‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 14 sur 364 · NOTION DES LIGNES DE PARTAGE · texte numérisé non relu

NOTION DES LIGNES DE PARTAGE

prend possession des Cévennes, après quoi le Lyonnais» le Beaujolais et le Charolais lui assureront un tracé dominant jusqu'à la Côte d'Or. Seulement, arrivée là, elle doit éviter Taréte principale du chaînon, pour n'être pas coupée du plateau de Langres, qui seul lui permettra, par une haute plaine très improprement qualifiée de Monts Faucilles, d'arriver aux Vosges. Encore, entre Langres et Chalindrey, trou vera-t- elle tout juste le moyen de passer en contournant la source de la Marne, qui vient s'appliquer contre la crête même du plateau, qu'elle semble avoir essayé de forcer.

Des Vosges, la ligne de partage ne fait que toucher la pointe, et à peine a-t-elle pris possession du Ballon d'Alsace qu'elle descend au plus vite, entre le Doubs et l'IU, à la recherche d'un passage qui la mène au Jura. Cette fois la voilà de nouveau installée sur une véritable crête, mais violemment rejetée au sud-est. D'ailleurs, bien avant que se termine et même que s'abaisse l'arête sur laquelle elle a un moment réussi à se maintenir, il lui faut l'abandonner brusquement, suivant une ligne de plus grande pente, pour errer dans le pays marécageux qui sépare le lac de Genève de celui de Neuchâtel. C'est là qu'écrasée d'un côté par le Jura, de l'autre par les montagnes du Chablais, cette ligne, qui a la prétention de séparer les eaux méditerranéennes à la fois de l'Atlantique et de la mer du Nord, va ramper en quelque sorte, ne laissant à Cully que deux kilomètres de distance entre le Léman et la ligne séparative des eaux tributaires du Rhin, jusqu'à ce qu'elle se dédommage enfin en remontant sur la crête de l'Oberland bernois. Mais ses humiliations ne sont pas finies. Elle en éprouvera d'autres, quand il lui faudra se glisser entre le Rhin et le Danube, à deux pas du lac de Constance, juste à l'endroit où un précurseur tertiaire du Rhin se dirigeait autrefois vers l'est. Quels détours pour arriver en Souabe sans heurter ni le Danube, ni le Neckar ! Non moins difficile sera pour elle l'accès de ce nœud du Fichtelgebirge, qui lui procurera le passage à la Forêt de Bohême; après quoi son tracé demeurera bien indécis sur les hauteurs de la Moravie, comme aussi entre les Sudètes et les Beskides. Mais nulle part le caractère artificiel de cette ligne ne sera mieux marqué que dans ces marais de la Podlésie, dont certaines parties, selon l'abondance des pluies ou la direction du vent, peuvent décharger leurs eaux soit dans la Baltique, soit dans la mer Noire.

D'ailleurs, au delà de ce point, une fois franchies les sources de la Volga, il n'y a plus rien de sérieux qui établisse une sépara-

tion quelconque entre les affluents de ce fleuve et ceux du lac Ladoga ; et c'est merveille que la ligne de partage parvienne jusqu'à rOural, à chaque instant recoupée par des canaux qui mettent le bassin de la mer Glaciale en communication avec celui de la Caspienne. Quelle différence entre cette allure si souvent effacée et ce que donneraient à penser les anciennes cartes soi-disant physiques, où Ton avait soin de marquer, par un figuré continu, semblable à celui des montagnes, la ligne séparative des eaux européennes !

Encore, pour atténuée qu'elle soit si souvent, cette ligne n'en est-elle pas moins susceptible d'un tracé défini et unique. Mais où trouver quelque chose d'analogue en Asie, avec ces grands bassins intérieurs sans écoulement, les uns, comme la dépression aralocaspienne, à peine séparés des fleuves sibériens, l'es autres, comme le désert du Tarim et les cuvettes mongoliennes, enfermés entre les plus hautes chaînes de montagnes?' Si bien que c'est en plein désert de Gobi, là précisément où il n'y a pas d'eau, qu'il faut arriver à tracer une séparation entre le bassin du Pacifique et celui de la mer Glaciale, sur un continent où l'Himalaya, la chaîne la plus élevée du globe, sert uniquement à isoler le Gange de son affluent le Brahmapoutra !

Que dire aussi de l'Afrique, où l'on voit les affluents du haut Sénégal enchevêtrer, en quelque sorte, leurs sources avec celles du Niger, ce singulier fleuve qui commence par tourner le dos à la côte où il doit aboutir? Quelle incertitude du relief, non seulement dans le Sahara et la cuvette du Tchad, mais dans ce bassin du Congo, dont certains tributaires viennent s'entremêler avec des affluents du Nil, tandis que d'autres vont se confondre dans des marécages avec les eaux aboutissant au Zambèze! Enfin pourraiton signaler rien de plus exceptionnel que la falaise qu'on suit depuis Zanzibar jusqu'en Abyssinie, et dont l'arête, limite orientale du grand plateau incliné vers l'Atlantique, s'accidente par moments d'une suite de fosses, où s'alignent des lacs sans écoulement?

A ceux qui, par contre, se plairaient à mettre en regard la remarquable homogénéité de la Cordillère des Andes, il serait aisé de répondre que, pour l'Amérique du Sud, c'est une étrange ligne de partage que l'arête de ce bourrelet, qui semble s'être dressée uniquement pour empêcher les eaux du continent d'arriver au Pacifique ; enfin que le Nevada et l'Utah, avec leurs grands bassins intérieurs, enlèvent singulièrement à la valeur des Montagnes Rocheuses, considérées comme arête hydrographique principale.

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