‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 119 sur 364 · LA MOSELLE A TOUL · texte numérisé non relu

LA MOSELLE A TOUL

par lenlèvement progressif des. matériaux du lit. Les versants doivent alors s'ébouler en produisant de fréquentes obstructions, dont une rivière très puissante peut seule triompher. On s'explique que des obstacles de ce genre, souvent renouvelés, aient pu obliger la Moselle des temps glaciaires à tourbillonner plus d'une fois sur l'emplacement de Toul, et à s'y accumuler en lac tendant à déborder vers le nord-est. Il est vraisemblable aussi que la grande diminution de débit, survenue après l'époque du mammouth, a fini par rendre la lutte impossible ; si bien que la Moselle, débordant vers Gondreville, a réussi à atteindre le calcaire bathonien, qui affleure vers Toul en G F. Elle se sera déversée par-dessus le seuil, marchant à la rencontre d'un petit affluent de la Meurthe, et ce chenal, une fois ouvert, aura été rapidement approfondi de l'aval à

la Meuse ,

àFoffnff D Toul

Fîg. 95. — Coupo schématiqao du terrain outre Toul et la Meuse.

Tamont : ce qui explique qu'aujourd'hui la Moselle coule à Toul à 204 mètres, au fond d'une véritable tranchée, ouverte au milieu de la plaine des alluvions anciennes, sur laquelle elle avait longtemps stationné.

Conséquences diverses. — En tout cas, on conçoit sans peine l'effet qu'un détournement de ce genre a pu produire en privant la Meuse de l'important volume d'eau que lui amenait cet affluent, pour en faire profiter un autre bassin, dont la Moselle s'est d'ailleurs emparée en vertu de sa supériorité, et où l'énergie des eaux courantes a reçu une impulsion nouvelle. A partir de ce moment, divers cours d'eau qui, auparavant, se rendaient de la Woëvre à la Meuse par des cols du massif calcaire, ont mieux aimé établir leur pente en sens inverse, et sont devenus tributaires de la Moselle en aval de Frouard. En revanche la Bouvade, qui rejoint la Moselle à Toul, ayant son cours en majeure partie dans l'argile, n'a pu opérer en amont une conquête assez rapide pour atteindre le ruisseau de Vannes; de la sorte, ce cours d'eau, dont la source, très voisine de celle de la Bouvade, est située sur le versant qui regarde la Moselle y continue à se rendre comme autrefois dans la Meuse '.

i. Wohlgemûth, loc. cit.

DE LAPPARENT. — LeçoDS de gôogr. phys. 5* édit. 14

Les preuves des anciennes divagations de la Moselle sont d*ail leurs abondantes. Un col que traverse la route de Foug à Lay- Saint-Remy, à la base même de la boucle, atteste un passage fluvial abandonné de bonne heure. A un moment, la rivière a dû chercher à s'échapper vers la Woëvre, comme en témoigne le curieux col de Troudes, qui fait si directement suite à la branche occidentale de la boucle. Du reste, en dehors des conditions générales du terrain, des mouvements particuliers du sol ont pu contribuer au résultat, et une faille, qui passe précisément à Toul, relevant le massif calcaire de l'est, a peut-être agi dans le même sens.

Réseau hydrographique rhénan. — Aux divers exemples qui viennent d'être passés en revue, il convient d'en ajouter un où se trouvent réalisées les conditions les plus multiples^ celles d'un réseau à la fois composé^ composite et complexe. Nous le trouverons dans le système hydrographique du Rhin.

La seule inspection d'une carte des cours d'eau tributaires de ce fleuve (fig. 96) suffît à faire deviner la complication du bassin, comme structure et comme histoire. C'est ainsi qu'après avoir embrassé presque toute l'hydrographie de la Suisse, réunie en un seul tronc au débouché de l'Aare dans le Rhin, le réseau, jusque-là si épanoui, se rétrécit de telle sorte, qu'à Bâle sa largeur transversafe, de la ligne séparative du Doubs à celle du Danube, tombe au-dessous de 100 kilomètres. Après quoi le fleuve ne reçoit plus, ni à droite ni à gauche, aucun affluent sérieux jusqu'au Neckar, tandis qu'un peu plus bas le Main et la Lahn à droite, la Moselle à gauche, lui apportent le tribut de régions largement étalées, dont tout le drainage s'est fait parallèlement au Rhin, avant de lui parvenir par des affluents qui ont tout recueilli au passage. Encore à considérer la façon dont le sillon de la Nahe prolonge celui du Main et de la Kinzig, mais surtout l'alignement remarquable de la Moselle inférieure et de la Lahn, est-il permis de soupçonner qu'une influence tectonique de premier ordre est intervenue dans la formation de cette partie du réseau.

La symétrie et le développement en éventail, qui éclatent si bien dans le dessin de certains réseaux, comme ceux de la Garonne et du bassin de Paris, font ici complètement défaut. On pressent de suite un territoire hétérogène, où des tronçons d'âge et d'histoire divers ont fini par se réunir en un tout compliqué. Et cette impression se confirme quand on constate, sur une carte orographique, que le Rhin traverse successivement : le pays des hautes mon-

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