ORDRE DES DESCRIPTIONS
nord, à l'ouest et au sud-est, était le terrain de rencontre désigné (les races les plus différentes. La fusion de ces éléments, jointe à Texlrème variété d'un sol généralement facile, a fixé les destinées (l'un pays qui devait tenir une grande place dans l'histoire et se montrer, avec son rare mélange de qualités et de défauts, le [)lus attirant de tous ceux qui aient place au soleil.
Ordre à suivre dans les descriptions. — Une description méthodique de l'Europe, entièrement fondée sur les conditions de genèse delà terre ferme, comporte l'examen successif des zones suivantes : 1" la zone septentrionale, allant de l'Irlande à l'extrémité de la Russie, avec son appendice de pays bas; 2° la zone des massifs anciens, dont M. Suess a le premier* signalé l'homogénéité, et qui se poursuit depuis la pointe méridionale de l'Espagne jusqu'au contact de la Bohême avec la plate-forme russe ; 3** la chaîne des iVlpes avec ses prolongements orientaux; 4* la zone méditerranéenne.
Dans la première de ces divisions, il n'y a pas (ou pour parler plus exactement, il n'y a plus) de chaînes de montagnes proprement dites, et c'est là que se trouvent les plus anciennes terres de l'Europe. Dans la seconde, où la terre ferme a gagné surtout aux dépens des mers secondaires, l'influence des plissements survenus avant le milieu de l'époque tertiaire, lors de la fin des temps éocènes, influence plus ou moins effacée par une longue érosion, se combine avec les ruptures provoquées par la rigidité des massifs d'ancienne consolidation. La troisième division embrasse presque toutes les hautes chaînes plissées du continent, et son relief date principalement de la fin des temps tertiaires, ce qui fait qu'il est encore très sensible. Quant à la quatrième division, elle doit sa forme actuelle à des dislocations encore plus récentes, mais d'une autre nature, dont les effondrements méditerranéens sont la forme la plus typique.
Nous commencerons par l'étude de la zone septentrionale, en l'abordant à partir des Iles Britanniques. Seulement, pour ne pas scinder en deux la description de ces îles, nous y rattacherons l'examen de l'Angleterre méridionale, bien qu'à proprement parler cette région appartienne plutôt à la zone des massifs anciens.
\.Anmz der Erde.
Aperçu général. Massif ancien. — Les Iles Britanniques portent l'empreinte d'un morcellement intense. L'ensemble de ces îles (fig. 127) est partagé en deux sections fort inégales, par une ligne à peu près nord-sud, allant de Newcastle sur la mer du Nord à
Fijr. 127. — Schéma dos Ilos Britanniquos. I, Highlands: II, massif ancien do Tlrlando; III, Lowlands: IV, dépression médiane carboniférionne do l'Irlande ; V, districts écossais do grès rouge ; VI, hautes terres du sud de rÉcossc ; VII, hautes terres du sud do l'Irlande; VIII, Pays do (tallos; IX, Cornouaillo ; X, chaiuo Pon nine et dépendances: XI, Angleterre orientale; XII, XIII, bassins tertiaires. — L'archécn est tiguré par des hachures verticales ; le paléozoYque précarltonifërien par des hachures inclinéos ; le secondaire par dos hachures horizontales.
Exeter sur la Manche. A gauche de cette ligne, tout le pays est accidenté, montueux et surtout fortement découpé. Le climat en est rude, et le sol se relève constamment vers l'ouest, où il touche à l'Océan par des falaises capricieusement déchiquetées, contre lesquelles s'acharnent les vagues de l'Atlantique. A l'est, au contraire, s'étend un pays de faible relief, aboutissant à la mer du Nord par des côtes plates et de contour régulier, au sol fertile et partout bien cultivé.
Cette limite orographique est en même temps une frontière géologique de première importance. Elle marque le bord extérieur d'un massif continental, dont TOcéan n'a laissé subsister que des ruines, et qui s'étendait autrefois bien loin vers l'ouest, tandis que sa rive orientale était constamment baignée par les mers secondaires. Le massif ancien lui-même avait pour noyau fondamental un territoire archéen, dont les Hébrides, les Highlands du nord de rÉcosse et une partie du comté de Donegal en Irlande représentent les derniers lambeaux, et qui aujourd'hui encore forme la région la plus accidentée des Iles Britanniques. Contre ce noyau sont venues se coller des bandes successives de terrains primaires, chaque fois relevées en bourrelets montagneux et injectées de diverses roches éruptives, puis rabotées par l'impitoyable érosion. Ainsi se sont formés les divers districts de l'Irlande et, en Angleterre, le Cumberland, le Pays de Galles, la Cornouaille, avec les trésors de minerais et de combustible minéral qu'ils renferment.
Dislocation et façonnement du massif. — Ce massif ancien, tant de fois disloqué, et ressoudé par des injections internes, avait fini par devenir rigide, et ne pouvait plus se prêter à des efforts de plissement. Abandonné au jeu régulier des puissances extérieures, il serait devenu une pénéplaine à peu près uniforme. Et de fait, il a dû passer au moins trois fois par cette condition durant les temps primaires et après leur achèvement. Mais les dislocations qui, dès le début de l'ère tertiaire, préparaient l'ouverture définitive de l'Atlantique nord, ont modifié le niveau du territoire en le relevant, d'une façon générale, vers le bord de la fosse qui allait se former, en même temps qu'elles divisaient profondément sa masse et en préparaient l'émiettement par des cassures quelquefois tout à fait rectilignes.
Alors les différences de dureté des roches se sont fait jour, mettant les plus résistantes en saillie notable; et comme, d'autre part, les actions volcaniques accumulaient leurs produits, de l'Irlande aux Hébrides, sur le bord de la fente atlantique; comme, le long des cassures, les compartiments sollicités à s'effondrer jouaient les uns par rapport aux autres, les restes émergés du grand district ancien sont redevenus des pays montueux. On n'y voit pas de chaînes proprement dites; l'orographie en est confuse au dernier degré ; mais le sol n'en est pas moins très accidenté, et produit souvent l'impression caractéristique des montagnes; ce qui se comprend si l'on réfléchit que le relief moyen, pour être peu considérable en lui-même, a cependant, relativement à la
superficie du groupe insulaire, la même valeur qu'ont les Alpes par rapport à la surface de l'Europe médiane, ou l'Atlas vis-à-vis du nord de l'Afrique*.
Dans ces districts, l'existence des hommes, véritables montagnards^ est restée rude comme le climat, excepté pour les parties où les richesses minérales du sol ont fini par déterminer l'éclosion d'une vie industrielle intense. Ajoutons que les glaces y ont partout fait sentir leur action, adoucissant les contours des éminences et parsemant le pays de produits morainiques qui, jetés comme des barrages en travers des cours d'eau, ont engendré de nombreux marécages, bientôt envahis par la tourbe en raison de l'humidité du climat.
Divisions de l'Ecosse. Highlands. — L'Ecosse' se divise naturellement en trois parties : au nord sont les Highlands ou hautes terres, que sépare en deux la remarquable dépression rectiligne du Grand Glen, au sud de laquelle le pays prend le nom de Monts Grampians. Au milieu viennent les basses terres {lowlands), c'està-dire l'isthme relativement bas qui s'étend d'Edimbourg au delà de Glasgow. Enfin le sud appartient à ce que sir Archibald Geikie a nommé les southerii tiplands ou hautes terres du midi, A cet ensemble se rattachent trois archipels fortement déchiquetés, les Hébridesy les Orcades et les îles Shetland.
Les Highlands, dont le point culminant, le Ben Nevis, atteint 1342 mètres, n'offrent dans l'intérieur ni chaînes de montagnes ni murailles dominantes. C'est un enchevêtrement de cimes, entre lesquelles courent de nombreuses vallées, sans qu'aucune direction définie se manifeste dans les accidents secondaires de la topographie. La contrée représente une pénéplaine dont la dissection a été poussée à fond, atteignant des structures trop massives pour que l'érosion actuelle ait pu y trouver des guides. Ainsi le Ben Nevis n'est qu'à six kilomètres du Loch Linnhe. Cette indécision n'eu rend que plus curieuse l'existence de longs sillons remarquablement alignés ou Glens. Le plus net est le Grand Glen ou la dépression du Canal Calédonien, dont nous avons déjà parlé', qui traverse le pays de part en part, et comprend un lac étroit, aux bords escarpés, le Loch Ness, dont le fond descend à 210 mètres au-dessous du niveau de la mer.
1. J. Uahn, Kirchhoff's Lânderkunde, Europa. — 2. Consulter Barlholomew, Allas of Scoiland, 1895; A. Geikie, The scenery of Scotland, 1887; The ancient votcanoes of Great Britain; H. M. Gadell, The geology and scenery of Sutkerland, — 3. Voir plus haut, p. 133.