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Massif russe. — Tout ce qui vient d'être dit s'applique à la partie de TEurope située à Touest de la Russie. Mais l'immense territoire compris entre la mer Glaciale et la mer Noire se détache du reste comme une unité à part. Le relief y est insignifiant et d'une remarquable uniformité. Cependant le système hydrographique ne laisse voir aucune indécision. On pressent qu'une très longue érosion a eu le temps d'aplanir le terrain et d'y régulariser l'écoulement des eaux, sans qu'aucun plissement vînt interrompre l'œuvre de nivellement.
Et de fait, la géologie nous apprend à y reconnaître un territoire où les plus anciens sédiments siluriens sont demeurés horizontaux, tous les efforts orogéniques étant venus mourir contre le bord occidental de ce môle gigantesque. Tandis qu'au sud des incursions marines toujours tranquilles ont largement étalé leurs dépôts, la grande nappe glaciaire a recouvert, au nord-ouest, les deux tiers de la superficie du massif russe. Encore les accumulations morainiques ont-elles été assez longtemps exposées à l'érosion pour que toute indécision ait disparu de leur surface.
Caractères du réseau hydrographique de l'Europe. — Un fait remarquable est l'indépendance presque complète du réseau hydrographique européen vis-à-vis de l'océan Atlantique. Aucune rivière digne de ce nom n'arrose le versant occidental de la NoiTège. La Grande-Bretagne n'en envoie pas non plus dans la même direction. Des deux fleuves français qui s'y rendent, l'un, la Loire, ne le fait qu'après avoir, en quelque sorte, essayé de trouver une issue vers le nord, et encore ne se dirige-t-il Vers l'ouest que parce que, durant la fin des temps tertiaires, la mer était venue là à sa rencontre jusqu'aux approches de Blois. Quant aux rivières de la péninsule ibérique, à l'exception du Guadalquivir, elles n'arrivent à l'Océan que par des gorges étroites, accusant un travail qui ne peut être de bien ancienne date.
Pendant ce temps, les fleuves de beaucoup les plus considérables de l'Europe, Èbre, Rhône, Pô, Danube, Dniepr, Don, Volga, se rendent au sud, dans la dépression méditerranéenne ou ses annexes. Et de leur côté la mer du Nord et la Baltique reçoivent l'important tribut de la Tamise, de la Meuse, du Rhin, du Weser, de l'Elbe, de l'Oder, de la Vistule, qui tous s'y dirigent sans indécision. Comme si, dans ces deux sens, il y avait eu, de longue date, appel des eaux courantes, tandis que l'issue vers l'Atlantique aurait été tardivement ouverte.
Or justement la géologie nous enseigne que Iç pays de Galles,
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la Cornouaille anglaise, TArmorique, la Meseta ibérique, sont de véritables ruines, restes de massifs autrefois bien plus étendus verslouest, et d*où s'échappaient, à de certaines époques, notamment au début de la période crétacée, de puissants fleuves comme celui qui, arrosant TAngleterre, venait déboucher sur remplacement des Pays-Bas. L'érosion marine a peu à peu rongé ces territoires, et pour tout ce qui dépasse le 35" degré de latitude, les (lots de la mer ont pénétré assez tard dans ces parages, trouvant d'ailleurs des côtes trop escarpées pour qu'un réseau de cours JVau tributaires ait pu faire autre chose que de s'ébaucher.
Au contraire, unegrande dépression a toujours existé, longtemps même avec le régime de haute mer, là où se trouve aujourd'hui la Méditerranée ; et lorsqu'aux temps tertiaires presque toute la zone médiane de l'Europe était déûnitivement émergée, les eaux marines occupaient la place de la bande des Pays-Bas septentrionaux, passant entre la Suède et les collines de l'Allemagne. Le réseau hydrographique créé de ce dernier côté n'a eu qu'à s'allonger vers le nord, à mesure que diminuait le domaine marilime. De là vient la régularité visible qu'il a su garder. Mais dans la zone méditerranéenne, les plissements alpins, venant se dresser en travers des artères fluviales, ont amené plus d'une déviation, déterminant parfois des parcours compliqués et semés d'obstacles comme celui du Danube.
Rôle historique des divisions de TSurope. Zone méditerranéenne. — La division de l'Europe en trois zones bien distinctes a exercé une grande influence sur l'histoire de la civilisation dans ces contrées. Favorisées par le soleil et le climat, libres de communiquer les unes avec les autres le long de rivages bien découpés, bordant une mer tranquille et qui n'exigeait pas de longues traversées, les po])ulations méditerranéennes sont rapidement arrivées à un état de culture avancé. Vives comme la lumière qui les éclaire, habituées à contempler des paysages aux éclatantes couleurs, elles ont eu les premières le sentiment des arts. En même temps les volcans, qu'elles côtoyaient, et les tremblements de terre, dont elles ont eu plus d'une fois à soun*rir, leur ont donné des forces de la nature une notion plus complète qu'à tout autre groupe humain.
Pourtant la zone méditerranéenne n'a pas joui tout entière de ce rapide et complet développement. Le privilège en a été réservé aux rivages maritimes, ainsi qu'aux pays peu accidentés du voisinage. Mais les montagnes, Apennins, Alpes dinariques, Balkans, et les
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massifs anciens, Meseta ibérique, Rhodope, etc., respectés par les dislocations qui, en créant les fosses de la Méditerranée, avaient isolé les péninsules du midi, sont demeurés étrangers au mouvement. Et parce que ces pays, au sol inégal et difficile, n'étaient traversés par aucun fleuve important, ils ont gardé, à côté de la civilisation exubérante de leur entourage, un caractère plus primitif que n'importe quelle région de l'Europe du nord.
Zone médiane. — Dans la zone médiane, la chaîne alpine a longtemps opposé un obstacle difficilement franchissable aux migrations vers le midi; obstacle d'autant plus sérieux qu'après une première occupation de ces contrées par l'homme, le retour final des grands glaciers a dû rendre, pour de longs siècles, inabordables et redoutés, non seulement la chaîne montagneuse, mais ses alentours immédiats. De plus la division naturelle de cette zone en bassins ou massifs indépendants, presque aussi fermés au nord qu'au sud, a favorisé la constitution de peuplades défiantes, dures et sévères dans leur genre de vie, attachées à leur sol comme à leurs coutumes, et peu disposées à l'expansion.
Toutefois ces territoires n'ont pas été fermés à la civilisation. D'abord, si quelques-uns constituaient des massifs saillants, d'accès difficile et de sol rude, d'autres étaient de véritables bassins, au terrain fertile, formés par eflbndrement au centre d'une ceinture montagneuse. De plus, les uns comme les autres livraient passage à de grands cours d'eau, Rhin, Elbe, Danube, etc., par où s'accomplissait forcément l'échange avec le dehors. Aussi l'histoire de ces régions difTère-t-elle grandement de celle des noyaux anciens de la bande méditerranéenne.
Zone septentrionale. Région française. — Quant à la zone septentrionale, abandonnée la dernière par les glaces et soumise à des conditions physiques peu clémentes, elle n'offrait du moins, grâce à la bande des pays bas riverains de la Baltique et de la mer du Nord, aucune barrière aux excursions vers l'ouest. Endurcis contre les intempéries et habitués à lutter contre une mer souvent déchaînée, que les vents dominants et les grandes marées poussaient avec violence contre leurs rivages, les hommes du Nord, tout en gardant une nature froide et une imagination tranquille, sont devenus de hardis pirates, aimant à se jeter sur les pays de l'Occident, qu'ils pouvaient aborder par terre comme par mer.
Enfin la région française, intermédiaire par sa situation, comme par son relief et son climat, entre les diverses zones de l'Europe, à cheval sur l'Océan et la Méditerranée, bien ouverte à la fois au