‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 44 sur 364 · PROFIL D'ÉQUILIBRE · texte numérisé non relu

PROFIL D'ÉQUILIBRE

au début, se prononcer dès l'embouchure, qui détermine de toute nécessité le niveau de base de l'érosion *. C'est là que commencera la régularisation du profil de la rivière, régularisation absolument nécessaire pour que le cours d'eau atteigne l'état d'équilibre stable, dont la conquête est le but constant de toutes les puissances de la nature. La définition de cet état est facile à donner : il faut que partout la résistance au mouvement, c'est-à-dire le frottement du lit, exercé par le fond et par les parois, fasse équilibre à la force de l'eau courante. Une telle condition ne sera remplie que si la pente décroît constamment de l'amont à l'aval, en proportion de l'augmentation qui survient dans le volume débité. Ainsi le travail de creusement se régularisera de proche en proche, par un mouvement continu de régression ".

Une fois le creusement achevé, le profil vertical du lit devra

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Fig. 96. — Établissement du profil d'éqoilibre d'un conrs d'oau. — OÂBCD. prolU initial du terrain; O I, O II, O III, prolils successifs du lit en voie de creusement.

être une courbe continue, tangente par un bout à V horizontale ^u niveau de base (puisque nous venons de voir qu'une pente insensible peut seule interrompre le travail mécanique de l'eau), tandis que de l'autre côté elle se redressera de plus en plus. Même on peut dire qu'elle doit tendre à devenir verticale au point de départ; attendu qu'en cet endroit, où la masse de l'eau finit par se réduire à zéro, il ne peut y avoir d'entraînement qu'à la condition d'une chute sollicitant la première goutte suivant une direction très voisine de celle du fil à plomb. En résumé, si tous les éléments du thalweg sont reportés, avec leur longueur, dans un même plan vertical, l'ensemble du profil d'équilibre ' formera une courbe à peu près parabolique, et nettement concave vers le ciel (fig. 26). On comprend d'ailleurs que, même avec un terrain parfaitement homogène, une telle courbe ne pourrait présenter une régularité absolue que si la distribution et l'ampleur des affluents obéissaient à une

1. De la Noé et de Margerie, Les formes du terrain, p. 144. — 2. C'est l'un des mérites de MM. Heim et Morris Davis, d'avoir mis en pleine lumière cette allure %essive de la régularisation du creusement. — 3. C'est l'expression employée par M. Dausse, et à laquelle M. Philippson a substitué le terme d'Erosions terminante.

loi de répartition uniforme. D'autre part, le débit d'une rivière -variant avec les saisons, il ne peut pas être ici question d'un équilibre permanent, mais l'égalité entre la force et la résistance doit se rapporter au débit moyen.

Vitesse de raffouillement. — La vitesse avec laquelle s'effectue le travail de creusement du lit peut se conclure des observations suivantes : Lorsqu'en 1714 les échevins de Thoune dérivèrent la Kander pour la jeter dans le lac, par un canal artificiel dont la pente était de 6,5 0/0, la rivière se mit à affouiller les matériaux meubles et morainiques de son canal avec une rapidité telle, qu'en quelques années le lit descendit de 45 mètres à l'endroit même de la dérivation *. Depuis lors l'affouillement s'est propagé jusqu'à 9 kilomètres en amont, et le confluent de la Kander avec la Simme s'est abaissé de 21 mètres. Dans les trois premières années, plus de 10 millions de mètres cubes de matériaux solides ont été ainsi amenés dans le lac, où ils ont construit un delta qui, depuis lors, a continué à s'accroître au taux moyen de 300 000 mètres cubes par an *.

La rectification de l'Isar a provoqué, entre le 23 octobre 1818 et le 14 février 1885, un abaissement du lit de 1 mètre, 443 sur 5 kilomètres de long, avec enlèvement de 22 775 mètres cubes de gravier '. La correction du Rhin, dans la plaine allemande au sortir de l'Alsace, ayant raccourci le parcours de 23 0/0 (81 kilomètres), le lit s'est abaissé de plus de 2 mètres entre Rheinweiler et Neuenburg, et de plus d'un mètre entre Weissweil et Maxau. D'après M. Dausse, des causes semblables ont fait baisser l'Arve de 2 m. 40, l'Isère de 2 mètres et l'Arc de 3 m. 25. De toutes façons, l'action produite est rapide et progresse, au début, incomparablement plus vite que par la suite.

Partie torrentielle. — Il est aisé de voir qu'en général, pour un cours d'eau suffisamment avancé dans son œuvre, la concavité du profil ne commencera à se prononcer nettement que dans la partie haute du lit. M. Penck a calculé * ce qui devrait arriver si une pyramide quadrangulaire, formée de matériaux homogènes et meubles, recevait une quantité de pluie annuelle capable de former une couche d'un mètre, et comportant quelques averses qui donneraient un centimètre d'eau par heure. En supposant que toute l'eau tombée sur un versant se réunît en une rigole, le lit de cette dernière ne cesserait d'être attaqué par l'érosion que quand

1. Bachmann, in Penck, Morphologie^ I, p. 317. — 2. Sleck, v4r6ei/en aus demgeogr, lîistiiut, Berne, 1893. — 3. Voir Penck, op. ciL, 1, p. 317. — 4. Dos Endziel der Erosion^

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