‹ Leçons de flore (volume 2)Chapitre 10 sur 82 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Sécrétions, excrétions. Du cambiunis

JLe renouvellement habituel de la sève, la formation de plusieurs substances différentes des sucs propres , la création de la matière végétale, sont dus à des opérations particulières désignées sous les noms de sécrétions et d'ejccrétions. Mais plus nous avançons dans ces mystères obscurs , plus la nature échappe a nos recherches. Quoique nous n'ayons que peu d'espoir de pénétrer dans ces secrètes opérations, essayons de saisir quelques rayons de lumière fournis par l'observation : elle nous apprend que les plantes , ainsi que les animaux, exhalent, par une transpiration insensible , une partie du superflu de leuis principes alimentaires; qu'elles en rejettent une autre partie par des excrétions fluides ou concrètes, et qu'elles produisent des sécrétions propres a chaque espèce de plante.

On doit entendre par sécrétions toutes les substances par-

ticulières qui diffèrent de la sève et des sucs propres, mais ni, la plupart, doivent être regardées comme le produit e ces deux fluides, et peut-être de quelqu'autre principe

qui s'y réunit. Ainsi il faut ranger, parmi les substances sécrétées^ ces vésicules remplies d'huile essentielle, répandues sur les fenilles, sur l'écorce des fruits et des tiges; ces liqueurs mielleuses , concentrées dans les nectaires ; le pollen renfermé dans les anthères ; les sucs divers que contiennent les glandes et les poils; des gommes, des résines particulières; des matières sucrées de diverse nature, telles que la manne, etc., qu'on peut, à la vérité, confondie avec les sucs propres, mais qui s'en distinguent lorsqu'elles occupent des organes particuliers. La plus remarquable et la plus essentielle de ces sécrétions est celle qui a reçu le nom de canibium.

Le camhium est une substance mucilagineuse , transparente, sans couleur ni odeur, d'une saveur assez semblable •A celle de la gomme, très-abondante entre 1 ccorce et le bois,

( 80 surtout en été. Le cambium paraît destiné a former de nouveaux organes, à se convertir en matière végétale : c'est à lui qu'on attribue la production des nouvelles couches d'écorce et d'aubit r. 11 est d'abord fluide, peu apeu ils'épaissit, passe ainsi a un état plus solide, et s'organise en tissu membraneux : c'est du moins Topuiion de très- habiles physiologistes, et de Duhamel en particulier, qui a vu le cambium se fomreretr gouttes mucilagineuses, et régénérer l'écorce sur le corps ligneux du tronc d'un cerisier.

La nature fournit aux végétaux des sucs nourriciers en si grande quantité, que leur surabondance augmentant continuellement surchargerait les plantes, et occasionerait, dans leurs organes, les mêmes ravages qu'exerce, dans ceux des animaux, le superflu des humeurs, s'il n'existait;, dans Técorce des tiges et dans les feuilles, des issues par où s'échappe leur surabondance au moyen d^émanations , la plupart insensibles a tous les sens, d'autres sensibles a l'odorat, à la vue, etc. : telle est la suenr et la transpiration insensible dans les animaux. Cette opération a été nommée excrétion .• tantôt ce sont des déjections liquides ou concrètes, tantôt des déperditions vaporeuses ou gazeuses.

« Les déjections, dit M. Mirbel, sont des sucs plus ou moins épais ou fluides, rejetés a l'extérieur par la force de la \égétation : ces sucs sont de la nature des résines, des huiles, de !a manne, du sucre, de la cire , etc. Dans \e ptelen trifoUata^ de petits grains de résine s'échappent en crevant Fépiderme; dans le rosier et le drosera, des sucs visqueux s'écoulent par l'extrémité des poils; dans les mimosa glaudulosa^ julibrissin^ etc., des glandes a godet, placées sur les pétioles, distillent diverses liqueurs; dans le mélèze, le tilleul, le saule, l'érable, le figuier, l'olivier, etc., des matières visqueuses et sucrées suintent par les pores invisibles des feuilles, et ces matières paraissent peu différentes de la manne qui couvre les feuilles du frêne; dans une multitude de fleurs, des glandes ou des pores excrétoires rejettent des humeurs dont les propriétés varient autant que les espèces : ime liqueur sucrée se dépose iiu fond du tube du jasmin ; une liqueur beaucoup plus abondante, et d'une saveur aussi agréable, remplit la corolle an gesiieria tomenlosn. Le méiiaathe ne porte ce nom que parce qu'une des divisions de son calice sert de réservoir à un suc mielleux. Aiton a trouvé

(83 ) du suc cristallisé dans l'appendice concave de la brillante fleur du strelitzia reginœ. Les six pétales de l'impériale ont chacun, a leur base, une petite cavité qui fait la fonction de glande excrétoire; mais la liqueur qu'elle distille a l'odeur de l'ail, tandis que sa saveur, d'ailleurs assez douce, a quelque chose de nauséabond. »

On doit encore rapporter aux déjections végétales cette poussière glauque qui couvre la surface des feuilles, des tiges , et même des fruits dans certaines plantes , tantôt en poussière fine, tantôt en couche épaisse, que Ton considère comme une matière analogue a la cire, indissoluble a l'eau ^ presque entièrement soluble dans l'esprit de vin. Au reste, il existe, dans la nature de cette poussière glauque, des différences assez remarquables, ainsi que l'a observé M. DecandoUe : celle des prunes renaît en peu de temps lorsqu'on l'enlève; celle des cacalies charnues ne renaît point lorsqu'elle a été une fois enlevée. 11 y a des feuilles qui sont glauques, parce que leur surface est couverte de petits poils extrêmement courts , visibles seulement au microscope : telle est celle des feuilles du framboisier. Ces petits poils retiennent autour d'eux de petites bulles d'air; de sorte que, lorsque l'on trempe la feuille dans l'eau, la surface glauque ne peut se mouiller; en général aucune de ces surfaces glauques ne se mouille par le contact de l'eau. 11 paraît que l'usage de cette poussière est de garantir de l'humidité et de la putréfaction les feuilles et les fruits charnus, sur lesquels elle existe en plus grande abondance.

La déperdition la plus habituelle consiste dans la transpiration aqueuse : elle est formée d'eau réduite en vapeurs, et d'une petite quantité de principes immédiats, solubles dans Teau , ou susceptibles de se vaporiser par la chaleur. Il n'est personne qui n'ait remarqué le matin, dans la belle saison, des sucs limpides sur les feuilles de beaucoup de plantes. Les feuilles des graminées sont terminées par une gouttelette : cinq gouttelettes paraissent k l'extrémilédescinq nervures des feuilles de la capucine; une quantité d'eau assez notable s'amasse a la surface des feuilles du chou , du pavot, etc. Musschenbroeck a prouvé le premier que ces liqueurs ne provenaient pas de la rosée, comme on l'avait cru jusqu'à lui, mais de la transpiration condensée par la fraîcheur de la nuit.

La transpiration s'opère par les pores corticaux ; elle est lus abondante dans les herbes , que dans les arbres ; dans es herbes à feuilles membraneuses ^ que dans celles à feuilles charnues; dans les arbres à feuilles caduques, que dans ceux à feuilles toujours vertes ; en générai, les plantes transpirent davantage dans un lieu chaud et sec, que dans mi lieu frais et humide ; elles transpirent beaucoup plus lorsqu'elles sont exposées a la lumière, que lorsqu'elles sont à l'obscurité. M. Sénebier a observé que , lorsqu'on expose une plante a l'obscurité, elle cesse subitement de transpirer, et continue encore quelque temps son absorption ; de sorte que son poids augmente un peu dans les premiers momens : c'est aussi ce qui arrive dans les premières heures de la nuit. L'influence de la lumière sur ce phénomène est tellement marquée, que la simple interposition d'un papier entre le soleil et la plante diminue la transpiration.

Si l'on met, ainsi que l'a fait le docteur Halle, dans un ballon de verre, une branche coupée, on reconnaît que la branche peid de son poids, et que le ballon se couvre de gouttes d'eau; lesquelles, étant recueillies, égalent a peu près le poids que la branche a perdu. Halle a mesuré cette transpiration avec beaucoup d'exactitude : il a placé un héîianthus^ d'environ trois pieds de l^auteur, dans un vase dont l'orifice était fermé par une plaque percée de deux trous; l'un d'eux donnait passage a la tige, l'autre servait à l'arrosement. Il a pesé exactement, pendant quinze jours, l'appareil soir et matin , et il a trouvé que la transpiration moyenne de la plante avait été de vingt onces par jour. La même expérience a été répétée, il y a quelques années, par MM. Desfontaines et Mirbel, qui ont obtenu à peu près les mêmes résultats. M. Sénebier a reconnu qu'assez généralement l'eau absorbée était, a l'eau rendue, comme trois est à deux; il a encore comparé la natrire de l'eau pompée avec celle de l'eau expirée; il a fait tremper des branches dans une infusion de cochenille , et il a vu que l'eau expirée était parfaitement transparente; il a cependant retrouvé quelque portion d'acide dans l'eau expirée par des plantes qui avaient trempé dans de l'eau mêlée d'acide muriatique et sulfurique.

La transpiration insensible produit tantôt du gaz acide carbonique, tantôt de l'oxigène, selon les circonstances qui accompagnent cette opération. Des expériences nombreuses

ont été faites sur Torigine de ces substances aériformes , et sur les causes qui déterminent leur dégagement ; je regrette que les bornes de cet ouvrage ne me permettent point de les rapporter ici : on en trouvera l'exposition dans les mémoires de MM. Ingen' House, Saussure, Séiiebier, etc. Je me bornerai aux observations les plus importantes. Parmi les crcrélions gazeuses ^ outre les âuides aériformes cités plus haut, on remarque encore ces vapeurs qui s'échappent des fleurs de la fraxinelle à la fin des beaux jours de Tété , et s'enflamment rapidement lorsqu'on en approche vuie lumière; mais les plus sensibles de ces excrétions sont celles qui produisent ces odeurs végétales très-variées, et qui n'ont souvent de commun entre elles que d'affecter l'odorat.

Toutes ces émanations ne sont pas indifférentes pour l'état de l'atmosphère, et principalement pour la santé de l'homme. Tandis que les feuilles et les plantes vertes , frappées par le soleil, versent dans l'atmosphère des flots bienfaisans de gaz oxigène, les fleurs , qui flattent si agréablement notre odorat, vicient l'air par leurs parfums. Cependant JNicholson a remarqué qu'en général les odeurs qui ne viennent pas des corolles n'agissent point sur les nerfs, même lorsqu'elles sont fortes, tandis que les odeurs produites par les corolles ont, surtout lorsqu'elles sont pénétrantes , un effet spasmodique très-marqué, et souvent dangereux. Des vésicules glanduleuses, pleines d'huile essentielle, fournissent les odeurs des tiges, des écorces et des feuilles; elles se conservent dans les plantes, souvent même après la mort du végétal. Les odeurs des fleurs cessent très-ordinairement après la fécondation, et c'est un des avantages des fleurs doubles, que la fécondation ne s^y opérant pas, leurs parfums sont plus durables ( Voyez Mi r bel , Eîémeiis de physiologie végétale ; DecandoUe, Flore française ; les divers ouvrages de Du* hamcl, Saussure, Ingen' House, Sénebier, etc. ).

Page 1