MODIFICATIONS GÉOGRAPHIQUES
provoqué le dépôt interceptaient en certains points le cours des anciennes rivières, il se produisit une déformation en masse du sol canadien. Cette déformation, consistant en un relèvement nordest, se trouve attestée par la situation présente d'anciennes plages marines, dont Taltitude croît constamment dans la direction indiquée.
Le mouvement survenu faisant barrage au-devant des eaux, la nappe lacustre de l'époque 'glaciaire dut subsister en partie, et il en resta les grands lacs actuels, qui sont de larges vallées submergées et partiellement barrées par des moraines. A la place du lac Érié se trouvait autrefois une rivière, aboutissant à l'extrémité occidentale de l'Ontario, après avoir traversé, par un véritable canyon, à savoir par la gorge de Dundas, l'escarpement formé par le calcaire du Niagara. Ce chenal ayant été obstrué par les dépôts morainiques, le lac Érié, engendré par l'inondation de la vallée primitive, dut chercher un émissaire, lequel s'établit à la pointe de Buffalo, et alla se déverser par-dessus l'escarpement de Queenstown. De là est née la chute du Niagara.
Il est à remarquer qu'ici l'aclion glaciaire proprement dite n'a pas été seule en jeu, et qu'une part des modifications survenues dans la topographie serait imputable au mouvement qui a relevé la région canadienne après le départ des glaces. Mais si, comme plusieurs inclinent à le croire, il y avait une relation de cause à effet entre la disparition des glaces et le relèvement survenu, c'est bien au modelé glaciaire que devrait être attribuée, en totalité, la création des Grands Lacs.
L'un des premiers effets de l'invasion des glaces boréales en Amérique a été de renverser le sens de plusieurs rivières qui coulaient auparavant vers le nord. C'est ainsi que la rivière Nelson, au lieu d'envoyer ses eaux dans la baie d'Hudson, a dû les diriger vers le Mississipi. Un peu plus tard, les eaux des lacs Supérieur et Michigan ont été contraintes pendant quelque temps de prendre la même direction. A partir de Fort-Snelling, immédiatement en amont de Saint-Paul, le Mississipi actuel occupe un chenal récent, de date post-glaciaire. La" vraie continuation du fleuve serait le chenal du Minnesota, où le fond de roche n'est atteint qu'à 43 mètres au-dessous du thalweg actuel. Le Minnesota était originairement continu avec la rivière Rouge du Nord, dont le sépare aujourd'hui un col insignifiant, ocupé par les lacs Big Stone et Travers; le premier, à 293 m. 50 d'altitude, formant l'une des sources du Minnesota, tandis que le second, à 296 m., alimente la
Rivière Rouge. Entre les deux s'étend un espace de 8 kilomètres, où le terrain ne s'élève pas à plus d'un mètre au-dessus du lac Travers. De même, ce sont des différences de niveau presque négligeables dans le dépôt erratique qui déterminent le partage entre le bassin du Mississipi et celui du lac Michigan, tributaire du Saint- Laurent.
Des changements analogues se sont fait sentir bien au sud du lac Érié. Les nombreux sondages, entrepris pour la recherche de rhuile minérale, ont montré que, dans toute la partie nord-ouest de l'état d'Ohio, les dépôts glaciaires avaient modifié la topographie, moins par la création de nouvelles éminences que par le comblement des vallées. Ces sondages ont permis de reconnaître un très grand nombre d'anciens lits fluviaux, ensevelis aujourd'hui sous des épaisseurs de 4S à 50 mètres de dépôts glaciaires. Les chutes de rOhio résultent de ce que la rivière n'a plus retrouvé son ancien chenal, ce qui l'a amenée à couler sur un seuil résistant *. Les chutes de Saint-Anthony, à Minneapolis, et de Minnehaha, ont la même origine.
En Pennsylvanie, M. I.-C. White a décrit 23 lits fluviaux aujourd'hui comblés par le terrain erratique. Le plus remarquable est celui de la crique de Wallenpaupack, en amont de laquelle un ancien chenal est enseveli sous 100 mètres de dépôts.
Toundras. — Une des conséquences de l'action du froid, là où les glaciers proprement dits ne peuvent pas se développer, est la formation de plaines glacées, où la seule végétation possible est celle des herbes, des mousses et des lichens. Ainsi les côtes sibériennes de l'océan Glacial sont bornées par une zone de toundras^ plaines ondulées, couvertes de mousses, où l'on ne voit guère que deux teintes : la teinte jaune sale dxi polytrichum et la couleur blanc fané de la mousse des rennes.
Le froid empêche le développement des essences forestières; d'autre part il fait obstacle h l'écoulement régulier des rivières. Le sol reste constamment gelé dans la profondeur, et il ne s'accomplit pas de modelé proprement dit; le terrain gardant la forme qui lui avait été imprimée à l'époque où l'action du froid était moins intense.
1. Newberry, m G. F. Wright, The Ice âge in norlh America^ 1890.