déficit qui s'élèvera au neuvième de la quantité totale d'oxygène à 950 mètres. Si l'on y joignait l'élévation de la température, ce déficit serait encore plus considérable, mais le froid qui règne dans les régions élevées vient compenser le défaut d'oxygène. Ainsi il faudrait élever de 10 degrés, de 15 degrés ou de 25 degrés l'air pris à 0 degré et 0 mètre, pour y trouver la même quantité d'oxygène qu'à 0 degré pour les attitudes de 321 , de 655, de 950 mètres.

Il est nécessaire, vous le voyez, que nous étudions avec soin cette question et que nous recherchions quelles sont les

Hauteur Poids de l'air Haulcur Poids de l'air

Altitude. du atmosphc- Altitude, du atmosphé-

baroraètre. rique. baromètre. rique.

Mètres. Millim. Kilogr. Mèlrcs. Millim. Kilogr.

(1) A 0 mètre et à 0 degré la quantité d'oxygène est de 0,30 par litre. A 431 mètres — — elle est de 0,28 centim.

De plus, les expériences de Tru- nuait à mesure qu'on s'élève dans

chot à Clermont-Ferrand et sur le l'atmosphère et que cette proportion

puy de Dôme ont montré que la ne paraît pas plus élevée à la ville

quantité d'acide carbonique dimi- qu'a la campagne (a).

(a) Truchot, Acad. des sciences, 27 septembre 1873.

CLINIQUE THÉRAP., 4° édit.

tf

Des bains

d'air comprimé.

applications thérapeutiques de l'air atmosphérique, selon la pression barométrique.

Celte étude peut être d'ailleurs aujourd'hui presque complète, grâce aux deux beaux travaux {a) qui ont paru récemment sur ce sujet. Je veux parler de l'important travail de Jourdanet sur la pression de l'air et de l'ouvrage encore plus capital de Paul Bert sur la pression barométrique et qui a valu, comme vous le savez, à son auteur, en 1875, le grand prix biennal de l'Institut (1).

Pour mettre de l'ordre dans l'étude des applications thérapeutiques de la pression barométrique, je vais diviser mon sujet en deux parties : dans l'une, le malade sera plongé tout entier dans des appareils où l'on pourra faire subir à l'air des pressions variables, ce sont les bains d'air comprimé; dans l'autre, le corps du malade sera dans l'atmosphère ambiante et les voies respiratoires seules communiqueront avec des appareils qui peuvent comprimer ou raréfier l'air atmosphérique, c'est ce que j'appellerai des inhalations d'air comprimé ou raréfié; étudions d'abord les bains d'air comprimé.

C'est à trois médecins français (2), Junod (de Paris), Pravaz (de Lyon), Tabarié (de Montpellier), que revient l'honneur

(1) Cette récompense de preinier ordre est accordée tous les deux ans à l'œuvre ou à la découverte qui aura le plus contribué à honorer ou à servir le pays. Elle est décernée à tour de rôle pour chacune des branches des connaissances humaines par les cinq classes de l'Institut. Voici les lauréats de ce prix depuis 1861 :

1861, Thiers.

1863, Jules Oppert.

1865, Wurtz.

1867, Félicien David,

1869, Henri Martin,

1871,Guizot,

1873, Mariette-Dey.

1875, Paul Bert.

1877, Chapu.

(2) C'est en 1835 que Junod étudia l'action physiologique de l'air comprimé {Arch. gén. de méd., 2" série, t. IV, p. 157 et 172, 1835).

En 1838, Tabarié donna les résultats de sa pratique, qui remontait à une époque bien antérieure (Recherches sur les effets des varia-

(a) Jourdanet, Influence de la pression de Vair sur la vie de l'homme^ 2 torts volumes, 1875. — P. Bert, De la pression barométrique {Recherches de physiologie expérimentale, 1878).

DE L'AÉROTHÉRAPIE. 339

d'avoir introduit, de 1835 à 1838, cette nouvelle méthode de traitement aujourd'hui répandue dans toutes les villes de l'Europe (1), et dont vous trouverez à Paris plusieurs établissements, et en particulier ceux du docteur Fontaine et du docteur Dupont, dont je me propose de vous montrer l'installation.

Ces bains d'air comprimé se donnent dans des appareils à Des cloches

pneumatiques.

peu près identiques et qui consistent dans une chambre en tôle, de forme cylindrique, hermétiquement close, et ayant une capacité de 6 à 8 mètres cubes (celles des établissements de Paris ont 8 mètres cubes) ; c'est la cloche pneumatique, chambre dans laquelle le malade séjourne pendant un temps plus ou moins long ; un manomètre placé dans les parois de la cloche permet de juger de la pression de l'air.

On fait passer dans ces chambres un courant d'air à une pression plus ou moins forte, au moyen de pompes qui constituent la seconde partie de l'appareil. Les uns, comme dans le système Tabarié, emploient des pompes à clapet ou à tiroir; ces pompes auraient l'inconvénient de lancer un air trop chaud ou trop sec ou bien imprégné de l'odeur que développent les matières grasses qui entourent le piston. Pour remédier aux inconvénients du piston sec, Forlanini, à Milan, se sert d'une pompe à pression liquide, c'est une colonne de liquide qui comprime l'air; Fontaine, à Paris, utilise un com-

tions de la pression atmosphérique les différentes villes de l'Europe, à

à la surface du corps, in Comptes Paris, à Lyon, à Montpellier et à Nice,

rendus de l'Ac. des se, t. IV, p. en France ; à Bruxelles, en Belgique ;

896, 1838, et t. XI. p. 26 J840). à Hanovre, Stuttgart, Wies)3aden,Jo-

Quant à Pravaz, c'est en 1836 que hannisberg, Reichenhall, Ems, en

remontent ses premières recherches, Allemagne; à Altona, en Danemark;

qu'il publia en 1837, Acarf. deméd., à Stockholm, en Suède; à Ben-Rhyd-

6 décembre 1837, et Acad. des se, ding, en Ecosse; à Londres, en An-

t. VI, p. 283, 1838). gleterre ; à Milan, en Italie, existent

(1) Aujourd'hui l'emploi de ces des cloches pneumatiques dans les-

appareils s'est généralisé, et dans quelles on pratique l'aérothérapie.

presseur hydraulique déjà employé dans les mines de Ghemnitz. Dupont, lui, se sert de l'air comprimé puisé sur les hauteurs de Belleville et qui est distribué soit pour les besoins de l'industrie, soit pour le fonctionnement des horloges pneumatiques. Le renouvellement de l'air comprimé dans ces cloches pneumatiques est très actif, l'air est amené sous le plancher delà cloche et il est évacué par un tube à ventilation placé à son sommet; on emploie pour une seule personne et pour une séance de deux heures près de 8000 litres d'air.

Voici comment on procède pour l'administration de ces bains. Une fois le malade placé sous la cloche pneumatique et les portes bien fermées, on ouvre graduellement le robinet du tube amenant l'air comprimé, en maintenant à moitié entr'ouvert le robinet du tube de sortie, de manière à élever en une demi-heure la colonne de mercure à une hauteur de 30 centimètres, ce qui correspond à deux cinquièmes d'atmosphère; puis, une fois cette pression obtenue, on maintient les deux robinets également ouverts pendant une heure; enfin, pendant la dernière demi-heure, on ramène les choses en état en ouvrant largement le tube de sortie de l'air et en diminuant l'entrée de l'air comprimé. La durée totale du bain est ainsi de deux heures.

Action Étudions maintenant l'action physiologique dés bains d'air

p ysio^ogique gQj^pj,jjj^^ j^^j jgg travaux abondent et il suffit de nous reporter aux effets physiologiques observés par Junod, Tabarié, Pravaz, Tutscheck, et surtout au grand travail de Rudolph von Vivenot {a) qui, de 1863 à 1868, a étudié d'une façon

{a) Milliet, De l'air comprimé comme agent thérapeutique. Lyon, 185-1. — Tutscheck, Die comprimirte Luft als Acilmilled. Extr. in Constatas jahr. 1863. t. V, p. 13. — Bucquoy, De L'air comprimé. Thèse de Strasbourg, 186L — Vivenot, Zur Kenntniss der physiologischen Wirhunghen der therapeutischen Anwendung der verdichteten Luft. Erlangen, 1868. — Panum, Pfluger's Arch. Pliys., t. P'', p. 125-163, 1868. — Fontaine, Effets physiologiques de l'air comprimé, 1878, — Pravaz fils, liecherches expérimentales sur les effets physiologiques de Vaugmentation de la pression atmosphérique. Thèse de doctorat es sciences, Lyon, 1875.

bains d'air Comprimé.

DE L'AÉROTHÉRAPIE.

complète l'action physiologique de l'air comprimé, ainsi qu'aux observations de Bucquoy, qui a observé les mêmes phénomènes chez les ouvriers qui travaillaient au pont de Kehl; aux mémoires de Panum, de Fontaine et à la thèse de Pravaz fils, pour connaître en son entier cette intéressante question.

Quels sont donc les effets physiologiques des bains d'air comprimé?

Le grand mérite de P. Bert (1) c'est d'avoir donné une dé-

(1) Voici quelques-uns des conclusions générales du travail de Paul Bert :

La diminution de la pression barométrique n'agit sur les êtres vivants qu'en diminuant la tension de l'oxygène dans l'air qu'ils respirent, dans le sang qui anime leurs tissus (anoxyhémie de M. Jourdanet), et en les exposant ainsi à des menaces d'asphyxie.

L'augmentation de la pression barométrique n'agit qu'en augmentant la tension de l'oxygène dans l'air et dans le sang.

Jusqu'à 3 atmosphères environ cette augmentation de tension a pour conséquence des oxydations intraorganiques un peu plus actives.

Au delà de 5 atmosphères, les oxydations diminuent d'intensité, changent probablement de nature, et, quand la pression s'élève suffisamment, s'arrêtent complètement.

Il en résulte que tous les êtres vivants, aériens ou aquatiques, animaux ou végétaux, complexes ou monocellulaires, que tous les éléments anatomiques isolés (globules du sang, etc.), en groupes, en tissus, périssent plus ou moins rapidement dans l'air suffisamment comprimé.

Cette formule ne paraît souffrir d'exceptions que pour les corpuscules

reproducteurs de quelques êtres microscopiques. Pour les animaux dits supérieurs, la mort est précédée de convulsions toniques et cloniques d'une violence extrême.

Chez les vertébrés, les accidents rapides dus à la trop grande tension d'oxygène ne commencent à se manifester qu'au moment oîi l'hémoglobine étant saturée d'oxygène, ce gaz entre à l'état de simple dissolution au contact des tissus. On peut donc dire que les éléments anatomiques sont anaérobies.

Les diastases, les venins, virus vrais, résistent à l'action de l'oxygène' à haute tension.

Les êtres actuellement existant à l'état sauvage sur la surface du globe sont accommodés au degré de tension oxygénée sous laquelle ils vivent.

Toute diminution, toute augmentation paraît leur être défavorable quand ils sont dans l'état de santé.

La thérapeutique peut tirer un parti utile de ces modifications dans les divers états pathologiques.

La pression barométrique et la proportion centésimale de l'oxygène n'ont pas toujours été les mêmes sur notre globe. La tension de ce gaz a vraisemblablement été et continuera sans doute à aller eu diminuant.

C'est là un facteur dont on ii"a pas

Des

effets toxiques

de l'air

comprimé

ou raréfié.

Action

sur

la respiration.

monstration aussi complète que possible des effets nuisibles et mortels de l'air trop raréfié ou de l'air trop comprimé. Tout dépend de la tension de l'oxygène atmosphérique; lorsque la pression barométrique^est trop faible, la tension de l'oxygène diminue dans de telles proportions que les individus meurent, l'hématose étant devenue impossible. C'est l'effet inverse qui se produit avec l'air comprimé : la tension de l'oxygène augmentant, il en résulte une augmentation des combustions de l'organisme, mais, à partir de 5 atmosphères, ces oxydations se transforment, et il se produit alors un véritable empoisonnement de l'organisme. Les animaux sont pris de convulsions toniques et cloniques des plus intenses et la mort survient rapidement. Cette suppression de la vitalité ne frappe pas que les êtres supérieurs, elle atteint tous les êtres vivants et sauf les diastases, les venins, les virus vrais, tous les autres organismes meurent sous l'influence d'une compression exagérée de l'air.

Mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de faibles pressions, de 1 à 2 atmosphères, par exemple, et l'on observe alors des phénomènes physiologiques importants du côté de la respiration, de la circulation, de la nutrition et des organes des sens.

Pour les effets sur la respiration, tout le monde est d'accord pour reconnaître que, sous l'influence des bains comprimés, il se produit une augmentation de la capacité pulmo-

encore tenu compte dans les spéculations biogéniques.

La puissance de réaction contre ces divei'ses modifications conduit à supposer que les êtres microscopiques ont dû apparaître les premiers et qu'ils disparaîtront les derniers, lorsque la vie s'éteindra par insuffisance de la tension d'oxygène.

Il est inexact d'enseigner, comme

on le fait d'ordinaire, que les végétaux ont dû apparaître sur la terre avant les animaux, afin de purifier l'air de la grande quantité de CO^ qu'il contenait. En effet, la germination, même celle des moisissures, ne se fait pas dans l'air assez chargé de CO^ pour être moi'tel aux animaux à saiig chaud.

DE L'AEROTHERAPIE.

naire, et cela résulte non seulement de l'ampleur plus grande des inspirations, mais encore de l'augmentation même de la capacité thoracique par suite de l'abaissement du diaphragme rendu plus facile par la diminution de tension des gaz intestinaux. P. Bert, à ce propos, a conseillé d'employer les bains d'air comprimé dans la réduction des hernies, soutenant que l'air ainsi comprimé, en diminuant le développement des gaz intestinaux, favoriserait par cela même la réduction des anses herniées.

Quant aux effets sur la circulation des bains d'air comprimé, les avis sont partagés ; pour les uns la circulation est augmentée, pour les autres elle est diminuée (1). Ainsi, pour von Vivenot, le nombre des pulsations est diminué, tandis que pour Bucquoy, qui a observé les ouvriers travaillant à établir les piles du pont de Kehl, les pulsations sont accélérées et augmentées. Cette différence entre les deux observations ré-

Action

sur la circulation.

(i) Von Vivenot a constaté que dans les bains d'air comprimé, la capacité des poumons augmente; le nombre des inspirations diminue, mais leur profondeur augmente. L'expiration se fait avec plus de peine et plus lentement que dans l'état normal.

Pour von Vivenot, il y aurait une diminution constante des pulsations; sur 425 observations faites sur luimême, 375 fois il a constaté cette diminution. Le pouls serait petit, fdiforme, et presque insensible ; la pression de la circulation artérielle serait augmentée, tandis que la circulation diminuerait à la périphérie du corps.

Pour Bucquoy et Pravaz, ilyaurait accélération du pouls. Pour quelques auteurs, la pression artérielle serait diminuée.

Dans l'air fortement comprimé, Pol et Watellet ont vu les pulsations

tomber de 80 à 50; ils ont noté aussi que le sang veineux de la saignée du bras a l'aspect artériel.

Les effets sur la nutrition sont favorables ; cependant pour quelques auteurs il y aurait, chez les ouvriers plongés dans les cloches, un amaigrissement au bout de quelque temps, tandis que. au contraire, chez les personnes faisant usage des bains dans un but thérapeutique, on noterait un accroissement de poids.

Dans le bain, la voix est altérée, elle hausse de ton ; d'après Triger il est impossible de siffler à partir de 3 atmosphères, et d'après Pol et Watellet, il faut faire un certain effort pour parler.

Les douleurs d'oreille sont parfois très vives et tiennent au refoulement de la membrane du tympan et à sa distension.

L'odorat et le toucher perdent de leur acuité.

su LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

suite peut-être de ce fait que Vivenot faisait ses recherches sur des personnes immobiles, tandis qu'au contraire Bucquoy expérimentait sur des individus se livrant à un pénible labeur (1).

Action Mais l'action la plus remarquable des bains d'air comprimé

la nutrition. Gst l'activlté sl favorablc qu'ils impriment à la nutrition. Grâce à l'augmentation de tension de l'air comprimé, les combustions s'accélèrent dans tous les points de l'économie, le sang devient plus riche en globules et en matière colorante, l'appétit est meilleur, les forces s'accroissent, et von Vivenot d'une part, en nous montrant l'augmentation dans l'exhalation de l'acide carbonique sous l'influence de ces bains, et Jean Pravaz de l'autre, en nous signalant l'accroissement de l'urée, nous ont démontré l'augmentation des combustions organiques sous l'influence des bains d'air comprimé. Action L'action sur les organes des sens est tout aussi nette. L'ouïe

sur les organes g^ }r^ parolc sout modifiécs, et il se produit dans ces bains une

des sens. ^ ^ -

douleur d'oreille, tenant à ce que l'équilibre de pression des deux côtés de la membrane du tympan s'établit difficilement, et cet équilibre sera d'autant plus difficile à obtenir que le malade aura du catarrhe de l'oreille ou la trompe d'Eustache oblitérée. Pour obvier à cet inconvénient, on recommande aux malades de mettre une boulette de coton dans le conduit auditif externe.

Applications j^gg appiicatious thérapeutiques des bains d'air comprimé

Ihérapeutiqties ■'■■'• ■'■■'■ ■••

des bains d'air découlcut logiqucmcnt des propriétés physiologiques qui

comprime.

(i) Parmi les accidents qui se dé- un plongeur qui travaillait à la fon-

veloppent chez les ouvriers pion- dation du pont de Saint-Pétersbourg-,

geurs, on constate des paraplégies a constaté dans la moelle des la^

dont l'étiologie a été donnée par cunes, qui seraient dues, d'après lui,

Leyden, qui, dansuncas de paralysie à la sortie des gaz contenus dans le

mortelle survenue subitement chez sang (a).

(a) Leyden, Arch. fur Psychiatrie and Nervinthrascheit, Bd IV, Heft, 2, p. 316.

DE L'AEROTHERAPIE.

précédent. Dans toutes les maladies des organes pulmonaires (l)où nous voudrons augmenter le champ respiratoire, catarrhe chronique, asthme, phthisie pulmonaire, nous pourrons employer cet agent thérapeutique, et je reviendrai sur chacune de ces applications lorsque je vous parlerai du traitement spécial de ces diverses affections.

Mais je crois que l'application la plus heureuse des bains d'air comprimé, celle qui vous donnera des résultats impossibles à obtenir avec une autre méthode, c'est le traitement des maladies où la nutrition s'abaisse et se pervertit, dans l'anémie, dans la goutte, le diabète, la polysarcie (2) l'albuminurie

(I) Dans les affections du poumon, les bains d'air comprimé sont utiles par suite de leur action mécanique; ils agissent en augmentant la cr.pacité pulmonaire; ils vident les alvéoles de l'air vicié qu'elles renferment et leur redonnent un peu d'élasticité. C'est surtout dans le catarrhe et dans l'emphysème qu'on peut constater leurs bons effets.

Quant à leur emploi utile dans la phthisie, il n'est pas admis partons; quelques médecins, Bertin, Franchet, Torreille,Jaccoud,iMœller,Desoy,etc., ont cilé des cas favorables. Pour Jaccoud, l'amélioration obtenue serait caractérisée par un retard considérable dans l'extension des lésions et dans une diminution réelle dans l'étendue des altérations préexistantes.

La coqueluche guérirait au bout de dix séances d'air comprimé, d'après Jandhall, Bertin, Moutard- Martin.

L'anémie est diminuée , grâce à l'augmentation d'oxygénation du sang et à l'activité plus grande de la nutrition. Ce sont les mêmes causes qui produisent de bons effets contre la goutte, le diabète et l'albuminurie.

Les bains d'air comprimé sont contre-indiqués (Fontaine et Grand) dans les affections cardiaques caractérisées par des lésions volontaires sygmoïdes ou tricuspides ; il en est de même pour la bronchite aiguë et la phthisie pulmonaire à marche rapide (a).

(2) Katschenowsky et Leonid Simonoff (de Saint-Pétersbourg) ont montré que les bains d'air comprimé diminuent le poids du corps si le malade a soin de régler en même temps sa nourriture. Charrier a cité deux observations foi't concluantes de l'action de l'air comprimé contre l'obésité (b).

(a) Franchet (Paul), Des effets phijsiologiques et des applications thérapeutiques du bain d'air comprimé. Thèse de Paris, 1873. — Toreille (Alph.), Considérations sur les effets physiologiques de l'emploi médical de l'air comprimé. Thèse de Montpellier, 1876. — Bordier, Emploi médical de l'air comprimé {Journal de thérapeutique de Gublcr, 1876-1877). — Grand, Considérations physiologiques et thérapeutiques sur l'emploi des bains d'air comprimé. Thèse de Paris, 1878.

{b) Charrier, Du bain d'air comprimé et de V aérothérapie dans le traitement de

Inhalations

d'air compriÈiié

et raréfié.

même. Par l'activité plus grande que subissent les combustions de l'économie, on comprend facilement l'utilité de ces bains d'air comprimé dans le traitement de pareils états pathologiques.

Maintenant que nous avons résumé l'action physiologique et thérapeutique des bains d'air comprimé, étudions les effets des inhalations d'air comprimé et raréfié; ici, comme je vous l'ai déjà dit, le malade est placé dans l'air ambiant, mais il respire dans un masque communiquant avec des appareils spéciaux. Ces derniers sont très répandus en Allemagne; l'un des plus connus est à coup sûr celui de Waldenburg (1), et je mets sous vos yeux un de ces appareils qui m'a été fort obligeamment confié par le docteur Fontaine.

(1) L'appareil de Waldenburg se compose d'un cylindre de tôle de 1 mètre de hauteur et de 30 centimètres de diamètre. Dans l'intérieur de ce premier cylindre s'en meut un second, ouvert à sa partie inférieure et fermé en haut, de- même longueur que le précédent, mais n'ayant que 27 centimètres de diamètre; le premier cylindre supporte trois tiges de fer de 1 mètre de haut, reliées entre elles par des supports formant un triangle. Chacune de ces tiges métalliques présente à son extrémité libre des poulies sur lesquelles s'enroulent des cordes, fixées en dedans sur le couvercle du deuxième cylindre et supportant, à leur extrémité libre, de petites tiges transversales munies de crochets pour y suspendre des poids. Le cylindre interne est muni, à sa partie supérieure, de petites poulies correspondant aux

tiges et destinées à guider les mouvements d'ascension de celui-ci. En outre, le couvercle de ce second cylindre est percé de deux ouvertures ; Tune communique par un tube avec un entonnoir en forme de masque destiné à s'appliquer sur la bouche du malade, l'autre est en rapport avec un manomèti^e à mercure.

Le cylindre extérieur est pourvu d'un robinet pour faire écouler l'eau qu'il renferme ; en dehors et le long de ce cylindre se trouve un tube de verre gradué, sur lequel on peut voir le nom du liquide.

Le masque qui termine le tube de caoutchouc est armé d'une virole, munie d'un robinet à trois voies, à l'aide duquel on peut à volonté faire communiquer l'extrémité du conduit, soit avec l'air du cylindre, soit avec l'air extérieur.

Lorsque l'on veut se servir de cet

l'obésité {Union médicale, 1880). — Louis Rouxel, Du traitement de Vanémie et (le l'obésité par les bains d'air comprimé. Thèse de Paris, 1881.

DE L'AEROTHERAPIE. 347

Cet appareil de Waldenburg n'est en résumé qu'une modification peu importante de celui construit à Vienne parHanke, qui était mû par un soufflet à double soupape. Stork avait déjà fait subir à cet instrument une modification en supprimant le soufflet et en se servant du balancement de l'appareil pour comprimer ou décomprimer l'air. On a construit sur ce principe d'autres appareils, ceux de Berkart à Londres, de Hôgyes à Pesth, de Cube à Menton, de Biedert à Worms, de Weil à Berlin.

L'appareil le plus complet et le plus perfectionné, à coup Appareil sûr, est celui qui existe à la polyclinique de Vienne et qui a été construit sur les indications du docteur Schnitzler. Cet instrument, que j'ai vu fonctionner aux congrès de Bruxelles et de Genève, est un double gazomètre qui permet, grâce à la manœuvre d'un robinet spécial, de faire successivement et sans temps d'arrêt l'inhalation dans l'air comprimé et l'expiration dans l'air raréfié {a).

Dans tous ces appareils, la manœuvre la plus difficile est celle du robinet, manœuvre que le docteur Smester vient heureusement de supprimer. Smester a d'abord démontré ce premier fait que la respiration peut se faire par la bouche et par le nez, mais jamais simultanément par l'un et par l'autre (1) ; il supprime donc lemasque et place dans labouche

appareil, voici comment on procède : physiplogiquement et anatoraique-

on applique le masque fortement sur ment le mécanisme de la respiration

le visage ; puis, tenant le robinet d'une par le nez et par la bouche. Voici

main et le masque de l'autre, on ses conclusions :

combine les mouvements du robinet 1° L'inspiration, dit ce médecin, se

de façon à faire l'un des temps de la fait ou par le nez seul, ou par la bou-

respiration à l'air libre et l'autre che seule;

dans l'air comprimé ou raréfié. Tou- 2° L'inspiration simultanée, par le

jours ou presque toujours, on fait nez et par la bouche, est physiologi-

l'inhalation avec l'air comprimé et quement et anatomiquement impos-

l'expiration dans l'air raréfié. sible;

(1) Smester est arrivé à démontrer « La respiration se fait ou par le

(a) Schnitzler, Congrès de Genève, 1878, p. 192.

du malade un petit tube en verre qui correspond avec un appareil automatique permettant de faire communiquer cet instrument soit avec de l'air comprimé, soit avec de l'air raréfié.

L'appareil dont je me sers est celui construit par mon élève, le docteur Maurice Dupont (1). C'est le plus simple de tous, puisqu'il n'est pas nécessaire de faire manœuvrer les gazomètres pour obtenir de l'air raréfié ou de l'air comprimé, et que, par le seul fait de la pression de l'eau, on obtient en

nez seul, ou par la bouche seule; jamais par les deux orifices en même temps. »■

3° L'expiration se fait ou par le nez seul, ou par la bouche seule;

4.° L'expiration simultanée par le nez et par la bouche est physiologiquement et anatomiquement impossible ;

Ces quatre propositions peuvent se résumer par une loi :

Cette loi, que Smester démontre par des expériences irréfutables, laisse la faculté au médecin de faire respirer le gaz par un simple tube de verre que le malade tient dans la bouche; sans se préoccuper de l'air qui, au moment de l'inspiration du gaz, ne peut pas passer par les narines (a).

(1) L'appareil de Maurice Dupont fournit simultanément et sans aucune manœuvre de l'air comprimé et de l'air raréfié. Pour le faire fonctionner il suffit de disposer d'une prise d'eau avec une pression suffisante. L'appareil se compose d'un cylindre métallique sur lequel s'ajuste en F la prise d'eau. La colonne d'eau détermine

une aspiration énergique qui se transmet par le tube B au dehors.

L'air entraîné par la colonne d'eau se trouve comprimé dans l'appareil et ressort par le tube D. Devant les deux orifices Pi et C glisse à frottement doux l'extrémité du manipulateur A qui communique par un tube de caoutchouc avec le masque I (Voy. la figure ci-contre.)

Le malade en respirant doit déplacer alternativement à chaque mouvement respiratoire le manipulateur A, de telle sorte que l'expiration ait lieu dans l'air raréfié et Fins piration dans l'air comprimé. Un troisième orifice E permet de faire l'expiration ou Finspiration dans Fatmosphère. Le manomètre M indique à tout instant la pression de l'air raréfié et de l'air comprimé : pour faire varier cette pression il suffit de modifier le débit de l'eau. Au moyen du robinet à trois voies on peut faire passer Fair comprimé dans le vase à trois tubulures qui contient les principes médicamenteux que l'on veut faire respirer au malade (b).

{a) Smesser, Acad. de méd., 13 septembre 1881.

{b) Maurice Dupont, Sur un nouvel appareil aérothérapique {Acad. de méd. Séance du 24 octobre 1882, et Bull, de Thérap., CIII, p. 452, 30 novembre 1882).

DE L'AÉROTHÉRAPIE.

même temps de l'air comprimé et de l'air raréfié. La manette A (voir fig. 8), en se portant soit à droite soit à gauche, fait communiquer le masque que l'on applique sur la bouche soit avec l'air comprimé soit avec l'air raréfié, et vous pouvez voir qu'il suffit de la pression de l'eau fournie par la ville de Paris

Fig. 8.

pour actionner cet appareil de volume peu considérable et d'un prix relativement très modique.

Quels sont les effets d'» ces inhalations d'air comprimé et de ces expirations dans fair raréfié? Elles agissent sur la respiration et sur la circulation. Pour la respiration, l'action est

Effets

pliysioiogi-

ques.

^ll°'' encore plus favorable que le bain d'air comprimé, grâce à la respiration, l'inhalaliou daus l'air comprimé et à l'expiration dans l'air raréfié ; il se produit un véritable courant d'air dans tous les canaux aériens, qui vide ces conduits des mucosités qu'ils renferment et donne au parenchyme pulmonaire une nouvelle élasticité. Cette activité respiratoire se traduit par une augmentation dans la capacité du poumon que l'on peut juger d'une façon fort nette par la spirométrie. A cet égard, Waldenburg, Huss, Drosdorff (1), Botschetschkaroff, Ducrocq, Lambert («), qui ont étudié cette action physiologique et thérapeutique, sont tous d'un avis unanime.

Quant à l'action sur la circulation, nous sommes en présence de deux opinions contradictoires. Waldenburg avait établi la loi suivante : que les inspirations d'air comprimé augmentaient la pression dans le système aortique; Lambert et Ducrocq sont arrivés à des résultats absolument opposés (2), c'est-à-dire que les inspirations d'air comprimé produisent au

Action

sur

la circulation.

(1) Drosdorff (de Saint-Pétersbourg) a fait des expériences sur la respiration dans l'air condensé ou raréfié ; d'après lui, l'inspiration dans l'air comprimé à un degré moyen provoque l'expansion active des poumons et diminue le passage du sang des veines dans les artères. Si la compression de l'air est à un trop haut degré, les parois des vaisseaux intra-pulmonaires se rapprochent et le sang ne passe plus des veines dans les artères.

Le docteur Ignace Hanke (de

Vienne), en proposant son appareil, avait surtout pour but de faire inspirer de l'air condensé et expirer de l'air raréfié pour combattre la pénétration insuffisante de l'air dans le sommet du poumon, influence qui serait pour lui une des causes de la tuberculose (&).

(2) Waldenburg a établi les lois suivantes :

Les inspirations d'air comprimé augmentent la pression dans tout le système aorlique.

Les expirations d'air raréfié dimi-

(a) Drosdorff et Botschetschkaroff, Influence de la respiration d'air comprimé dans Vappareil de Waldenburg sur la pression artérielle {Centralhl., 1875, n° 5). — Ducrocq, Action physiologique de la respiration d'air comprimé. Thèse de Paris, 1875. — Lambert, De l'air comprimé et raréfié. Thèse de Paris, 1877. — Huss, Pneumométrie et jjneumothérapie.. Thèse de Strasbourg, 1876.

{b) Ignace Hanke, Ueher Behandlung des Lungenspitzenkatarrhs mit kunstlicher Bewanderung der Inspiration {Œsterr. Zeitschrift fur Heilkunde, 13 septembre 1872, nos 37 et 38).

DE L'AEKOTHERAPIE. 351

contraire l'abaissement clans la pression artérielle et l'augmentation de la tension veineuse.

Quoi qu'il en soit, la méthode des inhalations d'air com- Applications

thôrapouli-

primé et raréfié ne s'applique exclusivement qu'aux maladies ques. du poumon. Elles sont inefficaces, si ce n'est dangereuses, contre les maladies du cœur, et malgré les faits favorables que Waldenburg a signalés, Schnitzler, Schreiber, Lambert, Ducrocq, ont démontré leur inutilité absolue dans le traitement des maladies du cœur; j'ai d'ailleurs insisté sur ce point dans mes premières leçons de clinique thérapeutique (1); je n'y reviendrai pas.

Pour les maladies du poumon, au contraire, cette méthode donne d'excellents résultats, et vous verrez, lorsque je vous parlerai de l'eiuphysème, de l'asthme, de la phthisie pulmonaire, les avantages que l'on a tirés de cette méthode; je vous citerai particulièrement les faits de Sommerbrodh, de von Cube, de Schnitzler, de Gron, de Schreiber, etc. (2).

nuent la pression dans le système c'est-à-dire que les inhalations d'air aortique. conijjrimé produisent toujours Fa- Lambert est arrivé à des résultats baisseraent de pression dans le sysopposés. tème aortique et augmentent de pres-

Pour lui, les inspirations d'air sion dans le système veinenx (a).

comprimé produisent l'abaissement (1) Voir t. P', Leçons sur le Trai-

de la tension artérielle et l'augmen- temeiit des maladies du cœur; du

tation de la tension veineuse, elles Traitement des affections mitraies

amènent l'anémie pulmonaire, les compensées.

expirations dans l'air raréfié produi- (2) Cron se sert comme appareil raient les effets inverses : Félévation pneumo-thérapique de l'appareil de de la tension artérielle, Fabaisse- Biedert ou de celui de Waldenburg-. ment de la tension veineuse et l'af- Dans les catarrhes bronchiques aiflux du sang dans le poumon. Ce- gus, il emploie les inspirations d'air pendant il reconnaît que lorsque la comprimé chargé de sel ammoniac; raréfaction est poussée trop loin, la dans les catarrhes chroniques des tension artérielle s'abaisse. bronches, il se sert de Pair rai^éfié Ducrocq est arrivé, de son côté, à comme expectorant. Dans la phthisie des résultats à peu près identiques, au début, il utilise les inspirations

(a) Waldenburg, Pneumatische Behandlung. Berlin, i876.

On s'est encore servi de ces appareils portatifs pour mêler à l'air que l'on inspire des gaz ou des substances balsamiques. C'est ainsi que Cube conseille avec l'appareil de Waldenburg des inhalations de bourgeons de sapin; Gron, des inhalations de chlorhydrate d'ammoniaque; Treutler, un mélange d'air et d'azote (1).

Telles sont, messieurs, les considérations que je voulais vous présenter sur les inhalations et les bains d'air comprimé. Je passe maintenant à un sujet tout aussi important, je veux parler de l'action thérapeutique et physiologique de l'air raréfié.

dans l'air raréfié, en ayant soin d'augmenter graduellement cette dépression, de façon qu'en vingt jours elle égale un soixantième de l'atmosphère.

Dans l'emphysème, Cron utilise l'expiration dans l'air raréfié, et l'inspiration d'une atmosphère chargée de chlorhydrate d'ammoniaque.

Schreiher repousse les appareils pneumatiques dans les aft'ections cardiaques. Dans l'emphysème, il fait des expirations dans l'air raréfié qu'il fait précéder par deux minutes d'inspiration dans une atmosphère faiblement comprimée. Dans les exsudats pleuraux, il remplace avec succès l'air comprimé qu'il préconise aussi après la thoi'acenthèse et l'empyème. Il a utilisé aussi l'aérothérapie dans la chlorose, la symphyse cardiaque et le goitre exophthalmique (a).

(1) Treutler (de Blasewitz) a étudié l'action de l'air raréfié artificiellement en ajoutant de Fazote à l'atmosphère; ce mélange est inhalé, au moyen de l'appareil pneumatique de Waldenburg. Sous l'influence de ce mélange, il aurait vu chez les phthisiques revenir le sommeil et l'appétit. 11 prépare cet azote de la façon suivante :

Il fait passer lentement de l'air atmosphérique à travers des copeaux de fer imprégnés de sulfate d'oxydule de fer; l'air cède son oxygène pour transformer la liqueur saline en oxyde de fer.

Treutler fait arrivercet azote ainsi préparé à froid dans un appareil pneumatique avec un mélange en proportions variées d'air atmosphérique (6).

(ff) Cron, Beitrag zur pnemnatischen Thérapie (Berlin, klin. Woehens., n° 39, p. 558; n° 40, p. 502, et n° 41, p. 612, 29 septembre, 6 et 13 octobre 1879j. — Schreiber, Ueber die praktische Bedeutiing der pneumatischen Iransportablen Apparate bei Herz und Limgenkrankheiten (Berlin, klin. Woehens., n° 5, p. 70, 2 février 1880).

(6) Treutler, Ueber einige Wirkungen kunstllch rarefiirter bei Lungenkrankheiten {Berlin, klin. Woehens., n° 50, p. 729, 1876); Die Uerstellung und Anwendung seiner Stickstojfsinhalationen gegen Lungenkrankheiten (Berlin, klin. Woehens., no 16, 1879).

DE L'AÉROTHÉRAPIE. 353

Ici, il n'est plus besoin d'appareil, la nature fait tous les De frais de la médication et les altitudes variables nous donnent un air de moins en moins comprimé.

L'homme, vous le savez, vit à des hauteurs bien différentes. De l'habitat En Europe, ces hauteurs ne dépassent pas 2500 mètres. Je aux différentes vous rappelle à cet égard que l'hospice du Saint-Gothard est ^"'t"'^''"à 2090 mètres, celui du Saint-Bernard à 2490, et qu'enfm Davos, où nous envoyons nos tuberculeux, est à 4650 mètres. En Amérique, on trouve des hauteurs bien plus considérables. L'homme a fondé de grandes cités à des altitudes relativement élevées: à Mexico, qui est à 2090 mètres; à Quito, 2910 mètres; à Potozi, 4165 mètres. Nous trouvons même un chemin de fer, celui de Callao à l'Oroja, à 4760 mètres.

En Asie centrale, dans l'Himalaya, l'habitation de l'homme est encore plus élevée. Lehg, capitale du Petit Thibet, est à 3505 mètres, et il y a grand nombre de villages à 4500 ou 4900 mètres.

Quelles sont les conséquences physiologiques de ces altitudes élevées? Elles doivent être étudiées dans deux circonstances. Ou bien l'homme est né sur ces hauteurs et y passe sa vie, ou bien il a vécu dans les plaines et atteint plus ou moins rapidement ces hautes régions.

Chez les habitants des hauts plateaux, on constate un affaiblissement de l'organisme, de la pâleur des tissus qui résultent d'un défaut d'oxygénation des globules sanguins. C'est ce que Jourdanet a décrit sous le nom d'anoxyhémie (1).

('] ) Jourdanet décrit cette anémie comme la fièvre intermittente ou la

sous quatre formes : l'anoxyliémie fièvre jaune.

anémique des altitudes •,ranoxyhémie Sur le plateau deAnahuac, où est

vertigineuse, l'anoxyliémie hypocon- situé Mexico, la mortalité des en-

driaque; et enfin, l'anoxyliémie dys- fant^ est considérable et elle s'élève

peptique. Cet état d'anémie empêche à 33 pour 100 pour la première année

rait l'évolution de la tuberculose. de la naissance.

L'altitude empêche aussi le déve- Cette mortalité serait produite par

loppementdes fièvres miasmatiques, les méningites etpar les lièvres érup-

CLINIQUE THÉRAP., 4« édit. II. — 23

Du mal des

Tous ces symptômes résultent de la diminution dans la quantité et la tension de l'oxygène atmosphérique, ce qui rend l'hématose difficile et permet ainsi aux influences extérieures d'agir avec une grande intensité sur la surface du corps. D'ailleurs ces phénomènes morbides prennent un haut degré d'acuité lorsqu'au lieu d'escalader des montagnes, l'homme s'élève dans l'air au moyen des ballons; dans ces cas on peut atteindre des hauteurs où la vie n'est plus possible. Rappelez-vous, messieurs, à ce sujet, la catastrophe récente du Zénith^ où périrent Sivel et Grocé-SpinelU (4).

Quant à l'individu qui vient de la plaine et qui gravit les montagnes, hautcurs, îl sublt uu ensemble de phénomènes que l'on a décrit sous le nom de mal des montagnes; mal caractérisé par une lassitude extrême, un grand abattement moral, des vertiges, de la somnolence, des vomissements; le pouls devient dicrote, la respiration irrégulière et le malade peut succomber avec tous les phénomènes de l'algidité (2).

tives. Les maladies prendraient très l'usine à gaz de la Villette à Paris,

rapidementà celte altitude un cachet La nacelle contenait trois voyageurs,

typhoïde. Crocé-Spinelli, Sivel et Gaston Tis-

Contrairement à l'opinion de Jac- sandier; à 4300'" d'altitude les aéro-

coud, les habitants des hauts pla- nautes commencèrent à inhaler de

teaux auraient plutôt la peau anémiée l'oxygène; à 7450 mètres les voya-

que congestionnée, ce qui montre geurs perdent tous connaissance; à

qu'il y a une différence trésconsidé- 3 heures 30 minutes, Gaston Tissan-

rable entre les gens qui naissent et dier sort de son engourdissement et

vivent jusqu'à leur mort sous la constate la mort de Sivel et de Crocé-

même pression, et ceux qui, nés dans Spinelli. Le Zénith descendit à Giron

les plaines, vont provisoirement et (Indre), à 250 kilomètres de Paris,

pendant quelque temps vivre dans les Les tubes barométriques témoins

altitudes élevées. montrèrent que le ballon s'était éle-

(l)On a une relation très exacte vé à 8600 mètres (a). de l'accident du Zénith faite par Gas- (2) Les symptômes du mal des mouton Tissandier, le seul survivant de tagnes portent sur l'innervation, la cette ascension. C'estle 15 avrill 875, locomotion, la circulation, la respià 11 heures 35 du matin, que l'aéros- ration, la digestion, tat le Zénith s'élevait de terre à Du côté de la digestion, on remar-

(ff) Journal La Nature, l*r mai 1875, p. 337 et 344.

DE L'AEROTHERAPIE.

On peut, dans une certaine mesure, combattre ce défaut de tension de l'oxygène dans les hautes altitudes en faisant, comme l'a conseillé Bert, des inhalations de ce gaz, et si les deux malheureux aéronautes sont morts, c'est qu'ils n'avaient pas eu le courage, dans l'état d'abattement où ils se trouvaient, de maintenir à leur bouche les tubes des ballons contenant l'oxygène. Bert a pu soutenir dans des cloches des décompressions considérables à condition d'inhaler constamment de l'oxygène.

que une soif exagérée, du dégoût pour les aliments, manque de sapidité des liquides, nausées et vomissements.

La respiration est plus fréquente, plus courte, difficile, entrecoupée et anxieuse, avec parfois des douleurs de poitrine. Pour quelques autres, pour Jaccoud, entre autres, le nombre et l'amplitude des respirations augmentent sur l'Engadine (station de Saint-Moritz à 1855 mètres au-dessus du niveau de la mer).

La circulation est accélérée ; le pouls devient fréquent, même après un long reposa de grandes hauteurs l'accélération du pouls devient insupportable ; elle s'accompagne de bourdonnements d'oreille et de palpitations plus ou moins violentes. D'après les observations de Mermod,àErlangen et à Lausanne, à Sainte-Croix; de Jaccoud sur l'Engadine, l'accélération du pouls n'est pas transitoire, etpersiste pendant le séjour sur les lieux élevés.

Lortet a montré que la tension artérielle diminue beaucoup; Guibert, au contraire, a trouvé le pouls vibrant.

Les vaisseaux veineux sont pleins; il y a de la congestion de la peau, des lèvres, des conjonctives, face vultueuse, lèvres bleues et gonflées.

Parfois, au contraire, la face devient pâle, et il peut y avoir syncope.

On a noté des hémorrhagies nasales, pulmonaires, auriculaires, intestinales; on a même vu de l'hématurie légère.

L'un des premiers signes du mal des montagnes est le « coup aux genoux », la pesanteur des membres inférieurs ; le moindre travail devient très pénible. Hamel affirme même que la parole fatigue.

En même temps, le patient ressent une douleur de tête insupportable.

Il y a des bourdonnements d'oreille, de la diminution du goût et de l'odorat ; parfois des troubles visuels, des éblouissements et, d'après Gérard et Henderson, une grande prostration intellectuelle.

Tous ces symptômes sont du reste ordinairement en rapport avec l'altitude. On a noté des cas de mort dans des ascensions sur les Andes et sur l'Himalaya.

Lorsque le voyageur s'arrête, assis ou couché, à des hauteurs moyennes, les symptômes s'amendent, il y aune sensation de bien-être, tout se calme pour reparaître cependant avec la marche.

A de grandes hauteurs, il n'en est pas ainsi et le calme revient bien difficilement.

Applications thérapeutiques de l'air raréfié.

Immunité à la phthisie.

Quelles conséquences thérapeutiques pouvons-nous tirer de la diminution de pression atmosphérique? C'est là le point qui nous reste à examiner. G'estàJourdanetque revient l'honneur d'avoir établi la conséquence la plus importante de la diminution de la pression au point de vue des affections pulmonaires; il nous a montré qu'à partir de 2000 mètres, la phthisie pulmonaire devient tellement rare, que l'on peut dire qu'à cette altitude elle n'existe pas.

Jourdanet a basé son opinion sur les statistiques les plus sérieuses; ayant séjourné pendant des années sur le plateau de l'Anahuac, il a recueilli un grand nombre d'observations qui lui ont permis d'afhrmerque, dans ce point du globe et à cette hauteur, non seulement la tuberculose pulmonaire était un fait extrêmement rare chez les indigènes, mais encore que les étrangers partageaient cette même immunité. Jourdanet, pendant quatre ans et demi, a fait, à Mexico, où il pratiquait la médecine, 30000 visites et n'a rencontré que 6 cas de phthisie. On pourrait objecter que la clientèle riche est seule indemne, mais la statistique du docteur Jimenez, médecin de l'hôpital de Mexico, vient répondre à cette objection. Sur les

Le docteur Lortet a recherché quelles variations présentait la température du corps pendant les ascen-

sions, pendant l'immobilité et pendant la marche, et il a établi le tableau suivant : -

Nombre

des

Altitude

Ascension

Ascension

Température ]

pulsations

en

du 17

août.

du 26 août.

de

par

mètres.

air.

minute,

Immob.

Marclic.

Immob.

Marche.

en narchant.

Chamouuix

Cascade du Dard.

Chalet de la Para.

Pierre-Pointue.. .

Grands-Mulets.. .

Grand-Plateau. ..

Bosse du Droma-

daire

Sommet du Mont-

Blanc

DE L'AEROTHERAPIE.

il 963 malades que ce praticien a reçus dans son service pendant quatorze ans, on ne compte que 143 phthisiques.

La loi qu'a établie Jourdanet ne s'applique pas exclusivement au plateau de l'Anahuac, et nous voyons, dans les autres pays du monde, cette même immunité à la phthisie se produire à certaines altitudes.

Ainsi, sans quitter l'Amérique, Guilbert (1) a signalé le même fait se produisant en Bolivie. Le docteur Toner (2) , pour les États-Unis, a démontré que la mortalité par la phthisie diminue avec l'altitude.

En Afrique, en Abyssinie, le docteur Antoine Abadie affirme que la phthisie n'existe pas; dans l'Asie centrale, les frères Schlagintweit {a) disent : a Quant aux maladies chroniques de la poitrine, nous n'avons pu les observer nulle part chez les Thibétains. »

Pour l'Europe, cette immunité à la phthisie se produirait

(1) En 1862, le docteur Guibert, qui exerce en Bolivie, soutenait les conclusions suivantes : 1° l'absence de la phthisie pulmonaire sur les indigènes des Cordillères, sans condition d'origine, indienne ou européenne ; 2° la curabilité de cette maladie par un séjour prolongé dans ces climats et dans une proportion telle que la curabilité ne doit plus être considérée comme l'exception.

Le docteur Guilbert vantait surtout la ville de Quito, altitude de 2667 rnètres; de Bogota, où la température à toutes les saisons est à peu près uniforme à 15 degrés, et les villes d'Antisana (4-430 mètres) et de Corocoro (4430 mètres) où la température varie de 15°, 3 en hiver à lO^S en été (&).

(2) Voici les chiffres du docteur Toner, à propos de la mortalité par la phthisie :

Moyenne Phtisie d'élévation p. dOO décès.

Arizona 1980 2.52

Colorado 2146 7.59

Idaho 1915 10.00

Montana 1426 9.18

Nevada 1786 8.00

New-Mexico.. .1750 3 00

Utah 1800 6.25

Wioming 2370 5.40

Par comparaison.

Connecticut 20 pour 100

Columbia 21 —

Maine... 26 —

Massachussets ...... . 22 —

New-Jersey 22 —

New- York 27 — (c)

(a) Schlagintweit, t. V, p. 523.

(6) Docteur Guilbert, Thèse inaugurale, 1862,

(c) Toner, Dictlonary of Elévation. New- York, 1864, p. 21.

à des altitudes variables. Pour la^ Suisse, cette altitude serait de 4 300 à i 400 mètres; Muller affirme, en effet, qu'à cette hauteur il n'y a eu qu'un cas de phthisie sur 1 000 habitants dans la période quinquennale de 1865 à 1869.

Comme vous le voyez, messieurs, la loi posée par Jourdanet se généralise à tous les points du globe. D'ailleurs, nous reviendrons plus complètement sur cette question lorsque je vous parlerai du traitement de la phthisie. Je vous montrerai alors la différence qui existe entre les climats des montagnes et les climats des plaines, différence que Jaccoud a caractérisée d'un mot fort heureux en disant que, tandis que les premiers sont les agents delà thérapeutique, les seconds n'en sont que les témoins (a).

Des climats Déjà, à propos de l'altitude, Jourdanet avait établi deux et ciIscHinL cspèccs dc cUmats, les climats d'altitude et les climats de monî'' ta^ne. Les climats d'altitude sont ceux qui, par une élévation

montagnes. o t. ^ r

suffisante combinée à la distance de l'équateur, entraînent des signes certains d'une altération respiratoire. Les climats de montagne, au contraire, sont ceux qui sont caractérisés par une pression barométrique qui n'entraîne pas de symptômes nuisibles, mais peut produire au contraire des résultats heureux sur la santé.

La pression barométrique ne constitue pas cependant à elle seule l'élément le plus important du climat, et l'on donne ce nom à l'ensemble des éléments météorologiques qui viennent modifier l'atmosphère : température, humidité atmosphérique, électricité atmosphérique, mouvements de l'atmosphère, constituent par leur ensemble ce qu'on étudie sous le nom de climats.

Je ne puis ici, messieurs, vous tracer l'histoire de la climatologie médicale. Vous trouverez dans les ouvrages spéciaux,

Du climat.

Climatologie médicale.

(a) Jaccoud, Curabilité et Traitement de la phthisie pulmonaire, 1881.

DE L'AEROTHERAPIE.

et en particulier dans le travail si complet de Lombard (de Genève) (a), l'histoire de cette importance partie de l'hygiène médicale. Je ne puis que vous signaler ici les points les plus importants de cette étude.

Pour étudier les climats, on les a divisés d'une façon plus ou moins artificielle en climats chauds, tempérés ou froids (i)

Division des climats.

(1) Lombard divise les climats, d'après la température annuelle, en climats chauds, tempérés et froids.

1° Les climats chauds se subdivisent en :

A. Climats brûlants, dont la moyenne dépasse 25 degrés, et que l'on doit distinguer en desséchants (Afrique et Arabie) outrés humides (Batavia).

B. En climats très chauds, dont la moyenne oscille entre 20 et 25 degrés.

C. En climats chauds, dont la moyenne annuelle oscille entre 15 et 20 degrés.

2° Les climats tempérés varient de 15 à 20 degrés et peuvent être divisés en :

A. Climats tempérés froids, compris entre 5 et 10 degrés.

B. Climats tempérés chauds, de 10 à 15 degrés.

3° Les climats froids peuvent être classés en trois divisions :

A. Climats froids, avec une moyenne annuelle de + 5 à 0 degrés.

B. Climats très froids, avec une moyenne de 0 à — 10 degrés.

Page 1