‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 38 sur 364 · CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES

équatoriale humide, entourée de deux bandes sèches, confinant elles-mêmes à des bandes circumpolaires mieux favorisées en humidité; ensuite des circonstances géographiques, proportions relatives des terres et des mers, relief de la terre ferme, conformation spéciale des océans, circonstances souvent assez puissantes pour renverser d'une manière complète Teffet que les conditions cosmiques produiraient à elles seules.

Un frappant exemple du régime exceptionnel que peuvent engendrer les particularités géographiques est offert par le Groenland. La plus grande partie de ce pays devrait, à en juger par sa latitude, jouir de conditions semblables à celles de la côte de Norvège. Mais, d'une part, le Groenland se trouve en dehors de l'action bienfaisante des courants d'air dérivés du Gulf-Stream; même il est longé à l'est par un contre-courant froid venant du pôle, et que côtoie une branche détachée de l'extrémité nord du courant chaud de l'Atlantique, ce qui doit amener de fréquents conflits entre des masses d'air d'inégale température. D'autre part, le pays est situé dans le voisinage immédiat du minimum barométrique de l'Atlantique nord. En outre, son altitude moyenne est considérable ; plusieurs de ses montagnes dépassent 2000 mètres elle plateau neigeux central s'y élève jusqu'à 2700. Aussi voyonsnous la contrée ensevelie en entier sous une couverture glaciaire, dont l'épaisseur a été évaluée par Nansen entre 1500 et 1900 mètres.

A la vérité, en considérant que les observations plu viom étriqués donnent pour le Groenland des chiffres de précipitations assez faibles, 130 centimètres à Iviktut, 68 à Godthaab, 21 à Jakobshavn, 33 à Upernivik*, beaucoup de météorologistes sont enclins à penser que la calotte de neiges du pays est tout entière un héritage (les temps glaciaires; de sorte que les conditions actuelles, qui seraient impuissantes à engendrer cette calotte, lui fourniraient seulement de quoi réparer ses pertes. Mais, outre qu'il est difficile de comprendre que le Groenland jouisse seul du privilège d'un aussi juste équilibre, il convient de remarquer que toutes les observations sont relatives à la côte occidentale, la seule habitable. Or, les vents dominants, en janvier comme en juillet, étant ceux de nord-est, la côte occidentale ne reçoit les courants d'air qu'après qu'ils ont déchargé leur humidité sur une arête culminante, située à plus de 2000 mètres d'altitude, et très voisine de la côte orientale. Ce sont

i. Hann, Uandbuch der Klimalologie, p. 138.

donc des courants d'air descendants, qui doivent se réchauffer par leur descente, et renseignent très inexactement sur les précipitations relatives à l'ensemble de la région.

Nous n'en voulons pour preuve que les perpétuelles rafales de neige qui ont assailli, en plein été, aussi bien l'expédition de Nansen que celle de M. Peary. Aussi croyons-nous que des études ultérieures modifieront les chiffres admis, en démontrant que le pays de la terre où le régime glaciaire sévit avec le plus d'intensité doit cette particularité à un ensemble de circonstances, où la situation géographique et le relief jouent un rôle beaucoup plus important que celui de la latitude.

Inflaence des lignes de relief. — Ce qui vient d'être dit sur la descente des vents, à partir de la crête du Groenland, nous amène à parler de la puissante influence exercée, sur l'abondance des précipitations, par les lignes de brusque relief. Il y a des années déjà que le caractère de cette influence a été très nettement formulé par Cézanne dans ses Études sur les torrents des yl/pes. Auparavant on admettait volontiers que la pluie croissait avec l'altitude. Cézanne a démontré qu'il n'en était rien, et que, le plus souvent, le faite d'une ligne de hauteurs recevait moins de pluie que celui des versants qui était habituellement remonté par les courarits humides.

C'est la thermodynamique qui rend compte de cet effet. Lorsqu'une montagne surgit en travers d'un courant aérien, non seulement elle le refroidit par contact, la température de l'atmosphère s' abaissant, lorsque croît l'altitude, d'environ un degré centigrade pour 200 mètres; mais, en outre, l'air, qui rasait la mer ou les plaines, étant forcé de s'élever pour franchir un faîte, doit se raréfier en montant, puisque la densité de l'atmosphère diminue quand la hauteur augmente. Cette dilatation, en vertu des propriétés fondamentales des gaz, est une cause puissante de refroidissement et, par suite, de condensation de vapeur. Aussi peut-on dire qu'une ligne de relief exprime, en quelque sorte, l'humidité que le vent lui apporte, et cela d'autant mieux que l'obstacle est plus brusque.

Nulle part cet effet n'est mieux marqué que sur le littoral oriental de l'Océan Indien. La pluie annuelle, qui dépasse 200 centimètres à Sumatra, en atteint 300 à l'embouchure de l'iraouaddy et 537 à Sandoway. Mais sur le massif qui surgit au nord du delta du Brahmapoutra, c'est bien mieux encore, et la chute moyenne y dépasse 1200 centimètres^ pour se maintenir entre

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