VARIATIONS DES CONDITIONS PHYSIQUES
matières ignées, une fois épanchées au dehors, étaient attaquées par les eaux courantes et fournissaient la matière de sédiments. Donc, à rorigine, la croûte, moins épaisse, devait être plus flexible. Son relief variait plus vite et les cycles d'érosion pouvaient y être plus fréquemment interrompus.
En outre, la pluie est la source à laquelle s'alimentent les eaux courantes. Or sa quantité et sa répartition varient de telle manière avec le relief, la température et les conditions géographiques, que vu les vicissitudes de ces dernières, sur une portion donnée de la terre, le modelé extérieur a dû traverser des phases de très inégale activité.
11 y a plus. Tout porte à croire que les conditions physiques extérieures au globe, celles d'où dépend, dans son principe, le travail des forces externes, ne sont pas demeurées constantes. En effet, l'un des plus remarquables enseignements de la paléontologie est que, dans les âges primaires, la faune et la flore paraissent avoir été partout indépendantes de la latitude. Ainsi à l'époque carboniférienne, qui marque à peu près la fin de l'ère primaire, les mêmes végétaux peuplaient la terre ferme sous le cercle polaire et sous les tropiques. Chose encore plus frappante : les polypiers constructeurs prospéraient alors au Spitzberg et à la terre de Grinnell; et même au milieu des temps jurassiques, de vrais récifs coralhens s'édifiaient dans le bassin de Paris. Or, de nos jours ces constructions sont exclusivement concentrées dahs la zone torride, là où la température de la surface de la mer ne s'abaisse jamais, raêrae dans le mois le plus froid, au-dessous de + 20 degrés centigrades. Ajoutons que, au début de l'ère tertiaire, il y avait encore au voisinage des pôles une végétation terrestre qui exigeait une température supérieure à'au moins vingt degrés à la moyenne actuelle.
11 est donc certain que la distribution de la chaleur et de la lumière n'étaient pas autrefois ce qu'elles sont aujourd'hui. Avec le soleil tel qu'il est, des causes purement géographiques, quelque favorables qu'on les imagine, ne supprimeraient jamais les longues nuits des régions circumpolaires, et toujours la croissance des espèces tropicales y resterait impossible. Si d'ailleurs on réfléchit que le jeu des saisons se traduit dans les arbres à feuillage caduc, c'est-à-dire appartenant à la famille des dicotylédones angiospermes y et que d'autre part cette famille n'a fait son apparition, dans l'Europe méridionale, que vers la fin des temps jurassiques, il paraîtra tout à fait raisonnable d'admettre qu'auparavant, et pour
des raisons évideminent extérieures au globe, la différence des saisons ne se faisait pas sentir.
Enfin c'est encore un fait bien remarquable que jusqu'ici on n'ait pas recueilli de débris de vertébrés à respiration aérienne qui datent d'une époque antérieure à la fin des temps carbonifériens. Il est peu probable que de tels êtres eussent fait défaut auparavant si Tatmosphère avait été respirable.
Mais laissons de côté ce dernier argument, pour nous en tenir à l'uniformité constatée des conditions thermiques durant l'ère primaire : conditions qui comportaient, non une exagération de la température aujourd'hui régnante sous l'équateur, mais une extension du bénéfice de cette température à toutes les zones de latitude. Quelle que soit la cause d'une telle uniformité (et pour notre part, à l'exemple de MM. Blandet et de Saporta, nous l'attribuons à ce que le soleil des temps primaires devait être une nébuleuse très dilatée), le fait en lui-même n'est pas contestable. D'un côté cela semble exclure la possibilité que des glaciers étendus aient existé avant l'ère tertiaire ; de l'autre il est nécessaire d'admettre que l'humidité atmosphérique ne devait pas être répartie <!omme elle Test aujourd'hui.
Par conséquent, sans cesser de prendre les phénomènes actuels comme base de nos appréciations en ce qui concerne l'histoire géologique, nous devons nous garder d'une assimilation trop absolue. Depuis la consolidation de la première écorce jusqu'à nos jours, c'est une évolution que la planète terrestre a subie ; et cette évolution, qui s'accuse si bien par les transformations ordonnées du monde organique, a dû porter non seulement sur les conditions internes du globe, mais sur celles de l'astre dont notre terre n'est qu'un satellite. De la sorte, toute la série des phénomènes gouvernés par la chaleur et la lumière solaires n'a pu manquer d'en ressentir le contre-coup.