‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 111 sur 364 · BASSIN DU PÔ · texte numérisé non relu

BASSIN DU PÔ

2250) est loin d'être négligeable, et que la courbe très tendue de la Somme s'écarte sensiblement de celle qu'affectent beaucoup de rivières moins tranquilles, mais où pourtant la pente du cours inférieur est bien plus faible. Cela tient à ce que la craie de Picardie est un terrain perméable par sa masse, à la façon des éponges, et non par des fissures où les infiltrations puissent facilement descendre : de sorte que l'eau n'est arrivée au niveau de base que * progressivement, en débitant la craie sur son passage. Mais un ^ premier cycle l'avait amenée plus bas qu'aujourd'hui, et c'est par de la tourbe qu'elle a remblayé son lit en conformité des conditions actuelles, sous l'empire de circonstances météorologiques bien différentes de celles qui présidaient autrefois à la formation des nappes de cailloux roulés, étagées à diverses hauteurs au-dessus du thalweg.

BasEdii du Pô. — En opposition complète avec la Somme, on peut citer le bassin du Pô. Entièrement entouré de. hautes montagnes, où l'œuvre de l'érosion est loin d'être achevée, le fleuve reçoit de tous côtés des affluents torrentiels convergents. Mais la pente des versants est si rapide, que le niveau de base est bientôt atteint, de sorte que, depuis les environs de Turin jusqu'à l'Adriatique, il s'est constitué une immense plaine alluviale, qui a gagné peu à peu sur la mer par la réunion des deltas de tous les cours d'eau.

Cette plaine n'est pas l'œuvre du fleuve principal tout seul. Ses affluents y ont aussi largement contribué. En amont de Turin, la force des cours d'eau alpins étant de beaucoup prépondérante, le Pô est constamment repoussé vers l'est, et c'est ainsi qu'il vient ronger les collines de Moncalieri et de la Superga. Mais plus loin le Tanaro, qui vient des Apennins, est assez fort pour rejeter le fleuve au nord, en attendant que le Tessin le repousse de nouveau au sud.

Un sondage entrepris à Porto-Vecchio, dans le Modenais, c'està-dire au sud du Pô, a été poussé jusquà plus de 180 mètres audessous du niveau de la mer sans sortir des alluvions fluviales, et, à 80 mètres de profondeur, les cailloux rencontrés étaient incontestablement d'origine alpine. Il est donc à croire qu'à l'époque où les torrents issus des grands glaciers débitaient d'abondants cailloutis, le Pô était rejeté au sud dans cette région. Mais depuis que la charge des cailloux alpins s'arrête dans les grands lacs de bordure, les cours d'eau venant de l'Apennin ont repris l'avantage et ramené le fleuve au nord *.

i. Th. Fischer, in KirchholTs Lânderkunde von Europa, H, 2, p. 357.

De Chivasso à Plaisance, la pente totale moyenne de la plaine du Pô est un peu inférieure à 1 pour 1000, et de Plaisance à la mer, elle est à peu près de 1 pour 2000. C'est-à-dire que, grâce au régime torrentiel des afQuents, une plaine alluviale partiellement conquise sur la mer a juste la même pente que le tronçon supérieur de la Somme entre Péronne et Saint-Quentin. Mais la comparaison serait surtout instructive avec la plaine finale du Mississipi, dont l'inclinaison, entre Memphis et l'embouchure, n'est que de 1 pour 10 000 (soit cinq fois moindre que celle du Pô), grâce à l'absence de tout affluent torrentiel.

Bassin de Paris. Partie moyenne. — Les exemples que nous venons de citer sont relativement très simples. Le bassin de Paris, dans sa partie moyenne, celle qui est comprise entre l'Oise et TYonne, va nous offrir des circonstances plus variées, mais d'une variété très régulièrement ordonnée. Le système fluvial y est à la fois composite et complexe; mais ces caractères s'y présentent avec le minimum admissible de complications.

L'ensemble de cette partie du bassin peut être considéré comme un secteur d'un vaste entonnoir aplati, plongeant de tous côtés vers Paris. Mais à mesure qu'on s'éloigne du centre, dans une direction quelconque, les versants de l'entonnoir se montrent partagés en bandes concentriques, dont chacune répond à l'affleurement de l'un des étages tertiaires ou secondaires, lesquels forment, comme on sait, autant de cuvettes superposées, dont les bords se relèvent vers l'Ardenne, les Vosges et le Morvan.

Chacune de ces bandes se limite en amont par une falaise, que Térosion a créée en débitant une roche tendre, sous-jacente à une assise plus dure (revoir la fig. 54), suivant le procédé dont il a été antérieurement question ^ Telles sont, de Faval à Tamont : la falaise de l'Ile de France, du pied de laquelle sortent les plaines crayeuses de la Champagne, progressivement relevées à l'est; la falaise de Champagne, constituée par la craie, dominant les marnes et argiles facilement dénudées du crétacé inférieur; la falaise de rArgonne, où la gaize se dresse en rempart au-dessus du grès vert sous-jacent; enfin la falaise corallienne de Verdun, qui déjà n'appartient plus au bassin hydrographique de la Seine.

Zones liydrographiques du bassin. — A cette disposition, qui

Page 1