‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 253 sur 364 · Penck, op. cil., p · texte numérisé non relu

Penck, op. cil., p

de la Marmolata, les pyramides fantastiques, d'un jaune rosé, du Schlern et du Langkofl, est encore accrue par les masses éruptives et les tufs, qu'une activité volcanique très ancienne a fait arriver au milieu des sédiments du trias.

Sur le bord du massif des dolomies s'étend une zone, très homogène et d'un caractère orographique très uniforme, constituée par des calcaires triasiqùes qui s'abaissent en gradins successifs jusqu'au bassin tertiaire de Bellune. Ce sont les Alpes vénitiennes, plateaux calcaires, stériles et désolés, séparés de la plaine adriatique par les plateaux du Vicentin et les Préalpes vénitiennes, où le crétacé et l'éocène prédominent.

Au delà de la région des dolomies, les Alpes calcaires se poursuivent, sous la forme d'ondes de soulèvement qui, au lieu de se briser à Test, s'abaissent progressivement en un- pays de collines et (le plaines. Ainsi les Alpes Carniques passent aux Karawanken, dont l'abrupt triasique fait face à la dépression de Klagenfurt, tandis que les Alfies Juliennes s'infléchissent au sud-est, pour se souder aux chaînes dalmates du Karst, le pays par excellence des massifs calcaires fissurés. De grandes vallées longitudinales accusent cette direction générale ; ainsi la Drave sur le bord méridional du noyau archéen ; la Çail, puis la Save, entre les Karawanken et les Alpes Juliennes.

Vallées transversales. — Deux grandes vallées transversales, TEngadine et la vallée de l'Adige, celle-ci prolongée par l'Eisack, recoupent profondément la chaîne des Alpes orientales. Or l'une et l'autre sont dues à des accidents géologiques importants.

L'Engadine occupe un sillon où les couches secondaires ont pénétré jusqu'au cœur de la chaîne cristalline. Ce sillon trouve sa continuation topographique dans la Maira, affluent du lac de Côme; si bien que M. Heim* a pu attribuer aux déprédations de cette dernière rivière la formation des petits lacs de la Haute- Engadine, qui marqueraient un commencement de capture du cours supérieur de l'Inn.

L'Adige et le lac de Garde paraissent être des répercussions latérales d'un accident encore plus important. En effet, du lac d'Idro au Brenner, sur plus de 128 kilomètres de longueur, on peut suivre, en ligne presque constamment droite, une dislocation que M. Sucss' a nommée faille des Judicaries, du nom de la vallée où elle apparaît. Tandis qu'à l'ouest de cette cassure Tœil

1. Voir Davis, Annales de géographie, ociobrc 189j. — 2.Antlilz (fer Erde, I, p. 31 9

ZONES PREALPINES. FLYSCH 501

suit aisément les masses sombres des porphyres, tufs et grès de répoque permienne, on reconnaît du côté opposé les calcaires aux couleurs pâles du trias supérieur, qui ont dû descendre, le long de la fente, d'au moins 2000 mètres. Plus loin, et jusqu'au delà de Meran, ce sont les schistes cristallins ou le granité que la faille met en contact direct, soit avec les porphyres permiens, soit avec les calcaires et schistes secondaires. Enfin l'accident se recourbe Jevant le Brenner, et suit le Puster-Thal, devenant longitudinal, de transversal qu'il avait été jusque-là.

Si le lac de Garde a conservé des dimensions aussi considérâbles, c'est parce que, lors de l'extension des glaces, l'Adige l'a abandonné pour s'ouvrir un lit à travers les calcaires du Trentin, de sorte que, retenu en aval par une grande moraine qui relève son niveau, il a, d'autre part, échappé aux dangers du comblement rapide par les alluvions d'une rivière importante.

Le coude si brusque par lequel la Mur, en aval de Leoben, quitte son sillon parallèle à l'axe de la chaîne, en face de la Mûrz, pour s'échapper transversalement vers Gratz, paraît devoir ôtre attribué à l'influence des efîondrements dont les environs de cette ville portent les traces manifestes.

Zones préalpines. Flysch. Plaines danubiennes. — Le bord interne des zones préalpines, dans les Alpes orientales, consiste en un ruban de flysch, bien développé entre la Salzach et Vienne, et qui se compose de sédiments dont l'Age, tantôt crétacé, tantôt tertiaire, est masqué par un faciès très uniforme. De là résulte une chaîne de collines où dominent les grès {grès de Vienne), et qui s'élève jusqu'à 892 mètres à l'ouest de la capitale autrichienne.

La présence du ruban de flysch atténue le contraste entre les hautes cimes des Alpes calcaires, avec leurs formes déchiquetées et hardies, et la plaine du Haut-Danube, couverte à perte de vue de dépôts glaciaires et d'alluvions. Les grès, qui dominent dans le flysch, ont été façonnés par l'érosion en croupes arrondies, que garnissent des pâturages et des bois.

A l'extérieur du ruban de flysch, la zone de la mollasse est topographiquement bien individualisée dans le Wiener Wald. Entre le Rhin et le Lech, en avant de l'Algâu, c'est la combinaison du flysch et de la mollasse qui engendre le Bregenzer Wald,

A la diflerence de la partie suisse, qui était un pays de collines, la partie danubienne des zones préalpines doit à sa grande largeur de paraître devant les Alpes comme une plaine. C'est seulement une ancienne moraine glaciaire qui, de la Forèt-Noire au lac de

(Constance, fait la limite entre le Danube et le Rhin, si bien que, de la haute plaine de TAUemagne du Sud, un trentième seulement est drainé par le Rhin*. A partir de Ratisbonne, un prolongement septentrional de la zone vient s'intercaler entre le Jura franconien et la Forêt de Bohême.

Quand la mer tertiaire, qui occupait cette fosse le long des Alpes, se fut retirée, le régime hydrographique étant surtout influencé par les puissants cours d'eau qui descendaient de la haute chaîne, le fleuve collecteur dut se trouver rejeté au nord, contre les premières hauteurs de la Souabe et de la Franconie. Mais c'est principalement à la période glaciaire que la zone doit sa physionomie actuelle. En eflet, des Alpes est descendue une nappe morainique où règne le paysage caractéristique de ce genre de formations, avec la topographie confuse qui lui est habituelle. En gênant l'écoulement des eaux, cette accumulation a engendré tantôt des lacs, tantôt de hauts marécages.

Devant la ligne des moraines, s'étend la grande plaine formée des graviers que déposaient les torrents issus du front de la glace lors de sa plus grande extension; c'est un plan incliné, d'une monotonie extrême, dont l'altitude décroît, du sud au nord, de 680 à 480 mètres*. Assez sèche au sud, où la porosité des cailloutis assure l'infiltration de la pluie, et où le sol se garnit de forêts, cette plaine est sillonnée de vallées assez profondes et souvent sans cours d'eau. Mais elle devient humide et tourbeuse au nord, aux points où sortent en de nombreuses sources les eaux absorbées en amont par les graviers, puis arrêtées par la base imperméable de ceux-ci. De là les grands marais des environs de Munich. Les brouillards, fréquents sur les parties basses, font que la température y est généralement moins élevée que sur la bande des hauteurs méridionales.

Enfin, en quittant cette plaine, on sort des cailloutis alpins pour arriver sur les affleurements tertiaires, relevés au bord du Jura souabe, et que l'extension glaciaire n'a pas touchés. Dans cette pénéplaine, qui garde le relief acquis antérieurement à la progression des glaces, les cours d'eau ont découpé leurs vallées, pour aboutir aux énormes masses d'alluvions du Danube; alluvions qui élèvent le lit du fleuve et le rendent marécageux entre Ulm et Ingolstadt.

Dans la partie autrichienne, la dépression préalpine se compose

1. Kirchhoffs Lùnderkunde, fias Deutsche Reich, p. 136.— 2. Penck, op. cit., p. 139.

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