PLATE-FORME DES LACS
avant Tapparition de la pierre polie et du bronze, les hommes qui Tenaient de s'installer sur ces plages, à peine abandonnées par les glaces, rejetaient ainsi sur le rivage les coquilles des animaux qui avaient servi à leur nourriture.
Or les détroits danois ne nourrissent plus d'huîtres de nos jours, et de plus, bon nombre de ces tertres de déchets culinaires sont à une distance notable du rivage. Il y a donc eu, depuis leur formation, diminution de la salure de la mer avoisinante et, en outre, un certain degré d'émersion du sol.
Littoral baltique. Plate-forme des lacs. — Revenons maintenant au littoral poméranien. A partir de TOder, il n'y a plus une seule découpure de la côte jusqu'au golfe de Dantzig, où la Vistule, par ses alluvions; ramène sur ses bords une bande de marais. Alors le rivage s'échancre par les estuaires delà Vistule, du Pregel et du Memel. Seulement, dans cette mer sans marées, où le cordon littoral a moins de peine à se défendre, le vent d'ouest, qui agit plus efficacement à partir du coude de la Baltique, a suffi pour édifier une ligne continue de dunes, à la faveur de laquelle se sont isolées de la mer les deux grandes lagunes dites Frische Haff et Kurische Haff.
Parallèlement au rivage s'étend, sur une largeur moyenne de 180 kilomètres, un territoire très homogène, celui de la Poméranie et de la Pomérélie, caractérisé par l'extrême abondance dos lacs d'origine glaciaire, tous assis sur l'argile à blocaux déposée lors de la dernière invasion. Mais ce qui est surtout remarquable, c'est la bande centrale, où ces cavités lacustres, alignées sur un faîte entre la Baltique et la Netze d'un côté, l'Elbe de l'autre, engendrent la ^/a^e-/br7ne baltique des lacs ou Seenplatle (fig. 131), dont les caractères ont été précédemment indiqués*. Son caractère glaciaire ressort avec plus d'évidence encore depuis que M. Keilhack y a reconnu de nombreux drumlins *.
La position de cette bande culminante n'est point arbitraire. Non seulement elle marque le point où les moraines terminales de la dernière extension ont le plus longtemps stationné; mais si ce stationnement s'est produit, et a fait naître une ligne de hauteurs, c'est que justement, en cet endroit, un bombement du terrain tertiaire avait eu lieu, qui relevait l'oligocène plus que partout ailleurs'. En un autre point, à Rûdersdorf, près de Berlin, ce sont les calcaires du trias qui forment tout d'un coup une protubérance
1. Voir plus haut, p. 231. — 2. Juhrb. d, preuss. GeoL Landesanîtalt, 1896. — 3. Penck, Kirchhoff^s Lànderkunde; norddeutsche Tiefebene, p. 503.
surgissant au milieu du glaciaire. Dans ces deux cas encore, nous constatons que Tune des caractéristiques des pays-bas de l'Europe septentrionale est, qu'à la différence du glaciaire de la Russie, superposé à un sol complètement e:!(empt de dislocations, les dépôts erratiques de l'Allemagne recouvrent une région qui a ressenti, d'une façon marquée, le contre-coup des mouvements orogéniques tertiaires ; de sorte que cette nappe monotone recouvre ua sous-sol assez tourmenté.
Les sondages, qui ont permis de reconstituer l'allure de ce soussol', le montrent partagé en longues bandes, alignées du nordouest au sud-est, et où tous les terrains secondaires sont plissés parallèlement à cette direction. Or cette allure se répercute à la surface, d'une façon évidente, dans le parcours de toutes les rivières. L'Aller et la partie du Weser qui lui fait suite; l'Elbe en aval du Brandebourg et en amont de Magdebourg; le haut Oder, • qui par la Sprée prolonge si bien l'Elbe inférieur, absolument comme le haut Elbe prolonge l'Aller, sont autant de sillons nettement parallèles, dont la concordance avec les plis du sous-sol est d'autant plus frappante, que presque tous ces sillons correspondent à des synclinaux ou plis concaves que dessine le crétacé sous-jacent. Ainsi ce sont les efforts orogéniques de la période tertiaire qui ont préparé le réseau hydrographique des plaines de l'Allemagne septentrionale, et le dépôt du terrain glaciaire n'en a pas sensiblement altéré le dessin.
Versant méridional de la plate-forme. — Nous avons dit, d'après M. Keilhack*, comment, de cette plate-forme lacustre fertile et boisée, les eaux descendaient régulièrement au nord, par des vallées bien marquées, que l'appel de la Baltique a suffi à façonner; tandis que, sur son versant sud, il subsistait des lacs généralement étroits, réunis en chapelets par des ruisseaux au parcours mal défini. Ce versant méridional, constitué par les sables et graviers que les torrents glaciaires emportaient de la moraine terminale, est infertile et couvert de landes de bruyères. Son bord est marqué par une dépression, où s'alignent exactement la Netze, puis la Warthe jusqu'à son confluent avec l'Oder.
Sur toute cette large bande, exempte d'accidents topographiques importants, le vent, remaniant les matériaux de la moraine, en soulève le sable 'et l'accumule en petites dunes, tandis que son passage sur les blocs erratiques use quelquefois ces derniers en y
1. Voir la carte que M. Penck en a donnée dans la Ldnderkunde de Kirchhoff. —
faisant naître des facettes à arêtes vives*. Grâce aux communications qui se sont établies entre les cavités lacustres du Brandebourg et du Mecklembourg, il s'est formé des lignes intérieures de navigation, comme celles de la ,Sprée et du Havel. Le promeneur qui chemine en pleine campagne dans ces parages est parfois tout surpris d'apercevoir, gonflées par le vent, les voiles d'im bateau, alors que rien ne lui avait encore fait soupçonner l'existence d'un cours d'eau.
Zone des grandes livières. — Contre la Netze et la Warthe commence une nouvelle bande, celle-là très plate, et parcourue par de grandes rivières, qui ont une tendance marquée à en épouser quelque temps la direction longitudinale, comme la Vistule après Varsovie, la Warthe ou Warta en amont puis en aval de Posen, rOder avant le coude de Francfort. Cette large zone, qui s'étend au sud jusqu'à Glogau et Kalicz, et vient se coincer tout près de l'Elbe, vers le confluent du Havel, après avoir embrassé la Cujavie, la Posnanie et le Neumark, marque précisément la partie du dépôt glaciaire ancien qui n'a pas été recouverte lors de la dernière extension, et dont la surface a eu le temps de se régulariser entièrement, se couvrant par places de limon de ruissellement. Mais le fond est resté sableux, de sorte qu'on y remarque le contraste de vallées au sol maigre, tantôt tourbeuses, tantôt envahies par les bruyères, avec des plateaux de partage couverts d'un limon fertile. Dans ce pays, les terres de culture occupent les hauteurs (qui ont rarement plus de 150 mètres d'altitude), tandis que les bois s'observent dans les vallées*.
Détails BUT les cours d'eau. — La seule inspection des cours d'eau de cette région provoque quelques remarques intéressantes.
Ainsi Ton ne peut s'empêcher d'être frappé du coude brusque que fait la Vistule vers le nord près de Bromberg, alors que devant elle s'ouvrait la large vallée qu'occupe l'insignifiante Netze. Cette dernière vallée est marquée par une traînée considérable d'alluvions anciennes qui, par la Warthe, vient rejoindre l'Elbe, et se prolonge même au delà jusqu'à Eberswalde. De la même façon, le cours supérieur de la Warta, continuant la direction de la Vistule en aval de Varsovie, est accompagné par une autre traînée d'alluvions, que suit un moment l'Oder, et qu'on retrouve avec la Sprée jusqu'à Berlin.
Partout ces traînées coïncident avec une large ouverture de