CHAPITRE ONZIEME
Familles naturelles de M. de Jussieu.
Xj'étube r!p? frmilles naturelles est le complément de la science du bolai w.ste; elle en esi le véritable Lui. Il ne suffit pas, pour être initie daiss les mystères de la nature, d'étudier les objets isolément -, il faut encore conraîtrc les rapports qui ex'Stent entre eux les lois générales qui les dirgent^ cette affiijalion admirable qui lie lous !es êties par une gradaiion presqne iiîsensible, enfin la vén'able [.lace qu'occupe, dans la longue chaîne des êtres, l'iudisidu que nous examir.ons.
On corçoit que, pour arriver a ce degré de perfection dans l'étude des plantes, il faut lui génie ohsei'vatenr, une Ionique expérience; qu'il iaut avoir beaucoup vu, beaucoup Cf njj.aré. Il n'est [dus possible de suî\re ici Tordre établi daiiS les méthodes artificielles, })!us faciles a la vérité, mais qui, appuyées sur la considérai n>n de quelques parties exclusives, se bornent à une classification qui trouble, interrompt presque a chaque pas l'crdre des rapports naturels, et forme souvent, dans le rapproiln ment des genres, une association monstrueuse, telle qu<-, dans Tournefort, le muguet mis a la sni^e de la belladone; dans Linné, le safran place dans la même classe que la valériane, etc.
la famille esi donc un groupe de genres liés entre eux par des caractèies généraux , cminie les espèces le sont dans le genre : ces famiits, rapprcchées et disposées les unes à la suite des au.res d'à; lès Imrs rapports plus ou moins prochanis ou éi< ignés, doivent former la méthode naturelle^ doiit l'établishemenî ne peut être complet qu'autant qu'il n'existera entre les familles aucune interruption, c'est-a-dire qu'elles se sui\ront de manière à ce que l'on puisse passer f ni ( (S ivement de l'une a l'autre par des nuances presque ii seiiSibles, et' que toutes les plantes comiues puissent y liiMiver [dace. Ces familles sont l'ondees paiticulièiement sur les organes de la reproduction qui ont le plus d'importance, ^ui offrent les formes les plus constantes, et dont riuliuence
( i38 ) se fait reconnaître dans presque toutes les autres parties de la plante, telles que la structure de l'embryon et l'insertion des étamines. Ces premières considérations servent au rapprochement des familles; quant aux caractères particuliers qui les constituent, ils se tirent de toutes les parties de la fleur ^ sans en exclure la considération des autres organes.
La famille est, en quelque sorte, d'autant plus naturelle, qu'elle offre un plus grand nombre de caractèies communs dans les genres qui la composent, tels que dans les labiées ^ les crucifères ^ etc., dont les organes de la reproduction ne diffèrent, dans chaque genre, que par des modifications souvent très-légères ; tandis que , dans d'aulres familleS;, telles que celle des capparidées , les genres qu'elles comprennent n'ont qu'un petit nombre de caractères communs.
Il est extrêmement avantageux^ pour la facilité de l'étude, de chercher a établir de grandes divisions primaires et d'autres subdivisions pour la distribution des familles qui ne doivent jamais être éloignées les unes des autres par aucune méthode artificielle. M. de Jussieu les partage en trois grandes séries,, a la vérité fort inégales, d'après la structure de V embryon, dans lequel se trouvent renfermées toutes les formes arrêtées par la nature et indiquées par l'absence présumée, la présence et le nombre des cotylédons : d'où résultent les plantes acotjlédones ^.monocotjlédones ^ dicotylédones. Chacune de ces trois grandes divisions amène, dans les plantes adultes, des différences frappantes, toujours faciles a reconnaître, même sans l'inspection des cotylédons.
Portant ensuite son attention sur l'influence que doivent avoir les organes sexuels dans les formes végétales, M. de Jussieu considère la situation des étamines relativement au pistil : il en résulte des modifications assez constantes, qui contribuent au rapprochement des familles et a leur arrangement méthodique. Elles fournissent trois giandes divisions également applicables aux plantes monocotylédones et dicotylédones. Les étamines sont , i"". épigyneSy c'est-à-dire insérées sur le pistil; 2°. hypogynes ^ placées sous le pistil ou mieux sur le réceptacle 5 3". périgynes, autour du pistil ou insérées sur le calice. En faisant l'application de ces trois divisions aux plantes apétales, monopétales, polypétales, on obtient quinze classes, formant la première avec les plantes acotylédones^ et la dernière avec les plantes diclines, c'est-
( i39 ) à-dire qui ont les étamiiies séparées des pistils dans des Heurs dilTérentes. Depuis la publicariou de ses familles naturelles ^ M. de Jussieu a donné a chacune de ses classes un nom particulier relatif aux caractères qui les constituent, ainsi qu'il est exposé dans le tableau suivant :