IBI
Voyez, pour exemple , celles du commelina et du justicia^ etc. (pi. 22, fig. 5). »
Les détails seraient infinis si l'on voulait parcourir la longue série des espèces : ils appartiennent à l'étude individuelle des plantes, et je n'ai rapporté les observations de M. Mirbel, que pour mettre le lecteur sur la voie des découvertes. JNous allons encore profiter des reclierclies microscopiques du même savant sur la nature et les caractères du pollen.
« Quand les valves des anthères s'ouvrent, le pollen se répand au dehors : il est composé d'une innombrable quantité de corpuscules organisés , ordinairement jaunes, quelquefois blancs, rouges, bleus, violets, verdâtres, etc., qui ressemblent a une fine poussière. Ces petits corps diffèrent souvent dans les espèces différentes. Pour les bien observer, il faut les mettre sur l'eau : l'humidité, en les dilatant, fait paraître leur véritable forme. Ils sont oblongs dans les ombellifères ; globuleux dans les cucurbitacées , les malvaci?es; icosaëdres dans le salsifis : ils approchent plus ou moins de la forme pyramidale, triangulaire dans les onagraires, le trapa, le fuchsia, etc. Leur surface est très-lisse dans un grand nombre d'espèces -, elle est armée de petites pointes dans les composées,, les malvacées, etc. : ils ont des côtes comme le meion cantaloup dans le symphytAim ; ils sont attachés les uns aux autres par des fils d'une extrême ténuité dans le rhododeiidrum ^ Vazalca, Vepilobiurriy la balsamine, etc.
« Chaque corpuscule, mis sur l'eau, s'enfie, se dilate et crève. On voit sortir alors, par l'ouverture, un jet de matière liquide qui s'allonge en serpentant (pi. 22, fig. i5), et s'élargit bientôt cpmme un léger nuage a la surface de l'eau. Cette matière paraît être de la nature des huiles : elle a, selon les espèces, plus ou moins de consistance. Celle q ui s'échappe du pollen du potiron et du passiflora serrata, offre uue multitude infinie de petits grains placés les uns a côté des autres : elle se maintient dans cet état durant un assez long temps ; mais a la fin les petits grains disparaissent, comme s'ils se fondaient; souvent, quand les corpuscules se sont tout à fait vidés, ils diminuent de volume, ils se plissent, ils changent d'aspect, et deviennent plus transparens.
( iBi ) i( Le pollen de beaucoup de végétaux brûle avec une vive lumière quand on le projette sur un corps enflammé : il <3onne , par l'analyse chimique , une quantité notable d'acide phosphorique, ce qui établit un singulier rapport entre cette poussière et la sécrétion animale, a laquelle il est naturel de la comparer; mais l'analogie paraît plus étonnante encore, si Ton fait attention a l'odeur particulière qu'exhale , nu temps de la fécondation , le pollen du châtaignier , de Vaylaiithus^ de l'épine-vinette, du dattier, etc., et peutêtre le pollen de toutes les plantes. »
'. D'après les faits que je viens de rapporter, on conçoit combien il est essentiel de considérer l'anthèie sous tous ses attributs , et surtout de ne pas perdre de vue , dans ces considérations , sa principale fonction , celle de féconder l'ovaire par le pollen lancé sur le stigmate : c'est de là que dépend l'indéhiscence de ses valves, ainsi que son attache sur le filament, toujours relative à la position du pistil. Ces rapports de position entre ces deux organes sont trop nombreux pour être tous cités : ils n'échapperont pas a ceux qui auront pris Fhabitude de les observer. Nous en verrons quelque apj)lication lorsque nous parlerons, ci-après, de la fécondation.
L'anthère, considérée dans son point d'attache avec le filament, est dite adnée lorsqu'elle y est fixée dans toute sa longueur, et qu'elle n'a point de connectif propre, comme dans les renoncules , elle est latérale lorsqu'elle n'est attachée que d'un seul côté du filament : le balisier ; tej^minale ^ si elle est située k l'extrémité du filament : le radis, le datura, etc. Dans les iris et les composées, l'anthère est attachée par une de ses extrémités, que l'on considère comme sa base , ou bien elle est attachée par le milieu , comme dans le lis; elle est immobile lorsqu'elle tient au filament de manière à ne pouvoir exécuter aucun mouvement, comme dans les composées, les orchis : dans le sens contraire, elle est mobile : le lis ; pilotante ou vacillmite : la tulipe , l'amaryllis, le lis, etc. Quant k sa déhiscence , nous avons déjà vu que l'anthère s'ouvrait assez généralement par des fentes longitudinales : elle s'ouvre par un ou phisieurs pores terminaux dans la pyrole, la morelle, les casses, etc.; par un opercule dans le brosimum; par des valvules dans l'épinevinette, le léontice, etc. : l'ouverture a lieu ordinairement
de haut en bas, plus rarement de bas en haut. Pour connaître la véritable forme de l'anthère, il faut lobserver avant la fécondation, et même la prendre dans le bouton, car il en est qui s'ouvrent de très-bonne heure : alors on ne les voit plus que déformées , ayant leurs valves étalées dans une position relative à leur mode de déhiscence.
L'insertion, la disposition, la proportion des étamines entre elles , leur connexion et leur nombre sont encore autant de considérations importantes qui , en fournissant de trèsbons caractères, nous démontrent de plus en plus combien la nature, tendant constamment à un seul but, la propagation de Tespèce, a su varier a l'infini ses moyens pour y arriver. La modification d'un des organes sexuels dans sa position ou sa forme, est presque toujours l'indice d'une modification relative dans les autres organes.
Considérées quant à leur insertion, les étamines sont dites hypogynes lorsqu'elles sont placées sur le réceptacle, au niveau de la base de l'ovaire, ou plus bas, telles que dans les crucifères, les renoncules, etc.; péri^ynes^ quand elles ont leur point d'insertion audessus de celui de l'ovaire : les myrtes, les rosacées, etc.; épigyjies ^ lorsqu'elles sont attachées sur le pistil : les orchidées, les aristoloches, etc.
Les étamines sont libres quand elles ne sont réunies ni par leurs filamens, ni par leurs anthères : le lis, les renoncules, etc., monadeïphes ^ lorsque les filamens ne forment qu'un seul corps : les malvacées ; diadeîphes ^ quand les filamens sont séparés en deux corps, comme dans la plupart des légumineuses (pi. 22, fig. 11), où l'on voit un seul filament libre, les neuf antres réunis en une membrane qui enveloppe le pistil; polyadelphes ^ quand les filamens forment plusieurs paquets au delà de deux : les milieperluis, les melaleuca ^ etc. ( pi. 22 , fig. 12 ) ; sjngénèsps ^ lorsque les anthères sont jointes ensemble par un de leurs côtés : les composées (pi. 23, fig. 3, 4? ^)'
Les étamines sont ép^nles , toutes de même longueur, ou inégales. On les nomme didjnames quand , étant au nombre de quatre, deux sont plus longues : les labiées-, tétradjnanies^ quand, au nombre de six , quatre sont plus longues : les crucifères.
Les étamines sont en nombre défini ou constamment le même dans les individus d'une mêiiie espèce; quand il en
( iB4 ) manque, c'est l'effet d'un avortement. Ce nombre va jusqu'à dix; d'autres le portent jusqu'à douze : au delà, le nombre n'est plus constant; les étamines sont en nombre indéfini et ne se comptent plus. Je trouve, à ce sujet, des observations très-judicieuses, présentées par M. de Clairvilie dans son Manuel d herborisation en Suisse et en Valais,
«: Les étamines, dit cet auteur ingénieux, répondent ordinairement au nombre des pétales, ou des découpures de la corolle monopétale, ou bien elles y sont au double. En observant, d'après ce principe, une fleur qui pèche par le nombre d'étamines , par exemple Valsine média ( la morgeline), qui a tantôt trois, cinq, sept étamines, quel est le nombre vrai qu'elle doit avoir .^ Cette fleur a cinq pétales, elle doit donc avoir cinq ou dix étamines. Dans les fleurs qui n'en ont que cinq, les étamines sont toujours alternes avec les pétales; s'il doit s'en trouver dix, les cinq antres sont placées vis-h-vis la base des pétales. D'après cette règle, une fleur à'alsine média ^ n'aurait-elle que trois étamines, pourvu qu'une de ces étamines soit en face d'un pétale, et les deux autres alternes, c'est une raison suffisante pour conclure que cette fleur doit avoir dix étamines. Dans le cas où les trois ou cinq étamines existantes se trouveraient toutes alternes avec les pétales, il faudrait alors consulter lanalogie, et, comme les autres membres de cette famille ont dix étamines, on a des présomptions très-fortes que Valsine média doit avoir aussi dix étamines. En comptant les étamines stériles, ou absentes par défaut, comme celles qui existent dans l'état de perfection, et cherchant toujours le nombre vrai, la marche est plus sûre. En général, les étamines pèchent rarement par excès, mais souvent par défaut : ceci peut également s'appliquer aux labiées, yi
2°. Le pistiL
Plus nous avançons dans les organes de la reproduction, plus nous voyons la nature, au milieu de ses étonnantes opérations, marcher constamment vers son but, la propagation et la multiplication des espèces. Tel a été l'objet de tout cet ensemble de fonctions et d'organes que nous avons examinés jusqu'à présent. Nous voici arrivés au plus impor-
( i85) tant, 3iii pistil, organe précieux pour la génération future, qui en contient tous les germes, et pour la conservation duquel la nature a fait concourir toutes les autres parties de la fleur. Placé dans son centre, et même quelquefois enfoncé dans le réceptacle, il est deiendu a l'extérieur par les filamens rapprochés des étamines, et même quelquefois par des bourrelets , des écailles ou autres appendices protecteurs : la corolle , le calice le garantibsent encore plus puissamment. Ces enveloppes florales restent tant qu'elles lui sont nécessaires ; après la fécondation , elles dispaiaissent a mesure que l'ovaire se fortifie.
Le pistil, organe femelle de la plante, est composé de trois parties, de V ovaire^ du stjle et du stigmate. 'Le style manque quelquefois, mais Tovaire et le stigmate ne peuvent manquer : ils constituent l'essence du pistil.
IJ ovaire est la partie la plus inférieure du pistil, et en même temps la plus épaisse : tantôt il est libre ^ c'est-à-dire qu'il n'est attaché que par sa base au réceptacle ; tantôt il est adhérent ou a demi adhérent lorsqu'il est en totalité ou a demi entouré par cette partie prolongée du réceptacle, que Ton considère généralement comme formant le tube du calice. Dans un grand nombre de plantes, il n'existe qu'un seul ovaire pour chaque fleur : les légumineuses, les crucifères, etc.; dans beaucoup d'autres, on en trouve plusieurs dans la même fleur ; les labiées, les renoncules , etc. L'ovaire renferme les embryons des semences, qui portent le nom à'o^niles^ tant qu'ils ne sont pas fécondés : ils sont attachés aux parois internes de l'ovaire, soit immédiaîement, soit par Tintermédiaire d'un filet ou d'un petit renflemeiit qui prend le nom de cordon ombilical, et la partie a laquelle adhèrent les ovules, celui de placenta. L'ovaire conserve sa forme extérieure ou il la change a mesure que le fruit grossit : dans l'un et l'autre cas, il forme cette partie du fruit que l'on a nommée péricarpe. L'intérieur de l'ovaire est simple, c'est-k-dire qu'il n'est partagé par aucune cloison : il est alors à luie seule loge, ou bien il se divise en plusieurs loges : chaque loge renferme une ou plusieurs semences; mais il arrive assez souvent qu'a mesure que l'ovaire grossit, des cloisons se détruisent, des ovules avortent, et qu'on ne retrouve pins dans les fruits le même nombre de loges et de semences qui existaient dans l'ovaire : d'où vient que l'on a
senti la nécessité d'étudier dans Tovaire îe nombre de ces parties, pour s'assurer des rapports entre des espèces dont de semblables avortemens avaient fait méconnaître la véritable place dans l'ordre naturel.
Le style est placé ordinairement au centre des étamines sous la toi me d'un petit pivot; il supporte le stigmate, et le met en rapport avec la position des étamines, dans la situation la plus favorable pour qu'il puisse recevoir l'effusion du pollen. Cette considération est importante à observer, et peut nous conduire souvent à saisir la cause de certaines positions particulières qui nous paraissent extraordinaires, ainsi que nous le verrons dans un des chapitres suivans ; mais ne perdons jamais de vue, dans cet examen, les importantes fonctions dont sont chargés les organes sexuels.
Le style met en communication le stigmate avec l'ovaire : ordinairement il termine ce dernier, et paraît n'en être que îe prolongement. C'est par le moyen du style que les sucs nourriciers parviennent de l'ovaire ou du réceptacle dans le stigmate ; c'est encore par lui que le pollen est porté sur les ovules : il y descend par des vaisseaux dont la finesse échappe a notre vue, mais dont nous ne pouvons méconnaître l'existence. Il est encore à croire que le style n'est que la réunion d'une foule de petits vaisseaux qui partent de chaque ovule , se réunissent en faisceau au sommet de l'ovaire, et se rendent ainsi dans le stigmate. Comment, sans cette communication, pourrions-nous concevoir la fécondation des ovules? Lorsque le style manque, ou quil n'est point apparent, ces vaisseaux se rendent immédiatement de l'ovaire dans le stigmate.
Tantôt il n'existe qu'un seul style et un stigmate simple, tantôt on compte autant de styles qu'il y a de loges ou de semences; d'autres fois cette correspondance numérique ne se trouve que dans les lobes du stigmate, ou dans les divisions du style, dont la partie inférieure ne forme qu'un seul corps. Plusieurs ovaires dans la même fleur amènent souvent autant de styles ; quelquefois aussi on ne voit qu'un seul st^'le commun à plusieurs ovaires. Dans ce cas, le ^tyle est placé sur le réceptacle, au centre des ovaires, et pénètre dans chaque ovaire par les ramifications de sa base, comme dans la bourrache, les labiées, etc. Dans la pervenche et autres apociuéesj un seul style s'élève de deux ovaires dis-
( i87 ) tincts, ou plutôt les deux styles y sont réunis en un seul j ailleurs, plusieurs styles couronnent un seul ovaire, cornino dans l'œillet, les silènes, les lychnis, etc.
Le stio^mcite est l'organe destiné a recevoir le pollen lancé par l'antlière : il en est pénétré. On ignore s'il s'y forme quelque élaboration particulière; mais ce dont ou ne peut douter, c'est que jamais le pollen ne pénètre dans le style sans le stigmate, et que, si on enlève ce dernier avant la fécondation, celle-ci reste sans effet. Il existe donc dans le stigmate une propriélé particulière qui doit influer sur le pollen ; peut-être consiste-t-elle a procurer la dilatation de tous les petits grains pulvérulens du pollen, a les enfler, a les faire crever, et a s'emparer de la liqueur prolifique qu'ils renferment, qui, du stigmate, descend par le style dans les ovaires qu'elle féconde. Le stigmate n'arrive à son état de
Ï)erfection qu'au moment même où les anthères doivent ancer leur poussière : il est alors humide, un peu visqueux, souvent couvert de petites aspérités ou de mamelons, et perforé a son orifice. Après la fécondation, il se dessèche et périt.
La forme du stigmate est très-variahle : il est linéaire dans l'œillet, la campanule; suhulé dans l'hippuris, le châta!gjn'er;yz7//brme ou capillaire dans le mais, le casuarina; globuleux j en tête ^ dans la primevère, l'ipoméa; hémispliérique dans la jusquiame dorée; qw massue dans Tépilobium; sagitté dans le thalitron ; anguleux dans la tulipe ; orhiculaire dans l'épine-vinette; peltè ou en bouclier dans la pyrole; étoile dans Tasarum; en crochet dans le baguenaudier; en croissant dar.s la fumeterre jaune; en croix dans la bruyère; concave dans le colchique; a trr.is lobes dans le lis ; en forme de pétales dans l'iris, etc.
CHxiPITRE VINGTIEME.
De la fécondation des plantes et des phénomènes qui raccompagnent.
Quelques détails sur la fécondation des germes dans les plantes, en confirmant cette belle découverte, ajouteront un nouvel intérêt aux grands phénomènes qn'elle présente. Maintenant que la Eeur entrouverte éclate de beauté, et se montre avec toutes les grâces et la parure de la jeunesse, hâtons-nous d'observer ce qui va se passer au milieu de cet appareil d'organes avec lesquels nous venons de faire connaissance : ils nous annoncent les apprêts d'une fête; c'en est une en effet, c'est la plus belle de la nature, c'est une véritable noce \ Déjà, d'après l'idée ingénieuse de Linné, dans le réceptacle est préparé le lit nuptial ; la corolle en forme la draperie ; l'anthère dorée , telle qu'un jeune époux , brille au sommet de sa colonne d'albâtre : elle attend que le
Fistil élève son stigmate humide. Il paraît , et-tout à coup anthère enîr'ouvre ses valves; le souffle de la vie s'en échappe sous la forme d'un léger nuage ; l'air est chargé des principes de la fécondité; ils se reposent sur le stigmate, le
Eénètrent, descendent jusque dans l'ovaire, et se distriuent dans chacun des germes ou des ovules. Sans cette étonnante fécondation, ceux-ci resteraient sans développement, quoique les sucs nourriciers leur parviennent en abondance. D'où vient donc cette inertie, ceiLe inactivité dans les ovules, ainsi que dans l'ovaire lui-même, dans cette partie qui doit former le péricarpe? Quel obstacle
' Au milieu de cette fête, n'^oublions pas nos abeilles; elles sout aussi tle la noce ; la nature leur en fait Tinvitation. Nous les a-Nons laissées s- abreuvant de nectar, l'emmaj^asinanl dans leurs vastes demeures.* de nouvelles provisions leur sont oiferles dans le superflu de la poussière fécondante, la nature les a niunirs d'instrumeus ])ropres a la recueillir et à la travailler. On croyait qu^elIcs en formaient la cire pour la coustruclion de leurs alvéoles : i; parait que depuis peu on lui a dér, ouvert une autre destination. On peut consulter à ce sujet les belles observations de M.Huber.
( 190 ) s'oppose a leur développement? Doù vient que, destinés a perpétuer les espèces, toute la force de la végétation leur dtnieiit inutile, s'ils ne reçoivent auparavant un nouveau souille de vie? Quoique ce mystère soit pour nous inexplicable, c'est beaucoup que de l'avoir découvert : nous avons saisi par là un des anneaux de celte chaîne qui lie les plantes aux animaux; nous avons vu que les végétaux, ainsi que le très-grand nombre des autres êtres vivans, ne pouvaient se reproduire que par la voie de la génération; nous avons vu cette précieuse faculté, chez les végétaux, renfermée dans des organes que l'on avait à peine remarqués. J'en ai décrit les principales fonctions : il ne sera pas moins intéressant de chercher comment ils les exécutent, soit par la position qu'ils occupent , soit par les mouvemens particuiiei** qui leur sont imprimés. Ce sujet intéressant a été traité par M, Desfontaines dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences en 1782 : j'en rapporterai les faits les plus curieux ; ils portent sur la position et les mouvemens des organes sexuels.
Dans plusieurs espèces de lis, telles que le liiîum superhum y les anthères, avant de s'ouvrir, sont fixées le long des filamens, parallèlement au style, dont elles sont éloignées d'environ cinq a six ligr^es. Dès l'instant où la poussière commence à sortir des loges, ces mêmes anthères deviennent mobiles sur Textrémité des filamens qui les soutiennent; elles s'approchent sensiblement du stigmate l'une après l'autre, et s'en éloignent presque aussitôt qu'elles ont répandu leur poussière fécondante sur cet organe. Un phénomène très-curieux et un peu différent du précédent se présente dans V oînaryllis forniosisswia (lis de Saint- Jacques) , dans le paiicratîuin mariiiniuni et illjricuin. Les anthères de ces plantes sont, avant la fécondation, comme celles des iis, fixées le long de leurs filamens, parallèlement ati style. Dès que les loges commencent a s'ouvrir, ces anthères prennent une situation horizontale, et elles tournent quelquefois sur l'extrémité du filament comme siu- un pivot, pour présenter au stigmate le point par où la poussière fécondante commence a s'échapper. 11 existe encore une irritation plus sensible dans les étamines du fridilaria persica : les étamines sont écartées du style à la distance de quatre ou cinq iignvs avant la fécondation; mais cette situation change eix
( î9' ) peu de temps : on les voit , presque aussitôt après l'épanouisseuieiit de la fleur, s'approcher alternalivement du style, et appliquer inuuédiateuient leurs anthères contre le sligmate : elles s m éloignent après l'émission delà poussière ;, et vont ordinairement, dans Torth-e où elles s'étaient approchées, reprendre la place qu'elles occupaient auparavant.
On n'observe aucun déplacement dans les organes sexuels de la couronne impériale et de la fritillaiie méleagre; mais ces deux plantes nous font connaître, dans leur fécondation, un phénomène d'un autre genre, et qui n'e:t pas moins intéressant que ceux qui viennent d'être exposés. Leurs étamines sont naturellement rapprochées du style, et le stigmate les surpasse en longueur : il paraissait donc inutile que la nature leur donnât un mouvement particulier; aussi s'estelie servie d'un autre moyen pour favoriser la fécondation de ces plantes. Leurs fleurs restent pendantes jusqu'à ce que les poussières soient sorties des loges, afin que, dans cette situation , elles puissent facilement tomber sur le stigmate et le féconder. Aussitôt que la fécondation est opérée, le pédoncule, qui soutient la fleur, se redresse, et l'ovaire devient vertical.
En examinant les étamines de la rue avant l'émission des poussières, on voit qu'elles forment toutes un angle droit avec le pistil, et qu'elles sont renfermées deux à deux dans la concavité de chaque pétale. Lorsque l'instant favorable à la fécondation est arrivé , elles se redressent seules, ou deux à deux, et même trois à trois, décrivent un arc de cercle «ntier, approchent leurs anthères contre le stigmate, et, après l'avoir fécondé, elles s'en éloignent, s'abaissent et vont quelquefois se renfermer dans la concavité des pétales.
On a pareillement remarqué des mouvemens assez semblables dans les étamines du zjgophjUum fahago : elles s'allongent 1 une après l'auti'e hors de la corolle, pour venir présenter leurs anthères au sommet du stigmate. Les étamines du dictamnus alhus offrent encore une observatioîi curieuse : avant la fécondation , les filamens sont abaissés vers la terre, de manière qu'ils touchent, pour ainsi dire, les pétales inférieurs. Aussitôt que les bourses sont prêtes à s'ouvrir, et que l'action du pistil irrite les étamines, leurs filamens se courbent en arc vers le style les uns après les autres : par ce mouvement , les anthères viennent se placer
( 19^ ) immédiatement audessns du stigmate, et les poussières séminales ne peuvent manquer de tomber sur cet organe et de le féconder.
Si l'on suit les étamines des capucines lorsque les loges sont sur le point de s'ouvrir, on s'apercevra facilement que l'extrémité de chaque filament se flécliit en arc, et qu'il porte son anthère du côté du style; enfin, les ^eraju'umfusciim, alpiiiiinij refle.vum, vont encore nous faire connaître un phéjiomène analogue à ceux que nous venons de rapporter, et qui ne doit pas être passé sous silence. Les étamines de ces plantes, avant l'ouverture des anthères, sont toutes réfléchies , de manière que leur sommet regarde le centre de la corolle. Dès l'instant où les loges commencent à s'ouvrir, les filamens qui les soutiennent s'élèvent vers le style, et chaque étamine vient ordinairement toucher le stigmate qui lui correspond : celles des ancoties se redressent h peu près de la même manière peu de temps après l'épanouissement de la fleur. Immédiatement après l'ouverture de la corolle , les étamines des saxifrages sont écartées du style à la distance de quelques lignes; elles s'en approchent ensuite, ordinairement deux à deux , et s'en éloignent dans le même ordre après que les poussières sont sorties des loges des anthères.
Les étamines de plusieurs plantes de la famille des caryophyllées, entre autres celles des steïlaria^ de Valsiue média (le mouron), etc., laissent apercevoir des mouvemens très-distincts vers le pistil j q,q\[^^ an poljgonum tataricum, pensjlvanicum , et de la plupart des autres espèces qui composent ce genre nombreux, ont des mouvemens presque semblables a ceux des saxifrages : ils en diffèrent seulement en ce que leurs étamines ne s'approchent ordinairement des stylesque les unes après les autres. On trouve la même contraction dans celles du swerda perennis. Les étamines du parnassiapalustris s'd\{oiiï^Qn\. très-promptement; leurs filamens se courbent même de manière que chaque anthère vient se placer immédiatement au-dessus des stigmates, et, après les avoir fécondés, elles s'en éloignent et s'inclinent . vers la terre.
Si l'on jette les yeux sur la fleur du scJierardia ars^ensîs au^/5i tôt après qu'elle est épanouie, on apercevra aussi que les qiiîitre étamines de cette plante vont, les unes après les autres , T'fîf ser leur poussière sur le stigmate , et que non-
seulement elles s'en écartent au bout de quelques jours, mais qu'elles se recourbent même, et s'abaissent en décrivant une demi-circonférence de cercle : celles de plusieurs véroniques s'approchent sensiblement du centre de la corolle , immédiatement audessus du style , de manière que les poussières tombent perpendiculairement sur le stigmate : ceci se voit très-bien dans le veronica an^'ciisis^ agrestis.
Les filamens des étamines des valérianes sont droits et rapprochés du style pendant l'émission des poussières : dès qu'elles sont sorties des loges, ces filamens se recourbent en bas, comme dans le scheTardia an^eusis. Les étamines du kalmia sont retenues dans une situation horizontale, au moyen d'un nombre égal de fossettes creusées dans la partie de la corolle où le sommet de chaque anthère est enfoncé : loisque les loges doivent s'ouvrir, on voit les filamens se courber en arc avec effort pour que l'anthère puisse vaincre l'obstacle qui la relient , et venir répandre ses poussières sur le style. Les étamines des dclphinium ( pied d'alouetle ) , des aconits, des garidella , avant la fécojidation et pendant qu'elle se fait, sont fléchies, et serrées élroirement contre les styles; elles se redressent ensuite, et s'éloignent du pistil à mesure qu'elles laissent échapper leur poussière.
Dans les stuchjs^ les deux étamines, plus courtes, ont aussi une sorte de mouvement très-marqué, et qui paraît avoir du rapport avec celui que nous venons de faire connaître dans le detpliiinum. Avant l'ouvertiu^e des anthèies, celles-ci sont enfermées dans la concavité de la lèvre supérieure de la corolle, et posées latéralement contre le style; aussitôt après l'émission des poussières, elles s'écartent l'une à droite et l'autre k gauche, de manière que l'extrémité du filament déborde, même de beaucoup , les parois latérales de la fieur : le même phénomène s'observe aussi dans quelques espèces d'agripaume. Le mouvement des étamines des ascinun mérite d'être rapporté : elles sont au nombre de douze dans chaque fleur , et le style est un cylindre couronné de six stigmates. Lorsque la corolle est nouvellement épanouie, les filamens des étamines sont plies en deux, de manière que le sommet de chaque anthère est posé sur le réceptacle de la fleur. Dès que le temps destiné a la fécondation est arrivé , ces mêmes tuamens se redressent ordinairement deux a deux ; le^ anthères deviennent verticales , et vont toucher le slig-
( 194 ) mate qui leur correspond; enfin, celles de la scrofulaire donnent encore des signes très-sensibles d'irritabilité. Toutes les fleurs de ce £;enre renferment quatre étamines dont les filamens sont roulés sur eux-mêmes dans l'intérieur de la corolle avant la fécondation : ils se développent ensuite, se redressent les uns après les autres, et approchent leurs anthères du stigmate.
Les mêmes mouvemens observés dans les organes sexuels mâles des plantes existent aussi dans les styles et les stigmates, mais ils sont moins universels et moins apparens que ceux des étamines : comme si la loi, dit M. Desfontaines, qui porte presque tous les mâles des animaux k rechercher les femelles, s'étendait aussi jusqu'au sexe des plantes; on peut cependant établir pour principe général que, si les étamines égalent le pistil en longueur, alors elles se meuvent vers cet organe; si, au contraire, elles sont fixées audessous des styles, ceux-ci s'abaissent plus ou moins sensiblement du côté des étamines. Si l'on observe les styles des grenadilles aussitôt que la fleur est épanouie , on voit qu'ils sont droits et rapproches les uns des autres au centre de la corolle ; au bout de quelques heures , ils s'écartent et s'abaissent ensemble "v ers les étamines , de manière que chaque stigmate touche l'anthère qui lui correspond : ils s'en éloignent sensiblement après avoir été fécondés.
Ceux des ingella ont encore un mouvement a peu près semblable, et même plus marqué. Avant la fécondation, leurs styles sont droits, comme ceux des grenadilles, et réunis en un paquet au milieu de la fleur ; aussitôt que les anthères commencent a laisser sortir leur poussière, les styles se fléchissent en arc, s'abaissent, et présentent leur stigmate aux étamines qui sont situées au-dessous d'eux ; ils se redressent ensuite, et reprennent la même situation verticale qu'ils avaient auparavant. Ces mouvemens sont très-faciles a apercevoir.
Le style du lilium superhiim se réfléchit vers les étamines , puis il s'en écarte après qu'il a été fécondé. Le même phénomène a encore lieu dans les scrofulaires : le style s'abaisse sur la lèvre inférieure de la corolle, et se recourbe en bas peu de temps après qu'il a reçu les poussières séminales : celui de Vepilobium angustifolium et spicatum est abaissé perpendiculairement vers la terre, entre les deux
( '95 ) pétales inférieurs, de manière qu'il forme un angle d'environ 90° avec les étamines lorsque la fleur est nouvellement épanouie; mais, peu de temps après, il commence a s'élever vers les étamines, et lorsqu'il est parvenu a leur niveau, ses quatre stigmates , qui avaieiU été rapprochés jusqu'alors, s'écarteot et se recourbent, en forme de corne de bélier, du côté des anthères. Cette tendance du style vers les étamines est si forte dans les deux espèces d'e/?i:7oZ?zww, que des corps légers qu'on y suspend n'empêchent point leur élévation. Les trois stigmates de la tulipe des jardins sont très-dilatés avant la fécondation, et puis se resserrent sensiblement.
Tels sont les principaux phénomènes que nous offrent les organes sexuels à l'époque de la fécondation. C'est lorsque la fleur est ouverte, ou quelquefois dans l'instant même de son épanouissement, que s'exécute cette importante opération. On peut observer , aux premiers rayons du soleil, cette merveille momentanée sur la pariétaire, où elle s'opère par un jeu élastique qui la rend très-sensible ; il est même facile de s'en procurer le spectacle à volonté, en irritant légèrement avec la pointe d'une épingle la base des filamens dans la rue^, l'épine-vinette, l'ortie, la pariétaire, etc., pourvu que les fleurs n'aient point encore effectué leur fécondation. Comme la reproduction des espèces dépend , en grande partie, de ces organes extrêmement délicats, on ne peut, sans un vif sentiment d'admiration, observer les précautions que la natu^ a employées pour en assurer le succès : elles se montrent tantôt dans le nombre et la position des étamines qui sont courbées vers le pistil , ou qui , par un mouvement trèsparticulier, s'en approchent, comme nous l'avons vu plus haut, soit successivement l'une après l'autre, soit plusieurs ensemble a la fois ; tantôt dans la situation de la fleur même, qui se penche pour faciliter la communication de la poussière fécondante avec le pistil , si ce dernier est plus long que les étamines, ou bien la fleur se redresse, s'il est plus court. L'agitation de l'air concourt avec ces circonstances, ou d'autres semblables, pour déterminer la poussière à se porter vers le stigmate : la moindre parcelle suffit pour le succès de l'opération.
Il ne sera pas inutile de rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs des services que les organes sexuels reçoivent du ca-
lice et de la corolle, que nous avons vus se fermer, a l'approche de la nuit ou d'un temps humide, pour assurer et protéger la fécondation ; mais, dans les fleurs qui ne jouissent point de cette faculté, la nature y a supplée par d'autres moyens de défense. Les fleurs dont la corolle est évasée, telles que celles du lis, de la couronne impériale, de la tulipe, etc., courbent leur pédoncule, s'iiicluieut , et présentent, par cette situation , un toit solide, sous lequel les parties fécondantes sont en sûreté; dans d'autres, comme dans les labiées, les papilionacées, etc., les étamines cl les pistils sont renfermés dans un des pétales , dont la forme est en casque ou en capuchon ; dans quelques-unes enfin , dont la corolle reste en tout temps ouverte sans changer de situation (telles que dans les iris ; , les étamines , couchées sur les pétales , sont recouvertes par des stigmates qui, dans ces sortes de plantes, sont trèsiarges, et prennent la forme d'un pétale : cependant tout ceci n'est pas sans exception, et ces exceptions elles-mêmes tiennent ou a des causes particulières qui n'ont point encore été observées, ou bien à d'autres formes très-variables qu'il serait trop long d'exposer ici.
Les plantes aquatiques présentent , dans l'acte de la fécondation, des particularités trop intéressantes pour être oubliées. Ces plantes tiennent ordinairement leurs fleurs cachées sous l'eau jusqu'au temps de la fécondation , époque à laquelle la plupart viennent nager à la surface; elles s'épanouissent, se fécondent, et quelques-unes retournent au fond de l'eau, oii leurs fruits mûr ssent. Tel est le phénomène qu'offre en particulier le vallisnerîa : ses fleurs sont dioïques ; les fleurs mâles sont portées sur une hampe trèscourte, et qui ne peut s'allonger, tandis que la hampe des fleurs femelles est longue, roulée en spirale snr elle-même. Lorsque les éiamines sont sur le point de lancer leur poussière, chaque fleur mâle se détache, s'élève à la surface de l'eau, y flotte en liberté sans être retenue par aucune attache, s'y épanouit, et, portée par le courant, semble chercher a rencontrer la fleur femelle, laquelle, à la mt^me époque, déroule sa spirale, qui s'allonge ou se raccourcit à me- €ure que Teau s'élève ou s'abaisse, se soutient à sa snrface jusqu'à ce qu'elle ait reçu la poussière des fleurs mâles. Aussitôt après la fécondation , la spirale se resserre sur elle-même ,
( '97) sa fleur rentre dans le sein des eaux, et va y mûrir ses semences, fécondées '.
Le grand œuvre de la fécondation nous fournit encore beaucoup d'autres faits particuliers, selon les différentes espèces de plantes , que leur étude fera connaître. Il n'est pas en nous d'expliquer ce qui se passe dans les ovules fécondés : cette opération est dérobée à nos regards par un voile mystérieux, quoique l'existence des sexes soit aujourd'hui parfaitement hien prouvée. Elle fut pendant lojig-temps un de ces secrets de la nature dont on ne soupçonnait pas même la possibilité , on était loin d'imaginer dans les plantes des organes sexuels destinés à remplir dans les végétaux les mêmes fonctions que dans les animaux. On avait bien, à la longue, distingue, dans les flenrs, les étamines et les pistils, mais on en igjiorait Fusage : la petitesse de ces organes, quelqxielois peu appareils, les faisait négliger; on se bornait presque a n'en rien d.re, ou à les regarder comme destinés a quelques sécrétions particulières, sans autre recherche. Il serait difficile de dire quel est celui qui, le premier, y a distingué l'existence des deux sexes : plusieurs aperçus peu importans, ou négligés d'abord, ont conduit probablement a cette grande découverte.
(c Ce ne fut que vers la fin de l'avant-dernicr siècle, dit Ventenat, qu'on soupçonna la véritable fonction des étamines et des pistils, et qu'on commença a croire que ces organes étaient réellement les parties sexuelles des végétaux. » INous voyons, à la vérité , les plar.tes distinguées par les anciens en mâles et en femelles \ mais cette distinction n'est fon-
' Ce beau phénomène était cligne du charme de la poésie : le poète CasLel s'en est emj;aré, et Ta exprimé en vers élégans :
Le Pvhône impétueux, sous son onde écumante,
Durant six mois entiers nous déiobe une plante \
Dont la tige s'allonge en la saison d'amour.
Monte au-dessus d s flots et brille aux yeux du jour.
Les mâh s, dans ie fond jusqu'alors immobiles.
De leurs lie ns trop courts bi isent les noeuds débiles,
Voient -\ ers leur amante , et, libres daiiS eurs feux,
Lui formeni sur le jleu^ e un cortège nombreux :
On dirait une fête où le dieu (rhvménée
Promène sur les flois sa pom]ie fortunée ;
Mais les temps de Vénus ui^e fois accomplis,
La lige se retire en appiochani ses plis,
Et\a m:'irir sous Peau sa semence féconde.
( T9B ) clée sur aucune disposition organique relative aux sexes, et l'on se bornait à -regarder comme plantes femelles celles qui sont plus délicates et de plus petite taille, et comme plantes mâles celles qui sont plus hautes et plus vigourenses.
Quoique Théophrastc ait distingué les palmiers-dattiers en mâles et en femelles, parce que les uns portent des fruits, et que les autres sont stériles ; quoiqu'il dise expressément que les fruits du dattier coulent, si l'on n'a j^as l'attention de secouer sur les embryons les j^oussières des étamines, néanmoins cet auteur retombe dans la distinction abusive dont nous avoiis parlé. 11 appelle mâles ow. femelles des arbres qui sont incontestablement hermaphrodites : il en est de même de Pline, de Dioscoride, de Galien et de leurs commentateurs.
Grew rapporte, dans son ^natomie des plantes^ que Millington, professeur de botanique a Oxford, lui dit, en parlant de la manière dont les plantes se fécondaient, qu'il pensait qu'au moment où les atUÎières s'ouvrent, les poussières qu'elles contiennent tombaient sur les pistils et sur les em.bryons, et qu'elles fécondaient les fruits, non en s'introduisant dans les semences , mais par la communication d'une exhalaison subtile et vivifiante. Rai adopta cette opinion; Gamerarius chercha a prouver, dans un discours sur la génération des plantes, qu'elle s'opérait par des moyens semblables à ceux qui produisent la génération des animaux; mais Tournefort et plusieurs autres botanistes ne considérèrent les étamines et les pistils que comme des organes excrétoires. Geoffroy, d'un autre côté, admit l'existence des sexes dans les plantes, et Vaillant, dans son discours sur la structure des Heurs, allégua plusieurs preuves en faveur de cette vérité.
Il était réservé à Linné, non pas de découvrir, mais de donner à cette découverte toute l'évidence dont elle était susceptilde, et d'établir sur cette base un des systèmes les plus ingénieux qui aient été imaginés jusqu'alors. En vain Pontédéra, Spallanzani et Alston essayèrent de combattre cette intéressante découverte.
Il suit de tout ce qui vient d'être exposé sur la fécondation des plantes des conséquences intéressantes pour la culture : elles nous font connaître la cause de la médiocrité des
( ^99 ) récoltes lorsque les pluies ont été trop longues ou trop abondantes a l'époque de la floraison. Ces pluies emportent la poussière séminale, et s'opposent a la fécondité des germes: il faut donc en garantir les plantes auxquelles on donne un soin particulier, surtout lorsqu'elles sont en fleurs. La même stérilité a lieu pour les plantes dioïques lorsque les individus femelles sont privés de mâles, ou lorsque ceux-ci en sont trop éloignés : de Ta vient que, dans le Levant et en Barbarie, on féconde, comme on Ta fait presque de tout temps, les dattiers femelles, en secouant les fleurs h étaraines sur les fleurs à pistils. On cite lliistoire de deux dattiers, l'un femelle, né dans les environs d'Otiante; l'autre mâle, cultivé à Brindes, a quinze lieues de distance Tun de l'autre. Le dattier femelle donna, pendant plusieurs années, un grand nombre de fleurs, mais point de fruits, jusqu'à ce qu'enfin on l'en vit tout chargé : on apprit qu'a cette époque le dattier de Brindes avait fleuri pour la première fois, et, à dater de ce moment , le dattier lémelle fut couvert tous les ans d'un grand nombre de fruits. Les jardiniers qui se hâtent de couper trop tôt les fleurs mâles des potirons , des melons, etc., qu'ils aup^eWeni fausses-fleurs , imisenlheRucoup a l'abondance des fruits. On obtient quelquefois de très-belles espèces en fécondant le pistil d'une espèce par les étamines d'une autre. Il est résulté de ce mélange des races mixtes, ordinairement semblables à la mère par les organes de la génération, et, au père, par les feuilles et les parties accessoires ; mais il faut qu'il y ait, comme dans les animaux, de grands rapports d'organisation entre le mâle et la femelle, pour que cette fécondation réussisse. On a donné a ces plantes le nom àlijhrides : ce sont des races croisées ^ que l'on perpétue par la culture, mais qui ne se reproduisent pas constamment les mêmes par les semences, quand toutefois elles en donnent. L'observation a prouvé que ce phénomène avait lieu , quoique rarement, dans les campagnes, où les plantes sont trop isolées, mais plus souvent dans les jardins, où elles sont plus rapprochées les unes des autres.