LITTORAL DES ETATS-UNIS
obtient une représentation exacte de la somme des déformations * que la surface a éprouvées depuis la fin du cycle qui Tavait engendrée. Et s'il est possible d'établir cette représentation pour deux pénéplaines successives, en retranchant la part des déformations qui leur est commune, on arrive à reconnaître, au moins dans leurs traits généraux, les dislocations que la plus ancienne avait subies au début du cycle qui devait aboutir à la seconde.
C est surtout aux Etats-Unis qu'on a rencontré des circonstances favorables pour entreprendre ce genre délicat de recherches.
Littoral atlantique des États-Unis. — Le littoral atlantique des États-Unis ofire cette particularité que, durant les temps primaires, la terre ferme occupait la place de Tocéan, tandis qu'un grand bassin de sédimentation marine s'étendait sur la région aujourd'hui montagneuse des Appalaches, où s'accumulaient, dans un large synclinal, de puissants dépôts stratifiés. Donc, à cette époque, les rivières venaient de l'est, aboutissant au bord du synclinal.
Actuellement les circonstances topographiques sont renversées, et c'est l'océan qui draine la région appalachienne; mais l'écroulement des terres atlantiques a été certainement tardif, et de plus, avant leur disparition, le plissement et l'émersion des Appalaches ont dû se faire progressivement. De là vient que la topographie du pays peut oEfrir, à la fois, des traits de grande ancienneté, conformes à l'état originel de la surface, et d'autres tout à fait modernes. Ce qui frappe surtout, c'est le peu d'importance des eaux qui se rendent directement à l'Atlantique, comparée à l'étendue du réseau tributaire du Mississipi, c'est-à-dire se déversant dans un tronc dont la direction est à angle droit avec celle de la pente générale vers l'océan. Évidemment c'est le passé qui doit rendre compte de cette disposition. Quelques rivières importantes mais courtes, comme le Potomac et le Susquehanna, vont de suite à l'Atlantique, en franchissant par des gorges des bourrelets qui auraient dû, semble-t-il, dériver leurs eaux au sud-ouest, et il n'est pas interdit de penser que ce peuvent être d'anciens lits fluviaux qui auraient réussi à se maintenir, mais en changeant complètement le sens de l'écoulement primitif.
Essayons de pénétrer plus avant dans l'analyse du réseau hydrographique américain, en commençant par le nord, où l'existence des dépôts du trias montre que la région a été immergée au début dès temps secondaires.
i- Les Américains diraient la résultante du diastrophisme.
192 CYCLES D EROSION SUCCESSIFS
Goxmecticut, New Jersey. — M. Morris Davis * a pu reconnaître dans le Connecticut les traces de trois pénéplaines distinctes (fig. 85). La première est celle que formaient, avant le dépôt des couches triasiques, les terrains cristallins disloqués. Un lambeau de cette pénéplaine s'observe dans un ravin à Touest de Southington, où Ton voit le conglomérat sableux de la base du trias reposer sur la surface érodée et aplanie des schistes archéens en couches considérablement dérangées. Cette surface (I) est aujourd'hui affectée d'une forte inclinaison.
Plus haut se reconnaît, avec une inclinaison moindre, la pénéplaine (II) h laquelle le pays avait été réduit avant le commencement de l'époque crétacée. A l'ouest, sur les schistes cristallins, cette surface est peu entamée, grâce à la meilleure résistance des
Fig. 85. — Schéma dos pénéplaines successives du Connecticut .(d'apr6s M. W. M. Davis;. - I I, pénéplaine prétriasique; II, II, pénéplaine précrétacée; III, III, pénéplaine tertiaire. — A, schistes cristallins ; B, dépôts triasiques ; C, dépôts crétacés.
roches, et forme les hautes terres du pays. Mais sur les affleurements triasiques, en général plus tendres, l'érosion a découpé, dans cette pénéplaine précrétacée, des échancrures notables, ne laissant en saillie que les affleurements des nappes éruptives dures, comme au mont Carmel et au mont Higby. On constate que les points culminants de ces affleurements sont tous tangents, de l'ouest à l'est, à un môme plan qui prolonge la surface des hautes terres et vient s'enfoncer sous les dépôts crétacés, eux-mêmes entamés par l'érosion d'où est née, à l'époque tertiaire, la dernière pénéplaine (III). Les grandes différences topographiques de la région, suivant qu'on observe les hautes terres à substratum cristallin ou la zone occupée par le trias, accusent bien l'inégale vitesse avec laquelle s'accomplit l'érosion subaérienne dans des terrains qui n'oflrent pas la même résistance.
Dans le New Jersey, quelques carrières d'argile d'Amboy laissent voir la base du crétacé, reposant en discordance sur le trias dénudé, dont la surface ainsi recouverte offre un relief extrêmement modéré.