DYSSYMETRIE DES LIGNES DE RELIEF
cime du massif du Mont-Rose, la pente n'est guère que la moitié de celle du versant piémontais.
Une coupe transversale des Pyrénées (fîg. 21) révèle un rapport analogue. D'une part, la pente nord de la chaînese montre sensiblement plus raide que le ver sant sud, comme on le voit à la descente du Turbon vers Tlsabena, ainsi qu'à celle de la Maladetta vers la Garonne. De l'autre, la pente d'ensemble, de TEsera à la Maladetta, est bien moindre que celle qui prévaut entre la Maladetta et les plaines de la Garonne. Encore cette dernière différence serait-elle plus sensible si, entre les deux traversées de la Garonne, le profil de la figure 21 n'était pas obligé de recouper un contrefort des Pyrénées orientales, lesquelles forment comme une seconde chaîne en avant de la première.
Les Monts Scandinaves, deux fois plus inclinés à l'ouest que du côté opposé; les Andes, qui tombent si brusquement vers le Pacifique ; le Caucase, sensiblement plus raide au sud qu'au nord ; Madagascar, où les principales hauteurs se maintiennent exclusivement sur la moitié orientale de l'île; la Nouvelle-Guinée, où le relief se porte tout entier au nord; Sumatra, où il se concentre sur le bord sud-ouest; la Nouvelle-Zélande, avec sa crête pressée sur la rive qui regarde l'Australie; l'Amérique boréale, avec ses hauts reliefs accumulés contre le Pacifique; la Cordillère bétique, si raide du côté méditerranéen, offrent en surabondance des preuves de la généralité de cette disposition. Rien n'est plus rare qu'une chaîne dont les deux déclivités auraient la même pente, et ainsi Ton peut dire que la loi fondamentale du relief terrestre paraît être la dyssymétrie des versants.
Il en est de même pour la partie immergée du relief. Les figures 10 et 11 montrent combien est peu symétrique le profil en travers des fosses de Bartlett et de Yucatan, et la même inégalité des versants se remarque sur les pentes du fond de l'Atlantique (fig. 14, 15) et de l'Océan Indien (fig. 16). La fosse
des Kouriles, si raide du côté asiatique, accuse la même dyssymétrie.
Profil combiné des rides continentaleB et des fosses océaniques. — Mais pour mettre celle-ci dans tout son jour, il convient de rapprocher le relief continental de celui de Técorce immergée, au lieu de les considérer chacun de leur côté. Nulle région du globe ne se prête mieux, par sa simplicité, à cette comparaison, que le littoral de l'Amérique du Sud.
Par exemple, la coupe (fig. 22) prise par 20* de lat. S., et embrassant 3000 kilomètres, permet de constater combien est progressive la descente des fonds du Pacifique, depuis 4500 mètres jusqu'à 6000 au-dessous du niveau de la mer. Alors s'ouvre brusquement, devant Iquique, une fosse étroite, d'ailleurs très localisée en latitude, véritable ombilic qui descend au moins jusqu'à 6S00 mètres, et à partir duquel le fond se relève vers l'est avec
Andes Potosi YJ Pacifique
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Fig. 22. — Coupo do l'ouest à Test, à travers l'Amërique du Sud, suivant le parallèle
do 20» sud.
une rapidité extraordinaire. A ce versant maritime fait suite, sans aucune interruption, la montée de la Cordillère, et c'est à peine si, à cette échelle, on y peut constater un semblant de concavité externe. La crête se trouve à 5000 mètres, soit à onze mille cinq cents mètres plus haut que le fond de la fosse sous-marine. Puis, après le bassin déprimé des marais salés, il faut remonter encore à 5000 mètres devant Potosi, pour descendre ensuite, mais cette fois par une concavité bien ménagée, jusqu'au Paraguay.
Restituons, par la pensée, tout ce que l'érosion a dû enlever sur le versant oriental, et nous verrons alors deux surfaces presque planes, très progressivement inclinées dans le même sens, l'une continentale, l'autre sous-marine, marcher toutes deux à la rencontre de la brusque déclivité des Andes, se composant avec elle en un gigantesque zigzag, dont l'angle rentrant est occupé par la mer, tandis que l'angle saillant dessine l'arête culminante de la terre ferme.
Si, au lieu d'Iquique, on avait choisi, pour faire passer la coupe, le parallèle de Taltal, entre 25° et 26** de latitude, l'amplitude du rejet eût été encore plus grande; car le fond de la fosse de Taltal est à 7626 mètres, la crête de la Cordillère demeurant à environ 5000, soit au moins douze mille six cents mètres de différence ver-