JURA SOUABE ET FRANCONIEN
de collines basses, où affleurent les argiles plus ou moins sableuses du miocène, déposées dans la mer, en voie de retraite, qui arrosait encore le bassin de Vienne après la principale surrection des Alpes, alors que toute la partie occidentale de la zone était occupée par des lacs ou des fleuves.
Jura Bouabe et franconien. — Au delà du Danube, il ne faut plus chercher, comme lisière de la zone préalpine, la bande plissée qui se suivait si bien entre le Rhône et le Rhin. La grande distance qui sépare le massif de la Forèt-Noire de celui de la Bohême, jointe à Tépaisseur particulière des calcaires du jurassique supérieur, a permis à reffbrt orogénique de s'épanouir en laideur, en déterminant un dôme très surbaissé, sans se résoudre en ondulations. Il en est résulté seulement la formation d'un haut
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Fig. 145. — Coupe transversale du Jura souabe (-d'après M. Branco).
1, trias supérieur; S, lias ou jura noir; 3, jura brun; 4, jura blanc; 5, terrain tertiaire:
aa, cheminées éruptivcs; F, faille.
territoire, et le gradin jurassique qui, plongeant vers le Danube, s appuyait de l'autre côté contre le trias du dôme de la Forêt-Noire, symétriquement à ce qui se passe en Lorraine, s'est trouvé, de cette façon, notablement relevé au-dessus de la plate- forme triasique à laquelle il fait suite. Ainsi s'est formé le Jura souabe^ que le Randen soude au Jura tabulaire de Bàle, et qui se prolonge par le Jura franconien, La croupe principale de ce plateau, caractérisée par une altitude moyenne de 800 mètres, a reçu le nom typique de Rauhe Alb ou « Apre Mont ». Le Hdrlfeld lui fait suite. Par places, la compacité des calcaires donne lieu aux phénomènes génériques du Karst, déserts de pierres, crevasses, grottes, cluses profondes, etc. Et comme des sources abondantes se font jour à la base du massif, au-dessus des argiles du jurassique inférieur, sur le bord nord-ouest de l'Alb, il en résulte un pays pittoresque, qui a mérité le nom de Suisse franconienne.
La figure 145 reproduit les circonstances caractéristiques de la région de l'Alb. On voit que le plateau calcaire monte d'abord de 805 à 867 mètres d'altitude, pour s'abaisser ensuite, d'abord lentement jusqu'à 730, puis rapidement jusqu'au Danube où, par
300 mètres, apparaît le terrain tertiaire. Les sondages indiquent qu'en ce point le massif souabe doit être interrompu par une faille importante.
L'élément caractéristique du Jura souabe et franconien est répais couronnement calcaire qui termine la série des assises jurassiques, et qui se dessine partout dans le paysage en murailles d'un blanc éclatant. C'est ce qui lui a fait donner par les géologues allemands le nom de Jura blanc, tandis que les pentes tournées vers le nord sont de couleur brune {Jtira brun) et s'appuient sur des argiles schisteuses noirâtres {Jura noir). La puissance de la plaque calcaire monte jusqu'à 200 mètres. Les affleurements du Jura brun engendrent, grâce à la variété de leurs sédiments, une zone de collines, formant la transition entre l'Alb et le pays plat dit les Fildery où affleurent les roches sans consistance du lias ou Jura noir, superposées aux argiles du trias Supérieur.
Manifestations volcaniques de la Souabe et des environs. — A la difl'érence du Jura français et suisse, où aucune roche éruptive ne se fait jour, le Jura souabe, dans sa partie occidentale, laisse apparaître de nombreux pointements volcaniques, aujourd'hui réduits à de simples rochers quand ils percent seulement les assises inférieures, tandis que, dans les calcaires du haut, ce sont plutôt des cavités remphes de tufs de projection. M. Branco* a compté autour d'Urach plus de 125 de ces cheminées. Il les a qualifiées d'ewôryows de volcans et a reconnu, dans bon nombre de ces gisements, des creux semblables aux maare de l'Eifel, mais oblitérés parce qu'ils sont plus anciens.
Le bord méridional de l'Alb de Franconie est échancré par la dépression circulaire du Ries^ de 20 kilomètres de diamètre avec 100 mètres de profondeur. C'est un eflbndrement volcanique, où les débris projetés et les calcaires d'eau douce laissent voir un fond archéen.
Du côté opposé, c'est-à-dire tout contre la Forôt-Noire, les manifestations volcaniques se reproduisent, empiétant sur la zone préalpine tertiaire dans le Hegau ou Ilôhgau. Plusieurs éminences de basalte et de phonolite s'y montrent au fond d'une dépression circulaire d'eflbndrement, qui trouve au sud-est sa prolongation dans le lac de Constance.
i. Schwabens ifô Vulkan-Embryonen, Slullgart, 1894.
CHAINE DES CARPATHES o05
Chaîne des Carpathes. — Nous avons vu que les Alpes orientales se terminaient brusquement devant la dépression hongroise. La zone préalpine elle-même s'arrête à la Forêt de Vienne, et livre au Danube un assez facile passage.
Cependant, de Tautre côté du fleuve, on voit se dessiner une ligne de hauteurs, qui monte doucement vers le nord-ouest jusqu'au Plateau morave, La Morawa en suit le pied dans une dépression si marquée, que cette rivière en vient presque à toucher la source (le rOder, qui depuis Titschein coule exactement en sens opposé.
A Test de cette dépression surgit, heurtant brusquement le Danube à Pressbourg, le chaînon rectiligne des Petits Carpathes^ lequel, par les Beskides, se courbe pour rejoindre les Carpathes proprement dits. M. Rehmann y distingue la chaîne occidentale et la chaîne orientale, séparées l'une de l'autre par le col de Lupkow, qui coïncide avec l'endroit où la montagne, le plus amincie, ne laisse pas voir de roches anciennes.
Les Carpathes occidentaux sont caractérisés par de nombreuses vallées longitudinales, qui les divisent en cinq chaînes grossièrement parallèles. Les Carpathes orientaux, où dominent les grès éocènes, comportent, de part et d'autre du col de Stiol, la zone élevée des Poloninas ou PlaninaSy herbages à flore peu variée, et celle des montagnes qui entourent le plateau transylvain.
Les Carpathes forment une chaîne ininterrompue jusqu'à la Moldavie, longés tout le temps à l'est, depuis la Galicie, par une Répression des mieux caractérisées, celle où coulent d'abord le haut Dniester, puis le Sereth, affluent du Danube. D'autre part, l'arc des Carpathes, prolongé presque à angle droit, mais d'une façon continue, par les Alpes de Transylvanie^ enferme dans son intérieur le grand bassin plat de la Hongrie.
C'est donc, d'une manière frappante, la reproduction des traits caractéristiques de la chaîne occidentale. La Hongrie équivaut aux plaines du Pô. Les Alpes centrales paraissent trouver leur représentation dans les hauteurs carpathiques internes ; le sillon préalpin se prolonge exactement par ce qu'on peut appeler le sillon précav-
pathique. Enfin, de même que la mollasse suisse est disloquée et renversée par les poussées alpines, ainsi les gisements néogènes de sel et d'ozocérite de Galicie (Wieliczka, Boryslaw) ont subi l'influence du plissement carpathique.
Effondrements carpathiques. — D'une façon générale, cette analogie est exacte, et la chaîne courbe des Carpathes est bien le prolongement de Tare alpin. Mais TefTondrement qui a permis le passage du Danube à Vienne ne s'est pas borné à interrompre la continuité de la grande chaîne, et quelques-uns des éléments longitudinaux de cette dernière ont sombré par la même occasion.
On en est averti quand, entre la Raab et la Drave, on voit se dresser le relief rectiligne de la pittoresque Forél de Bakony, qui se prolonge au nord par les Monts Matra^ après avoir obligé le Danube à subir le coude rectangulaire de Gran. On sent mieux encore l'importance de cette apparition, en constatant que l'archéen y vient au jour en plus d'un point.
Mais ce qui est bien plus significatif, c'est le massif, également archéen pour la majeure partie, du Taira, qui vient former, entre les Beskides et la Hongrie, une série d'arcs concentriques à la chaîne extérieure, et dont le plus haut, en même temps le plus voisin de cette chaîne, le Tatra proprement dit, offre des cimes granitiques de plus de 2600 mètres, altitude inconnue dans tout le reste de la chaîne carpathique. Enfin la même impression se confirme quand, au cœur même de la Transylvanie, on voit sui^ir jusqu'à 1850 mètres le massif des Monts métallifères y offrant un mélange de schistes archéens et de formations secondaires plissées avec pointements basaltiques.
Il est impossible de ne pas reconnaître, dans ces diverses apparitions, les tronçons d'une zone montagneuse centrale, disloquée par les effondrements qui ont produit la dépression hongroise, et qui ont été accompagnés, d'une façon constante, par des manifestations volcaniques imposantes; nous voulons parler de ces grands épanchements trachytiques, semés autour du Tatra et à travers la Transylvanie par les volcans de l'époque néogène, qui par leurs solfatares ont engendré la richesse métallifère de ces contrées.
Grès carpathique. — D'ailleurs, si l'on étudie la composition des Beskides et des Carpathes jusqu'à la Bukovine, on les voit presque exclusivement formés de ce grès carpathique^ mélangé de schistes marneux, et qui, comme le grès de Vienne dont il est la continuation, est un flysch crétacé et tertiaire. De là cette conclusion que, dans la portion carpathique des Alpes, la zone cristalline