‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 13 sur 364 · NOTION DBS LIGNES DE PARTAGE · texte numérisé non relu

NOTION DBS LIGNES DE PARTAGE

apercevoir, sur la surface des continents, des massifs qui tranchent, par leur dessin comme par leur altitude, sur les régions environnantes. Seulement ces massifs, tantôt allongés en chaînes, tantôt ramassés ou bien étalés en ramifications, occupent très rarement une situation centrale. Les uns, comme l'ensemble du Tibet et de mimalaya, ne sont séparés de la mer que par des péninsules aplatiesi, qui semblent avoir été artificiellement collées contre leurs bords en qualité de hors-d'œuvre; d'autres, comme l'Atlas en Afrique, ou comme la Cordillère des Andes dans l'Amérique du Sud, forment tout. contre la mer une simple bande linéaire, qui apparaît comme un bourrelet longitudinal relativement au reste du continent. Mais ce qui est plus frappant encore, c'est qu'il s'en faut de beaucoup que la terre ferme soit, dans son entier, tributaire de la mer. En Asie, les bassins fermés constituent près de 30 p. 100 de la surface. En Afrique, la proportion des territoires sans écoulement s'élève à 32 p. 100. Pour le globe entier, elle atteint au moins un cinquième de la superficie continentale. Ces territoires déprimés, en général très plats, dont quelques-uns ont leur fond au-dessous du niveau de la mer, sont d'ordinaire encadrés par des lignes de hauteurs qui leur assignent des limites assez tranchées; et ainsi la terre ferme, au lieu d'offrir un dessin bien homogène, où se manifesterait partout l'idée directrice d'une descente progressive vers le grand réservoir maritime, se présente sous la forme d'une capricieuse juxtaposition de compartiments, les uns surélevés, les autres, déprimés, dont les frontières respectives sont marquées par des ehaines de montagnes.

C'est pourquoi rien n'est plus artificiel que cette notion des grandes lignes de partage des eaux, sur laquelle reposait autrefois tout l'édifice de la géographie physique. A coup sûr, il faut bien qu'il s'opère un partage des eaux courantes selon les pentes, et que chaque territoire se divise en bassins fluviaux, eux-mêmes réunis par groupes selon les mers dont ils sont tributaires. En suivant de proche en proche, vers Tamont, les dernières ramifications des cours d'eau, ainsi que des rigoles qui les alimentent en temps de pluies, on finira toujours par rencontrer une suite de points à partir desquels la pente dirigerait les eaux vers un autre bassin. L'ensemble de ces points formera la ligne de partage. Mais ce serait une grande erreur de croire que de telles lignes puissent toujours être mathématiquement définies. C'en serait une plus grande d'imaginer qu'elles doivent en tout cas s'accuser franchement dans la topographie, et que les principaux accidents du

relief coïncideront d'une manière constante avec les limites des grands bassins hydrographiques. On pouvait le croire à Tépoque où, conformément à un préjugé qui datait du moyen âge, les montagnes étaient considérées comme les os de la terre ferme. Alors les atlas se faisaient un devoir de mettre cette ossature en pleine lumière, par un figuré où les grandes lignes de partage formaient comme une sorte de colonne vertébrale, d'où les lignes secondaires se détachaient à titre de branches, ramifiées elles-mêmes à rinfini. A quel point cette conception est peu conforme à la réalité, c'est ce dont il est aisé de s'assurer par Texamen des cartes hypsométriques.

Qu est-ce, par exemple, que cette ligne de partage de l'Europe, qui doit séparer le versant atlantique du versant méditerranéen? Elle prend son origine au détroit de Gibraltar, et semble débuter d'une manière digne de son rôle, en épousant la ligne de crêtes la plus saillante de l'Espagne, la Sierra Nevada. Mais il est à remarquer que, jusqu'à l'extrémité de l'Andalousie, il n'y a pas à proprement parler de partage; car la ligne de séparation demeure collée au littoral méditerranéen, n'envoyant de ce côté que quelques torrents. On la suit encore assez bien dans son rebroussement vers le nord, jusqu'à la rencontre de la Sierra Morena. Mais que devient-elle entre ce point et les sources du Tage, alors que le Guadalquivir, le Guadiana, le Tage et le Douro, tous tributaires de l'Atlantique, ont leurs bassins respectifs si nettement délimités par de vraies chaînes parallèles? En vérité il semble que, comme ligne orographique, elle s'évanouisse juste au moment où commence sérieusement son office de partage. Quels zigzags son parcours ne subit-il pas encore jusqu'aux montagnes qui bordent au sud-ouest le bassin de l'Ëbre, par où elle acquiert enfin une allure bien définie vers les Pyrénées, qu'elle se hâte ensuite d'emprunter par un changement complet de direction! Mais, quand elle doit quitter celte dernière chaîne, en ayant soin d'éviter les Corbières, qui semblaient si naturellement s'offrir pour cette descente, on la voit errer à l'aventure dans la dépression fangeuse du Lauraguais, ce seuil insignifiant qui forme Tunique obstacle à la communication entre l'Océan et la Méditerranée, pour atteindre la Montagne Noire. Là, du moins, elle redevient culminante, mais pour se résigner bientôt à l'incertitude que lui inflige le plateau du Larzac, où une partie des eaux tombées vers le versant méditerranéen n'est pas bien sûre de ne pas aller rejoindre, par les canaux souterrains des Causses, quelque affluent de la Garonne. Enfin elle

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