PROFIL DE LA TERRE FERME
crures, la courbe d'ensemble des principales déclivités, on constate que partout cette courbe est concave vers le ciel.
Cela est bien visible pour la pente qui va du Doubs à la crête du Jura, pour celle qui relie le lac de Neuchâtel aux cimes du Mont-Rose, enfin et surtout pour la descente de ces sommets aux plaines du Pô. Sans doute l'exagération des hauteurs, relativement aux distances, fait paraître cette concavité beaucoup, plus prononcée qu'elle ne l'est réellement; mais l'adoption d'une autre échelle ne ferait que réduire la courbure, sans en changer le sens.
Une coupe générale du sol belge (fig. 6), entre Ostende et l'Eifel, accentuerait plus clairement encore la concavité du profil des versants maritimes.
Considérons maintenant une coupe de l'Asie suivant un méridien (fig. 7). Une concavité très accentuée relie le cours du Gange à la crête de l'Himalaya. C'est aussi par une courbe concave que de ces sommets on va rejoindre Lhassa et que de là on remonte à la chaîne qui domine le Tengri-Nor. De l'Altyn-Tagh, arête terminale du plateau tibétain, au Lob-Nor, la chute est si brusque qu'il est à peine possible de parler d'une cour-
bure pour le versant; et la remontée depuis la dépression de Liouktchoun et de Tourfan (laquelle s abaisse à environ 100 mètres au-dessous du niveau de la mer) jusqu'au Tien-Chan, n*est pas moins raide. Mais au delà de la Dzoungarie, Tallure du profil redevient normale, et c'est par une concavité indiscutable, décrochée en dents de scie à la rencontre des monts Sayan ou Saïansk, que s'opère la descente d'ensemble de l'Altaï aux plaines sibériennes.
Une courbe du même genre représente (fig. 8) le passage du bassin du Mississipi aux Montagnes Rocheuses, sous le 37*" parallèle, comme aussi la descente de ces montagnes aux territoires de l'ouest; puis, après un peu d'indécision du profil au voisinage de la région des déserts, la concavité se reconstitue en double, pour la descente au Pacifique, d'abord sur le flanc ouest de la Sierra Nevada, puis sur celui de la chaîne côtière. C'est aussi par des courbes concaves que les Appalaches ou Alleghanys font face au Mississipi d'un côté, à l'Atlantique de l'autre.
La loi que nous venons de reconnaître ne se vérifie pas seule-
Fig. 9. — Profll tranSYorsAl do la Corse.
ment lorsqu'on embrasse à la fois de grandes étendues continentales. Un profil en travers de la Corse, entre Ajaccio «t Bastia (fig. 9), en fournit encore la confirmation. D'une manière générale, si l'on consulte les nombreuses coupes du globe terrestre, suivant les parallèles de latitude, qui ont été dressées par M. Heiderich, on s'assure que partout les pentes d'ensemble des grands versants ont un profil concave vers le ciel. La concavité est d'autant mieux accusée que les versants sont plus franchement maritimes, et les seules dérogations à la règle, d'ailleurs peu nombreuses, se produisent au voisinage des dépressions intérieures, toutes occupées par des déserts.
Signification des particularités du profil. — Or on sait (et nous le reverrons plus tard avec les développements voulus) que la courbe concave est essentiellement celle qui convient à l'équilibre des eaux courantes. On peut donc dire que la surface des continents porte partout, profondément gravée, X empreinte du travail de Vérosion. Cette empreinte ne fait défaut que là où justement, en raison du climat, l'action des eaux courantes est demeuré^