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TABLEAU III

Racines.

La racine ou le système inférieur du végétal, étant beaucoup moins intéressante que le système supérieur , qui s'élève presque toujours dans l'air, a été long-temps négligée par les botanistes. On a donné le nom de racines a tout ce qui végétait sous terre; de sorte que l'on confondait avec elles les tiges horizontales de la plupart des fougères, de quelques graminées, des nénuphars et de beaucoup d'autres plantes; les productions mixtes etlaciniées des utriculaires, du trapa natans (châtaigne d;eau), de quelques reiioncules aquatiques, productions qui ne doivent leurs formes atténuées qu'au milieu dans lequel elles se développent; le bourgeon bulbeux de Yoignon; le tubercule du cyclamen, ceux des orchidées terrestres ; et enfin un grand nombre d'autres que je ne puis faire connaître ici , fuient long-temps , faute d'obsenation comparée, rangées paimi les racines.

Le végétal, comme nous l'avons dit, se composant de deux syslèmes d'organes, celui de ces systèmes qui, à partir de la Ligne médiane, se dé\eloppe et s'enfonce le plus ordinairement dans le sol, a reçu le nom de racines : ce système inférieur produit, comme ie supérieur 3 des axes plus ou moins rameux mais toujours, tant qu'ils sont privés de lumière, ces axes restent dépourvus d'organes appendiculaires ;

( 73 ) le chevelu, que Ton a mal-a-propos comparé à des feuilles étiolées, n7est lui-même que la partie la plus terminale des axes radiculaires, et le produit des embryons-fixes ou bourgeons des racines.

Le pivot principal du système inférieur des plantes monocoty lédones , qui est d'anord contenu dans une sorte d'étui ( coléorhize , Mirb.), ainsi que toutes les radicelles qui en émanent, n'a qu'une très-courte durée, et subit, presque aussitôt qu'il est né, une sorte de couronnement; maïs il est suppléé par un ample faisceau de racines latérales qui alimentent le végétal et persistent pendant toute sa durée.

Lorsque des racines se développent dans l'air, au-dessous des nœuds- vitaux, elles sont toujours grêles et presque entièrement dépourvues de rameaux articulés. Ce genre de production nuit à l'accroissement en grosseur du végétal, parce que ces libres radiculaires, destinées a s'étendre entre l'écorce et le bois, se trouvent détournées de leur direction intérieure et appelées au dehors.

i. rave {raphanus sativus, Lin.). Racine fusiforme, pivotante : <v, oreillette produite par excoriation au moment où la tigelle prend de 1 accroissement ; b, produit de la tigelle.

2. poirier (pjrus communis, Lin.). Racine pivotante avec des rameaux articulés.

3. radis rose {raphanus rotundus). Racine pivotante, napiforme : a, oreillettes semblables à celles que présente la figure i j b P produit de la tigelle. Il ne faut pas perdre de vue que toute la partie renflée de cette prétendue racine appartient au système supérieur.

4- froment cultivé ( triticum vulgare , Wiild. ). Racine fasciculée, capillaire, à pivot tronqué.

5. asperge commune {asparagus officinaîisy Lin. ). Racine fasciculée, à pivot tronqué.

6. scabieuse tronquée (scabiosa succisa. Lin.). Racine mordue ou tronquée, au pivot de laquelle suppléent des racines latérales, articulées : a, troncature du pivot.

7. saxifrage granulée {saxifraga granufata, Lin.). Racine chevelue, bulbiière, a buibilles ou bourgeons écailleux (voyez en a).

8. orchis mâle (orchis mâscula, Lin.). Racine scrotiforme ou didynie : a7 tubercule nouveau 5 b? tubercule de

ni)

Tannée précédente ; c. racines proprement dites ; d. base de la hampe.

9. orchis à larges feuilles (orchis latifolia, Lin.). Racine palmée : # , tubercule nouveau ; b, tubercule de l'année précédente ; c, racines ; d, tnrion ou bourgeon comparable a celui que forment les tuniques de l'oignon.

10. sceau de Salomon {polygonatuifi vulgare , Desf. ). Racine horizontale, progressive, articulée , fibreuse , comme géniculée : «, impressions produites par les vieilles hampes détachées; Z>, hampe nouvelle accompagnée de quelques écailles; c, racines articulées, latérales.

Obs. La prétendue racine du sceau de Salomon me paraît avoir de grands rapports avec celles des figures 8 et 9. Toutes, les trois sont de vraies tiges ; mais, dans celle de la figure 1 o , les pousses annuelles persistent long-temps a la suite les unes des autres, tandis que, dans les deux autres, elles se détruisent chaque année ; de sorte qu'on n'en voit jamais que deux. Dans toutes, la racine pivotante a disparu et est suppléée par des racines latérales , qui partent immédiatement de la base du nouveau bourgeon.

11. asphodèle rameujc (asphodelus ramosus, Lin.). Racine fasciculée, noueuse, a pivot tronqué.

12. monotropa uuiflora^ Lin. Ranine grumeleuse. Les racines de Yepipuctis nidus-avis sont de ce genre.

1 3. clusier rose, figuier maudit (clusia rosea , Lin.). Racine funiliforme, aérienne.

Obs. Une chose fort remarquable, c'est que ces longues fibres radicales, filiformes, qui naissent a l'extérieur dune plante parasite (jamais sarmenteuse), et qui descendent jusqu'à terre d'une élévation de quatre-vingts a cent pieds, ne croissent en grosseur que lorsqu'elles ont atteint le sol : dès qu'elles y sont fixées, elles développent dans la terre des racines latérales, et, dans l'air, des rameaux ; leur accroissement devient alors si rapide, qu'elles ne tardent pas, en s'entregreffant, à étouffer leur protecteur, et à lui former une sorte de cercueil, dans lequel il demeure enfermé, sans s'altérer, pendant plusieurs siècles.

Cette plante parasite, qui, pendant quelques années, placée sur la branche d'un grand arbre, représente assez bien, par sa masse arrondie, notre gui, devient, au moyen de la soudure des longues racines aériennes dont je viens déparier,

, ( 75 ) un arbre du premier ordre. En cet état, on est presque toujours certain que son noyau est formé par le grand arbre sur lequel elle a d'abord vécu , qu'elle a orné de ses belles et grandes fleurs rosées , de ses fruits étoiles , lorsqu'ils sont ouverts, et des graines couleur de feu qu'ils contiennent.

Lorsque j'habitais l'île de la Tortue, près Saint-Domingue, où j'étais allé pour y étudier la végétation, je fus témoin du fait suivant : M. de Labatu, propriétaire de 1 île , et chez lequel je demeurais, avait devant sa porte un clusier rose d'une grosseur et d'une beauté prodigieuses; cet arbre , qu'un curieux aurait payé au poids de l'or, fut condamné a être coupé , parce qu'il donnait trop d'ombrage et qu'il attirait un grand nombre d'insectes. Les nègres charpentiers, après avoir enfoncé leurs cognées dans le bois blanc, tendre et poreux du clusier, furent tout à coup étonnés d'éprouver une grande résistance : au centre se trouvait, sans qu'il soit possible de dire depuis combien d'années, un très- gros acajou moucheté (swietenia mahogoni), que M. de Labatu fit débiter, et qui se trouva dune très-bonne et belle qualité.

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