ALTERATION DES MORAINES
jamais 6. Leurs contours sont parfaitement arrondis, et la masse des éminences est constituée par une argile glaciaire tenace, qui porte les traces d'une énergique compression.
H y a lieu de les considérer comme des portions de moraines, qui ont dû rester emprisonnées sous la calotte glaciaire, à la manière des lentilles d'alluvions surgissant dans le lit d'une puissante rivière, de sorte qu'elles ont subi reflet du poids de la glace. Des collines analogues, avec petits étangs parsemés tout autour, ont été signalées dans la Haute-Bavière, ainsi qu'au-devant du lac de Constance, entre l'Untersee et Ueberlingen *, là précisément où le dépôt des moraines glaciaires est venu intercepter l'ancien cours du Rhin.
Altération des moraines. Ijoess. — En dehors du modelé proprement dit, les dépôts glaciaires subissent, par le fait de l'action subaérienne, des modifications qu'il est très intéressant d'étudier, parce qu'elles réagissent sur le paysage comme sur la culture.
Les dépôts provenant de la dernière extension des glaces gardent encore presque toute leur fraîcheur originelle. La couche externe, altérée par les agents atmosphériques, a rarement, au nord des Alpes, plus de 0",30 à 0*",50 d'épaisseur. Elle est un peu plus puissante au sud, où le climat se prête mieux à l'attaque du terrain.
Les moraines de l'avant-dernière extension laissent voir dans leurs cailloux un commencement d'altération bien accusé. Les éléments calcaires ont disparu, et les matériaux cristallins, kaolinisés, se laissent couper au couteau. La boue s'est oxydée, donnant en Italie le manteau ferrugineux rouge brique des anciennes moraines, connu sous le nom typique de ferretto, et capable d'atteindre plusieurs mètres d'épaisseur. Tel est aussi le drifl atténué des États- Unis, où les cailloux granitiques ont déjà si bien perdu leur cohésion qu'ils se brisent entre les doigts.
L'altération est encore mieux marquée avec les dépôts glaciaires de la plus ancienne extension. Sur le plateau de Lannemezan *, ces formations paraissent exclusivement argileuses : mais, dans des tranchées fraîches, on distingue encore le contour des cailloux, aujourd'hui complètement décomposés, qui s'y trouvaient contenus. En Suisse, le cailloutis des plateaux ou Deckenschotter, qui appartient à la même époque, se montre criblé de trous qui lui avaient fait donner le nom de nagelfluh trouée {lôcherige nagelfluh). En revanche, ce même dépôt a subi, par l'intervention d'eaux
1. Siéger, RichthoferCs Festschrift, 1893, p. 35. — 2. Boule, Soc. géol. de France^ 3 déc. 1894.
agglutinantes, une consolidation qui a préservé ses cailloux de la destruction.
A cet ordre d'altérations se rattache la production des nappes de limon (in ou loess, qui accompagnent souvent le bord des nappes glaciaires largement étendues, et résultent de Tentraînement, par les eaux de ruissellement, de vases fines que le contact de Tair et de la lumière a portées au plus haut degré d'altération. Ainsi se forment, sur les parties plates et dans les remous, d'excellentes terres de culture, contrastant avec la stérilité des bruyères qui marquent le bord des principales moraines terminales.
Modiûcations géographiques produites par les extensions glaciaires. — La grande étendue des surfaces que les glaces boréales ont couvertes, et l'épaisseur parfois considérable du dépôt morainique, capable de dépasser 200 mètres, ont eu pour conséquence d'introduire, dans la géographie des pays du nord, des modifications d'une sérieuse importance. Nulle part ces changements ne sont mieux accusés que dans la région des Grands Lacs de l'Amérique septentrionale. Cette série de mers intérieures, qui joue un si grand rôle dans les destinées de la contrée, est tout entière un héritage des temps glaciaires, et loin qu'elle dérive à peu près exclusivement, comme les lacs alpins, de causes tectoniques profondes, elle doit surtout son existence à des modifications essentiellement superficielles, dont le peu d'ampleur contraste ave.c l'énorme étendue des nappes lacustres ainsi engendrées.
Avant l'invasion des glaces, la région des Grands Lacs formait un ensemble de vallées, dont les détails ont pu être reconstitués avec assez d'approximation, grâce aux nombreux sondages pour recherches de pétrole dont on peut dire que le terrain a été criblé. M. Spencer * a montré qu'alors deux rivières, partant l'une du nord, l'autre du sud de la contrée du lac Michigan, venaient se réunir sur l'emplacement du lac Huron et, parce qui forme aujourd'hui la baie de Géorgie, traversaient le territoire de l'Ontario pour suivre enfin le cours actuel du Saint-Laurent.
Durant les invasions des glaces, toute la contrée aurait subi une dépression considérable, que M. Spencer évalue à 500 mètres. Elle était alors noyée sous les eaux douces, dont la calotte glaciaire arrêtait l'écoulement vers le nord. Quand cette calotte eut disparu, en même temps que les accumulations morainiques dont elle avait
1. Quarlerly Journal of the geol. Soc. of Londorij XLVl, p. 524.