‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 39 sur 364 · INFLUENCE DES LIGNES DE RELIEF · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES LIGNES DE RELIEF

250 et 400 sur tout le versant himalayen que le Brahmapoutra Gonfourne après sa sortie du Tibet. De même, malgré Tinfluence de la grande zone désertique, le haut relief de l'Himalaya permet à uDe bande favorisée de 200 centimètres de pluie de pénétrer jusqu'à Tangle du [Pamir. En revanche, l'effet de ces chaînes est absolument local ; et Fair ne les a pas plus tôt franchies que, sur les régions en arrière, par exemple sur le Tibet, il se montre d'une sécheresse extrême, qui va en s'accentuant vers le nord. Cela s'explique, non seulement par l'humidité déjà perdue, mais par la contraction réchauffante que doit produire la descente au delà de la crête.

Tandis que Madras reçoit entre 60 et 130 centimètres d'eau, alors que le centre de l'Hindoustan appartient à la zone de 60 à 20, il suffit de la brusque saillie des Ghàtes occidentales, entre la pointe de la péninsule et Bombay, pour arracher à la mousson du sudouest une chute annuelle de plus de 200 centimètres, exactement localisée sur la montagne. Le haut massif abyssinien provoque la même exagération locale des pluies équatoriales, et les premières pentes du Fouta Djallon, près des sources du Niger, font dépasser à la chute de pluie, sur la côte africaine de Libéria, le chiffre de 330 centimètres. C'est bien mieux encore sur le flanc occidental des monts Cameroun, où, grâce aux moussons et à la forme en entonnoir du golfe de Biafra, on a vu, en 1895, tomber neuf mètres d'eau dès le niveau de la mer. Le voisinage du versant oriental des Andes suffit pour faire apparaître la zone des pluies dépassant 200 centimètres, quand tout le Brésil reçoit entre 130 et 200, à l'exception du rivage de Pernambuco à Bahia, où la saillie culminante de la côte détermine tout le long une semblable augmentation.

Grâce aux montagnes qui la bordent, la côte australienne de l'est est favorisée de la même façon, et les Alpes de la Nouvelle- Zélande, dressées contre le bord occidental de la contrée, font que la chute de pluie y atteint 285 centimètres, contre 130 sur le versant oriental. La Nouvelle-Guinée reçoit deux fois moins d'eau au sud qu'au nord, où le relief se trouve concentré. A Madagascar, où les plus fortes altitudes sont collées contre l'Océan Indien, la chute d'eau, de l'ouest à Test, croît de moins de 60 à plus de 130. L'Ile Maurice reçoit 125 sur le rivage et 400 au sommet du Piton du Milieu. Sur la Jamaïque, le mont Blize, haut de 2236 mètres, reçoit 310 quand la côte en a 125 et tout l'intérieur de 200 à 250.

En Europe, le maximum de pluie se produit sur la chaîne Can-

tabrique, les Alpes, le Caucase, les montagnes d^Écosse et le bord occidental de la Scandinavie. En un mot, à part l'angle sud-est des États-Unis et celui de la Chine, qui lun et l'autre doivent un maximum de pluie aux courants très chauds et humides que les circonstances géographiques engendrent dans leur voisinage imniédiat, on peut dire que partout c'est le relief relatif qui est la cause principale des fortes pluies. Si bien qu'une carte de la distribution des pluies pour le globe équivaut par beaucoup de ses traits principaux à une carte hypsométrique *. Comme s'il était écrit que, chaque fois que les mouvements orogéniques auraient amené en saillie une portion de l'écorce terrestre, les agents extérieurs en recevraient ipso facto une nouvelle provision de force pour accomplir leur œuvre d'aplanissement.

Particularités des dépressions. — Par un remarquable contraste, autant les lignes de haut relief contribuent à aviver le travail des précipitations atmosphériques et par conséquent celui des eaux courantes, autant celles-ci sont paralysées dans leur énergie par le fait des grandes dépressions. C'est ce qui résulte clairement des chiffres suivants * :

On estime qu'il tombe annuellement, sur la terre ferme, environ 122 500 kilomètres cubes d'eau, lesquels, également répartis sur toute la surface continentale, y formeraient une couche de 844 millimètres d'épaisseur.

Mais, sur les 122 500 kilomètres cubes de pluie (ou de son équivalent en neiges et brouillards) il y en a 113150 qui tombent sur les territoires tributaires de la mer, et ceux-ci, occupant 115 300 000 kilomètres carrés, reçoivent ainsi une chute moyenne de 980 millimètres. Il reste, pour les dépressions sans écoulement extérieur, 9350 kilomètres cubes, et cette quantité, répartie entre les 30 millions de kilomètres carrés correspondants, ne représente qu'une couche annuelle de 315 millimètres. Ainsi l'on peut dire que les dépressions sans écoulement ne reçoivent pas le tiers de la quantité d'eau qui tombe sur les territoires drainés par la mer.

On pourrait penser que ce résultat tient à une coïncidence fortuite, qui aurait placé toutes les dépressions dans les zones naturellement pauvres en humidité. Certainement une part mérite d'être faite à cette explication; caries grands bassins fermés ont toutes chances de se trouver à l'intérieur des aires continentales, c'est-à-dire loin des sources d'où vient l'air humide.

1. Voir la planche jointe à l'ouvrage. — 2. Voir J. Murray, ScoUish geogr. Magazine, 1887.

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