‹ Leçons de clinique thérapeutique;Chapitre 1 sur 25 · MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX

PREMIÈRE LEÇON

Sommaire. — Difficulté de l'étude de la thérapeutique des maladies du système nerveux. — De la thérapeutique morale. — Du système nerveux au point de vue thérapeutique. — Structure du système nerveux. — De la cellule nerveuse. — Du tube nerveux. — Composition chimique du système nerveux. — Du phosphore dans le système nerveux. — De Faction des médicaments sur le système nerveux. — Des anesthésiques. — De Faction directe des anesthésiques sur les éléments nerveux. — De Faction de l'alcool. — Effet de deux substances médicamenteuses sur les éléments nerveux. — Résistance à Faction de certains médicaments. — Action du système nerveux sur la nutrition. — Action des médicaments sur les vaso-moteurs. — Médicaments vaso-constricteurs et vaso-dilatateurs. — Action du seigle ergoté. — Action de la morphine. — Des médicaments spasmodiques et antispasmodiques. — Rôle du système nerveux dans les sécrétions. — Des médicaments sécréteurs. — De Fantagonisme du jaborandi et de l'atropine.

J'ai déjà exposé, messieurs, dans ce cours de clinique thérapeutique, le traitement des affections des systèmes circulatoire, respiratoire et digestif; il me reste, pour com-

CLIH1QUI TBÉEAP., 6* édiL III. — 1

pléter mon œuvre, à vous tracer les principales indications de la cure des maladies du système nerveux ; c'est ce que je me propose de faire cette année.

Dioiruiuss ^e ne me dissimule pas les difficultés de la tâche que j'endc iaéï,é! trePrends aujourd'hui ; l'étude du traitement des maladies rapcutiquc nerveuses est en effet une des plus délicates et des plus diffidicsncr- ciles; car aux moyens hygiéniques et médicamenteux dont veU8es' nous nous sommes occupés jusqu'ici, il faut ajouter une influence morale du médecin, influence toute personnelle, qui joue un rôle souvent prépondérant, et qui constitue une véritable thérapeutique morale sur laquelle il est très difficile de fournir des données précises et exactes.

Ces obscurités et ces < hésitations que nous trouverons à chaque pas dans la cure des maladies nerveuses résultent de bien des circonstances. Quoique, dans ces vingt dernières années, l'étude des affections de Taxe cérébro-spinal ait fait d'immenses progrès, et cela surtout dans notre pays, sous l'énergique et savante impulsion que le professeur Charcot a su imprimer à l'École de la Salpêtrière, il existe encore malheureusement de nombreuses lacunes dans cette étude. ' La physiologie elle-même, qui a accumulé, depuis longtemps, un nombre considérable de travaux sur ce point spécial, est loin d'avoir résolu tous les problèmes des fonctions vitales et physiologiques du système nerveux. Quant à la thérapeutique, elle est, il faut le reconnaître encore moins avancée; ne pouvant s'appuyer sur des données physiologiques et pathologiques positives, elle erre à l'aventure, n'ayant pour guides que l'empirisme et la tradition*

Je crois devoir cependant vous montrer^ dans ces leçons, le rôle du médecin dans les maladies du système nerveux et ce qu'il peut obtenir dans certains cas par une thérapeutique sage et raisonnée. Mais, pour que Vous connaissiez bien, messieurs* les difficultés du sujet que nous allons traiter et

DU SYSTÈME NERVEUX AU POfNT DE VUE THÉRAPEUTIQUE, \\ la fragilité de la base physiologique et thérapeutique sur laquelle repose le traitement des maladies nerveuses, je vais consacrer cette première leçon à l'étude du système nerveux considéré au point de vue thérapeutique.

Le système nerveux (1), réduit à sa plus simple expression, peut être représenté par deux éléments, un centre et

(1) Le système nerveux peut être ramené à deux éléments : une cellule nerveuse et un tube nerveux ; c'est l'association de ces deux éléments qui constitue les centres nerveux et les nerfs.

Chaque cellule nerveuse est constituée essentiellement de trois parties : d'un noyau, d'un protoplasma et d'une enveloppe. Le noyau central, quelquefois d'apparence vésiculaire, renferme un nucléole. La substance périphérique est homogène et présente des teintes différentes. Heckel (de Montpellier) a montré que l'usage du plomb et de certaines substances minérales colorait en noir certaines parties de ce protoplasma. Enfin, la tunique utriculaire qui l'enveloppe est quelquefois tellement mince, qu'elle est à peine visible.

Ces cellules peuvent présenter des prolongements ou en être dépourvues, d'où les noms de cellules apolaires, unipolaires, bipolaires, multipolaires. D'après certains auteurs (et en particulier d'après Stilling) ce premier groupe de cellules apolaires n'existerait pas et résulterait d'un défaut de préparation ou d'une altération de la cellule.

Les prolongements filiformes qui partent de ces cellules peuvent être rangés en deux classes : les prolongements intrinsèques et les extrinsèques. Les premiers vont d'une cellule à une autre cellule ou à un groupe de cellules; les fibres extrinsèques se rendent aux organes moi-

teurs et sensitifs et constituent la partie principale des cordons nerveux.

Le cordon nerveux est constitué par une charpente formée de tissu conjonctif que l'on décrit sous le nom denévrilème et par l'accolemcnt d'une série de fibres nerveuses primitives plus ou moins nombreuses.

Les fibrilles nerveuses présentent trois parties : un cylindre central, cylinder axis; une gaine ou tunique externe et une couche intermédiaire que l'on décrit sous le nom de substance médullaire ou corticale, ou myéline. Ces tubes présentent un diamètre variable, Kôlliker les a classés de la manière suivante : tubes très fins, lorsque leur diamètre ne dépasse pas 2 p.; tubes minces, lorsque leur diamètre est de î à 4 y ; tubes moyens, quand ils mesurent de i à 9 fx, et gros ou large, quand leur diamètre est de 9 à 20 j*.

La substance médullaire ou corticale, qui est située entre la gaine et le cylindre filiforme, est transparente et visqueuse; elle donne aux nerfs leur couleur blanchâtre et nacrée. Cette couche est des plus altérables, et en se coagulant elle donne aux nerfs des apparences très variables.

Le cylindre-axe est la partie la plus essentielle du tube nerveux ; jl aurait, suivant Stilling, une structure fort complexe. 11 serait strié longitudinalement et transversalement, et cette dernière apparence a

Du système nerveux.

un conducteur. Les cellules nerveuses seront le centre de ce système; les tubes nerveux, le conducteur. Dc la La cellule nerveuse, comme vous le savez, est composée

cellule *

nerveuse, de trois parties : d'un noyau renfermant un nucléole à son centre, d'une substance périphérique homogène et d'une enveloppe excessivement ténue. Ces cellules présentent des prolongements plus ou moins nombreux et leur volume offre aussi des dimensions variables.

Du tube Quant au tube nerveux, il possède une enveloppe con-

nerveux. *

jonctive, c'est le névrilème. Ce névrilème entoure les fibrilles nerveuses, qui sont constituées elles-mêmes par trois parties : un cylindre central, cylinder axis, continuation du prolongement de la cellule, puis une enveloppe transparente constituée par la myéline, et enfin une tunique externe.

dc U com- Quant à la composition chimique (1) de ces substances, cwraCc e^e a Pour base des huiles phosphorées, dont le principe du système essentiel serait, d'après Liebreich, un corps neutre phos-

nerveux. * r * r r

phoré, qu'il a décrit sous le nom de protagon.

fait penser à Grandry qu'il se com- composée de matières albuminoïdes,

poserait d'une série de disques qui d'eau, de sels et surtout de corps

alterneraient entre eux. Rouda- gras contenant une grande proportion

nowski a émis l'opinion que le cylin- de phosphore. der axis pouvait donner naissance à Ces substances grasses sont non

des branches latérales qui feraient phosphorées ou phosphorées; les

communiquer entre eux les différents premières sont : l'oléine, la stéarine,

tubes d'un cordon nerveux. Enfin, la cholestérine. Les huiles grasses

le cylindre-axe se continuerait di- phosphorées, qui ont été décrites

rectement avec les prolongements pour la première fois par Vauquelin,

extrinsèques des cellules (a). en 1812, sont très abondantes; elles

(1) La substance nerveuse est constitueraient, d'après Bibra, 14.

(a) Heckcl, De quelques phénomènes de localisation d$ matière minérale et organique chez les mollusques (Comptes rendus de VAcad. des se, 1874, t. CXXIX, p. 614). — Stilling, Sur la structure de la cellule nerveuse {Comptes rendus de VAcad. des se, 1865, t. XII, p. 899). — Kôllikcr, Eléments d'histoloqie, p. 317. — Grandry, Journ. d'anat., 1869, t. V, p. 289, pi. XI. — Roudanowiki, Observations sur la structure du tissu nerveux (Journ. de l'anat. de Robin, 1865, t. II, p. 231). — Milno-Edwards, Leçons de physiologie, t. XI, p. 152.

Ce sont ces cellules et ces tubes nerveux qui, en s'associant de diverses façons, constituent le système nerveux tout entier. Je n'ai pas ici à entrer dans le détail de cette structure, c'est là un point qui est tout à fait en dehors de mon sujet çt qui demanderait, pour être exposé complètement, de nombreuses leçons; mais je désire, avant d'aller plus loin, tirer une première conséquence des quelques détails dans lesquels je viens d'entrer sur la constitution du système nerveux, je veux parler de l'application des substances phosphorées et du phosphore à la cure des maladies de l'axe cérébro-spinal.

De ce que la substance nerveuse contient une grande proportion de phosphore, il n'est nullement démontré que les maladies du système nerveux, et en particulier les perturbations momentanées de ce système, comme celles produites par l'hystérie par exemple, s'accompagnent d'une diminution du phosphore que contient le protagon. Ce fait fùt-il même démontré, il faudrait prouver que le phosphore ou

pour 100 du poids du cerveau et tagon. Lorsqu'on soumet ce prota-

ren fermeraient 1, à 1.5, et mémo gon à l'ébullition en présence de

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