Voir Suess, Antlitz der Erde, I, p
vagues de la mer, action du vent, mouvements du sol, qui ont concouru à la former.
Section occidentale, Flandres. — La première section de cette bande est celle qui comprend les rivages de la mer du Nord, depuis Calais jusqu'à l'embouchure de l'Elbe. Nulle part l'apport dos rivières n'y est aussi efficace; mais nulle part aussi le contour du littoral n'est moins stable ; d'abord parce que la marée et le vent s'y font sentir avec énergie ; ensuite parce que le régime de ces parages est de très fraîche date.
D'abord les récents travaux des géologues belges* ont montré que, durant les temps pléistocènes, il y a eu deux grandes invasions marines successives, pénétrant largement dans les estuaires des cours d'eau actuels, déjà plus ou moins esquissés. Ces invasions, qu'on a désignées sous les noms de moséenne et de flandrienne (cette dernière étant la plus récente et pouvant dater de l'âge du renne), ne peuvent s'expliquer que par des mouvements généraux du sol, en relation avec ceux dont nous avons parlé à propos des Iles Britanniques.
D'autre part, l'ouverture du Pas de Calais, certainement postérieure à l'apparition de l'homme et au départ des dernières glaces, a dû troubler profondément le régime de la Mer du Nord, en provoquant un conflit entre ses marées propres et celles qui viennent de l'Atlantique central. Cette cause, jointe à des mouvements de date plus récente, explique les importantes modifications éprouvées, depuis les temps historiques, par le littoral néerlandais; modifications qui, très fréquentes et très considérables par moments jusqu'au treizième siècle, paraissent avoir beaucoup perdu de leur intensité : sans doute parce que l'équilibre définitif est en voie de s'établir.
La bande des Pays-Bas s'appuie, à l'ouest, contre l'éperon que forme le bourrelet crayeux du Bas-Boulonnais, et qui se révèle si bien dans la saillie verticale du cap Blanc-Nez. A partir de cette protubérance, qui marque le dernier effort septentrional des poussées orogéniques venues du sud-ouest, la craie plonge au Nord avec rapidité, disparaissant, dès les approches de Calais, sous un manteau de terres plates, où les vases marines et même les galets s'entremêlent avec la tourbe, en témoignage des fréquentes variations du rivage au début des temps actuels.
Le sol des Flandres, en France comme en Belgique, est formé
l. Voir le mémoire de M. Rutot dans le Bull, de la Soc. helge de géologie^ XI (1897), et les notes de M. Mourlon dans le BulL de VAcad. royale de BelgiqueyXWU, XXXHJ.
WADDEN. PAYS-BAS NEERLANDAIS 383
(l'alluvions, qui reposent directement sur les argiles et les sables argileux du tertiaire. Le terrain s'incline doucement vers la mer, où le vent a édifié un cordon de dunes, par lequel les inégalités primitives de la côte ont été rectifiées. L'absence de cours d'eau importants fait que cette rectification n'a pas isolé d'anciens estuaires, lesquels seraient devenus des lagunes. Néanmoins, le terrain en arrière du cordon littoral est assez plat pour demeurer constamment humide, ce qui oblige à l'assainir par de nombreuses rigoles. De là cette bande do wadden * ou watleringhes, qui partout borde la côte à distance. Au delà des wadden le sol se relève peu à peu, et l'épaisseur du limon quaternaire n'est pas telle qu'on ne voie apparaître en plus d'un point les couches tertiaires sous-jacentes. Suivant que ces dernières sont plus argileuses ou sableuses, le paysage et la fertilité du sol s'en ressentent ; de là, par exemple, le contraste entre les riches plaines des environs d'Ypres et les zones de sable qu'on traverse entre Gand et Bruges.
La région d'entre Gand, Bruges et Anvers est le Pays de Waes^ large plaine sablonneuse, mais dont le fond reste humide à cause <le la présence en profondeur d'un dépôt argileux tertiaire. Aussi voit-on beaucoup de canaux et de fossés pleins d'eau; et s'il n'y a pas de prairies naturelles, le pays n'en est pas moins un nid de verdure, grâce à l'abondance des arbres et des buissons*.
Pays-Bas néerlandais. Cordon littoral et Marais. — Un grand changement s'introduit dès l'embouchure de l'Escaut. Là commencent les Pays-Bas néerlandais, où s'enchevêtrent les embouchures de l'Escaut, de la Meuse, du Rhin. Ce serait cependant une erreur de considérer cette région comme résultant exclusivement d'une conquête récente, opérée par l'alluvionnement des fleuves sur le domaine maritime. Le rivage de la mer du Nord a éprouvé là bien des vicissitudes, et le temps n'est pas éloigné, sans doute, où, à l'époque du mammouth, contemporain des premiers hommes, le Rhin devait s'avancer d'au moins trois degrés vers le nord, avant de trouver une embouchure entre le bas-fond du Dogger et le Danemark. C'est la mer qui, après les derniers temps glaciaires, dont cette région n'a pas ressenti l'influence directe, a repris possession de son ancien domaine, en môme temps qu'elle emportait l'obstacle du Pas de Calais.
Depuis lors, une lutte constante s'est engagée sur ces rivages entre les fleuves et la mer. L'épisode le plus considérable de cette
1. Wadden est le mot hollandais, que les Allemands traduisent par irallen, — 2. Gosselet, Arin. Soc. géol. du Nord»
lutte a été la rupture du cordon de dunes et Tinvasion de la mer dans le Zuyderzée, au xiu'' siècle. Auparavant, en revenant au sud, sans aucun doute à la faveur d'un abaissement du sol, la mer avait balayé la contrée, détruisant les bois, dont les restes se trouvent à la base des argiles qui portent les marais du littoral. Plus d'une fois depuis un effet analogue s'est produit; ainsi s'expliquent la destruction d'une partie de l'île de Walcheren et la submersion définitive de parties basses où des bois, protégés dans l'origine par des dunes, avaient réussi à s'établir.
Aujourd'hui, en avant de la côte découpée par le Zuyderzée, le golfe de Groningue et le DoUart, la mer a reconstruit à l'aide des dunes une digue convexe, de contour très régulier, mais fréquemment interrompue par des ouvertures. C'est la chaîne qui commence vers Scheveningen, atteint cinq kilomètres de largeur près de Harlem, puis devient insulaire au Texel et se poursuit par les îles Frisonnes.
Au delà des dunes, et séparées d'elles à mer basse par une bande de wadderiy s'étendent les Marais *, qui atteignent quarante kilomètres de largeur, accompagnant tout le cours inférieur du Rhin et formant le principal noyau de la Hollande *. C'est le produit des débordements du fleuve, terre extrêmement fertile, mais basse, surtout depuis que par des digues on s'efforce de contenir toujours les eaux fluviales dans un lit invariable. Aussi, tandis que, sur les bords immédiats des fleuves, par le dépôt des anciens troubles, la surface s'élève à des altitudes d'une dizaine de mètres, partout ailleurs elle demeure au-dessous du niveau de l'eau courante. Les deux tiers de la surface des Marais hollandais ne sont pas à 1 mètre au-dessus du zéro d'Amsterdam, et beaucoup de parties tombent à 3 et même 5 mètres au-dessous. Ce sont les polders, dont on épuise l'eau avec des pompes, en la recueillant dans des canaux; de sorte que, dans ce pays, les seules inégalités du terrain sont créées par les digues '.
C'est à l'invasion du pays des Marais par la mer, lors des ruptures du cordon littoral, qu'on peut attribuer la formation des wadden.
Campine, Geest. — Autour des Marais, en remontant vers l'intérieur, s'étend une zone d'un caractère bien différent; c'est la
i. Dans la première édition de ce livre, le mat allemand Marsch, qui signifie surtout marais, avait été mal à propos traduit par Marche, qui doit s'appliquer au terme germanique Marck. — 2. Penck, Niederlande, Kirchhoffs Lânderkunde. — 3. Penck, loc. cit.
CAMPINE, GEEST 385
Campine de Belgique, se soudant à la Lande ou Geest^ de Hollande, bien marquée dans la Véluwe, entre le Rhin et TYssel. Le pays est aride, sableux, sans bois, sans prairies, dépourvu de cultures comme d'habitations. Des bruyères à la teinte brune couvrent le sol, interrompues par de petits monticules de sable blanc. L'altitude, en moyenne de 25 mètres dans Test du Geest, atteint 100 et même 105 mètres sur la Véluwe. Le contraste est complet entre cette bande aride et les Marais qu'elle borde.
La zone sableuse qui vient d'être décrite résulte du mélange opéré à cette place entre les matériaux des moraines glaciaires et les alluvions des fleuves. Lors de la grande extension glaciaire, au début des temps pléistocènes, les lobes de glace s'avançaient jusqu'à une ligne définie par l'embouchure du Vaal, près de La Haye, et Wesel sur le Rhin. Sur cette ligne, les torrents issus de ces lobes étalaient des graviers et des cailloux de provenance Scandinave- A leur rencontre arrivaient les eaux du Rhin et de la Meuse, gonflées par les grandes pluies de l'époque et chargées d'alluvions qu'elles jetaient contre le barrage morainique. A cela il faut ajouter l'influence momentanément exercée par l'invasion de la mer moséenne.
Ainsi se sont formées d'énormes masses de cailloux roulés, dépassant 150 mètres d'épaisseur sur la Véluwe, et mélangées de sable, qui affleurent dans la Campine et le Geest. On a estimé* à 1300 kilomètres cubes la part prise à ces accumulations par les apports originaires du massif ardennais et rhénan, dont les vallées devaient être alors en plein approfondissement, par suite de la surreclion du terrain*.
M. Mourlon * pense que c'est la masse des sables marins accumulés en Campine par la mer moséenne qui a contraint la Meuse à se diriger au nord-est à partir du Limbourg,
Au nord-est, dans ses parties les plus déprimées, le Geest est parsemé de hauts marais tourbeux ^, bien distincts des basses tourbières qui occupent une portion des Marais.
Oldenbourg et environs. — Les Pays-Bas néerlandais se soudent à ceux du Hanovre et de l'Oldenbourg, où se retrouvent identiquement les mêmes caractères. Au delà des dunes et des wadden
i. M. E. Reclus rapproche le mot de geest ou gasl de celui de gdiincy usité en France pour les terres rebelles à la culture. L'emploi de ce mot de geest n'est pas sans inconvénient, des sens difTérents lui ayant été donnés. Nous nous en tenons ici à la manière de faire de M. Penck. — 2. Penck, loc, citj.^ -^ 3. Voir plus haut, pp. 170 à 173. — 4. Bull. Acad, roy. Belg., XXXII, p. 67!/-r- 5. Voir LOFrié, Archivée Teyler, 1895.
DE LAPPARENT. — Lcçons dc géogT. phys. 2» édit. 25
s'étendent les Marais, formés par les alluvions de TEms et du Weser, puis la zone des bruyères et des landes, mais celle-ci beaucoup moins haute qu'en Hollande, parce que les fleuves qui ont contribué à l'édifier étaient très inférieurs en débit au système du Rhin. Aussi le sol, entièrement dépourvu de relief, est-il, malgré son fond de sable, couvert de marais tourbeux, entre lesquels s'observent quelques taches plus hautes, de bruyères et de pins. L'ampleur des tourbières croît à mesure qu'on se rapproche de la mer, et ainsi se forment, couvrant des centaines dé mille kilomètres carrés, les immenses marécages tourbeux, parfois au sol flottant, de Bourtange, d'Arenberg, du Saterland et de la Hamme.
Bien que les campagnes y soient fertiles et unies, les Marais du Hanovre et de l'Oldenbourg n'offrent pas à l'homme un habitat favorable, parce que les retours offensifs du flot marin obligent à y construire les maisons sur des levées. Aussi les villes ont-elles choisi pour s'établir la lisière beaucoup moins fertile du Geest, où elles se succèdent comme si elles surveillaient de haut le domaine livré à la culture. Telle est la position d'Itzehoe, de Harburg, de Stade, Varel, Aurich, Norden*.
Région de TElbe. Lande de liunebourg. — A mesure qu'on se rapproche de l'est, les caractères glaciaires s'accentuent dans la zone des Pays-Bas ; non seulement parce qu'on pénètre de plus en plus dans l'intérieur de la bande morainique, mais parce que, à partir de l'Elbe, le terrain a gardé, toute fraîche encore, la trace du passage de la dernière invasion des glaces, qui ne paraît pas avoir dépassé ce point vers l'ouest*.
Sur la limite, et appartenant encore au régime occidental, est la grande Lande de Lunebourg, longue de 270 kilomètres sur 10 de largeur, la partie la plus infertile et la plus déserte de toute l'Allemagne. Le sable y est mélangé en abondance de blocs erratiques d'assez grosses dimensions, ce qui explique le grand nombre des monuments mégalithiques dans ce pays, où quelques bouquets d'arbres se montrent dans les fonds les plus humides, au milieu de vastes landes exclusivement livrées à la pâture des petits moutons. En un mot, cette lande est un faciès plus nettement erratique du geest néerlandais, et l'influence septentrionale s'y montre prépon^ dérante, bien que rien encore, dans l'allure de la topographie, ne trahisse une moraine proprement dite.
1. Hahn, in Auerbach, Ann. de géographie, V, p. 473. — 2. Voir les cartes de M. de Geer dans Zeitschrifl dev deutschen geol. Gesellschafty XXXVII, 1885, p. in ; Yoir aussi la carte géologique de rAlIemagne, de Lepsius.
SCHLBSWIG-HOLSTEIN, RUGEN 387
SchleBwig-HolBtein. — Il en est autrement dès qu'on a franchi TElbe. Presque immédiate nient, depuis la pointe nord du Danemark jusqu'à la Lusace, le sol se montre parsemé de ces flaques d'eau irrégulières, avec cours d'eau indécis, qui toujours accusent un amas morainique fraîchement abandonné.
Dans la péninsule danoise, ce caractère n'apparaît que sur le bord oriental; et, en effet, la dernière invasion n'avait pas dépassé l'axe du Schleswig-Holstein ; de sorte que la côte de l'ouest offre seulement les échancrures et les dunes qu'on doit s'attendre à voir sur un rivage plat et sableux, exposé à toute la violence des vents (l'ouest. Là aussi, l'Elbe a dû remanier bien souvent la moraine ancienne. C'est pourquoi, après une chaîne de dunes et d'îles rongées par le flot, prolongement direct de celles de la Frise, on voit se dessiner des wadden ou watten envahies à marée haute, puis une bande de marais fertiles; enfin Vahl aux nombreuses bruyères, équivalent du geest, et également accidenté par des tourbières.
Mais l'allure est bien difflérente du côté de la Baltique. Laissant à dessein, pour un moment, toute la région des îles danoises, occupons-nous seulement de la bande côtière comprise entre le Schleswig oriental et la Courlande.
Nous n'y trouverons plus, comme devant la- Frise, de nombreuses chaînes d'îles allongées, débris d'un cordon littoral disloqué. Mais, dans le Schleswig, jusqu'à la baie de Ltibeck, la côte va se montrer très capricieusement découpée, avec de grandes échancrures dites fôrde ou fôhrde, qui donnent accès à la mer bien avant dans l'intérieur. Ce ne sont pas des fjords; il n'y faut chercher ni bords escarpés ni grandes profondeurs, et il suffit de regarder les lacs qui les entourent, de constater la nature du sol, formé d'argile glaciaire à blocaux, pour reconnaître d'où viennent ces découpures. C'est la Baltique qui a envahi en partie la bande morainique récente, mais simplement par l'effet d'un mouvement du sol, car la belle végétation des rives dit assez qu'on n'a point à redouter les vents violents ni l'assaut des marées.
Côte de Rûgen .— L'aspect change à partir de la baie de Lûbeck. De là jusqu'à l'embouchure de l'Oder s'observent les bodden ou échancrures ramifiées, accompagnées d'un grand nombre d'îles • aux contours capricieux. Le sol, à la surface, est encore glaciaire, mais les côtes ne sont pas plates; de véritables falaises de craie se montrent à Rûgen, découpant à pic une terre où les bois de hêtres arrivent jusqu'à la crête de l'escarpement. Alors, comparant cette structure à celle de la côte de Scanie, on comprend
qu'il s'agit ici d'un phénomène de dislocation, qui a ouvert les détroits à travers un isthme, par lequel la Suède était soudée à la fois au Danemark et à la Poméranie. Du reste ces dislocations sont nettement apparentes sur la côte de Rûgen, où il est aisé de voir qu'elles sont postérieures au dépôt du terrain glaciaire le plus ancien. .
Jylland. IlesJdanoiBeB. — C'est ce qui nous autorise à rattacher, à la description des pays-bas septentrionaux, celle des îles danoises et du Jutland ou Jylland. En considérant que, dans cette langue de terre, aucun point n'est à plus de 60 kilomètres de la mer ni ne dépasse 170 mètres d'altitude, on pourrait être tenté de croire qu'il s'agit d'un sol de sable et d'alluvions, peu à peu rongé parles flots; et cependant c'est surtout im territoire de dislocations. Là, sous une couverture de limon glaciaire qui, par places, dépasse 125 mètres d'épaisseur, existe un fond de craie, recouvert dans presque tout le Jylland par les couches lignitifères du tertiaire. Cette craie apparaît en falaises sur les îles danoises, comme à Rûgen, où elle accuse les secousses tardives, et certainement postglaciaires, qui ont ouvert les détroits, en restituant à la Baltique la communication marine perdue par l'émersion du détroit suédois Venern-Mâlaren.
Quant au lac intérieur si découpé du Liimfjord, les dunes, édifiées par le vent sur la côte de la mer du Nord, ont dû contribuer à sa formation.
En tout cas, le récif d'Helgoland, où le grès bigarré du trias apparaît si inopinément, servant d'appui à un lambeau de craie, dit assez que la structure du fond de la mer du Nord pourrait, en cas d'émersion, ménager plus d'une surprise. Déjà, du reste, le massif de sel qui surgit à Lunebourg du sein de la lande montre qu'une réelle complication doit régner sous le sol en apparence si uniforme de l'Allemagne du Nord.
Sur un pays aussi plat que le Danemark, toute accumulation qui fait saillie mérite d'attirer l'attention. C'est ainsi que, sur les côtes du Jylland et des îles danoises, le regard est souvent sollicité par des tertres d'environ 3 mètres de hauteur, sur 30 à 60 mètres de base, qui parfois se prolongent sur]300 mètres. Ce sont des amoncellements de coquilles, surtout d'huîtres, avec arêtes de poissons et autres restes qui permettent d'y reconnaître des déchets de cuisine^ préhistoriques. Tout à fait à la fin de V âge paléolithique, peu