I. Sievers, Asien, p. 257. — 2. Verbeek et Fennema, Java
VUNGT-CINQUIÈME LEÇON
Définition des platea-formea indo-africaines. — L'Europe nous a offert Texemple d'un territoire où, du nord au sud, se succèdent régulièrement des zones de moins en moins anciennes, dont chacune, au cours des âges, est venue s'accoler à la précédente sous la forme d'une série de bourrelets. En Asie, nous avons vu prédominer les hautes chaînes, tour à tour divergentes et convergentes, enfermant une série de massifs elliptiques, les uns de haut relief, les autres déprimés et sans écoulement vers la mer, mais tous essentiellement plissés. Avec les terres africaines, un nouveau type apparaît : celui d'une plate-forme qui, de bonne heure, s'est montrée réfractaire à la sédimentation marine comme aux plissements, de sorte que son relief offre souvent une indécision que le seul tracé des cours d'eau suffit à mettre en lumière.
Ce caractère n'est pas exclusivement propre à l'Afrique. L'Arabie, la Syrie, l'Hindoustan, l'Australie, y participent égalemeut. Aussi, comme la géologie nous autorise à y voir d'anciens appendices, aujourd'hui isolés, d'une grande terre équatoriale, réunirons-nous ces contrées avec l'Afrique dans une même description, sous la rubrique de plates-formes indo-africaines.
Aperça général sur rAfrique. — L'Afrique, lorsqu'on en sépare, comme nous l'avons fait, la région de l'Atlas, forme un immense plateau, dont les côtés ne présentent aucune échancrure, et sur la surface duquel n'apparaissent nulle part des chaînes de sédiments récemment plissés. Pour ce motif, le relief du continent est très mal défini, du moins sur toute la partie occidentale. Les dépressions privées d'écoulement extérieur y occupent une grande
étendue, et les cours fl'eau, n'ayant pas à subir d'influences directrices qui commandent leurs tracés, afl'ectent des allures très capricieuses, plusieurs d'entre eux tournant longtemps le dos à la mer où ils doivent aboutir, et ne l'atteignant qu'après avoir décrit de longs circuits compliqués.
En outre, la presque totalité du sol de l'Afrique, au sud du IS** degré de latitude nord, est constituée par des sédiments à peu près horizontaux, qui ne remontent pas sensiblement au delà du début des temps secondaires et paraissent être de formation exclusivement continentale. Ce sont en majorité des grès de couleur claire. Mais cette couverture n'est pas assez épaisse pour ne point laisser apparaître, en maint endroit, son substratum primaire ou archéen *, de sorte que l'Afrique est, de tous les continents, celui où les affleurements anciens sont le plus régulièrement éparpillés (voir la figure 124, page 321). On sent qu'il s'agit d'un plateau primaire, qui devait être à peu près façonné en pénéplaine et devenu tout à fait rigide, lorsqu'il a été soustrait pour toujours à toute invasion marine. De la sorte, ses creux se sont tapissés de dépôts d'origine terrestre, et les eflbrls ultérieurs de dislocation se sont bornés à y ouvrir des cassures, dont plusieurs ont ramené au jour la base sur laquelle reposaient les sédiments secondaires. »
Par l'eflet de ces mouvements, la surface a éprouvé un gauchissement, qui y a fait naître un certain nombre de bassins déprimés ; et ceux que leur latitude condamnait à subir l'influence desséchante des vents alizés sont devenus des déserts ou des steppes. Pour beaucoup d'entre eux, l'insuffisance du modelé par les eaux courantes n'a pas permis la constitution d'un drainage régulier aboutissant à la mer.
D'autre part, le plateau africain tend manifestement à se disloquer suivant des fractures linéaires, généralement alignées du nord au sud, et dont le parcours est marqué par des volcans. Ce sont de véritables bourrelets de rupture, accidentés de fosses d'écroulement, sur le fond desquelles les pluies équatoriales entretiennent un certain nombre de grands lacs ; et il en est une, la fosse de la Mer Rouge, qui a été envahie par les eaux de l'Océan. Pour garder un ordre aussi logique que possible dans les descriptions qui vont suivre, nous distinguerons en Afrique quatre régions : 1® la région du nord ou saharienne; 2** l'Afrique équato-
1. C'est Lîvingstone qui a dit que, dans l'Afrique australe, Tossature de granité, quoique souvent cachée, perce çà et là sous la peau.
riale à Touest des grands lacs; 3* l'Afrique australe; 4® l'Afrique orientale, qui va des bouches du Nil à celles du Zambèze, et qui servira de trait d'union pour passer aux plateaux de l'Asie méridionale.
DivisioxiB de la région saliariexme. — L'orographie, d'accord avec la géologie, enseigne à distinguer dans le Sahara deux parties, séparées par une ligne un peu sinueuse, qui va du sud du Maroc au Darfour. L'ossature de cette limite est constituée par deux massifs culminants, l'un et l'autre archéens, celui de l'Ahaggar (plus de 1000 mètres), au sud du Sahara algérien, et celui de Tibestî (cimes du Tarso à 2400 mètres) au sud-ouest du désert libyque. Tous deux portent des volcans éteints et cette même particularité distingue le massif également archéen d'Aïr, situé à la limite du désert et de la steppe méridionale. L'alignement très net de l'Ahaggar et du Tibestî, au sud-est, est encore accentué par les plateaux ou tassili de grès dévoniens qui les bordent au nord, et contre lesquels est venu mourir, d'In Salah au Darfour*, l'efFort des mers crétacées. Seulement, entre l'Ahaggar et le Tibesti, un épanouissement du terrain primaire détermine un grand croissant, que contourne, au sud de la Tripoli taine, la Hamada el Homra, grande plate-forme crétacée dont la continuation fait tout le fond du désert libyque jusqu'au Nil.
Au nord de la limite ainsi définie, le fond de la région saharienne est formé par des sédiments crétacés ou tertiaires; de l'autre côté, on ne voit plus que des couches primaires.
Caractères du Sahara. — Le caractère essentiel du Sahara est de former d'immenses plateaux, où les couches sont sensiblement horizontales, et qui, traversés par des vallées ou oueds ^ se limitent par de grandes lignes de falaises découpées, au profil souvent assez accentué pour recevoir le nom de djebel ou montagnes.
Ces plateaux, qui sont les hamada des Arabes, les tassili des Berbères, sont tantôt de calcaires, tantôt de grès de couleur foncée. Les terrains primaires occupent presque seuls le Sahara occidental ou marocain^ tandis que les hamada du Sahara central, algérien et tunisien, sont surtout de calcaires crétacés, parfois de grès, et que les calcaires nummulitiques du tertiaire dominent dans la partie septentrionale du Sahara oriental ou libyque.
Les ondulations à très grand rayon, que dessinent les couches sédimentaires de ces plates-formes, ont leurs parties synclinales
1. Ou peut être seulement beaucoup plus au nord, si le grès de Nubie ne doit pas ôtre rangé dans le crétacé.