‹ Leçons de clinique thérapeutique;Chapitre 21 sur 25 · e. Q. — traces · texte numérisé non relu

e. Q. — traces

Aussi Tanret propose-t-il de sub- trait mou de quinquina par la po-

stituer le tannate de quinine aux tion suivante, qui aurait l'avantage

extraits mous de quinquina, et on d'avoir toujours une composition

remplacerait alors les potions à l'ex- identique :

Tannate de quinine Autant de fois 23 centigrammes qu'on

aurait mis de grammes d'extrait.

Acide lactique Q. S. pour dissoudre.

Sirop 30 grammes.

Eau 120 —

Le quinium est un extrait complet d'alcaloïde, plus toutes les autres

du quinquina que Ton obtient par parties actives du quinquina. La for-

l'alcool et par la chaux. Ce quinium mule de sa préparation a été donnée

représenterait 33 p. 100 de son poids par Delondre et Labarraque (a).

(a) Tanret, Élude sur les extraits de quinquina (Bull, de thérap., 1883, t. CV, p. 65),

et vous comprenez le pourquoi de cette préférence : c'est que, comme je vous l'ai déjà dit tout à l'heure, les cachets médicamenteux sont un peu moins actifs que les solutions; quant à ces dernières, la plus simple et la plus économique consiste à faire avaler votre chlorhydrate ou votre sulfate de quinine dans un petit verre de rhum ou d'eau-de-vie Pour éviter une erreur funeste de la part du pharmacien; ainsi qu'il est arrivé il y a quelques années, je conseille d'écrire sur l'ordonnance le mot quinine avant le mot chlorhydrate, pour attirer l'attention du pharmacien qui ne sera pas exposé ainsi, dans un moment d'oubli, à lire le nom de morphine à la suite du motchlorhydrate. A quelle dose et à quel moment faut-il donner vos sels de quinine? C'est là maintenant le second point du problème que nous allons résoudre, Momen» Vous savez, en effet, que l'accès de fièvre intermittente rtdmînif- est caractérisé par des périodes ou stades, que l'on décrit tratl0lu sous le nom de stade de frisson, stade de chaleur, stade de de sueurs; que, de plus, selon que la fièvre revient tous les jours, ou bien tous les deux jours, ou bien tous les trois jours, on a affaire à des fièvres quotidiennes, tierces ou quartes. Vous savez même que les types peuvent se doubler, et on a alors affaire à des doubles-tierces et des doubles-quartes. Je n'insiste pas sur ce point et passe immédiatement à la solution de la première question : A quelle période faut-il administrer le sulfate de quinine pour en tirer plus d'avantage? Les praticiens ont hésité longtemps entre trois méthodes(l):

(1) Dans le traitement des fièvres quinquina est administré en une

intermittentes, le quinquina fut ad- fois, immédiatement après l'accès :

ministre selon trois méthodes diffé- 1 gramme en une dose à un ou deux

rentes : ia méthode romaine, indi- jours d'intervalle, puis deux jours

quée par les PP. Jésuites et adoptée de suite A grammes en une fois ; huit

par Torti;la méthode anglaise ou de jours de repos, puis 2 grammes huit

Sydenham, et plus tard, la méthode jours de suite. Dans la méthode de

française ou de Bretonneau. Sydenham, on donne le remède après

D'après la méthode de Torti, le l'accès, mais en doses fractionnées

celle de Torti, dite méthode romaine; celle de Sydenham, dite méthode anglaise, et celle de Bretonneau, dite méthode française. Dans la première, Torti voulait qu'on donnât le sulfate de quinine au moment même de l'accès, non pas

(20 ou 24 grammes par doses de 2"50) dans l'intervalle des accès, et on continue pendant plusieurs jours.

Sydenham prescrivait le quinquina sous forme d'électuaire, de pilule ou de vin : il faisait mettre 1 once de quinquina pulvérisé dans 2 litres de vin et le malade en buvait 8 à 9 cuillerées de quatre heures en quatre heures. — La méthode de Sydenham, admise par Morton, Stoll, Van Swieten, fut rejetée par Cullen qui revint à la méthode romaine, mais modifiée :

le quinquina est pris à une dose moins massive, fractionnée d'heure en heure et administrée non pas immédiatement, mais quelques heures avant l'accès.

La méthode de Bretonneau consistait à donner 8 grammes de poudre de quinquina jaune (ou 1 gramme de sulfate de quinine) en une seule dose ou en deux doses, à des intervalles très rapprochés, le plus loin possible de l'accès à venir, c'est-à-dire immédiatement après l'accès passé. Après cinq jours de repos, on prescrit la même dose de médicament, puis de huit jours en huit jours; cette dose est ainsi donnée pendant un mois.

Trousseau, élève de Bretonneau, donnait 8 grammes de quinquina calisaya (ou 1 gramme de sulfate de quinine) en une ou deux doses dans un intervalle d'une ou deux heures.

Il laissait le malade se reposer un jour et le troisième donnait la même dose de médicament, toujours en une seule prise ou en deux, presque

coup sur coup. Puis il laissait trois jours d'intervalle, puis quatre, cinq, six, sept, huit, et pendant un mois ou deux, revenait tous les huit jours à la même médication en ne diminuant jamais la dose. Le médicament était toujours donnné au moment des repas.

Briquet a fait une série d'expériences pour savoir quel était le meilleur moment pour administrer le sulfate de quinine, et voici à quelles conclusions il est arrivé :

1° Une dose de 25 à 40 centigrammes de sulfate de quinine convenablement administrée est suffisante pour couper les accès de toute espèce de fièvre intermittente simple dans le climat de Paris et dans les autres lieux non paludéens ;

2» Quand on n'a qu'un petit nombre d'heures avant l'accès pour administrer le fébrifuge, on peut encore avoir l'espérance d'arrêter l'accès prochain;

3° Au delà de douze heures avant l'accès, on a tonte certitude possible de l'arrêter, mais cependant le mieux est de ne laisser qu'un intervalle de quinze heures entre la dernière prise et l'accès ;

4* Enfin, comme l'action fébrifuge du sel de quinine persiste sensiblement sans perdre de sa puissance pendant un laps de deux jours au moins, on peut encore, si quelque circonstance l'exige, donner le sulfate de quinine durant ce laps de temps, avant l'accès (a).

(a) Briquet, Traité thérapeutique du quinquina et de ses préparation*, p. 500.

Do la dote.

85i LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

pour le combattre, mais pour prévenir l'accès suivant. Sydenham administrait la poudre du Pérou immédiatement après l'accès et fractionnait la dose d'un accès à l'autre ; Bretonneau et Trousseau suivaient la méthode de Sydenham, mais ils employaient des doses massives, qu'ils donnaient immédiatement après l'accès ; c'est aussi la méthode de Briquet, qui voulait qu'il y eût au moins quinze heures écoulées entre l'administration de la dose et l'accès que Ton voulait combattre.

Je crois, tout en admettant les idées de Bretonneau, de Trousseau et de Briquet au point de vue des doses massives, que l'espace de temps qui sépare l'arrivée de l'accès de l'administration de la dose est beaucoup trop considérable, et je suis d'avis, au contraire, qu'il faut la donner, non pas comme le voulait Torti, à la période de frisson, mais trois à quatre heures avant ce stade. Je vous conseille donc de donner en une dose, trois ou quatre heures avant l'accès, votre chlorhydrate de quinine.

Quant à la dose, elle sera variable,* suivant l'intensité de la fièvre, et vous pourrez administrer 50, 75 centigrammes ou 1 gramme de chlorhydrate ou de sulfate de quinine. Lorsque la fièvre est tierce, ce qui est son type le plus fréquent, vous laisserez un jour d'intervalle dans l'administration du chlorhydrate de quinine, et vous jugerez de suite de l'action de ce médicament, parce que les accès seront retardés et diminués d'intensité jusqu'à leur disparition totale. Lorsque les accès ont complètement disparu, il est bon de ne pas cesser l'administration des sels de quinine ; il faut encore la poursuivre pendant une huitaine de jours à dose plus faible, il est vrai, mais au moment où l'on suppose que l'accès devra se montrer.

Toutes les règles que je viens de vous tracer s'adressent aux fièvres intermittentes simples, et votre thérapeutique

doit changer d'allures lorsque vous aurez affaire à des accès de fièvre pernicieuse (1).

Ces accès présentent, comme vous le savez, un haut degré Traitement de gravité et peuvent entraîner la mort au premier, au depêrat™ second et même au troisième accès ; ici il n'y a plus de règle cloule,

(I) Les fièvres intermittentes peuvent être pernicieuses d'emblée ou succéder à des accès simples ; après avoir présenté tout d'abord des symptômes fort ordinaires, la maladie offre graduellement ou brusquement des phénomènes effrayants qui amènent la mort si on ne porte un prompt remède.

Les variétés des fièvres pernicieuses sont nombreuses. C'est ainsi qu'on note, parmi les accidents pernicieux les plus importants : 1° les symptômes pernicieux cérébraux ; 2° les symptômes pernicieux algides, cholériformes, diapborétiques ; 3° les symptômes pernicieux cardialgiques, dysentériques ; 4* les symptômes pernicieux thoraciques.

1# Symptômes pernicieux cérébraux, de beaucoup les plus fréquents : ils sont caractérisés par du coma, du délire, des convulsions, de la paralysie.

La forme comateuse est la plus commune ; c'est celle qu'on rencontre le plus souvent chez les enfants. Elle est caractérisée par une somnolence»

un anéantissement, un coma qui arrive le plus souvent à la fin de l'accès fébrile. Il est rare que la mort survienne avant le troisième ou le quatrième accès.

La forme délirante est caractérisée par un délire plus ou moins violent, parfois furibond; l'agitation est extrême, la peau chaude, couverte de sueurs, le pouls fort, vibrant, les pupilles dilatées, puis surviennent le coma ou des convul-

sions. C'est ainsi qu'on peut observer une raideur générale tétanique, des phénomènes cataleptiques, des convulsions épi le pti formes, des spasmes laryngiens (fièvre bydrophobique) ; des syncopes (fièvre syncopale). Il est assez rare que la forme délirante se développe d'emblée; ordinairement il y a des accès antérieurs et précédés de frissons, d'accès de fièvre et de douleurs de tête plus ou moins violentes. Au Sénégal (Fonssagrives), on observe parfois parmi les fièvres pernicieuses d'emblée, la forme comateuse qui est aussi la plus grave.

La forme délirante et convulsive n'est parfois que le prélude de la fièvre comateuse à laquelle succombe le malade dans une insensibilité complète, comme un apoplectique.

Lorsque l'accès n'est pas funeste, le malade, peu à peu, après douze, vingt-quatre, trente-six heures revient à lui, et la santé peut se rétatablir jusqu'à un nouvel accès.

On a décrit aussi une fièvre paralytique, elle est assez rare ; elle se caractérise soit par des paralysies partielles, soit par des hémiplégies, soit même par de la paraplégie, comme a pu l'observer sur luimême, au Sénégal, un de nos confrères, célèbre explorateur.

2° Formes algides et cholériformes : elles s'observent surtout dans les pays chauds. L'algidité peut être le premier stade de la fièvre, ou bien, et c'est le cas le plus fréquent, elle survient au deuxième stade.

thérapeutique, et dès que vous avez reconnu le caractère pernicieux de l'affection il faut, même pendant l'accès, administrer la quinine et vous servir du mode d'administration le plus prompt et le plus rapide.

Vous avez vu qu'en pareil cas Jousset de Bellesme n'hésitait pas à recourir aux injections trachéales de sels de quinine, et je crois que cette pratique ne doit pas être oubliée;

C'est parfois pendant le stade de sueur que le malade commence à se refroidir et à pâlir; il se plaint de chaleur intérieure, demande des boissons fraîches, et, sans qu'il en ait conscience, son corps se rafraîchit, puis la face devient cadavéreuse, il y a de l'agitation, de la soif, la voix se casse, le pouls devient petit et précipité, la peau se couvre de sueur froide et visqueuse, et la mort souvent arrive en pleine connaissance, l'intelligence restant intacte, ou bien, au bout de quelques heures, la chaleur revient peu à peu et le malade se rétablit.

La forme cholériforme existe seule, ou bien elle est unie à la précédente; elle se caractérise par des diarrhées profuses, incoercibles, et les symptômes analogues à ceux du choléra :

suppression de l'urine, voix cholérique, crampes, vomissements. Si on ne porte rapidement le remède, le malade succombe au milieu du choléra asphyxique.

Dans la forme diaphorètique, qui s'observe souvent dans l'Inde, les deux premiers stades sont normaux, ou plus courts que d'ordinaire. A la période de sudation, les sueurs sont d'une abondance excessive, mais deviennent froides ; il y a un refroidissement de la peau, le pouls baisse : le malade est très oppressé, souvent il y a suppression de l'urine, des selles profuses, couleur lavure

de chair, puis plus tard décolorées.

3° Symptômes pernicieux cardiaigiques. Us s'observent parfois sans qu'il y ait eu aucun prodrome. Us sont caractérisés par une douleur vive, déchirante à l'épigastre et au cœur, survenant en général dans le stade de frisson et accompagnée souvent de nausées, de vomissements, d'angoisse, de refroidissement général et de syncope. La mort survient ordinairement au deuxième accès.

i° Symptômes pernicieux thoraciques. On a décrit des pneumonies intermittentes : Grisolle, cependant, admet l'existence d'une fièvre pernicieuse, pleurétique et surtout pneumonique. Dans le cas de pneumonie intermittente, le frisson, la chaleur, la dyspnée, les crachats sanguinolents, le râle crépitant se manifestent du côté du thorax ; puis, avec la sueur, tous les symptômes s'affaiblissent ou disparaissent s'il n'y a que de l'hyperhémie du poumon, mais les signes stéthosco piques persistent si la lésion est plus avancée, seule la fièvre et les signes subjectifs diminuent.

Rarement il y a de véritables pneumonies intermittentes; il y a plutôt des pneumonies, des bronchites ; ces dernières coïncident avec la fièvre intermittente et donnent lieu, au milieu de l'accès, à de la dyspnée, à des douleurs, etc.

en tout cas, c'est ici le triomphe des injections sous-cutanées et vous devez toujours y avoir recours, que vous vous serviez soit de bromhydrate, soit de chlorhydrate, soit de lactate de : quinine; ici les doses doivent être notables, et vous ne devez jamais hésiter à atteindre et même à dépasser 1 gramme et aller jusqu'à 3 grammes ; il est même des cas où Ton a donné jusqu'à 5 grammes de sulfate de quinine.

Lorsque l'individu a subi longtemps les atteintes des Traitement fièvres intermittentes, et lorsqu'il continue surtout à habiter cachexie les localités infectées par la malaria, il subit des modifica- p*,U8lretions graves dans le fonctionnement de certains viscères. Sa rate s'hypertrophie outre mesure, son foie augmente de volume, son sang s'altère profondément, et on voit alors survenir les symptômes qui constituent par leur ensemble la cachexie palustre. Je n'ai pas à vous faire ici le tableau de cette cachexie, mais ce que je puis vous dire, c'est qu'au point de vue thérapeutique, les alcaloïdes du quinquina se montrent ici impuissants. Vous devez surtout user des préparations de quinquina, et mieux encore de l'arsenic, et enfin de l'hydrothérapie (1). Ce dernier moyen surtout est un des plus puissants résolutifs contre les engorgements spléniques et hépatiques, et l'on comprend le triomphe qu'on a obtenu dans ces cas par l'emploi des douches d'eau froide dirigées soit sur la rate, soit sur le foie.

C'est ici, bien entendu, une des applications de la médi- Traitement cation tonique sous toutes ses formes; mais, dans ces cas, JJJJ^ tous les moyens sont impuissants si l'individu ne se soumet pas au traitement hygiénique qui lui permet, dans certaines

(l)Fourcade soutient le traitement résultats dans les fièvres intermitde la fièvre intermittente par l'hydro- tentes rebelles au quinquina et aux thérapie. Elle donnerait de très bons autres fébrifuges (a).

(a) Fourcade, Du traitement des fièvres intermittentes par V hydrothérapie. Thèse de Paris, 1872.

Traraux d'assainissement.

Habitation.

circonstances, d'éviter l'action du miasme palustre. C'est ce traitement hygiénique qu'il faut que je vous expose.

Ces mesures sont de deux ordres : les unes, sur lesquelles je ne puis insister ici, ont trait au dessèchement des marais et à leur défrichement, les autres ont trait à l'hygiène privée. Vous savez que, pour les premières, trois méthodes sont surtout employées pour se débarrasser des eaux stagnantes; ce sont: l'atterrissement, l'écoulement, l'épuisement et dans tous les pays où existent des régions marécageuses, on s'est efforcé, par des travaux très coûteux et très considérables, d'assainir ces contrées (1).

Quant à l'hygiène privée, c'est ici que le médecin et Thy-

(1) Le dessèchement des marais s'obtient par les trois moyens suivants: l'écoulement, ratterrissement, l'épuisement. Pour l'écoulement, on dirige les eaux dans des canaux spéciaux et on empêche leur stagnation sur le sol.

L'épuisement s'obtient par des machines hydrauliques mues par la vapeur, par le vent ou par les eaux elles-mêmes.

Quant à l'atterrissement, on y arrive par trois procédés : le colmatage, le terrement et le warpage.

Le colmatage consiste à utiliser l'eau bourbeuse des torrents et à laisser déposer ainsi dans les points les plus excavés la partie limoneuse de ces eaux qui, par leurs dépôts successifs, élèvent le niveau du sol.

Le terrement consiste à détourner un cours d'eau qui se déverse dans le marais et à jeter incessamment dans ce cours d'eau de la terre qui, entraînée par le cours d'eau, élève le fond de l'excavation. Le warpage est un colmatage marin, c'est-à-dire que par un jeu d'écluses, on recueille le limon (warp en anglais, et tangue, en français) qu'amènent certaines

marées, et on l'utilise à l'exhaussement du sol.

Le défrichement et la mise en culture des terrains sur lesquels existaient des marais est une opération dangereuse. En pareil cas, dit Vallin, le défrichement est comme la première tranchée qu'on va ouvrir sous le feu de l'ennemi : plus rapidement on la creuse et plus vite on est à l'abri d'une mort certaine. Il faut donc effectuer très rapidement ces défrichements et les utiliser surtout en grandes plantations d'arbres qui, par les évaporations actives des feuilles, dessèchent le sol.

Pour le dessèchement de ces marais, on a fait des travaux considérables. L'un des plus récents et des plus importants, et que l'on considère comme un des ouvrages les plus étonnants du génie moderne, est le dessèchement du lac Fucino, par le prince Torlonia, qui a consacré à ce dessèchement plus de 40 millions de sa fortune.

Quand le marais ne peut être modifié ni par l'écoulement, ni par l'épuisement, ni par l'atterrissement il faut s'efforcer de le transformer

giéniste doivent intervenir pour fixer les bases de l'habitation et de l'alimentation. Vous savez que plus on s'élève, moins les miasmes palustres sont à craindre ; vous savez aussi que les miasmes sont entraînés par le vent, et c'est cette raison qui fait que Ton doit choisir un endroit élevé et à l'abri des vents qui passent à la surface des marais.

Vous exigerez que l'alimentation du fébricitant soit répa- Aiimentaratrice et que le vin entre pour une certaine part dans cette lIon* alimentation ; vous exigerez enfin que l'eau du marais ne soit pas utilisée en boisson. On a constaté l'influence de l'ingestion des eaux marécageuses sur la production de la fièvre intermittente. L'opinion cependant dominante aujourd'hui, c'est que l'absorption du contage de la fièvre intermittente se fait par la voie pulmonaire d'une manière à peu près exclusive. Malgré toutes ces précautions, vous ne pourrez éviter le plus souvent l'intoxication palustre; cependant il vous reste une ressource, c'est de maintenir toujours l'habitant des contrées maremmatiques sous l'influence de l'écorce du Pérou.

Il n'est pas douteux, en effet, que le quinquina et ses Traitement dérivés jouissent d'une propriété prophylactique, et dans PTqueUc~ une récente expédition sur la Côte d'Or d'Afrique contre les Àchantis, les officiers anglais ont mis très utilement en usage l'emploi préventif des sels de quinine. C'est là un fait très important, et je ne saurais trop vous recommander de prescrire, à toutes les personnes qui doivent parcourir ou habiter le pays où le miasme paludéen fait les plus grands

en étang, c'est-à-dire de maintenir possible, l'étendue du sol que les ses bords perpendiculaires, de ma- eaux mettent généralement à nu mière à diminuer, autant qu'il est pendant les saisons chaudes (a).

(a) Vallin, art. Marais, in Dicl. encycl. — Bouchardat, Traité d'hygiène publique et privée, 4881, p. 857. — Becquerel, Traité d'hygiène publique et privée. Paris, 1877,6* édit., p. 292. — Durand-Claye, Mémoire »ur le dessèchement du lac Fucino. Paris, 1878.

ravages, de se soumettre ainsi à un traitement préventif par les sels de quinine.

Les travaux de Laveran (a), confirmés depuis par les recherches de Richard en Afrique, de Zuber au Tonkin, de Marchiafava et Celli en Italie, en nous montrant l'existence de proto-organismes dans le sang des individus atteints de fièvre intermittente, et en classant ainsi ces pyrexies dans le groupe des maladies microbiennes, ce qui, d'ailleurs, est confirmé dans une certaine mesure par les propriétés aseptiques puissantes des sels de quinine, nous ont montré le pourquoi de cette action préventive.

En effet, chez tous les malades qui prennent des préparalions de quinine, les micro-organismes disparaissent rapidement, de telle sorte que l'on peut affirmer que la présence d'une certaine quantité de cet alcaloïde dans le liquide sanguin constitue un milieu de culture défavorable au développement de ces proto-organismes. L'utilité du traitement prophylactique de la fièvre intermittente par les sels de quinine parait donc aujourd'hui démontrée, et cela par des preuves cliniques et des preuves expérimentales.

J'en ai fini avec cette longue leçon sur la fièvre intermittente. J'espère que les développements dans lesquels je suis entré vous seront utiles, et je passe maintenant à la dernière leçon de ce Cours de clinique thérapeutique, au traitement des fièvres éruptives.

(a) Lareran, Sur le parasite de la fiètre intermittente. Société médicale des hôpitaux, 1885.

QUATRIÈME LEÇON

Sommaire. — Des fièvres éruptives. — De la variole. — Son traitement prophylactique. — De Tinoculation variolique. — Histoire de la variolisation.

— De la vaccine. — Importance de la vaccine. — Ses résultats. — Origine de la vaccine. — Du cow-pox et du horse-pox. — Des virus atténués.

— Du microbe de la vaccine. — De la vaccine animale et de la vaccine humaine. — Du vaccin. — De la vaccination. — Dangers de la vaccination. — De la syphilis vaccinale. — De la tuberculose vaccinale. — Activité de la préservation par la vaccine. — Conservation du vaccin. — Des vaccinations. — Leur importance. — Traitement de la variole. — Période d'invasion. — De la rachialgie et de la constipation. — Traitement de l'éruption. — Masque abortif. — Période de suppuration. — Lotions et bains désinfectants. — Des complications cardiaques. — De la médication éthérée-opiacée. — Période de dessiccation. — Traitement des complications. — Soins hygiéniques. — Traitement prophylactique de la scarlatine. — Traitement de la rougeole. — Traitement de l'éruption. — Traitement des complications.

Par leur ensemble symptomatique, les fièvres éruptives De ,a constituent un groupe naturel dans la classe des fièvres, et tarioleles indications thérapeutiques qui leur sont applicables méritent de nous arrêter quelques instants. L'une de ces fièvres surtout, la variole, par son traitement prophylactique, doit attirer particulièrement notre attention, et c'est sur ce point que nous allons insister.

Par l'aspect hideux que présente la face recouverte de thngmë pustules, par l'odeur repoussante qu'exhale le malade, par les cicatrices qu'elle laisse après elle et par son extrême Contagiosité, la variole a dû être considérée comme une des plus terribles épidémies, et l'on a dû s'efforcer, dès ses pre-

mières apparitions (1), de limiter les ravages de cet épouvantable fléau; et ne croyez pas, messieurs, que ce mot ravages que j'emploie soit ici pris au figuré, c'est bien au contraire l'expression rigoureuse de la vérité. Lorsque la variole en effet frappe des populations qui ont été indemnes de cette maladie, comme cela s'est vu dans certaines peuplades de l'intérieur de l'Afrique ou dans certaines îles de l'Océanie, on voit la population toute entière disparaître sous l'influence d'une épidémie variolique, et vous pouvez juger de lalélhalité de ces épidémies en vous rappelant ce qui s'est passé il y a peu d'années, en 1880, lors de l'arrivée à Paris de celte tribu d'Esquimaux, qui prirent la variole pendant leur pérégrination en Europe; tous furent atteints et tous succombèrent (a). inocula- L'observation des faits fournit d'abord un premier moyen ▼aride* de préservation; on constata en effet que les personnes qui avaient eu une variole une première fois étaient préservées d'autres attaques, et Ton songea alors à inoculer artificiellement la variole. Cette inoculation variolique, ou, comme on Historique peut le dire, cette variolisation, a été pratiquée il y a des

delavariolisatlon.

(1) On ignore encore à quelle épo- la variole, et que même ce dernier a que se sont montrées les premières préconisé le traitement de la maladie épidémies de variole. On affirme que parles bains froids. Ce sont les Aradans les livrés des brahmines,remon- bes qui ont passé cette maladie aux tant à trois mille ans, on trouve la Espagnols, et ceux-ci en Amérique, description de la variole. On prétend En France, au vi° siècle, Grégoire qu'elle régnait aussi endémiquement de Tours désigne la variole sous le en Chine, quelques-uns affirment nom de morbus varius, d'où est même que la variole est une des sept venu le nom de variole; Marias, plaies d'Egypte, d'autres enfin sou- évêque d'Avranches, lui donnait le tiennent qu'elle est contemporaine nom de varus, dont l'on a fait vérole delà naissance de Mahomet en 573. et auquel on a ajouté un diminutif Ce qui est positif, c'est que les Arabes pour la distinguer de la maladie que et Rhazès en particulier connaissaient Voltaire appelait sa sœur aînée (6).

(a) Gollin, Rapport au conseil d'hygiène sur une épidémie de variole ayant atteint des Esquimaux. Paris, 1881.

(6) Barthélémy, Recherches sur la variole. Thèse de Paris, 1880.

TRAITEMENT DES FIÈVRES ÉflUPTIVES. 863

siècles d'abord par les Chinois, qui se servaient de croûtes de variole (1) qu'ils introduisaient dans les fosses nasales. Puis elle fut mise aussi en œuvre en Circassie pour préserver les jeunes filles que Ton allait ensuite vendre au marché de

(1 La variolisation, ou inoculation de la variole comme moyen prophylactique, remonte à la plus haute antiquité ; pratiquée en Géorgie, en Circassie, en Chine, dans l'Inde et dans la Perse, elle fut introduite plus tard, en 1673, en Turquie par Timoni et Pitarino ; de là elle fut importée en Angleterre, dans la plupart des États d'Europe, et enfin en France. On pratiquait l'opération à tout âge et en toute saison ; on s'en abstenait seulement pendant les régies, la grossesse, les maladies épidémiques et les phlegmasies aiguës. On faisait aspirer par le nez des croûtes desséchées (Chine), ou bien on inoculait la maladie en déposant la matière variolique sur la peau dénudée par un vésicatoire, ou entamée par un se ton, une incision, une piqûre. En Angleterre et en France, on recourait de préférence à la piqûre, qu'on pratiquait à la partie interne des bras.

La variolisation pratiquée, on obtenait l'apparition d'un certain nombre de phénomènes. Dans la variole spontanée, il y a une seule éruption se répandant indistinctement sur toutle corps. Dans la variole inoculée, il n'en est plus ainsi, il y a deux éruptions. Pendant sept à huit jours il n'y a, sans fièvre, que des phénomènes locaux, développement graduel au point inoculé d'une pustule qui, vers le on-

zième ou douzième jour, séchera et laissera à la place une cicatrice. Vers le huitième jour, à la maladie toute locale succède une maladie générale, avec pesanteur de tête, malaise, frissons, fièvre, nausées, vomissements, et trois jours après apparition d'une éruption secondaire qui débute par le visage, pour s'étendre ensuite au cou, à la poitrine, aux membres. Ces boutons, en plus ou moins grand nombre selon les individus, entrent en suppuration au bout de trois jours et suivent jusqu'à la fin la marche habituelle des pustules de la variole la plus bénigne, sans laisser de cicatrices.

A côté des avantages que procurait la variolisation : atténuation des phénomènes fébriles, diminution du nombre des pustules, abréviation de la durée de la maladie, et surtout atténuation de sa gravite, il y avait aussi des inconvénients pour le sujet lui-même et pour l'entourage. Ce sujet pouvait parfois être bel et bien gratifié d'une variole grave, et toujours par ces inoculations faites sur plusieurs personnes on créait artificiellement des foyers contagieux qui répandaient le mal.

C'est en plein règne de l'inoculation que parait Jenner, et qu'il révèle au monde sa merveilleuse découverte de la vaccine (a).

(a) Timoni, Historia variolarum quœ per incirionem excitantur. Constance, 1715. — M ai tl and, Account of inoculating tke small-pox. Londres, 1722. — De la Condamine, Mémoire sur V inoculation de la petite vérole, Paris, 1754; Histoire de ^inoculation de la petite vérole. Paris, 1776. — Montucla, Recueil de pièces concernant Cinoculation de la petite vérole. Paris, 1756. — Tissot, /' Inoculation justifiée. Lausanne, 1754. — Gatti, Eclaircissements sur Vinoculalion de la petite

m LEÇONS DE CLINIQUE THÉRAPEUTIQUE.

Constantinople, et c'est de là que la femme de l'ambassadeur d'Angleterre, lady Worthly Montagu,eni721, rapporta dans son pays le principe de l'inoculation, et bientôt sous son influence cette pratique se répandit en Europe. Mais, malgré toutes les précautions prises, cette variolisation n'était pas sans danger, car l'inoculation d'une variole bénigne peut déterminer une variole grave chez l'inoculé; et quoique ce fût là un réel progrès, on n'en constatait pas moins un décès au minimum sur trois cents inoculations. Jenner (1), qui était, comme vous le savez, médecin ino-

(1) Connue et pratiquée, dit-on, depuis longtemps déjà dans les Indes, en Perse et dans les Cordillères des Andes, la vaccine n'avait pas encore pénétré en Europe, et au moment où Jenner fit ses premiers essais en Angleterre, l'inoculation variolique était fort en honneur. Certains médecins avaient bien fait remarquer que quelques sujets restaient réfractaires à l'inoculation du virus, et que ces sujets avaient présenté autrefois aux mains une maladie pustuleuse contractée en trayant des vaches atteintes de cow-pox; mais ces observations avaient passé inaperçues et inappréciées. 11 était réservé à Jenner de tirer parti de ces observations et, après de longues recherches, de mettre en honneur la pratique delà vaccine.

Edouard Jenner, né à Berkley, comté de Glocester, en mai 1749, eut, à 20 ans, pour premier maitre, Ludlow, chirurgien à Sodsberg, et

c'est auprès de lui, dit-on, qu'il apprit incidemment que c la maladie des vaches > préservait de la petile vérole. Son second maître fut Hunter (John), avec lequel il entretint toujours commerce d'amitié. Chargé, dans le pays où il exerçait, de pratiquer les inoculations varioliques, Jenner constate de plus que ces mêmes personnes, employées dans les fermes, ont été atteintes aux mains d'éruptions pustuleuses qu'elles paraissent avoir gagnées en trayant des vaches qui présentaient au pis des éruptions semblables.

Frappé de ces faits, il entreprend des expériences et tente de substituer aux variolisations proprement dites l'inoculation avec le virus contenu dans les pustules développées primitivement chez l'animal ou secondairement sur les personnes. 11 considère, du reste, le cow-pox et la variole comme ayant pour origine première

vérole; Réflexions sur les préjugés qui s'opposent aux progrès et aux perfectionnements de l'inoculation, Bruxelles, 1766; Nouvelles Réflexions sur la pratique de l'inoculation, 1767. — Wrisberg, De inoculation e variolarum. Goltingue, 1765. - Petit (Ant.), Premier Rapport en faveur de l'inoculation, 1766. — Gaudoyer de Poijniy, Traité pratique de l'inoculation, Nancy, 1768. — Dunstale, The Présent Method of inoculation and small-pox, Londres, 1766, 1767, 1772; Tracts on inoculation, Î782. — Noël, Traité pratique de V inoculation. Reims, 1789. — Satinade. Traité pratique de l'inoculation. Paris, an VII. — Desotens et Valentin, Traité historique et pratique de l'inoculation. Paris, 1800.

culateur en Angleterre, par son immortelle découverte substitua la vaccination à la variolisation, et Ton fut dès lors en possession d'un traitement prophylactique de la variole.

DtU Yacelne.

un seul et même mal, une affection du cheval qu'il appelle le grease et qu'en France on nomme les eaux aux jambes. Pour lui, le cow-pox provient du horse-pox et est communiqué par les garçons d'écurie chargés de soigner les chevaux et de traire les vaches. — Jenner fait sa première expérience sur son fils en 1789; il lui inocule du swin-pox, puis quelque temps après il le variolise : la maladie ne se développe pas.

En 1796, il prend sur les mains d'une fille de ferme, Sarah Helmes, le virus contenu dans les pustules, gagnées en trayant les vaches, et il l'inocule à l'enfant Phipps; l'éruption se fait aux points inoculés, et quatre mois après il variolise l'enfant : l'infection n'a pas lieu, la variole ne se développe pas.

La vaccine était trouvée, mais ce n'est que deux ans plus tard, en 1798, que Jenner publie sa découverte dans un petit livre de 60 pages.

Des médecins se rallient aux idées de Jenner, et parmi eux, le premier, Pearson, reprend les expériences et obtient les mêmes résultats. Mais comme Simmons, Coleman et d'autres expérimentateurs, ils ne croient pas, comme Jenner, que le cow-pox soit dû au grease des chevaux. Woodwille, médecin de l'hôpital d'inoculations à Londres, ayant trouvé du cow-pox spontané, fait avec lui des expériences; il constate que les éruptions ne sont pas toutes semblables, et qu'il y a de véritables éruptions varioliques. Woodwille en concluait que les éruptions pustuleuses étaient clinique tbéràp., 6* édit.

inhérentes à la vaccine et que le cowpox n'était qu'une variété de variole.

Mais plus tard il est revenu de cette opinion; ses dernières expériences furent faites avec plus de soin, et il obtint les résultats annoncés par Jenner. Ses premières expériences étaient défectueuses; en effet, il est avéré que parfois il inoculait la variole en même temps que la vaccine ou quelques jours après; il faisait aussi ses opérations dans un hôpital où régnait la variole.

Les travaux de Jenner et de ses adhérents firent rapidement connaître la vaccine en Hanovre, en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie et jusqu'en Amérique. Elle fut partout pratiquée, malgré les obstacles que lui suscitèrent de nombreux adversaires (Moselez, Vauny, Herz, etc.).

Les détracteurs de la vaccine ont accusé Jenner de n'avoir pas foi en sa découverte, parce que, en 1799, après avoir vacciné sans succès son fils Robert et se trouvant dans un pays infecté de variole, il avait, faute de pouvoir se procurer du cow-poxt variolise son enfant.

Gomme à tous les inventeurs, l'invention de la vaccine fut contestée à Jenner, et en France même on dit qu'il avait été précédé dans cette voie par un ministre protestant de Montpellier. Que cela soit vrai ou non, il n'en est pas moins incontestable que si Jenner n'a pas eu l'idée première, à lui seul revient la gloire et le mérite d'avoir propagé la pratique des vaccinations.

A côté des questions de médecine, m. — 55

Je n'ai pas ici à discuter la valeur de la vaccine ; il existe bien un certain groupe très minime de médecins qui, sous le nom d'antivaccinateurs, prétendent que non seulement la découverte de Jenner est inefficace, mais, de plus, qu'elle est dangereuse ; mais leurs arguties n'ont pas amoindri la valeur préservatrice de la vaccine (1), valeur aujour-

Jenner s'occupait beaucoup d'histoire la variole avant et après la vaccine, naturelle, et il a publié divers mé- on peut consulter les chiffres contemoires sur ce sujet. nus dans le rapport de Lotz (de Bàle).

Il est mort comblé d'honneurs, à Ce dernier affirme que, dans le siècle

l'âge de soixante-quatorze ans; il avait dernier, un douzième de la popula-

eu une première attaque d'apoplexie tion de l'Europe succombait à la va-

•en 1820; il se rétablit, mais en jan- riole. Parmi ces chiffres, il faut si-

vier 1823 une seconde l'emporta (a), gnaler surtout le tableau suivant :

(1) Pour juger de la mortalité de

Mortalité annuelle moyen* Période! avant et aprèi snr an million d'habitante,

l'introduction de la vaccine, ^* i

auxquelles se rapportent Noms dea paya. Avant Apres

les données sur la mortalité l'introduction Hntrodacûoa

de la petite vérole. de la vaccine, de la vaccine.

1777-1806 et 1807-1850 Autriche inférieure 2484 340

1777-1806 et 1807-1850 Autriche sup. et Salzbourg... 1421 501

1777-1806 et 1807-1850 Styrie " 1052 446

• 1777-1806 et 1807-1850 lllyrie 518 234

1777-1806 et 1838-1850 Trieate 14036 182

1777-1803 et 1807-1850 Tyrol et Vorarlberg 9tl 170

1777-1806 et 1807-1850 Bohême 2174 215

1777-1806 et 1807-1850 Moravie 5402 255

1777-1806 et 1807-1850 Silésie autrichienne 5812 198

1777-1806 et 1807-1850 Galicie 1194 676

1787-1806 et 1807-1850 Bucowina 3527 516

1781-1805 et 1810-1850 Berlin 3422 176

1774-1801 et 1810-1850 Suède 2050 158

' 1751-1800 et 1801-1850 Copenhague 3128 286 (6).

(a) Jenner (Edw.), An Inquiry into the causes and tffects of the varioles voce. London, 1798, trad. franc, par de la Roque, Lyon, 1880 ; Further Observations on the varioles vaccinas or cow-pox, 1799; Appendix to the treatise on cow-pox, 1800; A comparative statment of tracts and observations relative to the cow-pox. 1800; On the origin ofthe vaccina inoculation, 1801 ; On the varieties and modifications of the vaccinm pustule occasioned by an imper fect staie ofthe skint 1819

— Woodwille, Reports of c séries of inoculation of varioles vaccinm, or cow-pox. Londres, 1799. — Pearson, Recherches historiques sur la vaccine. Londres, 1798

— Vauny, Réflexions sur la nouvelle méthode d'inoculation. — Herz (Marcus), in Journ. de Hufel., vol. XII, 1801. — Baron, The Life of Edw. Jenner, with illustrations of hit doctrines. London, 1838.

(b) Lotz, Variole et Vaccine (Rapport fait au nom de la commission sanitaire fédérale). Baie, 1881.

d'hui indiscutable et que tous les pays de l'Europe et du De u monde se sont empressés de reconnaître en favorisant la pro- Â^Z^^L pagation de la vaccine et en s'efforçant de l'inscrire comme cin*ll0° " une obligation dans les lois des différents pays. reticcin*-

La France, jusqu'ici, n'a pas encore adopté au point de vue législatif cette obligation, quoiqu'elle Tait fait d'une façon détournée, puisqu'en rendant l'instruction et le service militaire obligatoires, et en exigeant un certificat de vaccine et de revaccination pour l'entrée dans les écoles et l'incorporation dans les régiments, elle a forcé tous les Français à se faire vacciner et revacciner. Nous devons regretter que Cette loi d'obligation n'existe pas, car dans les pays où elle est appliquée avec rigueur, la mortalité par la variole n'existe pas, et en Prusse, par exemple, dans les documents statistiques, on a supprimé la variole, tant les décès par cette affection sont rares !

Nous n'examinerons pas ici toutes les questions qu'a soulevées l'origine de la vaccine (1); provient-elle exclusive-

(1) Jenaax admettait comme ori- Ce horse-pox naturel fat observé

ginedu vacd*c une maladie du talon en France en 1860, à Rieumes, près

du cheval qui, transmise à la vache Toulouse, par Laforgue, et en 1863

par les souillure* versées sur les par Bouley, à l'Ecole d'Àlfort.

chevaux malades, s* transforme en Ce horse-pox ou c grease constitu-

cow-pox >. Il appel* d'abord cette tionnel > est une maladie éruptive

maladie the grease et plus tard il lui vésico-pustuleuse qui siège particu-

donna le nom de sore heeTs (ulcère lièrement sur la peau et sur les mero-

des talons). branes muqueuses buccale et nasale

Le grease pour les vétérinaires et exceptionnellement sur la conjonc-

français s'appelle les eaux aux tive. Sur la peau, l'éruption a pour

jambes ; les Allemands l'appellent siège de prédilection la partie infé-

manke, les Italiens garpe. Heure des membres et de la tête.

Il est reconnu aujourd'hui que les Cette éruption est accompagnée d'un

eaux aux jambes ne sont pas. la véri- léger mouvement fébrile qui précède

table origine de la vaccine et ne pré- de trois à quatre jours l'apparition

serrent pas l'animal de la variole, des vésico-pustules. La confluence de

mais qu'il existe une autre maladie l'éruption aux jambes amène de la

à laquelle Loy a donné le nom de congestion, de la turgescence et des

grease constitutionnel et que Bouley ulcérations, et l'on comprend la con-

appelle horse-pox naturel. fusion qui a pu être faite entre les

Do cowpot ot du horte-pox.

ment de la vache, provient-elle au contraire du cheval ? Le cow-pox et le horse-pox ne sont-ils qu'une variole développée chez les animaux ? Y a-t-il identité entre la variole humaine et la variole des animaux? Ce sont là autant de problèmes de physiologie expérimentale qui sont loin d'être résolus et cela malgré de nombreux travaux, en particulier ceux de l'école vétérinaire de Lyon et son chef Chauveau.

Oui, il parait démontré que le horse-pox et le cow-pox sont bien la variole du cheval et de la vache, mais lorsqu'on vient à inoculer à ces animaux la variole humaine, on en re-

eaux aux jambes et le horse-pox.

Chauveau, Viennois et Meynet ont étudié le horse-pox artificiel, c'est-à-dire celui qui résulte de l'inoculation du vaccin d'enfant sur le cheval, et ont montré les différences qui existaient lorsqu'on faisait ou des inoculations ou des injections (Jans les veines, 'ou des injections dans le tissu cellulaire, ou lorsqu'on introduisait le produit par les voies respiratoires.

Chez la vache, il existe aussi une fièvre éruptive vésico-pustuleuse que Ton décrit sous le nom de cow-pox et qui peut être produite, comme chez le cheval, par l'inoculation du vaccin.

On s'est efforcé de savoir si la variole, le horse-pox et le cow-pox étaient la même maladie, et cette opinion d'unicité des trois maladies a été soutenue par Jenner, par Thiele (de Cazan), par Ceely (d'Àylesbury),

et a soulevé de nombreuses discussions à l'Académie de médecine, de 1863 à 1864. Depaul s'est montré le plus ardent défenseur de cette unicité, qui a été combattue par Bousquet, et cette opinion peut être résumée par ces mots : il n'y a pas de virus vaccin. — Ce n'est autre chose que le virus varioleux transporté chez la vache et le cheval.

Malheureusement, les expériences qui ontélé faites jusqu'à présent n'ont pu encore résoudre cette question, et les recherches de la commission lyonnaise montrent que, lorsqu'on inocule la variole de l'homme au cheval et à la vache, on leur donne une éruption différente du horse-pox et du cowpox, et que les inoculations faites sur l'homme avec ces pustules ne produisent point la vaccine, mais bien la variole (a).

. (a) Jenner, An inquiry into the causes and effects of the variolœ vaccina, a disease discoveredin some of western countries of Engùmd, parUculary Gloucestershire, and known by the name cow-pox.- Loodon, 1798. — Lay, Account ofsome expérimenté on the origin of the cow-pox,. 1802, et Bibl. brit., t XXI, p. 877. — Bouley, Leçons de pathologie comparée. Paris, 1882, p. 175. — Bousquet, De Vorigine de la vaccine chez le cheval. Rapport sur le mémoire de M. Laforgue (de Toulouse), in A cad. de m éd., 27 mai 1862. — Chauveau, Viennois et Meynet, Vaccine et variole. Nouvelle Etude sur l'identité de ces deux affections (Acad. de méd., ?0 mai 1865, et Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1865, p. 354). — Wariomont, Traité de la vaccine, 1883, p. 55.

, tire pour l'homme non pas la vaccine, mais bien la variole.

.I/identité du virus vaccin et du virus variolique est donc une hypothèse, mais qui deviendra bientôt une réalité scientifique, grâce à la belle doctrine des virus atténués de notre illustre maître Pasteur. Je ne puis ici résister au désir de vous dire quelques mots de cette doctrine, qui, née il y a à peine quelques années, occupe une si grande place dans le traitement prophylactique des maladies, et qui a éclairé d'une si vive lumière l'histoire des maladies virulentes et infectieuses.

Détournant le mot vaccine de sa première origine (vacca, vache), Pasteur a démontré que Ton pouvait par des cultures spéciales (4) des proto-organismes, agents de la contagion

Det virut atténués.

(1) On a pratiqué jusqu'ici l'inoculation par viras atténué pour trois affections : le choléra des poules, le charbon et le rouget du porc.

Le virus du choléra des poules est des plus actifs. Il doit cette activité à des bacilles qui se développent dans le sang et dans tout l'organisme de l'animal. Par la culture de ce bacille» on peut arriver à atténuer sa virulence et créer alors une variété de bacille qui, se reproduisant toujours identiques à eux-mêmes, sont capables de préserver les poules sans déterminer chez elles le choléra.

Pour le charbon, la première tentative a été faite par Toussaint (de Toulouse), qui élevait à la température de 50° le sang charbonneux défibriné, et c'était ce sang qui servait alors de liquide vaccinal. Pasteur, Houx et Chamberland sont arrivés, en cultivant les bactéries, à obtenir une variété de ces bactéries qui ne se reproduisent que par scission et sans spores; cette variété de bactéries s'obtient en les cultivant dans un liquide de culture à la tem-

pérature de 42 à 43*. Ces. bactéries, privées ainsi de. spore, ont perdu leur virulence et servent de virus atténué.

On peut, de ces variétés de bactéries atténuées du choléra des poules et du charbon, reproduire des espèces virulentes, et pour cela il suffit d'inoculer ces bactéries à des espèces de petite taille : le cobaye pour le charbon, le moineau pour le choléra des poules, de reprendre alors le microbe qui s'est développé dans ces organismes, et l'on arrive ainsi par des cultures successives à reconstituer la virulence première de ces bactéries.

Aujourd'hui les inoculations préventives pour le charbon sont un fait acquis au point de vue de la pratique, et c'est par milliers que, dans tous Jes pays de l'Europe, l'on pratique ces inoculations chez le mouton.

Letmers (de Chicago), puis Thuillier ont découvert chez les porcs atteints de rouget un microbe. Pasteur et Thuillier ont atténué ce virus et modifié ce microbe en le faisant passer successivement chez le pigeon et le

dans les maladies virulentes, créer ou, si' Ton aime mieux, selon l'heureuse expression de Bouley, domestiquer ces bacilles et créer alors de nouvelles espèces qui, tout en conservant un pouvoir préservateur, ne développent chez l'animal auquel elles sont inoculées que des symptômes atténués de la maladie dont elles sont originaires. C'est ce qui a été fait pour le choléra des poules, pour le rouget du porc et surtout pour le charbon, et aujourd'hui c'est par milliers que l'on compte les troupeaux que l'on a préservés, grâce à cette vaccination expérimentale, du charbon qui les décimait. Il doit en être de même pour la variole et la vaccine; malheureusement on n'a pas encore trouvé des procédés de culture pour développer le virus vaccinal, il faut que la variole s'atténue dans l'organisme de certains animaux, tels que le cheval. ou la vache, pour devenir un virus préservateur.

D'ailleurs, j'ai exposé longuement toute cette question des virus atténués dans les leçons que j'ai consacrées à l'hygiène prophylactique, et vous trouverez exposé tout ce qui a trait à ce grand problème de thérapeutique dans ces conférences (a) .

Le virus vaccin contient donc, me direz-vous, un microbe? vicdnâi. Assurément oui, et Klebs le considère comme absolument identique à celui de la variole. Ghauveau nous avait d'ailleurs déjà montré, dès 1868, que la lymphe vaccinale, dépouillée de ces corpuscules solides, devenait inactive (1).

lapin, et ce microbe atténué, inoculé raier, dans la lymphe vaccinale, des

à des porcs, les préserve, au moins cristaux qui seraient le principe es-

pendant un an, du rouget (b). sentiel de cette lymphe. Ces cris-

(1) Gluge, en 1838, a décrit lèpre- taux n'étaient que des corpuscules

(a) Dujardin-Beaumetz, Conférences de V hôpital Cochin, 1887-1888. — Hygiène prophylactique. Leçons sur les virus atténués. Paris, 1889.

. (6) Bouley, Leçons de pathologie comparée. Le Progrès en médecine par V expérimentation. — Duclaux, Ferments et Maladies. Paris, 1882. — Dujardin-Beaumetz, art. Bactérie, Dict. de thérap. — Chamberland, Revue scientifique, mai 1882. — Pasteur etThuillier, Du virus atténué du rouget des porcs (Acad. de méd.y séance 4u 27 novembre 1888).

Du microbe

Vous connaissez tous les procédés de vaccination, je ne Derôrappuis ici vous donner ni les règles de cette opération, ni la description de l'éruption vaccinale (1), vous rappelant seu-

nale.

brillants que Ton décrit sous le nom de corpuscules de Gluge.

Chauveau, en 1868, a montré ce fait capital, c'est que, quand on prive le vaccin des éléments corpusculaires qu'il renferme, la lymphe vaccinale devient inactive; pour obtenir cette séparation complète, Chauveau employait le procédé de la diffusion, et à une couche de liquide virulent il ajoute avec précaution et lenteur une couche d'eau; la diffusion s'établit, et toutes les parties solubles du sérum diffusent dans l'eau ; la partie superficielle du mélange, inoculée à des animaux, ne produit plus la vaccine.

Pour Hiller, le principe contagieux de la vaccine résiderait dans les granulations pâles opaques, les unes solubles dans la potasse, les autres au contraire insolubles.

Rlebs a trouvé le microbe de la vaccine : il serait identique à celui de la variole, il aurait des dimensions de 0a6. Us se présenteraient souvent par groupes de quatre, de là le nom de micrococcus quadrigeminus (a).

(1) L'éruption vaccinale régulière s'effectue de la manière suivante (Bousquet) : c Le premier et le second jour on n'aperçoit rien, si ce n'est pourtant une apparence de vie dans les piqûres, signe visible d'un travail profond et caché ; mais pour des yeux inexpérimentés, le sujet vacciné est comme s'il ne l'était pas ; c'est la période d'incubation commune à toutes

les maladies contagieuses et principalement aux fièvres éruptives. Du troisième au quatrième jour, un peu plus tôt en été, un peu plus tard en hiver, on aperçoit sur chaque piqûre un point rouge, plus sensible au toucher qu'à la vue : en effet, le doigt distingue très nettement un petit engorgement ; il ne fait que commencer, mais il n'en doit pas rester là.

Le cinquième jour à compter de celui de l'inoculation, ou le deuxième de l'éruption, ce bouton se prononce davantage, mais il n'a aucun caractère particulier propre à le faire connaitre pour ce qu'il est, en sorte que si l'on n'était pas instruit des antécédents, on n'en soupçonnerait pas la nature.

Parvenu au sixième jour, il est impossible de se tromper; au lieu de se développer en pointe comme il avait commencé, le bouton s'élargit, s'aplatit, se creuse légèrement au centre, et prend une teinte blanchâtre tirant un peu sur le bleu, laquelle joue le reflet de l'argent et de la nacre. En même temps la base s'entoure d'un petit cercle rouge encore très circonscrit, mais qui s'étend chaque jour davantage.

Le septième et le huitième jour, mêmes symptômes un peu plus marqués. La pustule, alors dans toute sa vigueur, se présente aussi avec tous les caractères qui la distinguent:

large d'une à deux lignes, d'un blanc

(a) Gluge, Anatomie microscopisch. Winden, 1S38. — Chauveau, Nature des virus. Détermination expérimentale des éléments qui constituent le principe mrwlent dans le pus variolique et morveux (Acad. des sc.t 24 février 1868, et Ga*. hebd., 13 mart 1868, p. 165). — Klebs, Arch. fur experim. Path., t. X, p. 2 et 3. — Hiller, Untersuchungen uber dos Contagium der Kuhpocken (Centralbl.j n" 20 et 21, 4876).

lement qu'il parait aujourd'hui démontré que le nombre

des inoculations varioliques et l'intensité de l'éruption

légèrement azuré, entourée d'une auréole plus ou moins étendue, déprimée à son centre et terminée par des bords durs, saillants, plus élevés que le reste de la surface.

Le neuvième et le dixième jour, cet appareil de symptômes acquiert encore plus d'intensité; mais le changement le plus remarquable se passe dans l'aréole, dont la couleur plus vive, plus vermeille, disparaît plus difficilement à la pression du doigt et s'étend presque jusqu'à 9 ou 10 ligues en tous sens. Les parties sousiacentes sont engorgées, et cet engorgement est proportionné à l'intensité et à l'étendue de l'aréole.

Dès le onzième jour, le bouton commence à se flétrir; le reflet argenté s'altère et se brunit, l'aréole se rétrécit, pâlit et jaunit ; enfin, à dater du douzième ou treizième jour, le bouton se dessèche et se transforme en une croûte dure, noirâtre, qui tombe au vingtième ou vingtcinquième jour, en laissant â sa place une cicatrice indélébile, tellement caractéristique qu'avec un peu d'habitude il est presque toujours facile d'en connaître l'origine.

La cicatrice vaccinale est ronde, profonde, gaufrée, traversée de rayons et parsemée d'une foule de petits points noirs, qui répondent sans doute aux cellules dont les boutons sont garnis à l'intérieur. Il serait superflu d'ajouter que, plus la cicatrice est récente, plus elle se confond avec les téguments, mais elle ne s'efface jamais complètement.

Telle est la pustule obtenue par le

vaccin humain; avec le vaccin animal il y a quelques légères différences : les pustules sont ordinairement plus volumineuses, plus plates, plus blanches, la marche de l'éruption est plus lente, et son action locale peut être plus violente et accompagnée parfois d'engorgement des ganglions de l'aisselle.

La vaccine présente parfois des irrégularités : la période d'incubation, qui dure ordinairement trois à quatre jours, peut se prolonger au delà, jusqu'au dixième, quinzième et même vingtième jour. Dans l'éruption, quelquefois on voit les boutons se développer non pas simultanément, mais progressivement, les uns après les autres. Parfois aussi il se développe plus de pustules qu'il n'y a eu de piqûres, et elles se rencontrent non pas seulement sur les parties inoculées, mais encore sur tout le corps.

Ces cas se voient surtout chez les enfants atteints d'impétigo. Cette éruption généralisée est fâcheuse à cause de la réaction qu'elle procure, et surtout aussi à cause des cicatrices indélébiles que laissent les pustules. Aussi faut-il être prudent; s'il n'y a pas d'épidémie variolique, on peut différer la vaccination; s'il y a crainte de contagion, on pourra ne faire qu'une ou deux inoculations.

Dans certains cas, lorsque l'inoculation est faite profondément, il ne survient pas de bouton, et cependant l'individu peut être préservé, comme l'a bien montré une observation récente de René Blache (a).

(a) Bousquet, Traité de la vaccine. — R. Blache, Vaccine efficace sans manifestations cutanées (Rev. mens, des malad. de f enfance, décembre 1883).

vaccinale jouent un certain rôle dans la préservation (1), et les chiffres de Oppert et de Russel me paraissent à cet égard des plus instructifs. Mais un point sur lequel je dois insister, c'est la nécessité de la revaccination; en effet, le vaccin parait perdre, au bout d'une dizaine d'années, ses propriétés préservatrices; aussi, tous les États qui ont décrété la vaccination obligatoire se sont empressés d'y joindre la revaccination.

De tous les dangers que Ton a attribués à la vaccine, il *>• u n'en est qu'un qui doit appeler votre attention, c'est la pos- Y*cciuiie. sibilité d'inoculer la syphilis lorsqu'on puise son vaccin sur un vaccinifère syphilitique (2). À. Fournier affirme la réa-

(1) D'après Oppert, plus le nombre de pustules est élevé, plus la préservation est complète. Voici sur quels chiffres il se base :

Nombre

des deatr.

Pour 100.

Cas graves

envir. . . 82

Russel a examiné sur 972 malades, l'influence de la vaccination sur la variole, et il arrive aussi à cette conclusion : que l'étendue de l'éruption est en raison inverse des résultats de la vaccination ; on peut en juger par le passage suivant :

Éruption rare.

Belle cicatr. 74 0/0 M auv. cicatr . 37 — Pat de vacc. 13 —

Copieuse. Confluence.

(2) La syphilis vaccinale est au-

jourd'hui admise sans conteste par tous les observateurs, et Viennois, en 1860, en avait déjà réuni plus de 67 observations. En France, on peut évaluera 120 le chiffre des personnes infectées par la syphilis vaccinale.

En Italie, ce chiffre monterait à 300 ; en Angleterre, il ne serait que de 36. On peut d'ailleurs consulter à cet égard l'intéressante statistique fournie par Lotz (de Bàle). Pour la France, le chiftre des personnes in* fectées qui, comme nous l'avançons ici, s'élève à 120 depuis que l'attention a été appelée sur la syphilis vaccinale, doit être augmenté de plus 20 cas observée dans la garnison d'Alger.

Plusieurs hypothèses ont été faites pour expliquer l'introduction de la syphilis par la vaccine. D'abord l'inoculation directe par une lancette ayant été en contact avec du pus chancreux, ou bien par le contact de linges ayant été souillés par du pus de même nature, puis par la possibi-

(«) Oppert, Zur Imp fraye nachtrage %um Bericht det Hamburger Hulft-Blattemhûuu von 1871 (DeuUch. Klin. 1873, n* 23). — Russel, A Study of 972 cattt of mall-pox with référence to the modifying influence of vaccination (The Gla*gow Med. Journ., 1872).

lité et le danger de l' infection syphilitique par l'inoculation vaccinale, la science possède déjà de nombreux exemples qui établissent d'une manière irrécusable l'authenticité de cette infection. Celle-ci peut apparaître chez le sujet conta* miné, soit d'emblée, la vaccine avortant, soit ultérieurement à l'évolution de cette dernière, par une sorte de transformation in situ de la pustule vaccinale qui devient chancroïde» Cette dernière éventualité peut devenir le point de départ d'erreurs graves dans le diagnostic, la nature véritable des accidents locaux étant facilement méconnue. Toujours est? il que l'apparition d'un chancre constitue, ici comme ailleurs, l'exode nécessaire de l'imprégnation syphilitique.

La syphilis vaccinale parait comporter une gravité particulière, mais qui toutefois est une gravité d'emprunt dont les facteurs se trouvent dans le jeune âge, les conditions hygiéniques défectueuses, la misère. D'ailleurs tous les procédés de vaccination sont aptes à transmettre la syphilis : il suffit que le vaccin renferme le contage virulent, fait qui paraît lui-même indépendant de la présence des globules rouges dans la 1 y mphe vaccinale. C'est ainsi qu'on a vu l'infection se produire après l'inoculation d'un vaccin contenu dans des tubes renfermés ou desséchés depuis longtemps entre des plaques de verre. La conclusion de Fournier est absolue : il faut substituer résolument et définitivement la vaccination animale à la vac-

lité d'inoculation d'accidents secon- par Pellizari, qui a inoculé en 1862,

daires de la peau sur laquelle se se- à son élève, le docteur Bargioni, la

rait développée la pustule vaccinale; syphilis, en lui inoculant du sang

enfln, l'inoculation du sang vicié. extrait de la veine céphajique d'une

Cette dernière hypothèse a été vé- femme de vingt-cinq ans atteinte de

rifiée expérimentalement en Italie syphilis constitutionnelle (a).

(a) Viennois, De la transmission de la syphilis par la vaccination (Arch. gin. de méd., 1860, t. Iw, p. 640, t. H, p. 32 et 297). — Depaul, la Syphilis vaccinale, \Acad. de mid., décemhre 1864, et février 1865). — Lotz (de Bàle), Variole et vaccine. Bàle, 1880, p. 188. — Millard, Sur un cas de syphilis vaccinale {Union méd. décembre 1865, n* 147, p. 466),

cination humaine. Cette pratique donne seule les garanties nécessaires et elle les donne complètes.

En dehors de la contamination syphilitique, on peut observer une autre catégorie d'accidents qui paraissent dus à l'inoculation d'un contage infectieux d'ordre vulgaire. Ces accidents, qui revêtent parfois une apparence grave ^t très inquiétante, consistent généralement dans l'inflammation et l'ulcération des pustules vaccinales qui revêtent un très mauvais aspect. On observe parfois une éruption généralisée qui s'éloigne par certains caractères de l'éruption vaccinale. Localement la lésion peut ressembler à un chancre ou bien à une pustule d'ecthyma. Des faits de ce genre ont été signalés par différents observateurs. Pourquier les a rencontrés chez des enfants inoculés avec du vaccin animal et il les attribue à un organisme parasitaire, sorte de microcoque qui se retrouve dans les pustules du veau auquel on emprunte le vaccin. Pour s'en mettre à l'abri, il suffirait de faire une soigneuse antisepsie locale préalable : désinfection des instruments, lavages de la peau avec les solutions de sublimé ou d'acide phénique, etc.

Schmitz a rapporté également une épidémie survenue après l'usage de vaccin animal en tubes. Sur 82 enfants inoculés, une trentaine ont présenté des accidents pareils et qui consistaient dans l'apparition d'une éruption vésicobulbeuse éminemment contagieuse. Schmitz fit des cultures de contrôle avec des croûtes recueillies sur les bras et obtint des colonies de microcoques dont les inoculations à d'autres sujets restèrent, il faut bien le dire, à peu près stériles.

Mais aujourd'hui, l'antisepsie rigoureuse avec laquelle sont pratiquées les vaccinations et l'usage réclusif de la vaccine animale, ont rendu toutes ces craintes illusoires.

Ces faits ont été pour beaucoup dans le succès de la

vaccination animale, vaccination que Lanoix (a) et Chambon

ont importée, dès 1856, d'Italie dans notre pays; et vous

vaccine voyez à cet hôpital les succès que peut donner cette vaccina-

•aimiif. ^n anjmaje> aujourd'hui très répandue dans tous les pays

de l'Europe. Pour ma part, je considère le vaccin animal

comme supérieur au vaccin humain, avec le grand avantage

d'être sûr que la syphilis ne sera pas inoculée en même

temps que la vaccine. Mais aujourd'hui que les expériences

de Villemin sont hautement confirmées par la découverte

du baclllus tuberculosus, on peut se demander si, par cette

Deuu- voie, la tuberculose, fréquente chez le veau, ne serait pas

paru transmissible par le vaccin (1). Jusqu'ici nous n'avons

wctoe* aucune preuve de ce fait, mais il mérite d'être discuté, et

Warlomont (b), dans son intéressant travail sur la vaccine,

a consacré, à la réfutation de la possibilité de l'inoculation

de la tuberculose par la vaccine animale, des pages très

intéressantes auxquelles je vous renvoie.

Qu'il provienne de l'enfant ou bien de l'animal, le vaccin

Conserra-

taccin.

uon du peut être conservé plus ou moins longtemps. À notre Académie de médecine, où l'on se sert de la vaccine humaine

(1) Toussaint a fait des expériences Quant au porc, H serait aussi sur la possibilité de l'inoculation de devenu tuberculeux. Vulpian, à la la tuberculose par la vaccine. Avec suite de cette communication, a fait une pustule de vaccin d'un enfant en observer que c'est avec une grande excellente santé et provenant de pa- réserve que Ton devait accepter les rents robustes, il a fait à une vache résultats de Toussaint. De plus, il tuberculeuse des inoculations; il fait remarquer que ce n'est qu'après inocula la sérosité des pustules ainsi avoir reproduit ces expériences un obtenues à quatre lapins et à un porc; grand nombre de fois avec des rédeux lapins tués deux mois après ont sultats positifs que Ton pourrait montré toutes les lésions de la tuber- admettre cette inoculation (c). culose.

(a) Lanoix, De la vaccination animale (Acad. de tnéd., 15 mai 1856).

(b) Warlomont, Traité de la vaccine. Bruxelles, 1883, p. 268.

(c) Toussaint, Infection tuberculeuse par les liquides de sécrétion et de sérosité des pustules de vaccin (Acad. des se. Compte rendu de la séance du 8 août 1881).

et de la vaocine animale, on utilise uniquement des tabès capillaires et des plaques de verre. Dans les pays où on fait presque exclusivement usage du vaccin animal de conservation plus difficile, on se sert de poudre et même de pulpe de vaccin, et mon élève, le docteur Ciaudo (de Nice) (a), a montré Tactivité et la conservation parfaite de ces préparations vaccinales (1).

- La vaccine constitue, avec les moyens hygiéniques d'isolement et de désinfection le seul traitement prophylactique de la

(1) Le vaccin animal ou humain se conserve de différentes façons :

• Tubes. Ici le vaccin est liquide et conservé dans des tubes capillaires.

Il suffit de briser ces tubes pour en faire sortir le vaccin.

Plaques de verre. On peut recueillir encore le vaccin entre deux plaques de verre, et il suffit d'humecter avec de la salive ces plaques pour en recueillir le vaccin.

C'est sous ces deux formes que l'Académie de médecine exporte le vaccin humain, les tubes étant de beaucoup préférables aux plaques verre.

Plaques d'ivoires. Au lieu de plaques en verre, on peut se servir de plaques d'ivoire présentant une épaisseur de carte à jouer. Ces plaques d'ivoire, recouvertes de vaccin, sont promenées surles mouchetures faites à la peau, après avoir eu soin de les humecter avec une goutte d'eau tiède.

Le vaccin animal est d'une conservation beaucoup plus difficile; en Italie on se sert de poudre de vaccin et de vaccin en pulpe. Ciaudo (de Nice) nous a fait bien connaître ces divers procédés de conservation.

(a) Ciaudo, Du vaccin de génùte. Élude comparative du vaccin animal et du vaccin humain (Mémoire couronné par l'Académie de médecine. Paris, 1881) ; Du vaccin de génitte. Paris, 1882, p. 21 et 21. — Warlomont, Traité de la vaccine. Bruxelles , 1883, p. 249.

Poudre vaccinale. Veradini dessèche sous la cloche d'une machine pneumatique les pustules vaccinales* On peut réduire alors les pustules en poudre fine que Ton conserve à sec dans des tubes fermés, que l'on ferme avec un petit bourrelet d'ouate, et il suffit de placer cette poudre dans des plaies d'inoculation ou de la dissoudre dans l'eau glycérinée pour obtenir de nouvelles inoculations.

Ciaudo avait obtenu avec cette poudre desséchée pendant cent trente jours de bons résultats.

Vaccin animal en pulpe. On obtient à Milan le vaccin en pulpe de la façon suivante : on racle les pustules et on en fait une pâte homogène en y ajoutant un demi-gramme par pustule de glycérine chimiquement pure, on place cette pâte dans une petite fiole de verre que l'on remplit par moitié de glycérine pour faire office de bouchon.

Pour faire usage de cette pâte, il suffit d'enlever la glycérine et de prendre un peu de pâte sur l'extrémité d'une plume d'oie pour y puiser un liquide actif.

Mesures variole; tous les autres sont illusoires et même dangereux (1).

■SffT Les mesures hygiéniques comprennent un ensemble de moyens très complexes, et qui ont tous pour but l'isolement du malade, isolement qui s'impose surtout dans nos hôpitaux, et vous voyez aujourd'hui tes bons effets de cet isolement, grâce à des mesures, incomplètes il est vrai, prises par

isolement l'administration de l'Assistance pahjft^oe et la préfecture

mtudes. de police, qui ont mis, l'une à notre disposition des baraques isolées, et l'autre des voitures spéciales pour le transport des varioleux (a).

Nous connaissons aujourd'hui à peu près complètement le mode de contage de la variole, elles expériences de Zûlzer sur les animaux ont confirmé ce fait, déjà acquis, que c'était par les voies respiratoires que se faisait le plus habituellement ce contage varioleux (2). Brouardel nous avait en effet montré, en recueillant l'air des salles où on place les varioleux, que cette atmosphère était chargée de particules nombreuses provenant des croûtes desséchées à la surface des pustules, et c'est la pénétration de ces particules dans les voies respiratoires qui sert de porte d'entrée au virus vario-

(i) Théodore Roth (de Eutin) a voleurs, proviendrait de ce que* à proposéd'employer le vinaigre comme Madrid, des voleurs se seraient prémoyen prophylactique dans le traite- serves de la peste en employant ce ment de la variole, et ce traitement vinaigre (b). consiste à prendre pendant quinze (2) Zûlzer a étudié sur le singe les jours deux cuillerées à bouche de modes de transmission de la variole* vinaigre pur ou mélangé avec de D'après ses expériences, il résulterait l'eau. que le sang des varioleux est infeo

Roth aurait obtenu dans 106 cas tieux, que l'infection ne se fait pas

la préservation de la variole. Suivant par l'appareil digestif, ni par la peau

lui, l'origine du nom de vinaigre intacte, mais presque exclusivement

aromatique, surnommé des quatre par l'air respiré (c).

(a) Vidal, Rapports sur les mesures de police sanitaire applicables è la prophylaxie de la variole (Rev. d'hyg., t. 1", p. 542, 15 juiHet 1872).

(6) Roth, Die Pocken und der Etsig ein SchuUmittel 4agegen (Deulsch. Klûu, n° 40, 5 octobre 1872).

• (c) ZM?er, Zur Œtiologie der variola {Centralbl., 1874, n° 6, p. 82)»

leux. On doit aussi conclure de ces expériences que c'est surtout à la période de dessiccation que nous devons redoubler d'attention pour éviter la contagion.

Malheureusement, c'est la période de la maladie où l'hygiéniste se montre le plus impuissant; et jusqu'à ce qu'une loi frappe tout individu qui aurait été le point de départ d'accidents varioliques, nous ne pouvons empêcher les Tndt«individus, dans la convalescence de leur variole, de sortir tam^J* (le chez eux et de porter ainsi partout où ils se déplacent la maladie dont ils ont été atteints ; mais je me hâte et j'arrive maintenant au traitement proprement dit de la variole. . J'ai peu de chose à vous dire sur le traitement de la pé- période riode d'invasion ; cependant il est des cas où nous devons dWl,ionfavoriser le mouvement fluxionnaire vers la peau, et pour y arriver vous devez employer les tisanes sudorifiques et surtout l'acétate d'ammoniaque, qui peut rendre, vous le savez, d'excellents services en pareil cas(l). Vous aurez à Deu «combattre souvent la rachialgie, si douloureuse, et la cons- JÏ^JÎ tipation, si opiniâtre, symptômes qui se montrent constam- "p*1100ment dans la première période de la maladie. Vous arriverez, à l'aide de quelques liniments, à calmer la première, et de quelques purgatifs légers, à combattre la seconde,

(1) Delioux de Savignac emploie Sirop d'éther } Aa g) __

dans la première période de la va- 8if0P de capillaire.. )

riole, et pour favoriser l'éruption, IV ^ .,.,,,

cétate d'ammoniaque sous la formule , Par cu>»erées à bouche d heure en

suivante :

heure.

Pour calmer les douleurs lombaires, Acétate d'ammonia- w faut fa|re des frictions avec la pom-

que 15 grammes, made Suivante :

Eau de menthe.... \

Eau de fleura .d'o- / ^ on Chloroforme 10 grammes.

ranger i Essence de térébenthine 10 —

Eau de mélisse ; Baume de Fioraventi.. 80 — (a).

(a) Delioux de Savignac* Du traitement prophylactique et curatif de la variole (fiull. de thérap., 1870, t. LXX1X, pp. 885 et 423).

Masques •bortifs.

Période 4< suppuration.

Puis l'éruption apparaît ; si elle est discrète, si, de plus, le sujet a été vacciné, vous n'avez pas à intervenir d'une façon active; mais il n'en est plus de même si l'éruption est confluente, et tous vos efforts doivent tendre alors, surtout si vous avez affaire à de jeunes femmes, à empêcher l'éruption de suivre son cours, pour éviter ainsi les cicatrices indélébiles qu'elle occasionne.

On a proposé bien des moyens pour arriver à ce but, et Zimmermann, Serres, Briquet, Valleix,DeliouxdeSavignac, Âran, Revilliod, se sont occupés tout particulièrement de cette question (!)•

Les préparations mercurielles, et en particulier l'onguent napolitain et l'emplâtre de Vigo, ont la curieuse propriété d'empêcher le développement de ces pustules, et

(1) C'est Zimmermann qui a signalé le premier la propriété de l'emplâtre de Vigo cum mercurio pour arrêter révolution des pustules varioliques, mais c'est Serres qui, en 1835, a repris ses expériences. Serres se servait de l?em plâtre mercuriel découpé en petites bandes, et dont il faisait un masque complet sur la figure.

Briquet emploie l'onguent mercuriel mélangé à l'amidon dans les proportions que voici :

Onguent mercuriel . : 2 parties.

Amidon en poudre 1 partie.

et de cette pommade il fait une couche de deux millimétrés d'épaisseur sur la face, en recommandant qu'on la maintienne toujours intacte.

Valleix trouve ce mélange trop liquide et fait un mélange à parties égales d'onguent et d'amidon. Pour que ces pommades aient une action âbortive, il faut qu'elles soientappliquées dans les premiers jours de l'éruption.

Revilliod (de Genève) emploie comme traitement abortif des pustules de la face le mélange suivant:

Onguent napolitain 20 parties.

Savon 10 —

Glycérine 4 —

Ce mélange doit être appliqué avant la transformation des pustules en vésicules.

On a aussi proposé d'autres topiques. Robert Graves s'est servi de solutions de gutta-percha.

Schwimmer (de Buda-Pesth) emploie, pour éviter les cicatrices, le mélange suivant dont il fait des masques qu'il applique sur la peau et sur les membres :

Acide phénique. ... 4 à 5 grammes.

Huile d'olive 40 —

Craie lavée en poudre.. GO —

On applique cette pâle molle sur des morceaux de toile.

Zûlxer veut que l'on traite locale*

on a utilisé ce pouvoir abortif en plaçant des masques faits avec ces préparations sur le visage des malades. Àran et Delioux de Savignac ont même proposé de substituer à ces onguents ou pommades le collodion au sublimé (1), qui est d'une application plus facile; malheureusement, ce collodion, si élastique qu'on le suppose, se prête peu à la distension considérable de la peau que déterminent les éruptions varioliques, et, malgré les avantages très réels de celte méthode, j'ai dû l'abandonner, et je suis revenu au procédé primitif de Zimmermann.

Voici comment je procède : j'applique, sur le visage, de l'emplâtre de Vigo cum mercurio, en masse épispastique, et j'en recouvre avec soin toutes les parties de la face, puis je saupoudre le tout avec la poudre d'amidon, et j'ai soin d'oblitérer, par de nouvelles couches de pommade et d'amidon, les fissures et les craquelures qui se produisent dans ce masque. Vous arriverez ainsi, lorsque, bien entendu, vous avez appliqué ce masque protecteur aux premières

ment les pustules varioliques par dans la variole un collodion mercu-

une compression légère. Sous Tin- riel dont voici la formule :

fluence de cette compression les Sublimé corrosif 30 centigr.

pustules se dessèchent avec une ra- Térébenthine de Venise.. 1» 50

pi dite surprenante et la fièvre dirai- Collodion 30 grammes.

nue (a). çe collodion s'applique avec un

(1) Delioux de Savignac emploie pinceau sur toute la face (b).

[a) Zimmermann, Traité de V expérience, t. U. — Serres ; voir Gabriel, Recherches sur quelques points de Vhistoire de la variole. Thèse de Paris, 1837. — Briquet, Mémoire sur V emploi des topiques mereuriels {Arch. g en. de méd.t 1838). — Valleix, Leçons cliniques (Un. méd., 8 février 1853). — Révilliod, Variole. Traitement abortif des pustules de la face {Journ. de phamu et de chim.t avril

1873, p. 323). — Aran, Soc. méd. des hâp., 25 septembre 1860. — Dujardin-Beaumetz, Soc. méd. des hôp., 1872. — Robert Graves, Bull. gèn. de thérap., 30 septembre 1852. — Schwimmer, Zur Thérapie der Variola von Standpunkte der Micrococcus-Lehre (Deutsch. Arch. f. klin. Med.y Bd XXV, Heft 2 et 3, p. 178). — Zulzer, Zur Pathogène se und mecanischen Thérapie der Variola (Berl. klin. Woch.f

1874, 22 juin, n9 25).

(b) Delioux de Savignac, Sur le traitement abortif des pustules varioliques (Bull* de thérap., 1835, t. XGV11I, et Nouvelles Observations sur le traitement abortif des pustules varioliques (Bull, de thérap., 1870, U LXXIX, p. 97).

CLINIQUE TBÉRAP., 6* édit. 111. — 56

périodes de l'éruption, à faire avorter les pustules de la face, sauf, cependant, au pourtour des lèvres et de la bouche, où les mouvements incessants de ces ouvertures musculaires empêchent ce masque d'adhérer.

On peut rapprocher de ces divers moyens dans lesquels les composés mercuriels jouent un rôle important, celui qui a été proposé et appliqué par Renault, moyen qui consiste dans l'emploi de pulvérisations de solutions faibles de sublimé sur la face des varioleux, au début de l'éruption et pendant l'épanouissement de celle-ci. Renault a vu, par celte pratique, les pustules de la face avorter en quelque sorte ou présenter un épanouissement incomplet, circonstance grâce à laquelle les cicatrices ultérieures étaient légères et à peine visibles. On peut croire que ce moyen agit surtout par l'action antiseptique du sel mercuriel et qu'il y a là quelque chose d'analogue à l'action abortive bien connue que les pulvérisations d'acide phénique exercent vis-à-vis du furoncle et de l'anthrax.

Dans certains cas, vous pourrez employer la méthode ectrotique de Serres et de Velpeau, méthode qui consiste à ouvrir chaque vésicule et à la cautériser avec du nitrate d'argent. Ce procédé, que l'on ne peut pas appliquer aux éruptions confluentes, doit être réservé pour les pustules qui se développent sur certains points et, en particulier, sur la cornée. Comme vous le savez, en effet, ces pustules peuvent, par leur progrès ultérieurs, perforer la cornée et amener la fonte de l'œil. Pour ma part, j'ai vu, malheureusement, plusieurs exemples de cécité complète, due à la négligence du médecin, qui n'était pas intervenu à temps dans des cas semblables.

Du côté des muqueuses, votre attention doit être appelée surtout vers la cavité buccale, où l'éruption amène une salivation abondante et surtout un gonflement très doulou-

reux de l'isthme du gosier; les gargarismesà l'eau de Vichy fraîche, les solutions de chlorhydrate de cocaïne apaisent assez souvent ces symptômes.

La fièvre s'est calmée, les symptômes généraux se sont amendés, et nous arrivons alors, si l'individu n'a pas été vacciné, à la période de suppuration ; la fièvre se rallume et apparaissent alors, comme dit Trousseau, les symptômes solennels, et en particulier le gonflement des mains et celui des pieds. C'est contre cette période de suppuration que les efforts de la thérapeutique ont été surtout dirigés. Elle constitue, en effet, la phase la plus critique de la maladie, et c'est surtout à cette période de suppuration que succombent les malades.

On a surtout voulu éviter la putridité qui résulte du contact incessant du derme dénudé avec le pus qui le baigne de toutes parts, et on a eu recours à des préparations antiseptiques. C'est ainsi que Chauffard avait pensé trouver dans l'acide phénique un traitement curateur et abortif des varioles confluentes (1); c'est ainsi que Guipon (de Laon) a proposé le perchlorure de fer (2) ; c'est ainsi que Jenna (de

(4) Chauffard a employé l'acide Acide phénique 1 gramme.

phénique cristallisé comme traite- Potion gommcuse 120 grammes.

ment de la fièvre secondaire desup- Sirop de quinquina 30 —

puration des varioles confluentes

graves, et il aurait vu, sous l'influence i cuillerée à bouche toutes les

de ce traitement, les symptômes fé- deux heures (a).

briles s'apaiser et les phénomènes de (2) Guipon (de Laon) emploie dans

suppuration diminuer. Il administrait le traitement de la variole le perchlo-

par jour un gramme d'acide phè- rure de fer, et les doses quotidiennes

nique cristallisé dans une potion de ont varié entre 12 gouttes, dose mi-

125 à 150 grammes. Audhoui, qui a nima, et 40 gouttes, dose maxima, et

employé la mémo médication, usait les doses totales pour toute la durée

de la potion suivante : de la maladie entre 56 gouttes ou

(a) Chauffard, Nouveau Mode de traitement de* varioles confluentes (Soc. méd. des hôp.y 1870, et Bull, de thérap., t. LXXVUI, p. 4*6). — Audhoui, Emploi de Vacide phénique dans la variole confluente {Bull, de thérap., 1870, t. LXXVIII,

Lotions et bains

Buenos- Ayres) a récemment conseillé l'essence de térébenthine (i). Toutes ces médications ont été abandonnées, et on détiTre^ est revenu aux médications locales, et en particulier aux bains et lotions désinfectants (2), qui nous rendent de très grands services et que je vous recommande tout particulièrement; ces bains doivent avoir 35°, et vous devez ajouter à l'eau du bain soit du chloral, soit des solutions de thymol, soit des vinaigres antiseptiques, et en particulier celui de Pennés- Leur durée doit être d'une demi-heure à trois

4 grammes et 556 gouttes ou 38 ",62.

Ce perchlorure de fer agirait à la manière des abortifs dans la variole.

11 y aurait atténuation ou suppression de la fièvre secondaire et développement plus faible des pustules.

Cependant le perchlorure de fer ne diminuerait pas la mortalité de la variole (a).

(1) Jenna conseille l'essence de térébenthine dans la variole hémorragique, il l'administre en potion à la dose de 6 grammes par jour (b).

(2) Les lotions et les bains désinfectants sont très nombreux. Les hypochlo rites ont été surtout vantés par Eisenmam (de Wûrzbourg), qui prétendait par ce moyen arrêter l'éruption variolique. Delioux de Savignac emploie aussi les bains chlorurés, bains qui consistent à placer 1 00 grammes d'hy pochlorite de soude dans un grand bain, mais il leur préfère les bains goudronnés, que Ton

confectionne en ajoutant 10 litres d'eau de goudron à un grand bain.

Delioux de Savignac ajoute quelquefois de l'acide phénique à l'eau de goudron.

Les bains chloralés se donnent en faisant dissoudre dans l'eau du bain 100 grammes de chloral.

Le vinaigre antiseptique de Pennés, que l'on a beaucoup employé en bains, en lotions, en pulvérisations, a la formule suivante.

Acide salicylique 300 grammes.

Acétate d'alumine.... 300 —

Aie. coûc. d'eucal. glob. 1000 —

— de verveine. 9000 —

— de lavande.. 1000 —

— de benjoin. 100 — Acide acétique à 8° 1000 —

Pour les bains, on emploie 100 gr.

de ce mélange pour un grand bain (c).

(a) Guipon, Propriétés abortives du perchlorure de fer dan» la variole (Acad. de méd., 14 avril 1874, et Bull, de thérap., 1874, t. LXXIV1I, p. 198).

(b) Jenna (de Buenos-Ayres), Annales de lo Circulo-mcdico argentine.

(c) Eisenmann, Du traitement de la variole par les lotion» chlorées (Bull, de thérap., 1859, t. LVI, p. 232). — Delioux de Savignac, Du traitement prophylactique et curaUfde la variole (Bull, de thérap., 1870, t. LXXIX, p. 438). — Pennés, Vinaigre antiseptique (Soc. de thérap., 18 avril 1877, et Bull, de thérap., t XCli,

quarts d'heure, et vous avez soin, durant ce bain, d'administrer des boissons toniques.

Je ne parle pas, bien entendu, des bains froids (1), qui ont été appliqués à la variole par Kônig, par Winternitz et par Clément (de Lyon) ; ces bains froids ont un tout autre but, c'est celui de combattre Thyperthermie, et quoique la pratique remonte à Rhazès, elle ne paraît pas s'être généralisée, et pour ma part je ne l'ai jamais employée.

(1) Rhazès, dont le nom véritable était Abou-Bekr-moham-Med ben Zakarya-Errazy, dont le dernier mot (Errazy) veut dire natif de Rey, dont on a fait Rhazès, employa le premier les bains froids dans la variole.

Le capnein Rovida traitait la variole et les fièvres éruptives par la glace, il faisait boire à ses malades de 900 à 1200 grammes d'eau glacée.

Currie a aussi usé des afTusions froides et des tisanes glacées dans la variole. Bohn disait que le bain froid rend l'éruption variolique plus discrète. Hebra préconise les bains froids dans la variole.

Kônig emploie les lotions froides dans le traitement de la variole; les lotions sont renouvelées toutes les heures et même davantage lorsque la fièvre est intense. On applique cette méthode réfrigérante dès le début de la maladie; la température de l'eau jusqu'à l'apparition des pustules doit être de 6% mais dès que celles-ci surviennent on doit l'élever de 10*. Kônig affirme que par sa méthode il supprime la période de sup-

puration et atténue l'intensité de la maladie.

Winternitz aurajt aussi tiré de cette méthode de grands avantages.

Weintraub soutient au contraire que cette méthode n'a aucun avantage et qu'elle présente de sérieux inconvénients.

Desnos et Huchard ont expérimenté les bains froids dans le traitement de la variole; pour eux l'eau froide n'agit pas à titre de médication réfrigérante dans les varioles cohérentes, confluentes et hémorragiques; elle n'est douée que d'une action sédative sur le système nerveux aux stades d'invasion et d'éruption.

Clément (de Lyon) a employé aussi la méthode réfrigérante dans la variole ; il donne des bains de 25 à 28% et suit la même pratique que daus l'application de la méthode de Brand.

11 ne donne pas ces bains dans la période d'éruption, ne les applique qu'au moment de la fièvre de suppuration, et se guide pour les administrer sur la courbe thermique (a).

(a) Kônig, Sur le traitement de la variole (Corresp. méd. de Boeme, n° 12, 1874). — Weintraub, De V emploi de Veau froide dam la variole (Rev. méd.-chir. de Vienne, 30 septembre 1874). — Clément, Du traitement de la variole par les bains froids (Lyon mèd.} février 1877, pp. 89, 153 et 225). — Hebra, Traité des maladies de la peau, t. 1", p. 267. — Desnos et Huchard, art. Variole, in Nouv. Dict. de méd. et de chir. — Labadie-Lagrave, Du froid en thérapeutique. Thèse d'agrégation, 1878, p. 143.

A ces moyens locaux il faut ajouter l'usage des poudres

désinfectantes, comme les mélanges d'acide salicylique,

employés par Baudon (1), ou les badigeonnages à la teinture

d'iode, comme les pratiquent Boinet, Delioux de Savignac

et Pioch (2). Ces pansements, joints aux bains et aux lotions

désinfectantes, permettent de débarrasser le malade de

l'odeur infecte qu'il exhale.

Des com- Mais il est un autre danger encore plus redoutable que

riic«uons cejui de ]a résorption purulente et qu'il nous faut combattre,

auquel. cesontlescomplicationsquiseproduisentducôtéducœur(3).

Desnos, Huchard, Brouardel,nous ont donné une description

(1) Baudon emploie la salicylate de soude à l'intérieur et à l'extérieur dans le traitement de la variole.

A l'extérieur, il se sert d'une pommade ayant la formule suivante :

Salicylate de soude 4 grammes.

Cold-cream 100 —

et la poudre :

Acide salicylique 6 grammes.

Talc 100 —

11 oint d'abord les parties avec la pommade et saupoudre le tout avec la seconde préparation (a).

(2) C'est Boinet qui a conseillé le premier la teinture d'iode pour le traitement local de la pustule variolique. Delioux de Savignac en recommande surtout l'usage, et voici comment il procède. Il n'emploie la teinture d'iode qu'à la période de la suppuration et contre les pustules du tronc et des membres. Pour éviter

une réaction vive, il fait ses applications en plusieurs séances, d'abord sur un membre inférieur, puis sur les bras, et enûn sur les différentes régions du tronc, et il revient à ses applications de teinture d'iode jusqu'à ce qu'il ait obtenu la dessiccation et le racornissement des pustules. Ces applications hâtent la cicatrisation, s'opposent à la résorption putride et favorisent l'effacement des cicatrices. Il donne en même temps de grands bains chlorurés et goudronnés.

Pioch emploie le mélange suivant:

Glycérine 3 parties.

Teinture d'iode 1 partie.

Mélange qu'il applique avec un pinceau toutes les quatre heures sur la peau (b).

(3) Les déterminations morbides qui portent sur le cœur sous l'influence de l'infection variolique ont

(a) Baudon, Du traitement de la variole par le salicylate de soude (Bull, g en. de méd., 1881, t. CI, p. 448).

(b) Delioux 'de Savignac, Nouvelles Observations sur le traitement abortif des pustules varioliques (Bull, de thérap., t. LXX1X, p. 97). — Pioch, Sur le traitement de la variole par le badigeonnage de glycérine iodé (Lyon méd.9 90 mai

fidèle de ces endopéricardites et de ces myocardites varioliques, et nous ont montré la cause des morts presque subites qui se produisent, lors de la période de la suppuration, chez les personnes avancées en âge. Ce sont ces troubles dans la musculature du cœur qui expliquent l'état du pouls Médicaet le délire anémique qui se montrent à la période dont nous ll™ e! parlons, symptômes que nous devons combattre par la mé- °Piacécdication tonique, à la tête de laquelle se placent l'opium et l'éther.

Notre collègue Du Castel (1) nous a montré tous les bénéfices que l'on pouvait tirer de cette médication éthérée-opiacée, et j'ai moi-même obtenu de cette médication de bons résultats, lorsque j'ai été chargé du service des varioleux qui se trouve dans cet hôpital. Vous employez l'éther en

été surtout étudiées, dans ces der- lésions valvulaires dans la variole, a niers temps, par Desnos et Huchard. montré qu'il se produit un épanche- Les complications cardiaques font ment sanguin dans le péricarde à la défaut dans la varioloïde discrète à face postérieure de l'oreillette droite ; pustulations peu abondantes; elles il a observé, de plus, des lésions porsont plus fréquentes dans les varioles tant sur l'aorte, en corymbe ou varioles cohérentes, Ces altérations du cœur se révèlent que Desnos rattache aux groupes par un bruit de souffle doux, profond, des varioles discrètes, et deviennent diffus et transitoire. Il y a souvent constantes dans les varioles confluen- un dédoublement du deuxième bruit tes vraies. du cœur, le pouls devient oscillatoire,

Elles sont caractérisées par des polycrote ; enfin il se produit du délésions inflammatoires du myocarde, lire dû à l'anémie cérébrale. Contre de l'endocarde et du péricarde, cet état, Huchard conseille la caféine L'endopéricarditevarioleuse apparaît pour stimuler les battements du surtout dans les varioles discrètes, cœur (a).

elle revêt surtout la forme végé- (1) Du Castel emploie le traitetante; la myocardite, au contraire, ment suivant dans la variole. On dans les varioles confluentes, cohé- pratique matin et soir une injection rentes. sous-cutanée d'éther d'une pleine

Brouardel, qui a aussi étudié les seringue de Pravaz. On donne matin

(a) Desnos et Huchard, Des complications cardiaques de la variole et notamment de la myocardite varioleuse (Un. méd., 1871). — Desnos, Considérations sur le diagnostic, le pronostic et le traitement des principales formes de variole (Soc. méd. des hôp., 1870) ; Notes sur les complications cardiaques de la variole et leur traitement (Bull de thérap., t LXXXI, 385). — Brouardel, Etude de la variole. Lisions vasculaires (cœur et aorte) (Bull. gén. de méd., décembre 1874).

injections sous-cutanées, en ayant soin de le faire pénétrer le plus profondément possible ; pour l'opium, vous usez de l'extrait thébaïque, à la dose de 10 à 20 centigrammes. Vous pouvez aussi vous servir du mode d'administration appliqué par Constantin Paul pour combattre le délire dans les maladies fébriles, et donner toutes les heures ou toutes les deux heures 10 gouttes de laudanum. A ces moyens, il faut ajouter l'alcool sous toutes ses formes, le café, la caféine, les préparations de quinquina, en un mot, tous les agents de la médication tonique.

Dans ces derniers temps, on a proposé l'emploi de la cocaïne dans le traitement de la varioloïde et de la variole. Luton (de Reims) a constaté que cette substance peut amener un abaissement considérable au début de la maladie ; elle exerce en même temps une influence marquée sur le développement de Téruplion, qui s'arrête et se flétrit avant d'arriver à son plein épanouissement. La cessation de l'emploi de la cocaïne est suivie d'une réapparition de la fièvre et des phénomènes locaux. Luton a donné jusqu'à 25 centigr. de chlorhydrate de cocaïne par vingt-quatre heures. II administre 1 centigr. toutes les heures, pour éviter l'accumulation des doses dans l'organisme. Ory a obtenu des résultats confirmatifs de ceux de Luton, et il a constaté aussi une diminution marquée des symptômes généraux.

La période de dessiccation survient, et pour hâter alors la chute des croûtes vous administrerez des bains savonneux,

et soir de 7 à 10 centigrammes 20 gouttes de perchlorure de fer.

d'extrait thébaïque. Plus le délire Pécholier, qui a employé cette mé-

est intense, plus on doit élever la thode, en a obtenu des résultats favo-

dose d'opium. EnGn on fait prendre râbles (a). par cuillerées une potion contenant

(a) Du Castel, Traitement de la variole par la médication éthérée-opiacée {Bull, gén. de tlierap., 1881, t. CI, p. 241). — Pécholier, Sur un cas de variole traité parla médication éthérée-opiacée (Bull, de thérap., 1883).

et vous ferez des onctions avec la vaseline, cette pommade Période de mmérale qui nous rend chaque jour de si grands services. ti0„. C'est à ce moment que surviennent les vastes collections purulentes, et votre attention doit être appelée sur ce point, pour ouvrir de bonne heure de pareils abcès. Il vous faudra aussi, par une alimentation substantielle, vous efforcer de réparer les altérations profondes que la variole a laissées à sa suite. Telles sont les règles principales de thérapeutique applicables au traitement de la variole, et je passe maintenant au traitement de la scarlatine.

La scarlatine n'a pas, comme la variole, de traitement

r 7 Traite-

prophylactique, caries tentatives d'inoculation de cette ma- mcntdeu

ladie ont presque toutes échoué (1). Impuissants à combattre l'invasion de la maladie par une vaccination, quelques médecins ont prétendu l'empêcher par une médication prophylactique, et, se basant sur cette idée fort étrange que puisque l'ingestion de la belladone donnait lieu à une éruption mont proscarlatiniforme, elle devait guérir la scarlatine, ils ont con- ^^f sidéré, à la suite d'Hahnemann (2), la belladone comme pouvant empêcher l'invasion de la scarlatine. Aujourd'hui celle question est absolument jugée, et l'on est d'accord

(1) L'inoculation de la scarlatine a traire, l'inoculation des vésicules de été surtout tentée par Miquel d'Am- la miliairequi accompagne la scarlaboise, Mandl, Petit-Radel et Most. tine. Darwin pratique l'inoculation Miquel (d'Amboise) se servait de des liquides fournis par les ulcérasang recueilli au niveau des plaques tions du pharynx. Quant à Most, il scarlatineuses, et il aurait vu se pro- propose l'inoculation du sang proveduire autour des piqûres un cercle nant de porcs atteints d'une sorte rouge disparaissant le septième jour, d'esquinancie, d'angine et d'éruption Ces sujets inoculés sont rebelles à érésipélateuse (a). la scarlatine. Leroy d'Étiolles aurait (t) C'est Hahnemann qui, le prévu les mêmes effets se produire à la mier, appliqua à dose homéopathisuite d'inoculation de sang de scar- que la belladone comme préservatif latineux. Mandl a conseillé, au con- de la scarlatine; il se basait sur ce

(a) Miquel d'Amboise, Bull, de VAcad. de méd.t 9 septembre 1834. — Leroy d'Etiolles, Etude sur le traitement prophylactique de la scarlatine par la bella-

De la contagion de la scarlatine.

pour avouer que cette médication est tout à fait illusoire. D'ailleurs, je considère la scarlatine, du moins à Paris, comme la fièvre éruptive la moins contagieuse, et le petit nombre de scarlatineux que nous recevons dans nos salles n'ont jamais propagé la maladie à d'autres malades. Vous savez, d'ailleurs, combien est différente la morlalité de la scarlatine suivant les pays; et tandis qu'en Angleterre les épidémies de scarlatine revêtent les caractères les plus graves, en France, au contraire, et en particulier à Paris, cette affection est presque toujours isolée et ne présente de dangers que parles complications qui peuvent survenir dans le cours de la convalescence. Je serai donc très bref sur les indications thérapeutiques que soulève le traitement de la scarlatine.

que la belladone à haute dose déter- par Walburton-Bebgie; en France,

minait une éruption analogue à celle par Ibreliste, Maissier, Féron, Stié-

de la scarlatine. Cette action prophy- venart, etc. Malgré les faits favora-

lactique a été expérimentée en Aile- blés invoqués par quelques-uns de

magne, en Angleterre et en France : ces auteurs, tout le monde est au*

en Allemagne surtout par Berndt, jourd'hui d'accord pour reconnaître

par Wolff, par Puchet, par Nufland, la belladone comme un moyen pro-

par Wildberg ; en Angleterre par phylactique illusoire dans la scarla-

Maclure, par Morris, par Balfour et tine (a).

dont et par C inoculation (Gai. hebd., 1878). — Sauné, art. Scarlatine, in Dict. encycL des *c. tnéd.

(a) Walburton-Begbie, Bristishand foreign medico-chir. Review, janvier 1855. — Berndt, Bestagende Erfahrungen ûber die SchuUkraft der Belladone, etc. (Hufel. Journ., t. II, st. LI, p. 5, 1829). — Wolff, Die SchuUkraft der Belladona gepruft in der UUten Scharlach-Epidemie (Horn. Arch., t. II, p. 490, 1822). — Puchclt, Bellad. ah SchuUm. gegen das Scharlach, geweirdigt heidelb. (Klin.Ann., t. V, 242, 1885). — Hufland, Die SchuUkraft der Belladona gegen das Scharl. nette, etc. {Hufel. Journ., t. LXI, st. 5, p. 3, et Berlin, 1826). — Wildberg, Einige worle ùber das Scharlachfieber und den gebr. der Belladona ois SchuUmittel gegen dasselbe, Leipzig, 1826. — Maclure, Remarks on the extracts of belladona given as prophylactic against the contagion of scarlet fever (Lond. Med. Gai., t. XXI, p. 363, 1838). — Morris, Experiment made to détermine the protective power of belladona in scarlatina {Amer. Journ.* 2* série, t XXXI II, p. 334, 1857). — Stevcnart, De V emploi prophylactique de la belladone dans la scarlatine épidémique, 1843. — Féron, Note sur l'emploi de la belladone (scarlatine) (Journ. des conn. méd.-chir., 1859, t. 11, p. 63). — Ibreliste, Expériences faites avec la belladone employée comme préservatif de la scarlatine (Bull, de la Soc. méd, d'ém., 1823, p. 201).

d'invasion.

d'éruption.

Dans la période d'invasion, période d'ailleurs fort courte, Wrioda on peut employer les tisanes sudorifiques, l'acétate d'ammoniaque et surtout le carbonate d'ammoniaque, qui a été vanté par Peart, par Wilkinson, par Strahl et par Ricken (de Bruxelles), à la dose de 4 à 8 grammes dans une potion.

A la période d'éruption, on s'est efforcé de diminuer Tar- pwode deur de la peau et de faciliter la desquamation par des onctions faites avec des corps gras (1); les uns, comme West, emploient l'axonge; les autres, suivant en cela une tradition populaire, emploient, cemme Eberth, le lard chauffé ; d'autres, comme Scoutetten, l'huile ; je préfère à tous ces corps gras la vaseline, qui présente le grand avantage de ne pas s'oxyder, et, par cela même, de ne pas rancir. Ainsi donc, vous emploierez, surtout à la période de desquamation, cette vaseline en onctions répétées sur tout le corps, et cela, d'une part, pour hâter la chute des plaques épidermiques, et, de l'autre, pour protéger la peau contre les agents extérieurs.

(1) West recommande de faire, excepter la face et les pieds; puis,

pendant l'éruption, des onctions la friction terminée, le malade est

d'axonge sur toute la surface du mis au lit et y reste pendant deux

corps. Eberth, en 1851, a mis en heures; puis le lendemain on lui

usage une autre pratique populaire donne un bain à la température de

qui consiste à faire des frictions à 35° et d'une heure de durée; en sor-

toutes les périodes de la maladie tant du bain on le recouche et on lui

avec un morceau de lard chauflé. refait une seconde friction huileuse.

Scoutetten employait l'huile légère- Ce traitement est exclusivement mis

ment tiédie, et voici comment il pro- en usage au moment où il doit quitter

cédait : à l'aide d'un morceau de la chambre et pour débarrasser la

flanelle imbibée de cette huile, on peau des pellicules qui la recou-

frotte pendant plusieurs minutes vrent(a). toutes les parties du corps, sans en

(a) West, Leçon* *ur le* maladie* de* enfant*, trad. d'Archambault, 2* édit., Paris, 1880, p. 828. — Scoutetten, Rougeole et scarlatine. Erreur* et préjugé* concernant le traitement de la scarlatine. Metz, 1868.

Cet état de la peau est, comme vous le savez, en effet, un des points dangereux de la période de la convalescence, par suite des complications rénales qui peuvent survenir ; vous devez donc exiger les plus grandes précautions dans la période de convalescence, et garder le malade six semaines dans la chambre, et au moins un mois dans le lit, et ne lui permettre de sortir que lorsque Tépiderme sera refait sur toute la surface cutanée. Vous aiderez cette reproduction par des bains chauds lorsque Tépiderme se détache en lambeaux.

Je ne vous parlerai pas ici des complications du côté du pharynx, vous connaissez tous les déterminations morbides de la scarlatine surl'arrière-gorge, qu'il s'agisse d'une angine pultacée, qu'il s'agisse d'une véritable diphtérie, comme le voulait Archambault, qui réunissait dans une même description la scarlatine et la diphtérie ; le même traitement est ici applicable, et c'est celui que je vous ai décrit à propos de l'angine couenneuse ; je n'y reviendrai donc pas (a). Mais il est une autre complication qui doit nous arrêter quelques instants. Je veux parler des manifestations nerveuses qui accompagnent certaines scarlatines dans leurs périodes d'éruption, manifestations qui sont tributaires d'un traitement auquel Trousseau a consacré un des plus beaux passages de ses leçons de clinique, je veux parler du traitement par les afïusions froides.

Préconisée par Currie (1), cette méthode est aujourd'hui devenue classique, et même pour certains médecins, et en particulier pour les médecins allemands, elle s'appliquerait

(1) C'est Currie qui a le premier scarlatine; il traita ainsi ses deux employé les affusions et les lotions fils atteints de scarlatine maligne, et d'eau froide dans le traitement de la de 1800 à 1804 plus de 150 malades

(a) Voy. t. Iî, Traitement des maladies du pharynx. Leçon sur l'angine couenneuse.

indistinctement à tous les cas. Ici encore, comme pour toutes dm bain* les applicationsdelaméthode réfrigérante, c'est plutôt contre les manifestations du système nerveux que contre l'élévation

froids.

de la façon suivante : le malade était déshabillé et mis dans une baignoire vide, et on versait sur lui de quatre à cinq seaux d'eau froide.

Depuis, cette médication a été très employée en Angleterre comme en France. Reed et Murray en 1803 ; Bruce en 1812, en Angleterre ; Caron (d'Annecy), et surtout Trousseau ont beaucoup vanté les affusions d'eau froide. Martin (de Nosen), Nasse (de Bielefeld), Besle (de Berlin), ont aussi employé en Allemagne les lotions froides. D'ailleurs, depuis l'application de la méthode réfrigérante au traitement des affections fébriles, les affusions froides et surtout les bains froids ont été très employés dans le traitement de la scarlatine.

C'est ainsi que Liebermeister affirme qu'il a employé avec succès les bains froids dans le traitement de la scarlatine, que Cohn a soutenu que les affusions froides étaient un traitement prophylactique de cette affection, que Pelz a employé ces bains pour abaisser la température, sans en tirer toutefois les mêmes avantages que dans les autres affections fébriles.

Eddison applique l'eau froide comme méthode générale du traitement de la scarlatine. La température du bain doit être de 37* à l'entrée, et on doit le refroidir graduellement jusqu'à 22# ; la durée du bain est approximative. 11 se demande même s'il ne serait pas bon de laisser

le malade plusieurs heures dans le bain, et même toute une journée*

John Taylor a étudié l'action du drap mouillé dans la scarlatine. C'est pour lui un des meilleurs moyens thérapeutiques pour provoquer et entretenir l'élimination cutanée entravée chez les scarlatineux. On doit renouveler l'application du drap de deux à quatre fois dans les vingtquatre heures, chaque application durant d'une demi-heure à une heure entière. Voici comment Taylor procède : oq prend une robe de nuit fendue en avant et plongée dans un quart de litre d'eau chaude, soit pure, soit mélangée par l'addition de quatre à huit grammes de teinture de piment ou d'un peu d'eau - de graine de moutarde. On revêt rapidement le patient de ladite robe, en ayant soin de la bien essorer, et on enveloppe les pieds d'une serviette imbibée du même liquide, puis on l'empaquette dans deux couvertures de laine, on y ajoute une troisième couverture de laine, et on place sur le tout un édredon.

Fraser a employé à la fin d'une épidémie de scarlatine les bains tièdes progressivement refroidis ou froids. En se guidant sur la température rectale et l'état nerveux, il a administré de un à six bains dans les vingt-quatre heures à ses malades.

Sous l'influence de ces bains, il aurait toujours observé de l'amélioration (a).

(b) Currie, Médical Reports on the effects of water cold and warm, as a remedy offever in olher dis ta tes. Liverpool, 1798 et 1804; extr. dans Biblioth. britann., t. XVII et XXX, par Odier, idem, 5# édit., 2 vol., 1814. — Reid et Murray, Scarlatine traitée par le* affusions froides {M éd. and Phys. Journ., t. XI, p. 27, 1803).

de la température que ces affusions froides pourront rendre des services, et vous ne pourrez mettre cette méthode de traitement en usage que lorsqu'il surviendra, au début de la période d'éruption, des phénomènes ataxo-adynamiques d'une haute gravité. Quant à moi* je n'ai jamais trouvé, depuis que je pratique la médecine, de cas de scarlatine assez graves et assez menaçants pour pratiquer une semblable médication. #

L'anasarque scarlatineux ne présente aucune indication thérapeutique spéciale en dehors de celle que je vous ai énumérée, à propos du traitement de l'albuminurie (a), et sans m'arrêter davantage aux médications antiseptiques (1) proposées contre la scarlatine, je passe maintenant au traitement de la rougeole.

Tndte- Maladie très contagieuse, mais offrant par bonheur peu ^"ieoio. de gravité, si ce n'est par les complications qui peuvent survenir, la rougeole ne présente aucune indication bien spéciale au point de vue thérapeutique, et le traitement s'adresse

(1) Sanson a proposé de traiter la traitement, il en aurait tiré de bons

scarlatine par les antiseptiques. Il résultats ; il l'aurait même employé

administre le sulfophénate de soude comme moyen prophylactique, et

à la dose de 1 gramme à 50 centi- pour lui ce médicament empêcherait

grammes. Brakenbridge a adopté ce l'infection (6).

— Bruce, Scarlatine traitée par les ablutions froides {M éd. Chir. Trans., t. IX, p. 275, 1812). — Trousseau, Des affusions froides dans le traitement des accidents nerveux de la scarlatine et du délire fébrile dans cette maladie (Un. méd., 1857, p. 411 ; Clin. méd. de l'Hôtel-Dieu, 5# édit., 1877). — Martin (de Nosen), Scarlatine traitée par les affusions froides {Bull, des se. méd. de Ferussac, t. X, p. 349, 1814). — Liebermeister, Handbuchder Pathologie und Thérapie des Fiebers. Leipzig, 1875. — Cohn, Hydrothérapie des S car lac h. Berlin, 1868. — Pili, Mitthtilungen uber Behandlung des Scarlachfiebers mit Rœdern (Jahrb. fur Kinderheilk., t. III, p. 253). — Eddison, Note on the treatment ofscarlet fever by the externat application of cold water with two cases (The Lancet, 4 et 18 septembre 1875, p. 340 et 414). — Taylor, Wet Sheet in Scarlatina (The Lancetf 14 novembre 1875, p. 692). — Fraser, The Bath Treatment in Scarlet Fever (The Pract., vol. XXVII, n* 1, p. 34, 1881).

(a) Voir t. II, Traitement des maladies des reins. Leçon sur les néphrites.

(b) Brakendrigc, On the prévention and treatment of scarlatine (Med. Times and Ga%.9 1875, t. II, p. 92).

bien plus aux manifestations morbides déterminées par la rougeole qu'à la maladie elle-même. Je n'ai donc que bien peu de choses à vous dire à ce sujet,- et vous n'aurez ici qu'à appliquer l'ensemble des moyens hygiéniques et thérapeutiques propres à toutes les fièvres éruptivcs, et qui consistent, avec les boissons tièdes et sudorifiques, dans l'éloignement de toute cause de refroidissement, et enfin dans l'examen attentif de tout ce qui peut se produire du côté de la poitrine, pour intervenir à temps, dès que surviennent des complications de ce côté (a).

J'en ai fini avec les indications thérapeutiques que je voulais vous fournir pour le traitement des fièvres éruptives.

Ces leçons terminent le cycle que je m'étais promis de parcourir, et, quelque incomplètes qu'elles aient été, elles vous fourniront cependant les données les plus pratiques sur l'ensemble des maladies que, dans notre pays du moins, vous serez appelés le plus souvent à combattre.

(a) Voy. t. H, Traitement des maladies du poumon. Leçons sur la bronchite aiguë et la pneumonie.

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