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IV. Théorie des troubles nutritifs

— C'est la théorie qui a été soutenue récemment par Bouchard. Pour lui, la glycémie des diabétiques dépend du défaut de consommation du sucre dans les tissus, par l'effet d'une diminution dans leuractivité nutritive.

Au point de vue exclusif où je me suis placé, c'est-à-dire au point de vue du traitement du diabète, toutes ces théories peuvent se ramener à trois principales : la théorie hépatointestinale ou alimentaire, la théorie nerveuse, et enfin la théorie par trouble de nutrition.

Théorie Dans la première, la glycosurie résulte ou de la trop taire, grande abondance des aliments sucrés et féculents, ou bien d'une suractivité dans l'action des ferments digestifs, ou bien encore d'une activité trop grande des fonctions du foie. À l'état normal et physiologique, la glycose qui a été produite dans le tube intestinal passe dans le sang, et le foie devient le régulateur de cette glycémie normale ; lorsque la glycose est en trop grande quantité, il l'emmagasine; lorsqu'elle fait défaut, au contraire, il en fournit à l'économie, grâce au glycogène qu'il renferme (1). Mais qu'une

La cause de ce ralentissement serait don,quiapourformuleC€H4o05;quise un vice congénital ou acquis. La dissout dans l'eau en donnant des ligoutte et la vie sédentaire seraient les queurs laiteuses opalescentes qui défacteurs les plus importants du dia- vient à droite le plan de polarisation, bète. Jaccoud admet aussi comme Sous l'influence des acides minéraux cause du diabète une altération de la étendus, sous celle de la salive, du nutrition ; pour lui le diabète résul- suc pancréatique, du sérum du sang terait de l'hypergenèse ou du défaut et de l'extrait hépatique fait à froid, de destruction du sucre. le glycogène se transforme d'abord

V. Théorie pancréatique. — Cette en une variété de dextrine, puis en

théorie est basée exclusivement sur glycose. Cette transformation exige,

l'anatomie pathologique. Lancereaux pour se faire, une température de

s'en est fait le défenseur. Pour lui, le 30° centigrades. Chauffé à 140* avec

diabète résulterait des lésions du l'anhydride acétique, le glycogène se

pancréas, lésions qui peuvent être gonfle et se convertit en un dérivé

l'atrophie, la dégénérescence grais- triacétique C6H7(C'H30)05. L'acide ni-

seuse, le cancer du pancréas, l'obli- trique à froid le transforme en xy-

tération du canal pancréatique (a), loïde, et à chaud, en acide oxa-

(1) Le glycogène est une substance lique (b). hydrocarbonée, isomère avec l'ami-

(«) Ferdinand Dreyfous, Pathogénie et accidents nerveux du diabète sucré. Thèse d'agrégation, 1883.

(b) Cl. Bernard, Comptes rendus de VAcad. des se, t. XLI, p. 461; t XLIV, p. 578 et 1325; t. XLVIII, p. 77, 763 et 418. — Gorup-Besanei, Ann, der Chem. und Pltarm.. t. qxvill, p. 227.

nerveuse.

circonstance vienne à troubler cette harmonie (1), et nous passerons alors de l'état physiologique à l'état pathologique et la glycosurie apparaîtra. Cette glycosurie entraînera alors une série de modifications plus ou moins graves dans l'économie et nous aurons bientôt tous les symptômes de la maladie confirmée.

Cette théorie est une des plus séduisantes, et elle a pour ™orie conséquence des applications thérapeutiques dominantes dans la cure du diabète, je veux parler du régime alimentaire. Mon vénéré maître Bouchardat s'est acquis un droit à la reconnaissance publique, en basant sur cette théorie cet admirable traitement hygiénique qui permet par sa seule application rigoureuse de faire disparaître dans le plus grand nombre des cas le sucre de l'urine des diabétiques, et quand ce traitement hygiénique échoue, soyez persuadés que le diabète, dans ce cas, résistera, le plus souvent, à tous les autres moyens thérapeutiques.

La théorie nerveuse est basée aussi sur l'expérimentation (2), sur la clinique et sur la thérapeutique; nous savons

(1) Colrat et Couturier, se basant gastriques, faite après la piqûre, ne sur l'expérience de Claude Bernard, modifie pas la glycosurie, mais elle qui a montré que lorsqu'il existe une l'empêche lorsqu'elle est pratiquée ligature de la veine porte, la glycose avant cette piqûre, passe directement dans le sang et Schiff produit la glycosurie par la produit alors une glycosurie alimen- section des couches optiques, des taire, ont signalé que chez les indi- pédoncules cérébraux, de la proluvidus atteints d'une obstruction to- bérance et des pédoncules cérébeltale ou partielle de la veine porte, leux moyens et postérieurs ; il la pyléphlébite ou cirrhose, il existait produit aussi par la section de la toujours de la glycosurie (a). moelle au niveau de la deuxième ver-

(2) Claude Bernard a montré en tèbre dorsale, ou bien par la lésion iH49 que la piqûre du quatrième des cordons antérieurs et postérieurs ventricule, au-dessous de l'origine dans toute l'étendue de la moelle, des pneumogastriques, produit la enfin parla section du nerf sciatique. glycosurie. La section des pneumo- Richter a confirmé tontes ces exif) Colrat, De la glycoturie dans les cas d'obstruction partielle de la veine porte

(Lyon Médical, n° 15). — Couturier, fd., Thèse de Paris, 187.'*.

en effet, depuis la célèbre expérience de CL Bernard, que Ton peut, expérimentalement, en blessant le bulbe chez les animaux, déterminer une glycosurie passagère. Schiff, par les lésions traumatiques de tout Taxe cérébro-spinal et même du nerf sciatique, Pavy, Eckhard, Cyon, Àladoff, par des traumatismes faits à des ganglions et à des filets du grand sympathique, sont arrivés au même résultat et ont produit ainsi une glycosurie également passagère. J'insiste sur le mot passager y car il nous montre qu'impuissants à produire un véritable diabète chez les animaux, nous ne pouvons faire sur cette maladie de la thérapeutique expérimentale, car la glycosurie qui résulte de nos expériences guérit d'elle-même au bout de quelques jours.

À l'appui de la théorie nerveuse du diabète, la clinique fournit un grand nombre d'observations où nous voyons, soit des chocs violents portés sur la tête, soit surtout les excitations cérébrales vives, les travaux intellectuels trop prolongés, les peines et les chagrins être le point de départ d'accidents diabétiques, et ce sont ces circonstances qui nous expliquent pourquoi le diabète est si fréquent dans certaines classes de la population, chez les savants, chez les hommes de lettres, dans nos académies. Vous ne serez donc pas étonnés de voir un certain nombre de médecins soutenir que le diabète est toujours d'origine nerveuse (1).

périences quant au grand sympa- rieur et thoracique supérieur, et par

thique ; Pavy a montré que la sec- l'extirpation de la gaine que l'an-

tion du ganglion cervical supérieur neau de Vieussens forme autour de

produisait la glycosurie. Eckhard par l'artère sous-clavière, sont arrivés

la section du ganglion cervical infé- au même résultat (a),

rieur; enfln Cyon et Aladoff par la (1) Pour Cyr, le facteur le plus

section des ganglions cervical infé- important dans l'étiologie du dia-

(a) Schiff, Journ. d'anal, et de physiol., 1866. — Cl. Bernard, Arch. gén. de médecine, 1819. — Bouchard, 'Des maladies par ralentissement de la nutrition. Paris, 1882, p. 164.

Théorie

par

troubles de

Quant à la théorie qui veut que le diabète résulte de troubles apportés à la nutrition, elle a été défendue tout récemment avec un certain éclat par le professeur Bouchard (1), dl»e8ll0°' qui a fait rentrer le diabète dans les affections dues au ralentissement de la nutrition. Ici encore nous pouvons invoquer des faits expérimentaux et cliniques. La fonction glycogénique n'est pas en effet exclusivement réservée au foie; tous les tissus y participent; n'avons-nous pas vu Rouget nous montrer cette fonction glycogène dans toutes les fonctions du fœtus; ne voyons-nous pas Schiele découvrir le glycogène dans Tépithélium pavimenteux stratifié; enfin les muscles mêmes ne participent-ils pas à cette fonction glycogénique, comme Ta signalé Boehm (2)? Nous pouvons donc dire avec Bouchardat, Jaccoud et Bouchard, que toutes les circonstances qui viendront troubler le travail

bète, c'est l'altération du système nerveux. Le diabète type serait pour lui le diabète héréditaire ou d'origine cérébrale (a).

(1) Bouchard montre la différence qui existe entre le sang artériel et le sang veineux au point de vue du sucre; chez les animaux, cette différence serait de 40 centigrammes, c'est-à-dire que 1 kilogramme de sang artériel perd, en devenant sang veineux, 40 centigrammes de sucre.

Lorsqu'on se reporte à la quantité totale du sang qui se transforme en sang veineux, il arrive à démontrer qu'un homme perd en un jour i ,850 grammes de sucre au minimum, or 1 gramme de sucre exige pour se transformer en eau et en oxygène 173 grammes d'oxygène, et comme l'homme sain ne consomme

jamais plus de 850 grammes d'oxygène, cet oxygène est impuissant à brûler tout le sucre, il reste donc un millier de grammes de sucre, qui n'est pas brûlé par l'oxygène, mais qui se détruit par le phénomène moléculaire de tout l'organisme. Aussi pour lui les conditions qui amènent l'hyperglycémie se ramènent -elles aux points suivants : 1° tout ce qui empêchera le sucre alimentaire ou quelque corps analogue de se fixer dans le foie à l'état de glycogène; 2° tout ce qui activera la formation du sucre dans le foie ; 3° tout ce qui aggravera le défaut de destruction ou de fixation du sucre dans les tissus (b).

(2) Schiele a montré la présence constante du glycogène dans les cellules d'épithélium pavimenteux

ia) Cyr, Etiologie et pronostic de la glycosurie et du diabète, in~8°. Paris, 1879. th) Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition. Paris, 1882, p. 157.

intime d'assimilation et de désassimilation de tous les tissus pourront être une cause de diabète.

Un autre groupe de médecins et de savants très autorisés enseignent au contraire que le diabète est un état où il y a plutôt suractivité de tous les actes chimiques, et particulièrement suractivité dans la nutrition du foie et du système nerveux. Il serait donc essentiellement constitué par la fabrication anormale du sucre et par le fonctionnement exagéré des cellules hépatiques. La glycosurie ne serait d'ailleurs que l'exagération d'un fait normal qui n'est autre que la présence habituelle du sucre chea l'homme en santé.

Les partisans de cette opinion invoquent à l'appui l9 la formation considérable d'urée chez les diabétiques, fait qui démontre la suractivité de la glande hépatique où l'urée se forme à l'état normal ; 2» l'origine nerveuse très fréquente, sinon habituelle, circonstance très favorable à la théorie, puisque le système nerveux est le régulateur des actes de la nutrition élémentaire; 3° l'action favorable de la plupart des médicaments dits nervins (bromure, antipyrine) dont le rôle ici est de suspendre et de ralentir l'influence accélératrice du système nerveux perturbé sur la nutrition.

stratitié, il s'y présenterait sous Pour Boehm, les muscles se com-

forme de granulations arrondies porteraient au point de vue glycosu-

remplissant quelquefois complète- rique comme le foie lui-même, c'est-

ment les cellules, elles seraient sur- à-dire que leglycogène augmenterait

tout quelquefois abondantes dans dans le tissu musculaire après le re-

les couches moyennes. L'épithélium pas, puis se détruirait par le travail

cylindrique de l'adulte ne contrent musculaire (a). pas de glycogène.

(a) Schiele, Das Glycogen in normalen und pathologischen Epiihelien Dissert. Berne, 1880. — Boehm, Ueber das Yerallen des Glycogens und der MUchuwt m Muskel/leUch mit besonderer Berucksichtigung der Todtenstarre'(Arck. f. He gesammte Physiologie, t. XXIIII, p. 44).

II est bon d!ajouter que cette théorie^ au point de vue thérapeutique, n'est nullement contradictoire des préceptes classiques, car dans toute hypothèse la première chose à faire est de supprimer les apports extérieurs de matériaux propres à fabriquer du sucre. Donc l'obligation du régime azoté y subsiste dans toute sa rigueur. A. Robin qui a soutenu cette influence pathogénique du système nerveux dans une discussion académique, a fait remarquer à l'appui que certains médicaments d'usage courant dans le traitement du diabète, et réputés comme agissant dans le sens d'augmentation des combustions organiques (alcalins, arsefiic), ne font au contraire que ralentir les oxydations. C'est là un argument contraire à la théorie de la nutrition retardante. On doit pourtant reconnaître que cette dernière possède un certain fond de vérité, et, jusqu'à nouvel ordre, on doit la considérer comme exacte pour la catégorie encore assez nombreuse des cas de diabète survenus chez les gens âgés, obèses, de souche arthritique ou goutteuse et chez lesquels on ne trouve pas à l'origine d'ébranlement nerveux suffisant pour expliquer la maladie.

Devons-nous prendre parti pour l'une ou l'autre de ces théories et baser exclusivement sur l'une d'elles notre thérapeutique. Nullement, messieurs, et nous devons au contraire puiser dans chacune d'elles les éléments de notre traitement. Mais il me faut, avant d'aborder ce sujet, vous exposer les moyens cliniques que vous devez mettre en usage pour reconnaître le sucre dans l'urine et surtout pour le doser.

Vous saurez, en effet, que nous ne pouvons constater les effets de notre traitement que par un examen journalier de* urines; vous verrez aussi que notre pronostic est basé en partie sur cet examen; il faut donc que vous connaissiez

glyeosuriqucs,

do la glycose.

d'une façon très parfaite la réaction de la glycose dans les urines.

Des urines Les urines glycosuriques sont ordinairement très abondantes; elles ont une forte densité qui atteint quelquefois jusqu'à 1050; elles sont mousseuses, elles tachent les vêtements et ont de plus cette curieuse propriété d'attirer les mouches.

Réaction Pour reconnaître la présence de la glycose dans les urines, on peut employer plusieurs procédés : ou bien décomposer cette glycose sous l'influence de la fermentation et doser le sucre par la quantité d'acide carbonique ainsi produit. Le docteur Max Einhorn (de New-York) a même basé sur ce procédé un petit appareil qui permet de faire très facilement, et pour ainsi dire journellement, l'analyse des urines.

Le plus ordinairement on se sert des curieuses propriétés oxydantes et réductrices de ce corps en présence des substances alcalines, et sans m'arrêter aux très nombreux procédés qui ont été proposés par Krause et Luton (1), par Muller (2), par Maumené (3), par Neubauer et Vogel (4),

(1) Krause et Luton emploient la (3) Dans le procédé de Maumené, même réaction que pour la recherche on fait tremper des bandes d'étoffe de l'alcool, c'est-à-dire la solution de de laine dans une solution de perbichromate de potasse dans l'acide chlorure de fer, puis on fait tomber sulfurique ; cette solution d'un rouge sur ces bandes quelques gouttes des intense prend une teinte vert-éme- urines à examiner, et Ton chauffe la raude (a). bande au-dessus d'une lampe à at-

(2) Muller use du moyen suivant : cool ; s'il se fait des taches noires, H fait réagir sur l'urine chauffée une les urines contiennent de la glysolution de carmin d'indigo alcali- cose (b).

nisé avec le carbonate de soude. Ce (4) Neubauer et Vogel se servent,

mélange passe en présence de la gly- pour déceler la présence du sucre

cose du bleu au vert, puis au rouge dans l'urine d'une solution ammo-

pourpre et enÛn au jaune. Jaccoud niacale de nitrate d'argent, la gly-

recommande ce procédé. cose amenant la précipitation par

(a) Krause, Chemisclie Notizen (//. u. Pft ZeiUchr. ftech., Vil).

(6) Wagner, Ueber Maumené* s Zuckerbestimmung (Wutib. natur., 1860).

Hellcr.

parPratesi (1), je vous signalerai surtout ceux de Heller, de Bœttger et de Trommer.

Le premier de ces procédés repose sur l'oxydation de la proccdéde glycose par la potasse, qui produit par la chaleur des acides glucique et mélassique, lesquels donnent au liquide une coloration plus ou moins noirâtre, suivant la quantité de sucre qui y est contenue. Bouchardat a substitué à la potasse un corps que Ton trouve beaucoup plus facilement, c'est la chaux éteinte ou le lait de chaux (2). Ce procédé, qui est bon lorsque l'urine contient une grande quantité de sucre, perd de sa valeur lorsque la quantité de glycose diminue; alors il survient plusieurs causes d'erreur, la matière colorante de

la chaleur d'an dépôt noirâtre d'argent.

(1) Pratesi a conseillé le procédé suivant pour reconnaître la présence de la glycose dans les urines : il se sert de lames réactives qui sont constituées par des bandelettes de fer-blanc de 1 centimètre de largeur et longues de 7 à 8 centimètres, sur lesquelles on verse à l'un des bouts 5 gouttes du liquide suivant :

Potasse caustique 2° 50

Silicate de potasse 60 grammes.

Bichromate de potasse.. 2 —

On a soin de dessécher ces gouttes en chauffant légèrement les bande- Jettes de métal. Lorsqu'on veut rechercher la présence du sucre, on chauffe l'extrémité de la plaque où on a déposé le réactif, puis on verse goutte à goutte l'urine et Ton observe alors, s'il y a du sucre, une coloration verte due à l'oxyde vert de chrome (a).

(2) Pour pratiquer ce procédé on emploie soit la potasse liquide, soit la potasse solide ; on a même fait de petites pastilles de potasse qui servent exclusivement à cet usage, et dans un tube à expérience on chauffe le mélange de potasse avec l'urine.

11 est nécessaire de prolonger l'ébullition pendant dix minutes. La coloration passe rapidement dujaune ambré au jaune foncé, au jaune rougeàtre, au rouge acajou, au rouge foncé, au rouge brun pour aboutir au brun noirâtre; en même temps il se dégage une odeur de caramel, odeur que Ton peut exagérer en ajoutant au mélange de l'acide azotique.

Bouchardat se sert d'un matras d'essayeur et il fait bouillir l'urine soit dans un lait de chaux qu'il fait avec 50 grammes de pierre à chaux vive délayée dans un litre d'eau, soit avec une forte cuillerée à café de de chaux vive éteinte (b).

(a) Pratesi, Ricerca clinici del glucosio nelle ortne dei diabetici (Lo Sperimenlaie, 1873, fasc. 7, p. 97).

(b) Heller, Ueber Diabètes , Mellitus {Dessert. Arch. f. Phys. und Path. C hernie. 1852, p. 53). — Bouchardat, De la glycosurie ou du diabète sucré. Paris, 1875, p. 11.

CL1K1QUE THÉRAP., 6" édit. III. — 36

Bêltfor.

o62 LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE,

l'urine pouvant brunir par les alcalis. D'autre part, l'albumine et le mucus peuvent aussi donner une coloration noire ; enfin la potasse impure peut produire œtte colora-

froccdiîdc Le procédé de Bofettger (a) est tout diffèrent; il consiste à chaufferies urines glycosuriques avec un mélange de sousmtrate de bismuth et de carbonate de soude ; il se fait alors dans ce liquide blanchâtre un précipité noir qui est dû à la formation d'un oxyde de bismuth. Quoique ce procédé ait été modifié par mon maître Béhier, qui en était fort partisan et plus récemment par Primavera (1), il est sujet à de nombreuses causes d'erreur et la réduction de bismuth peut être faite par d'autres corps que la glycose, Attfield (b) affirme même que toutes les urines peuvent amener cette réduction du bismuth. Aussi, ce procédé est-il inférieur à ceux qui ont pour base des liqueurs cupro-alcalines.

h-océdôdo C'est Tromtner qui a le premier utilisé les propriétés réductrices de la glycose sur les sels de cuivre, pour déceler la présence de cette glycose, et c'est sur cette base que l'on a établi un grand nombre de liqueurs cupro-potassiques et cupro-sodiques, liqueur de Barreswil et liqueur de Fehling(2).

(1) Primavera a étudié particuliè- grammes de sous-nitrate de bismuth

rement le procédé Batiger et a tâché et 50 centigrammes de potasse caus-

de rendre ce procédé aussi pratique tique, et il porte le tout à l'ébullitioo

que possible. Il se sert d'une éprou- pendant une demi-minute (r).

vette ayant une hauteur de là cen- (2) 11 existe plusieurs formules

timétres et une capsule de 12 cent, des solutions cupro-potassiques on

cubes, il verse l'urine jusqu'à moitié cupro-sodiques. Voici les principales

du tube et ajoute ensuite 125 milli- solutions cupro-potassiques :

(a) Bœttgcr, Xachtragl. Bemerk. %u tneinen jungest mithjelh. AuftaUe ueber tin neues Heagen* auf Hohn traubem {Arch. de Pharm., XC1V, 1858).

(6) Attfleld, On the détection ofsugar in urine (Pharm. Joum. LonJon, 1861; Amer, med. chir. Hev., vol. III, 1861).

(c) Primavera, Sopra un novo metodo analitico che raggiunge tutti ponii pre lo sioprimento dello iuccfiero diabetico nell urine (Il Morgani de Naplca, 1872, fasc. 8 et 9, p. 639).

îrt>iutfi<!r.

C'est cette dernière liqueur qui est aujourd'hui la plus employée; la réaction ici est des plus franches, et il suffit de chauffer un mélange d'urines glycosuriques avec une de ces solutions cupro-alcalines pour voir la solution d'un beau bleu passer au jaune pâle, puis au rouge vif, par suite de la production de l'oxyde de cuivre, oxydule qui se précipite bientôt à la partie inférieure du tube à expérience.

Cependant, avec ce procédé qui est de beaucoup le meilleur , toutes les chances d'erreur ne sont pas évitées . Ainsi l'acide urique, le pigment urinaire, la tyrosine peuvent amener la précipitation de l'oxyde de cuivre, mais celte précipitation est beaucoup moins nette, beaucoup moins franche qu'avec la glycose. D'autre part, l'albumine empêche cette précipitation; il vous faudra donc avoir soin, lorsque vous aurez affaire à des urines albuminuriques et

Liqueur de Barreswil.

Carbonate do soude. ... 40 grammes.

Crème de tartre 50 —

Potasse caustique 40 —

Eau 400 —

Ajoutez.

Sulfate de cuivre 40 grammes.

Eau 250 —

Liqueur de Magnas Laheus.

Potasse caustique 60 grammes.

Tartrate neutre de potasse 40 —

Eau distillée 200 —

Ajoutez.

Sulfate de quinine 15 grammes.

Eau distillée 50 —

Liqueur de Fehling.

Sulfate de cuivre pur . . 40 grammes.

Eau distillée 160 —

Soude caustique 130 —

Tartrate neutre de potasse 160 grammes.

Eau distillée. 600 —

Liqueur de LovventhaL

Sulfate de cuivre 16 grammes.

Acide tartrique 48 —

Carbonntc de soude. . . 288 —

Eau 1000 —

Liqueur de Layranye,

Tartrate ncutro de cuivre 10 grammes.

Soude caustique 400 —

Eau distillée 500 —

Le procédé de Tromiiier, le premier en usage, doit être ainsi fait.

On emploie une solution de potasse et une solution de sulfate de cuivre ; dans un tube à expérience on verse l'urine, puis on ajoute une quantité égale de potasse et ensuite le sulfate de cuivre ; si l'urine contient du sucre, le magma bleuâtre d'hydrate de cuivre disparait par l'agitation, et si l'on vient à chauffer le tout, il se fait un précipité d'oxyde de cuivre.

1» glucose.

glycosuriques, ce qui arrive fréquemment, de précipiter par la chaleur l'albumine avant de rechercher la présence de la glycose.

Dosage do L'emploi des liqueurs cupro-sodiques nous permet non seulement de reconnaître la présence du sucre, mais encore de le doser; car il ne suffit pas de savoir que les urines sont glycosuriques, il faut encore, et c'est là une condition nécessaire, doser cette quantité de glycose. Je ne vous parlerai pas ici des procédés polarimétriques, tout en reconnaissant que ce sont les procédés les plus sûrs et les plus exacts, et ceux auxquels on doit toujours avoir recours lorsqu'on veut un dosage mathématique de la glycose. Mais ce sont là des procédés de laboratoire, et peu de médecins peuvent avoir à leur disposition un saccharimètre, qu'il s'agisse de celui de Soleil ou bien du saccharimètre à pénombre, ou bien encore du diabétomètre d'Yvon. Je n'insisterai que sur les procédés cliniques qui suffisent en pareil cas.

rrocédéde De tous les procédés cliniques, le plus simple, le plus commode et le plus économique est celui imaginé par Duhomme (û), et c'est celui dont nous nous servons journellement, soit à l'hôpital, soit en ville, et tout médecin, on peut dire tout diabétique, devrait posséder ce petit appareil saccharimétrique, construit fort ingénieusement par Limousin (A).

Il se compose d'une boite renfermant dans son intérieur des tubes à expériences, une lampe à alcool, deux flacons, l'un renfermant de la lessive de soude, l'autre de la liqueur de Fehling, et enfin deux compte-gouttes. Ces deux comptegouttes, que je vous présente (fig. 45 et 16), sont parfaitement construits. L'un est réservé aux urines et une raie

(a) Duhomme, Saccharimétrie clinique (Bull, de thérap., I. LXXXV1II, 1875, p. 163, 214 et 261).

(6) Limousin, Contribution à lu pharmacie et à la thérapeutique. Paris, 1878-1879. p. 196.

Dohomiue.

permet de mesurer 1 centimètre cube d'urine (fig. 15); l'autre, destiné à la liqueur de Fehling, permet d'en mesurer 2 centimètres cubes (fig. 16).

Vous commencez par prendre 1 centimètre cube d'urine et, en pressant sur la paroi en caoutchouc, vous mesurez très exactement le nombre de gouttes renfermé dans ce centimètre cube; puis avec l'autre compte-gouttes, vous prenez 2 centimètres cubes de liqueur de Fehling. Vous les versez dans un tube à expériences, vous ajoutez la même quantité

LBf-

Fiç. 15.

Fig. 10.

de solution de soude, vous chauffez le mélange; puis, après avoir pris de l'urine dans l'autre compte-gouttes, vous faites tomber l'urine goutte à goutte sur la liqueur de Fehling que Ton chauffe de temps en temps, jusqu'à ce que la coloration rouge de tout le mélange soit obtenue. Vous avez soin de compter le nombre de gouttes nécessaire pour obtenir cette réaction, et il vous suffira alors de vous reporter au tableau ci-contre (voy. p. 567) pour avoir la quantité de sucre contenue par litre d'urine. Ce tableau contient dans une colonne le nombre de gouttes renfermé dans 1 centi-

mètre cube d'urine, et dans une autre la quantité de gouttes dont on a fait usage.

Comme cette analyse est des plus rapides, il faut avant de prendre un chiffre définitif, en faire au moins trois pour connaître exactement la quantité de gouttes nécessaire pour obtenir la coloration rouge de tout le mélange.

Il est nécessaire, lorsque la quantité de sucre est trop considérable, de mélanger l'urine avec une égale quantité d'eau, ce qui est d'ailleurs très facile, grâce au comptegouttes, et il vous suffira de doubler le chiffre obtenu pour avoir la quantité exacte de glycose par litre. Duhomme a d'ailleurs donné un moyen d'utiliser son saccharimètre pour les faibles quantités de glycose (1) ; il suffit dans ce cas de n'employer quel centimètre cube de liqueur de Fehling et de compter le nombre de gouttes nécessaire pour obtenir la disparition de la coloration verte; on peut se servir du même tableau, mais en ayant soin de transporter la virgule d'un rang vers la gauche.

Duprono*- Avec ce procédé d'analyse, vous pourrez apprécier d'une dudiabète. façon suffisante les effets de votre thérapeutique: vous pourrez

(1) Duhomme a donné un procédé grammes de sucre par litre, il suffit

pour reconnaître les quantités très pour lui de verser 1 centimètre cube

faibles de sucre; au lieu d'employer d'urine dans un tube à analyse, d'y

2 centimètres cubes on emploie ajouter 3 ou 4 gouttes de liqueur de

4 centimètre cube de réactif, dans Fehling ordinaire et de chauffer; si

ces cas, il faut alors avoir soin en l'on voit succéder à la teinte primitive

consultant de transporter la virgule une coloration jaune analogue au vin

d'un rang vers la gauche. On doit de Madère, c'est que l'urine contient

arrêter l'opération quand la couleur du sucre ne serait-ce que 50 centi-

veite disparait, ce procédé donne grammes par litre; si elle prend une

les résultats les plus satisfaisants teinte violette ou rosée, c'est qu'elle

pour les urines qui contiennent de contient de l'albumine; si ellea con-

1 gramme à 1 gr. 50 de sucre. serve la coloration verte simplement

Duhomme ajoute que l'on peut affaiblie, c'est qu'elle ne contient ni

toujours reconnaître môme 50 centi- l'un ni l'autre (a).

(a) Duhomme, Moyen clinique d'évaluer de petites quantités de glucose dan* Vurine (Bull, de thérap., t. XCVII, 1879, p. 63).

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Explication : les chiffres de la premiôro ligne horizontale correspondent au nombre de gnuitei ^mp]nyèe«. Lea chiffres romains de la première colonne verticale correspondent au nombre dégouttes contenues dans le centimètre cube de l'urine en expérience* Cotte table se lit comme celle do Pythagore. — Exemple : l'urine à examiner donne £â gouttes au centimètre cubo et 11 gouttes ont suffi pour amener la dëcolaration do la liqueur cupro-sodique. — On prend ddns la première ligne horizontale du tableau le chiffre U correspondant au nombre de gouttes employées et on descend dans la colonne verticale audessous jusqu'au point d'intersection do la ligne horizontale qui commence par le chiffre romain XXII et on trouve le nombro 20 qui indique que l'urine examinée contient 20 grammes de sucre do glucose par litre.

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