‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 118 sur 364 · LA MOSELLE A TOUL · texte numérisé non relu

LA MOSELLE A TOUL

tion du réseau lorrain. Un autre, encore plus instructif, est le détournement de la Moselle, autrefois tributaire de la Meuse.

La Moselle à Toul. — La Moselle, descendant des Vosges conformément à la pente générale du pays, se dirige vers Touestnord-ouest, traversant le trias et les bandes successives du terrain jurassique, jusques et y compris les argiles oxfordiennes. Mais là, ilevant Toul (fig. 94), elle rebrousse chemin brusquement, après avoir décrit une boucle complète au milieu d*une plaine qui atteste un violent effort de déblaiement, n'ayant laissé subsister que de rares témoins, comme le Mont Saint-Michel. Elle se dirige alors

Pont à Mousson

Fig. 94. — Carto do Tancicn confluent de la Mouso et do la Moselle.

au nord-est, par un couloir ouvert au milieu des calcaires, et dont les faibles dimensions sont hors de proportion avec Tampleur qu'avait la vallée en amont. On dirait d'une dérivation artificielle, creusée pour amener la Moselle à angle droit dans* la vallée de la Meurthe, parfaitement continue depuis Nancy.

Cependant, de Toul àPagny, où passe la Meuse, il n'y a en ligne droite que 12 kilomètres, et bien loin qu'il se présente dans Tinlervalle une barrière infranchissable, on y peut suivre tout le temps une vallée sinueuse qui commence à Toul par le ruisseau de ITngressin, et continue par une boucle fortement repliée, dont la branche orientale porte le nom de Val de l'Ane, tandis que sa branche occidentale aboutit au marais de Pagny. Sauf un seul point, à l'extrémité convexe de la boucle, où un seuil s'élève à environ 16 mètres de hauteur, tout le fond de cette sinuosité est une vallée sèche, de niveau avec la Meuse, qui coule à Pagny à 2i5 mètres d'altitude, et partout on y obser\'e des alluvions

anciennes, qui établissent clairement que la Moselle a passé par là.

D'un autre côté, les anciennes alluvions de la Meuse renferment en aval de Pagny beaucoup de cailloux d'origine vosgienne. Même Buvignier a fait depuis longtemps la remarque très intéressante % que les cailloux de grès bigarré montent jusqu'à 30 mètres audessus de Tétiage actuel, tandis que les fragments granitiques ne dépassent pas une hauteur de 10 à 20 mètres. Ainsi le creusement a été progressif et Tancienne Moselle, tributaire de la Meuse à ' partir de Pagny, lui apportait les matériaux de son cours supérieur à mesure qu'elle-même l'approfondissait ; de sorte que les cailloux granitiques n'ont apparu qu'au moment où le progrès de l'érosion avait mis le granité à découvert aux environs de Remiremont.

Enfin les anciennes alluvions de la boucle du Val de l'Ane renferment des ossements de mammouth, ce qui prouve que le changement de direction de la rivière est postérieur à la phase des alluvions anciennes à Elephas primigenius. C'est donc un événement relativement très récent. Il reste à démêler pour quelles causes ce détournement s'est accompli.

Causes probables de la capture. — On remarquera d'abord que la vallée de la Meurthe, distante de Toul de moins de 20 kilomètres, a son fond, vers Frouard, à 197 mètres d'altitude. Ce devait donc être un voisinage dangereux pour une rivière qui déposait ses» alluvions à Toul vers 245 mètres. Il suffisait qu'un affluent latéral aboutissant à Frouard, et profitant de la facilité de creusement que lui donnaient les calcaires oolithiques fissurés, poussât son thalweg en amont jusqu'au plateau de Toul, alors occupé par les argiles oxfordiennes.

Au contraire, de Toul à Pagny, par suite du relèvement des couches vers l'est (fig. 95), les circonstances paraissent avoir été, au fur et à mesure du creusement, de plus en plus défavorables au maintien d'une brèche allant jusqu'à la Moselle *. Dans le principe, quand les rivières coulaient encore très haut, l'approfondissement devait être facile à travers le massif calcaire BACDE. Mais quand la Meuse eut atteint en A le fond de ce massif, c'est-àdire l'argile oxfordienne, il a fallu qu'au delà de Toul la Moselle parvînt à creuser son lit au sein du massif argileux, devenu très épais entre E et F à cause du plongement.

Or on sait que, dans l'argile, le creusement ne peut s'opérer que

{. Statislique géologique de la Meuse, — 2. Wohlgemûlh, Assoc, française^ session de Paris, 1889.

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