‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 153 sur 364 · FJORDS · texte numérisé non relu

FJORDS

plus (le 20 mètres. Ce peut être l'effet de la submersion partielle d'un versant parcouru seulement par des ravins torrentiels; les scherm de la mer Rouge sont des échancrures plus étroites, plus espacées, qui pénètrent perpendiculairement à la côte dans le plateau de TArabie, où elles sont brusquement tronquées à 1 amont. Là aussi il y aurait eu submersion de vallées, mais au bord d'un plateau peu modelé à cause de la grande sécheresse du climat.

î!jordB. — Si les rias paraissent accuser une submersion, le fait est encore plus incontestable pour les fjords. Ce sont des échancrures étroites, aux flancs escarpés, pouvant s'avancer dans les terres jusqu'à plus de 100 kilomètres, et s'y ramifier de mille manières. D'un fjord à l'autre s'étendent des dépressions transversales qui font naître des cols dans la crête séparative. La submersion des moins élevés de ces cols {eide de Norvège) engendre les détroits par lesquels deux fjords voisins peuvent communiquer, et qui isolent des îles du continent, en créant des lignes intérieures de navigation, bien connues en Norvège ainsi qu'en Patagonie.

La profondeur des fjords est souvent considérable, dépassant parfois 200 et même 300 mètres. Il y en a qui, pour un petit nombre de kilomètres de largeur, ont jusqu'à 1000 mètres d'eau sur leur fond. La sonde accuse 1224 mètres à l'entrée du Sognefjord, et descend jusqu'à 550 mètres dans le Hardangerfjord.

Du reste, le fond* est d'ordinaire très loin de plonger d'une façon régulière, et plusieurs fjords sont sensiblement plus profonds en leur milieu qu'au débouché sous la mer. Tous d'ailleurs se prolongent au large par des vallées sous-marines, tandis qu'en amont les vallées qui s'y déversent abondent en lacs échelonnés.

Ce ne sont donc pas seulement des vallées submergées. Parmi les seuils sous-marins qui les séparent en cuvettes distinctes, les uns sont des accumulations morainiques, attestant l'existence d'anciens glaciers; d'autres sont rocheux et font penser aux effondrements qui ont fait naître les lacs de la bordure alpine *; supposition d'autant plus admissible pour les fjords de Norvège, qu'ils accidentent le revers escarpé d'un haut massif montagneux, et qu'une fosse sous-marine, profonde et étroite, sépare le bord delà montagne du fond plat de la mer du Nord. De plus, cette mer n'a généralement pas de fonds supérieurs à 200 mètres, alors

DE LAPPARENT. — LeçoDS do géogT. phys. 3* édit. 18

que, dans certains fjords qui y débouchent, on a mesuré jusqu'à 1342 mètres. De même, les lochs d'Ecosse et d'Irlande, dont les profondeurs vont à 140 et 180 mètres, débouchent dans une zone littorale où il n'y a que de SO à 80 mètres d'eau *. Ainsi l'influence tectonique a dû se combiner avec le mouvement de submersion pour engendrer ces échancrures, en foritiant de véritables ombilics. Mais les glaciers, qui certainement les ont toutes occupées, ont aussi joué un rôle important dans leur conservation, d'abord en éliminant tous les matériaux meubles qui en auraient plus tard opéré le comblement, ensuite en s'y maintenant durant une période

Fig. 114. — Les Terrasses do rAltenfjord.

de submersion plus considérable, au cours de laquelle l'érosion pluviale n'a pas pu s'employer à en dégrader les parois.

On comprend de cette façon que le phénomène des vrais fjords soit exclusivement propre aux contrées voisines des cercles polaires, où non seulement les grands glaciers, mais les mouvements du sol concomitants de leurs oscillations, ont été plus développés que partout ailleurs. Une preuve de ces mouvements en sens contraires est attestée par les lignes de plages (strandUnien) et les tentasses littorales marines (fig. 114) échelonnées sur les flancs extérieurs de beaucoup de fjords norvégiens, où ces terrasses ont de 20 à 50 mètres de largeur.

Détails divers sur les i^ords. — Le Sognefjord, le plus long de tous, a 180 kilomètres, pour une largeur moyenne de 4800 mètres. Le Sorfjord, long de 38 kil., 6, a une largeur variable entre 600

1. Dinse, Zeitschrift der Gesellschaft fur Erdkunde, Berlin, 1894.

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