LACS ALPINS. MASSIFS EXTÉRIEURS
lation notable du massif montagneux, lequel, après avoir formé depuis TAltare une bande étroite, s'épanouit au nord, au point de venir presque toucher le Pô à Pavie.
LacB de la bordure alpine. — xVu pied du croissant archéen, dans sa partie orientale, s'étendent, pénétrant profondément à Tintérieur de la montagne, les beaux lacs qui font la gloire de l'Italie, cest-à-dire le Verbano ou Lac Majeur, le Cereno ou Lac de Lugano, le Lac de Côme, le Benaco ou Lac de Garde et plusieurs autres cavités plus petites dans l'intervalle. A l'origine, tous ces lacs communiquaient les uns avec les autres, et formaient un véritable y^/exMS de vallées inondées, tout à fait identique avec le réseau des fjords de Norvège. Par le dépôt des alluvions de l'Adda, un barrage s'est fait dans la partie nord du Lac de Côme, isolant en amont le petit lac de Mezzola.
Le rôle joué dans cette structure par les dislocations est indéniable, et nulle autre cause ne saurait expliquer, par exemple, la bifurcation qui, à Bellaggio, divise le même lac en deux branches formant un angle aigu. Si le lac est en grande partie excavé dans les sédiments secondaires du versant méridional, le Lac Majeur, sauf le versant sud-est, est creusé dans l'archéen. Quelque part que les accumulations glaciaires aient prise à leur état actuel, il paraît bien vraisemblable que ces cavités allongées et ramifiées sont dues principalement à un affaissement du massif, ayant fait naître des ombilics dans des vallées antérieurement excavées le long de crevasses du sol*.
Zone des massifs extérieurs. — Sur le flanc occidental de l'arc cristallin s'appuient les assises sédimentaires violemment redressées et disloquées, mais au milieu desquelles on voit encore apparaître, par places, des noyaux archéens faisant saillie comme autant de dômes au milieu de boutonnières crevées par leur surrection.
De là résulte un chapelet de hauts massifs cristallins, en forme d'amandes (d'où le nom de massifs amygdaloîdes), qui bordent à distance la chaîne principale, et dont la succession rappelle celle des nœuds et des ventres dans une corde en vibration *. Ce sont : le massif des Alpes maritimes ou du MercantouVy dont la cime est au Pic de l'Argentière (3300 m.); le massif de YOisans ou du Pelvoux (3934 m.)% dont les sommets, malgré leur altitude, se détachent peu du haut socle qui les porte.
Ensuite vient la chaîne des Grandes Rousses (point culminant,
1. Voir plus haut, p. 179. — 2. Marcel Bertrand, Comptes rendus, CXVUI, p. 213. •— 3. Le point culminant du massif est la Barre des ÉctHns (4103 m.)-
3473 m.). C'est une haute chaîne allongée, couverte de neiges perpétuelles, où se dresse une crête étroite d'archéen, sortant d'une auréole de terrain houiller et surtout de lias. Un premier gradin est formé par les calcaires et les marnes du lias, disparaissant sous le noir manteau des sapinières. Un second gradin, beaucoup plus accentué, fait de granulite, supporte un grand plateau de pâturages, dominé par des escarpements granulitiques, dont la belle teinte fauve a fait donner le nom de Rôtisses à toute la monti^e. Enfin sous les neiges apparaît, couronnant le troisième gradin, la muraille culminante, d'archéen granulitisé, noir ou rouge, découpée en dents de scie d'une étonnante uniformité. Le relief de la montagne tient à ce que les terrains cristallins ont mieux résisté que leur couverture secondaire (ce qui du reste est aussi le cas du Pelvoux) *.
Au delà se montrent : Vaxe de la chaîne de Belledonney qui rachète sa moindre élévation par la façon hardie donl se profile la noire silhouette de son pic culminant (2981 m.); le magnifique massif du Mont Blanc (4810 m.), au sommet duquel il subsiste encore quelques restes de son ancien manteau schisteux'; enfin la chaîne de VOberland bei^ois (Finsteraarhorn, 4275 m.) et des Alpes de Glaris, finissant au Tôdi (3623 m.).
Le laminage violent, que les noyaux archéens ont dû subir pour arriver à percer leur couverture de sédiments, les a prédisposés à se laisser débiter par la gelée en aiguilles^ dessinant sur Thorizon des contours déchiquetés, comme ceux qui sont si caractéristiques des cimes du Mont Blanc. Quant à TOberland, l'énergie des dislocations a été telle, que des portions de sédiments sont venues s'enfoncer comme des coins au cœur des schistes cristallins du noyau. C'est à la jonction de ce dernier avec son enveloppe stratifiée que l'érosion a découpé les pics si variés et si bien détachés de cette partie de la chaîne, ïungfrau (4166 m.), Wetterhorn (3708 m.), etc.
Tantôt une large bande de sédiments, accusant un ancien pli synclinal, s'intercale entre la zone archéenne extérieure et les massifs orientaux ; ainsi le Briançonnais, le massif de la Vanois€y les districts de la Maurienne et de la Tarantaise. Tantôt la bande intermédiaire est réduite à peu de chose, comme sur le flanc nord-est des Alpes maritimes, sur le versant est du Mont Blanc, et mieux encore dans le pli de la Furca, où le Rhône et le Rhin ne s'en alignent pas
1. Termier, Bull, cart. géol. de France, n*40. — 2. J. Vallot, Comptes rendus, 1894.
CHAINES SUBALPINES 489
moins dans le prolongement Tun de l'autre ; comme pour marquer qu'il s'agit bien là d'une coupure tectonique.
Ghaînes subalpines. — A l'extérieur de la zone précédente se développent en France les chaînes subalpines^. Les assises crétacées et jurassiques, quelquefois aussi les couches tertiaires, y sont découpées en gradins abrupts et en longues crêtes, le plus souvent escarpées d'un seul côté. Des dislocations longitudinales sous forme de plis étirés, en isolant de puissants massifs calcaires, ont fait naître de grands escarpements, comme ceux de la ChaiHreuse et des Bauges, où les hautes murailles ainsi produites contrastent avec les pentes de prairies et de forêts qu'elles dominent.
Quand il n'y a pas de dislocations, les chaînes subalpines offrent généralement une succession de roches assez régulière. Les marnes noires de la base du jurassique supérieur affleurent sur des pentes ravinées ou couvertes de prairies, que couronnent de puissantes masses de calcaires compacts, gris ou bruns, formant d'ordinaire un premier abrupt. Au-dessus vient un méplat gazonné, reposant sur les marnes inférieures de l'infracrétacé ; après quoi les calcaires de cette série apparaissent en grands escarpements dont les crêtes couronnent la plupart des chaînes *.
La zone subalpine s'étend sans discontinuité des Alpes maritimes par le Gapençais et le /?e«o/My' jusqu'au Faucigny, sans qu'il soit toujours facile de la délimiter à l'ouest; d'abord parce que ses parties septentrionales, Vercors, Royans, zone extérieure de la Chartreuse, préparent déjà le Jura, auquel certains de ces districts pourraient à la rigueur être rattachés ; ensuite parce que, de la Provence au Dauphiné, dès la rencontre de l'accident est-ouest de la Montagne de Lure et du Ventoux, se prononce une sorte d'interférence entre les accidents alpins et des dislocations de plus ancienne date. De là dérive le relief très compliqué du Diois et de la région comprise entre la Drôme et l'Aygues. Dans ces pays, des chaînons érodés et déchiquetés se reploient autour de vallées torrentielles, parfois élargies en bassins elliptiques : ce mode de relief contraste avec les plateaux et les arêtes régulièrement alignées du Royans et du Vercors.
La zone subalpine est d'ordinairement séparée de la haute chaîne par des dépressions profondes et linéaires; ainsi la vallée du Drac, avec la haute muraille du Mont Aiguille, la vallée du Graisivaudan, coupure de 2000 mètres, la gorge d'Albertville au Mont Joli.
i. Dénomination créée par Ch. Lory. — 2. Haug, Annales de géographie, 1894, p. 158. — 3. M. Haug rattache le Dévoluy à la première zone alpine.
La zone se prolonge au delà du Faucigny par ce qu'on appelle les Hautes- Alpes calcaires, où les formations secondaires, déjà revêtues du faciès alpin ou pélagique qui leur manque plus au nord, se présentent en grandes masses continues, et se développent largement sur le côté extérieur de TOberland bernois. Elles sont sujettes à des dislocations multiples, dont la Dent du Midi et surtout la Dent de Mordes * portent la visible empreinte.
Zones préalpines. — L'ensemble que nous qualifions de zones préalpines est un sillon à bordures plissées, qui s'étend d'ordinaire à l'extérieur des Alpes. Cet ensemble ne se distingue pas, dans le sud de la France, par des caractères spéciaux. Cela tient sans doute à ce que la contrée avait été affectée, antérieurement aux refoulements alpins, par tout un système de plis est-ouest, lesquels devaient être en partie rabotés lorsque la poussée alpine est venue les heurter à angle droit; de sorte que cette rencontre a gêné le développement normal de la chaîne la plus récente, en l'obligeant à comprendre dans la zone subalpine les anciens sillons où le tertiaire s'était déposé.
" Il en est tout autrement à partir de la coupure où se loge le lac tectonique du Bourget. Là commence une zone déprimée, qui s*élargit en Suisse, où elle comprend toute la région des collines, et passe après le lac de Constance dans le bassin du Danube, qu'elle accompagne jusqu'à Vienne. C'est le sillon que les mers tertiaires ont suivi à l'extérieur des Alpes en voie de formation, et qui n'a été complètement asséché qu'après la surrection définitive de la chaîne. Pour nous borner ici à la partie occidentale de ce sillon, il est à remarquer que c'est là que les dépôts tertiaires inférieurs affectent le faciès spécial, de marnes schisteuses plus ou moins arénacées, qui a reçu le nom générique de flyschy tandis que le tertiaire supérieur s'y présente sous la forme de la mollasse, où dominent les grès tendres et quelquefois les conglomérats. Tou^ cela montre que les Alpes essayaient depuis longtemps de surgir, et que, détruites au fur et à mesure par l'érosion, elles envoyaient leurs débris se stratifier dans le pli concave qui faisait la contrepartie du soulèvement naissant. Comme d'ailleurs, dans cette région, le tertiaire reposait sur une importante série d'assises secondaires très régulières, déposées elles aussi dans un ancien pli, entre les îlots archéens des Alpes et un haut-fond qui reliait le Plateau Central aux Vosges, un jour est venu où tout cet ensemble