DÉPRESSIONS HELLÉNIQUES
tique des presqu'îles du Péloponèse. Là aussi, des arêtes élevées et étroites, comme celle qui porte le Mont Athos, sont séparées par des golfes profonds. Là aussi la constitution géologique est sans rapport avec la direction des effondrements.
La chute des compartiments égéens, le long de cassures marquées, en Eubée et en Attique, par la direction actuelle des rivages, et encore sujettes à des mouvements (témoin le tremblement de terre de la Locride en 1894), a eu pour résultat, d'abord la dislocation de. tout le district, ensuite la pénétration de la Méditerranée dans le bassin de la Mer Noire, où vivait alors une faune caspique, que cette invasion a tuée. Le groupe éruptif de Santorin, et le petit îlot trachytique de Méthana, dans le golfe d'Égine, où l'activité volcanique a duré jusqu'au ni* siècle avant Jésus-Christ, se relient à ces dislocations, qui paraissent dater des temps pleistocènes, et par lesquelles les dépôts pliocènes ont été portés en certains points à 1800 mètres d'altitude. C'est aussi à cette époque que se place l'émersion de l'isthme de Corinthe.
Caractère des dépressioiiB helléniques. — Tandis que les bassins d'effondrement des territoires calcaires du nord sont demeurés isolés et circonscrits, ceux de la Grèce ne le sont qu'en partie, et un grand nombre aboutissent directement à la mer en golfes plus ou moins profonds : tels le golfe de Volo, la dépression du Sperchios, les plaines du Céphise et du Copaïs, celles qui entourent le golfe d'Egine, etc. De plus, ces bassins, sous le chaud soleil du midi, avec leurs hivers doux et pluvieux, suivis d'étés brûlants, deviennent des territoires très fertiles. De sorte que la Grèce offre les contrastes les plus extrêmes dans le relief, le contour, le climat et les conditions de la vie. Des montagnes véritablement alpestres, des déserts de pierres difficilement accessibles, où les eaux se perdent après avoir formé des marécages aux exhalaisons pernicieuses, côtoient des districts de riches moissons, où s'étale la végétation du midi, et que découpent de nombreuses baies d'accès facile. En somme, comme le dit M. Philippson* : « une foule de districts séparés et de paysages contrastants, le tout inondé de lumière par un clair soleil, tel est le caractère de la Grèce méridionale et le principe de son développement » .
Asie Mineure. Alpes pontiques. — L'Asie Mineure est un pla-» teau coupé de dépressions, dont plusieurs sans écoulement, et encadré de tous côtés par des hauteurs qui, à l'est comme à l'ouest,
\, Verhandlungen der Ges. fur Erdkunde, Berlin, 1894.
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forment des massifs confus, tandis qu'au nord et au sud elles se réunissent en chaînes de plis bien caractérisées.
La chaîne du nord, haute en moyenne de 2000 mètres, mais avec quelques sommets beaucoup plus élevés, est celle des Alpes pontiques, qui tombent brusquement vers la Mer Noire. Si Tare convexe de la Paphlagonie, formé surtout de sédiments d'âge crétacé, peut être regardé comme se rattachant au Balkan par la bande houillère et crétacée d'Héraclée, Tare concave de Trébizonde, plus élevé et plus raide, représente le bord d'un cirque d'effondrement, jalonné d'ailleurs par de nombreux pointements volcaniques.
A la faveur de la grande différence de niveau dont ils disposent» plusieurs fleuves échancrent la chaîne, tout en se conformant, pendant une partie de leur cours, aux plis longitudinaux, et parviennent ainsi à drainer la moitié du plateau.
Taurus. — La haute chaîne du Taurus^ dessinant en Cilicie un arc concave vers le nord, joue, relativement à la Méditerranée, le même rôle que les Alpes pontiques par rapport à la Mer Noire. Arrivée sur le prolongement de la côte de Syrie, elle se trouble et, après s'être laissé croiser par VAnti-Taurus^ bute par une série indécise de hauteurs contre le Kourdistan, ayant enfermé, au centre de ÏAnaiolie, la dépression sans issue de la Lycaonie, steppe saline où des dépôts tertiaires, la plupart d'eau douce et très récents, recouvrent un fond presque exclusivement primaire.
Du côté opposé, c'est-à-dire en Phrygie, le Taurus semble aussi se résoudre en chaînons d'apparence désordonnée, qui enferment entre eux un assez grand nombre de cavités d'effondrement. C'est qu'ici les dépôts tertiaires manquent le plus souvent, de sorte que la topographie est commandée par un fond primaire très disloqué, où les roches présentent d'assez grandes différences de dureté, et s'entremêlent de nombreux pointements éruptifs plus récents. H . en résulte pour les rivières un parcours sinueux, qui trouve son expression la plus nette dans le célèbre Méandre.
Ces caractères persistent sur toute la partie occidentale de la péninsule, et établissent son analogie avec la Thessalie et la Thrace. La Proponiide ou Mer de Marmara est une de ces cavités d'effondrement, tardivement envahie par l'eau salée à la suite des dislocations de l'archipel hellénique. Les nombreux tremblements de terre de la région de Smyrne indiquent combien le sol de ces pays est encore peu stable.
Après avoir dessiné une pointe au nord-ouest, où elle se heurte contre un pays disloqué, à cavités lacustres, la chaîne du Taurus
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se recourbe brusquement au sud-ouest en Lycie : de là, par Tîle de Rhodes et une série de bas-fonds, elle se relie à la Crète, qui ellemême n'est que le prolongement recourbé des chaînes du Péloponèse; comme si le tout ensemble, d'âge crétacé prédominant jusqu'à Rhodes, délimitait le contour de l'ancien massif des Cyclades, maintenant réduit à quelques ruines.
Les hautes montagnes de la Lycie, dont plusieurs dépassent 3000 mètres, ne sont jamais éloignées de la côte de plus de 30 kilomètres, et le panorama du golfe de Makri est, selon M. Tietze, comparable à celui des lacs du nord de Tltalie. Aucune formation sédimentaire récente ne borde la côte, souvent exposée à des tremblements de terre. Mais Tinfluence des mouvements tectoniques récents est encore mieux visible dans la côte occidentale, si rectiligne, du golfe d'Adalia, où Tévent volcanique des Chimères atteste une cassure au pied du puissant Tachtaly (2380 m.).
L'île de Chypre se fait remarquer par son bord septentrional montagneux, où les plis du crétacé et du flysch épousent absolument la courbure du Taurus cilicien. Elle se relie, par le long promontoire du cap Saint-André, avec la chaîne d'Alexandrette, qui elle-même rejoint le prolongement du Taurus vers le Kourdistan. Ainsi se complète le bourrelet extérieur de l'ancien massif oriental, au sud duquel commence le régime orographique africain.
Sur le prolongement de là côte syrienne se dressent les bourrelets, nettement alignés au nord-est, de VAnti-Taurus, offrant plusieurs vallées longitudinales, tributaires de la Méditerranée. Avecces chaînes, qui brisent si bien le Taurus proprement dit, commence un tout autre régime, caractérisé par une dislocation presque linéaire, celle qui, par la dépression de l'Oronte, puis par celle du Jourdain et de la Mer Morte, se poursuit jusqu'à la Mer Rouge. C'est le Ghor, dont la partie septentrionale, entre Iloms et le Mont Hermon, porte le nom de Coelésyrie ou Syrie creuse. Le Ghor est un véritable fossé, compris entre deux lignes de hauteurs, par exemple le Liban et YAnti-Liban^ et produit par un effondrement survenu sur l'emplacement d'une brusque inflexion. L'ouverture de cette dislocation a été accompagnée de divers phénomènes volcaniques. Mais elle fait partie d'un ensemble essentiellement africain, et nous y reviendrons ultérieurement.
KourdiBtan, Arménie. — Le Kourdistan et Y Arménie forment un véritable nœud, où viennent se souder la chaîne bordière de la Mer Noire, le prolongement du Taurus, les chaînes de la Perse
méridionale, enfin les montagnes de TËlbourz, qui sont à la Mer Caspienne ce que les chaînes septentrionales de TAsie Mineure étaient au Pont-Euxin. Ces arêtes divergentes enferment dans leur intérieur des bassins déprimés ; ainsi la Lycaonie en Asie Mineure, les cuvettes des lacs de Van et d'Ourmia dans le cœur même du nœud orographique où s'est déployée la grande activité volcanique dont TArarat marque le centre. Le lac de Van s'est formé par suite du barrage que la coulée de lave du Nimroud Dagh est venue jeter en travers de la plaine qui s'étendait entre Van et Mouch.
Quant à la Mésopotamie, située à l'extérieur des chaînes en question, elle joue un rôle analogue à celui du sillon préalpin au nord des Alpes et des Carpathes,
Par sa tendance à enfermer des dépressions elliptiques entre des arcs montagneux qui s'écartent d'un nœud commun pour se rapprocher ensuite, l'Asie Mineure est vraiment propre à servir de trait d'union entre l'Asie, où domine cette structure, et la péninsule balkanique, dont l'Anatolie reproduit les principales particularités.
Anti-Caucase, Caucase. — Au nord du centre éruptif si particulièrement disloqué de l'Arménie, où de véritables cirques enferment des lacs, comme le Sevanga ou Goktcha, à 1932 mètres d'altitude, se dessine une chaîne, portant des volcans de 3000 mètres et plus, semés surtout à son extrémité occidentale; c'est Y Anti- Caucase, au pied duquel apparaît la dépression si rectiligne de la Géorgie. Là deux fleuves, le Rion et la Koura, se dirigent en sens inverse l'un de l'autre, séparés par un seuil où l'altitude n'atteint pas 700 mètres.
Une telle dépression n'en fait que mieux ressortir la magnificence de la muraille qui apparaît de l'autre côté, celle du Caucase, avec ses cimes dont sept dépassent l'altitude de 5000 mètres (l'Elbrouz a 5646 et le Kazbek 5043 mètres). Sur 1000 kilomètres, ce formidable rempart dresse en ligne droite sa crête dentelée comme une scie, où nombre de cols sont à plus de 3000 mètres au-dessus de la mer. A voir cette arête se profiler ainsi, et en constatant sur une carte géologique que son noyau culminant, archéen et primaire, est entouré sur les deux versants par des auréoles allongées de sédiments jurassiques, crétacés et tertiaires, on pourrait se croire fondé à penser qu'on a devant soi le type d'un bourrelet anticlinal de plissement.
Cependant la seule inspection d'une bonnç carte topographique, en montrant combien le versant méridional est plus raide que l'autre, suffit à faire deviner une dyssymétrie notable. De plus la
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structure de la chaîne est moins simple qu'elle ne paraît au premier aspect.
D'abord, sur le versant nord, on la voit se décomposer en bourrelets parallèles, quelques-uns presque aussi hauts que l'arête principale et tous coupés à pic au sud, tandis qu'au nord ils sont en pente douce. Le mieux marqué est la chaîne extérieure, la quatrième, qui se prolonge jusque dans le bassin du Kouban.
En outre, le tiers oriental de la chaîne n'a pas d'axe archéen. Les assises secondaires s'y développent en plis nombreux sur le versant nord, avec une altitude progressivement croissante, en s'appuyant sur un axe dévonien. Mais le versant sud tombe brusquement vers la Géorgie par une série de grandes cassures. Ainsi la dépression de la Koura est une vallée de fracture.
A l'ouest, un peu avant le Kazbek, le noyau archéen et primaire apparaît pour devenir bientôt culminant. Mais d'une part il est renversé sur les sédiments secondaires de son auréole méridionale, et de l'autre ses cimes principales, l'Elbrouz et le Kazbek, sont d'anciens volcans, nés après la surrection de la chaîne, quand celle-ci était déjà découpée par des vallées, que leurs laves ont en partie comblées. La production de ces volcans est évidemment en rapport avec l'immense faille de la Géorgie, faille sur le caractère de laquelle les sources thermales, les émanations d'huile minérale et les tremblements de terre ne permettent pas de se méprendre. Cela seul suffit pour établir une différence capitale entre le Caucase et les Alpes.
Flanc nord du Caucase. Caspienne. — D'autres circontances méritent encore d'attirer l'attention. Sur le flanc nord du Caucase, l'orographie, d'accord avec la stratigraphie, fait ressortir deux épanouissements triangulaires du massif montagneux, qui se touchent à Vladicaucase et ont leurs sommets, le premier vers Piatigorsk, le second dans le Daghestan, vers le coude du Soulak. Les affleurements du terrain tertiaire contournent ces triangles, dessinant comme le revêtement de deux marches d'escalier; et c'est sur le flanc oriental du second épanouissement que les dépôts du miocène supérieur, c'est-à-dire de l'ancienne mer sarmatienne, ont été relevés à plus de 2000 mètres, par un mouvement dont la faille de la Géorgie formait vraisemblablement la contre-partie.
En outre il y a lieu de signaler l'aspect tout particulier du district de Piatigorsk. Une steppe du caractère le plus monotone, au fond constitué par des marnes tertiaires, est dominée çà et. là par des éminences coniques, disséminées sur sa surface comme des taupi-
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nières, et dont la plus importante, le mont Bechtaou, s'élève à 1398 mètres d'altitude. Quelques-unes sont remarquablement abruptes, notamment le Mont Kouma ou Mont-poignard, qui suivit tout d'un coup de la plaine comme un obélisque. Toutes sont des culots d'une roche éruptive, intermédiaire entre le trachyte et la granulite, et qui parait avoir monté dans la profondeur, à la façon des laccoHlhes américains, soulevant en dôme et crevant par endroits les couches crétacées et tertiaires \
Jusqu'à l'aurore des temps actuels, les steppes comprises entre la mer d'Azof et la Caspienne étaient occupées par une grande nappe d'eau. Les affluents actuels du ïerek et du Kouban s'y rendaient directement, descendant du Caucase, par des vallées parallèles. Quand les steppes s'asséchèrent, tous durent se réunir en deux bassins, l'un occidental, l'autre oriental, suivant une même direction parallèle à la chaîne. C'est ainsi que les cours d'eau de la première section se sont trouvés ramassés par le Kouban, les autres par le Terek. Seulement, pour ce dernier, les affluents de plus grand débit ont réussi à imposer pour quelque temps leur direction. Ainsi, au point où le Terek reçoit le Baksan, originaire des environs du Kazbek, il subit une brusque inflexion vers le nord -.
On sait que la portion méridionale de la Mer Caspienne est sensiblement plus profonde que le reste. Deux fosses y existent, dont l'une descend à 1124 mètres au-dessous de zéro; la première de ces fosses est en face de Derbent, l'autre, plus considérable, devant le delta de la Koura et de l'Araxe. Cette dernière est la suite de l'efibndrement géorgien, comprise entre la chaîne de l'Elbourz, d'une part, et le prolongement afi'aissé du Caucase, de la presqu'île d'Apchéron au grand Balkan. Le volcan du Demavend se dresse au bord de cette cassure, comme les cratères d'Arménie accompagnent la dislocation géorgienne, et le tremblement de terre de 1895 a prouvé que l'équilibre de cette portion de l'écorce terrestre était encore très instable.
Chaînes africaines. Atlas tellien. — La région de l'Atlas est la seule partie de l'Afrique où l'on ait afiaire à des plis de date relativement récente. Brusquement tranchée à l'est par la côte de la Tunisie, elle forme, relativement au continent africain, une sorte de hors-d'œuvre, que tous ses caractères rattachent à l'Europe méridionale.
On distingue le petit Atlas ou région du Tell (d'où le nom
i. Voir plus haut, p. 109. — 2. Fournier, Annales de géographie^ i8î»7.