Archives de Genève, XXVI, p
moraines, le fleuve, après le départ des glaces, a cherché un chemin en débordant, par une cascade, sur un plateau jurassique. Encore s'écoulait-il de là dans le Rafaerfeld. Mais ce débouché s*étant trouvé fermé lors de la dernière extension des glaces, il a fallu que, par-dessous ces dernières, un fleuve sous-glaciaire réussît à se faire un lit dans la mollasse, entre Tlrchel et le Buchberg. C'est ce chenal que le fleuve a gardé en l'approfondissant, mais sans l'avoir encore complètement régularisé *.
Lacs de cirques. — Une structure qui paraît étroitement liée à l'action glaciaire du temps passé est celle d'où dérivent les petits cirques de montagnes {Kare des Alpes allemandes).
Ces cirques se présentent toujours à une altitude voisine de la limite des neiges persistantes. Us ne se prolongent pas sous la forme de vallées, et leur fond, creusé en roche dure, est souvent occupé par un lac, comme le lac Blanc, dans les Vosges, et le lac d'Oo, près de Luchon. On a émis l'idée que ces cirques avaient commencé par constituer, au flanc d'une crête escarpée, des couloirs où les névés s'entassaient, engendrant des glaciers suspendus qui auraient peu à peu usé et fait éclater leur fond, de manière à rendre les parois de plus en plus abruptes. La moraine terminale, de son côté, formait une digue, en arrière de laquelle les eaux ont pu s'accumuler.
Si la limite des neiges a reculé par saccades, on doit trouver plusieurs étages de cirques superposés. C'est ce qui a lieu, selon M. Penck *, non seulement pour les Pyrénées, mais pour tous les massifs montagneux, où les cirques successifs apparaissent avec des altitudes concordantes, dans la zone, haute de 1000 mètres environ, qui sépare la limite actuelle des neiges de la position qu'elle occupait lors de la grande extension des glaces. Ils sont d'ailleurs plus fréquents à l'exposition du nord et de l'est, où l'action ultérieure du ruissellement a eu moins de chances d'en atrophier les caractères.
La dimension des lacs qui occupent le fond de ces cirques est généralement faible. Le lac Blanc des Vosges couvre 29 hectares, tandis que le lac Noir en a 14. Ceux des Alpes se tiennent entre 2 et n hectares, et dépassent rarement 10. En revanche, la profondeur est assez grande, atteignant 60 mètres au lac Noir et 39 dans un lac des Tauern '.
1. KoUbrunner, Zur Morphologie der Thalbildungen; du Pasquier, Matériaux pour 'la carte géoL suisse^ 1892. — 2. Morphologie, II, p. 309. — 3. Penck, Morphologie^ II, pp. 310, 311.