IMPORTANCE DES TEMPS GÉOLOGIQUES
construits par une famille d'animaux aujourd'hui éteinte, celle des rudisteSy spécialement des hippuriles. Les premiers oiseaux, ainsi que les premières plantes dicotylédones angiospermes, apparaissent avec le crétacé, qui voit aussi mourir les derniers représentants des ammonites ainsi que des hélemnites.
Le tertiaire ne comprend que deux systèmes : 1° Véogène, divisé en série éocène et série oligocène, et remarquable par le développement des foraminifères appelés nummulites (d'où le nom, fréquemment employé, de terrain nummulitique) : 2° le néogène, luimême partagé en série miocène et série pliocène, ces divers noms étant destinés à caractériser la proportion croissante de types modernes que renferment les faunes de ces séries. Le miocène a vu l'apogée des herbivores, et c'est avec le pliocène que se multiplient les éléphants.
Enfin, les premiers temps de l'ère moderne ou quaternaire sont souvent qualifiés de pleistocènes. C'est à cette phase que correspondent la plupart des dépôts glaciaires, ainsi que les allumons anciennes ou diluvium des auteurs de la première moitié de ce siècle.
Appréciation de rimportance des temps géologiques. — Il est aisé de se rendre compte, a priori, de la durée et de la complication (les événements successifs qui ont été nécessaires pour engendrer une série sédimentaire aussi variée.
D'abord il n'y a pas de raisons pour croire que la dissémination •les dépôts ait obéi autrefois à des lois différentes de celles qui la régissent aujourd'hui. Les sédiments ont dû former, à chaque époque, une frange de 250 à 300 kilomètres de largeur autour de la terre ferme. De nos jours, pour 260000 kilomètres de côtes, cela donnerait une surface sédimentaire inférieure à huit millions de kilomètres cannés. Or, sans parler de tout ce que l'érosion a fait disparaître, sans même chercher à attribuer à la série sédimentaire la partie des schistes cristallins qui peut lui appartenir, on constate que les terrains stratifiés de divers âges couvrent, sur la terre ferme, plus de 70 millions de kilomètres carrés *. Encore ce chiffre ne se rapporte-t-il qu'aux régions explorées, c'est-à-dire tout au plus aux trois quarts de la surface des continents. Ainsi l'ensemble de ce qu'on peut appeler les aires sédimentaires du passé couvre près de dix fois l'espace occupé par les produits de l'érosion contemporaine. Cette seule indication suffit à faire apprécier combien
i.De TiUo, Comptes rendus, 1892, n" o.
ont dû être étendues et répétées les incursions de la mer sur ce qui forme aujourd'hui le domaine continental.
En outre, si l'on évalue à dix kilomètres l'épaisseur moyenne des sédiments en chaque point (et cette hypothèse ne semble vraiment pas exagérée), ce chiffre, appliqué à 70 millions de kilomètres carrés, donnerait 700 millions de kilomètres cubes, c'est-à-dire sept fois le cube des continents actuels. Cela veut dire que, pour justifier de la succession des dépôts telle qu'on l'observe, il faudrait, puisque tout sédiment résulte de la destruction d'une roche émergée, qu'un relief semblable à celui du temps présent eût été anéanti et rétabli au moins sept fois, avec remaniement des rivages à chaque reprise.
Il va de soi que de telles données ne peuvent prétendre à aucune précision ; mais leur valeur subsiste tout entière, si l'on se borne aux conséquences générales que nous en tirons pour établir l'importance et la variété des phénomènes, par lesquels les cycles d'érosion ont dû être tant de fois renouvelés.
Dislocations de récorce terrestre. — Ces phénomènes, l'écorce terrestre en porte la trace bien reconnaissable, dans les disloca-
Fig. 121. — Discordance do stratiâcation.
tions de toutes sortes dont se trouvent aujourd'hui affectés des terrains primitivement déposés en assises horizontales. Non seulement leur inclinaison actuelle atteste le dérangement survenu; mais souvent les circonstances permettent de dater cette dislocation. C'est ce qui arrive toutes les fois que deux terrains en contact présentent une discordance de stratification. Dans l'exemple de la figure 121, on peut affirmer d'abord qu'un mouvement orogénique avait disloqué les couches siluriennes a, quand, après une période d'érosion, le grès dévonien d est venu s'appliquer horizontalement sur leurs tranches redressées; ensuite que, par un déplacement ultérieur, le grès a été relevé vers la droite, pouvant servir à son tour, en cas de submersion, de fond incliné à de nouveaux sédiments horizontaux.
Les mouvements de l'écorce terrestre se sont effectués avec len-