SEIZIÈME LEÇON L'EUROPE. — LES ILES BRITANNIQUES
Forme des côtes européennes; caractères de l'Europe septentrionale. — De toutes les divisions de la terre ferme*, TEurope est celle dont le contour offre les plus profondes découpures. A l'exception de sa limite orientale, la mer trouve partout un facile accès vers l'intérieur. Cette circonstance est le mieux marquée dans la région méditerranéenne où, jointe à la douceur du climat, elle a puissamment contribué au rapide développement de la civilisation dans ces parages.
Il y a du reste, entre le nord et le sud de l'Europe, une diffé; rence fondamentale en ce qui regarde le mode de morcellement de la terre ferme. Si découpées que soient les côtes des Iles Britanniques et de la Scandinavie, nulle part elles ne bornent ni n'encadrent de grandes profondeurs maritimes. Au large de l'Irlande, des Hébrides et même des Shetland, s'étend un plateau sous-marin qui va se souder, d'une part, au fond du golfe de
1. Nous nous faisons ici un devoir de reconnaître à quel point la partie descriptive de notre tâche a été facilitée par des ouvrages tels que la Ldnderkunde de Kirchhoff (à laquelle MM. Penck et Th. Fischer, entre autres, ont donné de si importantes contributions) et les livres récents de M. Sievers sur TAsie, l'Afrique et PÂmérique. D'autre part, nous avons fait de nombreux emprunts à VAnilitz der tVdc, où M. Ed. Suess a semé, avec les trésors de son incomparable érudition, tant «l'aperçus originaux de la plus haute portée. Le premier volume de ce grand ouvrage ^'ient de devenir accessible à tous les lecteurs français, grâce à la traduction dont M. deMargerie a dirigé la publication, La Face de la Terre, t. I, Paris, 1897. • ,
Biscaye, de Tautre à la Norvège méridionale, et où Tépaisseur de la nappe d'eau est partout inférieure à 200 mètres. Ce même plateau longe la Norvège et s'épanouit un peu devant les îles Lofoten. Enfin la Baltique appartient tout entière à cette zone de bas-fonds. En réalité^ la séparation de la Finlande et de la Suède n'est guère qu'une apparence, et les Iles Britanniques sont un véritable appendice du continent européen, appendice à l'isolement duquel l'érosion marine, si puissante dans cette région, a certainement contribué pour une bonne part.
D'ailleurs, si loin qu'on aille entre les Shetland et l'Islande, on n'y rencontre pas de profondeurs supérieures à 2000 mètres, et le long de la Norvège, jusqu'au cercle polaire, ce chiffre n'est atteint qu'à une grande distance de la côte.
Différence avec la zone méditerranéenne. — Au contraire, dans la Méditerranée, la zone des fonds de moins de 200 mètres n'occupe une surface appréciable que dans l'Adriatique. Partout la courbe bathymétrique ou isobathe de 2000 mètres longe les rivages à faible distance, et quatre fosses importantes offrent des profondeurs comprises entre 3 et 4 kilomètres. La première est située entre les Baléares et la Sardaigne; la seconde s'ouvre sous la mer Tyrrhénienne ; la troisième, encore plus étendue, se trouve entre la Sicile et la Crète ; enfin la quatrième est rencontrée par la sonde quand on va de l'île de Crète à la côte égyptienne. Les découpures de cette mer appartiennent donc à un tout autre type que celles du nord. Elles rentrent dans la catégorie des côtes à grands lobes *, résultat de mouvements tectoniques avec effondrements, tandis qu'un léger gauchissement, combiné avec une active érosion par les vagues, peut suffire à rendre compte de l'état des côtes septentrionales, du moins si l'on en excepte la partie qui borde immédiatement l'Atlantique. En effet, cette dernière abonde en fjords, où nous savons * qu'il y a lieu de rechercher l'influence exercée par l'état de crevassement d'un terrain qui a subi un grand effort de rupture.
D'autre part, toutes les hautes montagnes de l'Europe appartiennent à la région méditerranéenne. Il y a un rapport étroit entre la cause qui les a fait surgir et celle qui a déterminé les fosses marines du midi. Dans le nord, en Ecosse comme en Norvège, il existe assurément des contrées montueuses^ mais il n'y a pas de chaînes de montagnes. Le terrain se relève assez
1. Voir plus haut, p. 282. — 2. Voir plus haut, pp. 134, 273.