ITALIE. PLAINE DU PO
colonne vertébrale de la péninsule, la chaîne de TApennin est peut-être la plus récente de toutes les arêtes hydrographiques du globe, du moins dans son relief actuel ; car le dernier des étapes tertiaires, le pliocène, y est porté à des hauteurs de 1000 mètres, et tout porte à croire que ce relief est encore en voie de modification.
Comme d'ailleurs les terrams de l'Apennin sont, pour la plupart, de ceux qui n'ont pas eu le temps de se consolider par la lente circulation des dissolutions dans leur masse, cette chaîne offre aux eaux courantes une proie particulièrement facile. Les torrents délaient les argiles, provoquent d'énormes glissements, et sèment à leurs embouchures de grandes quantités d'alluvions; de telle sorte que la jeunesse du territoire s'affirme, aussi bien par la facilité avec laquelle il se dégrade que par le rapide accroissement des rivages où débouchent les cours d'eau. Les volcans viennent encore ajouter à cette instabilité, par les accumulations qu'ils édifient et parles secousses dont leurs éruptions sont accompagnées.
A la différence de tant d'autres pays, où les [daines jouent un trrand rôle, l'Italie est avant tout un pays de montagnes et de collines. On n'y trouve ni plateaux ni pénéplaines; et les plaines basses, quand il y en a, sont de formation très récente, aboutissant toutes à des marécages littoraux ou à des lagunes.
Enfin le contour de cette grande langue de terre, les deux promontoires accentués qu'elle envoie de part et d'autre du golfe de Tarente, l'arc qu'elle décrit de Naples à la Sicile, les volcans actifs qui marquent le bord de cette courbe, et la profonde fosse maritime qui longe le rivage napolitain, attestent que l'Italie ne peut devoir son isolement qu'à d'importantes fractures, suivies d'effondrements.
Plaine du Pô. — Deux divisions se partagent la presqu'île italienne : la région du Pô et la région de l'Apennin,
La région du Pô est un ancien golfe de l'Adriatique, devenu terre ferme à la fois par soulèvement et par comblement. La mer le remplissait à l'époque pliocène, et les dépôts marins qu'elle a laissés s'y retrouvent, en débris non dérangés, au pied des Alpes, où ils forment de basses collines ne dépassant pas l'altitude de 500 mètres. Depuis leur soulèvement, les glaciers et les torrents se sont appliqués à combler la cuvette : si bien que, dans le Modénais, à 9 kilomètres au sud du Pô, la sonde accuse plus de 200 mètres d'alluvions, toutes d'origine alpine. C'est qu'en effet,
DE LAPPAREKT. — Loçoos (Ic géogT. pliys. '2* (5dit. 33
à l'époque glaciaire, les torrents issus des Alpes envoyaient dans la dépression des masses d'eau très chargées de débris; tandis qu'aujourd'hui, les principales rivières du nord n'arrivant à la plaine qu'après s'être purifiées dans des lacs, les torrents de l'Apennin luttent contre elles avec avantage, repoussant peu à peu le fleuve dans la direction du nord.
En revanche, l'inverse se produit en Piémont, où les rivières alpines, de beaucoup les plus fortes, rejettent le Pô sur sa rive droite. En venant ainsi, près d'Alexandrie, à la rencontre du Tanaro, le Pô a donné à cette rivière un renouveau de force, qui lui a permis de pousser ses eaux de tête à travers les hauteurs du Montferrat, jusque vers les Alpes,, en opérant la conquête du cours d'eau qui descendait de Mondovi à Turin. Déjà à Alba, le haut Tanaro coule à 90 mètres plus bas que l'ancien lit par où il se rendait primitivement au nord, en passant par Bra, Sommariva et Garmagnola^
La grande activité sédimentaire des fleuves alpins ne pouvait manquer de se traduire par une conquête sur le domaine maritime, et cette conquête se montre d'autant plus importante que l'endiguemeut des rivières ne leur permet plus de colmater leurs bords. C'est ainsi que, depuis les temps historiques, la côte de l'Adriatique a gagné, avec le delta actuel du Pô, tout l'espace où s'étendent aujourd'hui les lagunes du littoral, entre Ravenne et le golfe de Trieste. Au cours de ce travail, le tracé des lits fluviaux a subi de nombreuses modifications.
Le golfe du Pô lui-même est le résultat de Teflondrement qui s'est produit au bord du croissant alpin, et par suite duquel le revêtement méridional de la voûte cristalline est tombé si bas, qu'aucun vestige n'en est demeuré visible entre les Alpes maritimes et le lac Majeur.
Quant au massif du Montferrat, où le miocène en couches inclinées affleure entre 6o3 et 716 mètres, sur les collines de la Superga et de Moncalieri, près de Turin, ce serait une sorte de prolongement de l'Apennin, égaré au milieu de la dépression piémontaise.
Ceinture de la plaine. Vicentin. — Le paysage des plaines du Pô passe à celui des montagnes environnantes par l'intermédiaire d'une ceinture de collines, édifiées au pied du croissant alpin par les anciens glaciers. Quelques-unes de ces accumulations gardent
i. Th. Fischer, op. cit.
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(les proportions considérables, et engendrent de grands amphithéâtres morainiques *, comme celui de la Doire Baltéeprès dlvrée, qui ne représente pas moins de 70 kilomètres cubes et atteint dans la Serra une puissance de 500 mètres. D'autres ont des formes plus adoucies, comme les collines de Solferino, qui entourent le lac de Garde.
En avant de ces moraines, toujours reconnaissables à leurs formes, s'étendent les cailloutis déposés par les torrents glaciaires. Maintes fois remaniés, ces cailloutis se sont de plus en plus étalés vers le sud, et c'est à cela qu'est due la pente transversale si progressive de la vallée du Pô. Du Tanaro au Tagliamento, on ne reconnaît pas moins de 28 cônes de déjection distincts, recouverts de loess* et où parfois les graviers se montrent fortement cimentés. Quelques rivières les franchissent par des rapides.
La surface de ces conglomérats étant perméable, les eaux s'y infiltrent jusqu'aux couches argileuses du fond. De là, elles vont sortir un peu plus au sud, engendrant un niveau de sources, bien marqué de Magenta, par Vérone, jusqu'à Udine. C'est la ceinture des fontanili^ qui fournissent l'élément des irrigations dont bénéficient les plaines lombardes.
Dans le Vicentin^ on voit surgir, au milieu de la plaine des alluvions vénitiennes, un élément topographique tout à fait adventif. Au pied des monts Lessini, comme dans les monts Berici et dans le massif des monts Euganéens, une grande activité éruptive s'est donné carrière au commencement de l'époque tertiaire, au voisinage de la cassure des Judicaries et au pied du massif des dolomies tyroliennes. Mais tout était fini avant le grand soulèvement alpin, si bien qu'il n'y a plus de cratères reconnaissables, et que seules quelques sources d'eau chaude font cortège aux ruines des anciennes coulées, qui se dressent sur une base de sédiments allant du jurassique à l'éocène. Ainsi ces éruptions ont dû accompagner la formation de quelque chaîne ancienne, par exemple de celle dont les débris auraient engendré les klippes des Préalpes suisses.
Apennin. Dessin général. — h' Apennin offre un dessin orographique assez simple, et dans cette chaîne, qui forme si exactement et avec tant de continuité la dorsale de la péninsule, on pourrait se croire fondé à soupçonner un anticlinal, de part et d'autre duquel les couches soulevées plongeraient en sens inverse.
Il n'en est rien pourtant, et la chaîne doit son allure actuelle à la
i. Voir plus haut, p. 221. — 2. Th. Fischer, op. cit.
superposition de deux genres d'efforts : un plissement relativement ancien, qui paraît être du même âge que celui des Pyrénées, c'està-dire de la fin des temps éocènes ; et des ruptures par suite desquelles des terrains très récents, tels que le pliocène, ont été soulevés jusqu'à 4000 et 1200 mètres, soit en demeurant horizontaux, soit en éprouvant un simple mouvement de bascule, en masse et sans plis.
Or, d'après ce que nous savons, tout plissement suppose un massif résistant contre lequel des sédiments plastiques sont refoulés. Où donc était ce massif en Italie?
Traces de l'ancienne Tyrrhénide. — Il n'en existe plus que des ruines, qui apparaissent sur la côte de Toscane, sous forme d'affleurements archéens et primaires, pour se retrouver en Calabre et dans le nord-est de la Sicile. L'île d'Elbe se relie à ces noyaux toscans, ainsi que les îlots qui l'entourent, et qui reposent comme elle sur un même socle, à moins de 200 mètres de profondeur. Capraja, qui appartient à ce groupe, n'est séparée que par une fosse très étroite du socle commun à la Corse et à la Sardaigne, l'une et l'autre presque exclusivement formées de terrains primaires très analogues à ceux de la Toscane. Ainsi se justifie l'hypothèse de Savi et de M. Suess, celle d'une Tyrrhénide^ récemment eflbndrée en partie, après avoir servi de noyau au sol italien.
A quel point la séparation de ces territoires est de fraîche date, c'est ce dont témoigne la riche faune de mammifères quaternaires, ours, cerfs, antilopes, trouvée dans l'îlot de Pianosa, où le lapin subsiste aujourd'hui à grand'peine. Mais on sait qu'un seuil immergé relie la Sardaigne à l'Afrique, et que la Sicile s'y rattache bien mieux encore du côté de Tunis, par des fonds de moins de 500 mètres. Si de plus on observe, avec M. Forsyth Major*, que la faune de Corse et de Sardaigne est bien plus africaine et espagnole qu'italienne; que celle de la chaîne métallifère de Toscane, et même aussi sa flore, ont plus de rapports avec l'île d'Elbe et la Corse qu'avec l'Apennin; enfin que les pierres vertes, formation bien caractéristique de l'archéen des Alpes, se trouvent à la fois dans les Alpes maritimes, la Corse, la Toscane, même la Calabre, l'hypothèse de la Tyrrhénide prendra de plus en plus de vraisemblance.
Détails sur les dislocationB du sol italien. — La dislocation et l'eflondrement partiel de ce territoire auraient commencé vers la