‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 170 sur 364 · QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LEÇON

Importance et dilflcultés de la paléogéographie. — Le rapide résumé que nous avons donné de Thistoire des périodes géologiques était destiné à rendre facilement intelligible Texposé, que nous ferons également succinct, d'un autre ordre de recherches, celui qui a trait à la reconstitution des états géographiques successifs de nôtre globe. Il importe essentiellement à la géographie qu on soit en état de rétablir, dans la mesure du possible, les phases principales de révolution des continents et des mers, c'està-dire les divers chapitres de ce qu'on peut appeler la paléogéographie ; car là seulement on puisera des indications sur les cycles d'érosion que la terre ferme a traversés, ainsi que sur les causes plus .ou moins complexes des structures qu'elle présente aujourd'hui.

Une telle recherche, on le comprend sans peine, est hérissée de difficultés. En effet, elle repose exclusivement sur la connaissance des dépôts, marins et terrestres, que chaque époque sédimentaire a légués à la croûte solide en souvenir de son passage. A supposer que toutes les incertitudes relatives à la détermination de l'âge des terrains fussent levées, et que l'on connût en chaque point du globe tous les dépôts existants, comme, en général, l'érosion a enlevé de chaque affleurement plus qu'il n'en subsiste, c'est toujours à l'aide de débris plus ou moins incomplets qu'il faudrait conclure, par induction, à la place occupée par les anciens océans. Le problème est presque aussi difficile que celui de la reconstitution d'un livre dont les feuillets seraient en majeure partie perdus.

C'est pourquoi si la présence en un point d'un sédiment marin, exactement daté par la stratigraphie ou par les fossiles, permet d'affirmer que la mer de l'époque correspondante occupait la place, l'absence de tout témoin de ce genre ne suffit pas pour autoriser une conclusion négative; d'autant mieux qu'il y a souvent, sur le fond des océans actuels, des parages où il ne se fait aucun dépôt; de sorte qu'on doit admettre que la même circonstance ait pu se reproduire bien des fois dans le passé.

Intervention de la paléontologie. — La difficulté provenant de ces lacunes serait parfois insurmontable, si la paléontologie ne venait encore au secours du paléogéographe, en lui permettant, dans bien des cas, de baser des conclusions rationnelles sur des migrations d'espèces, qui n'ont pu se faire que par certaines voies déterminées.

L'apparition subite, à un niveau défini, d'animaux marins tels, qu'on ne saurait les faire descendre de ceux qui habitaient auparavant la mer de la région, atteste un changement géographique, par lequel s'est trouvée ouverte la communication avec une province voisine où ces types existaient déjà. En appliquant ce critérium avec discernement, on arrive à reconnaître, tantôt que tel bassin de sédimentation a dû être isolé d'un autre, assez voisin, par une barrière.dont on peut approximativement indiquer la place, tantôt que deux aires sédimentaires aujourd'hui isolées ont dû être reliées ensemble par un bras de mer, dont les traces auront été enlevées plus tard par l'érosion. L'application de ce procédé devient chaque jour plus féconde, à mesure que les explorations géologiques se complètent et que les connaissances paléontologiques gagnent en précision.

Caractère provisoire des essais de paléogéographie. — Il n'en est pas moins vrai que les tentatives de représentation des mers anciennes se heurtent à des difficultés considérables. On peut dire que l'heure est à peine venue d'y songer. Tout essai de ce genre eût été absolument prématuré il y a quelques années, alors qu'on savait si peu de chose sur la géologie des pays en dehors de l'Europe. Môme aujourd'hui on ne peut encore tracer que de simples ébauches. D'abord, sur tout l'espace occupé par les océans, lesquels couvrent près des trois quarts de la surface terrestre, on en est réduit à de pures conjectures. De plus il est à remarquer que le problème ne serait vraiment résolu que si les cartes paléogéographiques pouvaient être instantanées, c'est-à-dire s'appliquer à un moment bien déterminé de l'histoire géologique. Or, dans

ESSAIS DE PALË06É06RÂPH1E. MASSIFS ARGHËENS 311

Tétat actuel de nos connaissances, c'est déjà beaucoup de pouvoir afGrmer de deux dépôts que, d'après leurs fossiles, ils sont synchroniques en gros. Mais quant à prétendre qu'ils correspondent rigoureusement à la même date, et que plusieurs milliers d'années ne se sont pas écoulés entre la formation de l'un et celle de l'autre, c'est ce que personne n'oserait faire Tout au plus peut-on nourrir, de nos jours, l'ambition de représenter la disposition des terres et des mers rapportée à un certain étage géologique. Mais un étage comprend d'ordinaire plusieurs zones paléontologiques, dont les différences sont assez grandes pour que chacune corresponde, à coup sûr, à un très grand nombre de milliers d'années, pendant lesquels divers changements géographiques n'ont pas manqué de s'accomplir.

Ces réserves étaient nécessaires pour établir que les essais de paléogéographie ne sont nullement comparables aux cartes qui figurent l'état actuel du globe. Néanmoins, malgré leur inévitable imperfection, ces ébauches peuvent, quand on les rapproche les unes des autres, fournir de précieuses indications sur l'évolution de la terre ferme. Nous n'en voulons pour preuve, entre autres, que le livre si intéressant où M. Jukes Browne a essayé de reconstituer les phases principales de la formation du sol britannique \ Le nombre augmente chaque jour des points où l'on est en mesure, non seulement d'affirmer le passage antérieur de telle ou telle mer, mais de dire, jusqu'à un certain point, grâce à la nature des fossiles rencontrés, s'il s'agissait d'une mer ouverte ou fermée, d'un régime littoral ou d'un faciès pélagique, d'une eau de surface ou d'un grand fond.

En même temps que de notables portions des aires maritimes peuvent ainsi être reconstituées points par points, la découverte de dépôts lacustres ou fluviaux, de formations semblables à celles des dépressions intérieures, etc., autorisent aussi quelques induelions positives relativement aux aires continentales. Seulement ces preuves directes sont beaucoup plus rares, les dépôts opérés sur la terre ferme ayant généralement peu d'épaisseur et occupant une situation superficielle, ce qui rend leur conservation très problé- «latique, à cause de la facilité avec laquelle les érosions ultérieures ont pu les disperser.

Sigidflcation des massifs archéens. — En revanche, pour ce qui concerne ce qu'il est permis d'appeler les noyaux des continents^

Page 1