‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 45 sur 364 · PARTIE TORRENTIELLE. AFFLUENTS · texte numérisé non relu

PARTIE TORRENTIELLE. AFFLUENTS

il aurait pris un profil défini comme il suit : chute verticale de 6 mètres dans les dix premiers mètres du parcours, de 1 mètre pour les 90 mètres suivants, enfin de 1 centimètre pour les 900 mètres qui viennent après. Ainsi, dans ce cas hypothétique, au bout d'un kilomètre de parcours, la pente doit déjà devenir insensible.

En revanche, la pente est considérable à l'origine, où elle approche de la verticale. Mais là, elle ne peut se raccorder avec le profil transversal plus adouci des versants que moyennant la formation d'une sorte d'entonnoir. Cet entonnoir, par la convergence de ses pentes, facilite la concentration des eaux de pluie, qui s'y rendent d'ailleurs avec une grande vitesse à cause de l'inclinaison des rigoles. Aussi l'entonnoir est-il le siège d'un ravinement très énergique sous l'influence d'eaux encore mal réglées, et qui méritent le nom d'eaux sauvages. La réunion de ces eaux engendre un torrent, dont la puissance mécanique, en temps de pluie, peut être à peu près sans limites, attendu que le torrent concentre en un seul flot, de pente rapide, toute l'eau tombée sur la superficie entière de l'entonnoir.

C'est là que s'accomplit le principal travail de creusement, destiné à se déplacer peu à peu vers l'amont. Les matériaux qui en résultent forment, au débouché du couloir torrentiel, un cône de déjection, qui encombre plus ou moins le lit du cours d'eau plus important auquel le couloir vient aboutir.

Affluents. — Pendant qu'un cours d'eau s'établit en conformité de la pente principale du terrain, des affluents ne peuvent manquer de lui venir de ses versants. S'il n'existe pas, dans la structure propre du terrain, quelque particularité qui impose une direction spéciale à ces ravinements secondaires (et dans le cas du terrain homogène et meuble que nous avons admis, cette influence directrice ne saurait exister), il y a toutes chances pour que les rigoles résultantes suivent les lignes de plus grande pente, perpendiculaires aux horizontales du versant, et, par suite, tombent à peu près à angle droit sur le cours d'eau. Cette conséquence se vérifie par l'observation, comme l'ont bien établi MM. de la Noë et de Margerie \ et ainsi on peut dire qu'un réseau hydrographique initial comporte deux directions principales à angle droit, dont la première, la plus importante, est déterminée par la pente générale du terrain.

\. Les formes du ieiTain, p. 126.

Or ce que fait le cours d'eau principal, chacun des affluents raccomplit de son côté, prenant pour niveau de base l'altitude de son embouchure. Si, dans son état originel, la surface était accidentée par des dépressions sans issue, des lacs ont dû s'y établir d'abord, jusqu'à ce que leur niveau se fût élevé au point d'en permettre le débordement. Alors ils se seront vidés, et l'émissaire aura creusé un nouveau sillon, allant rejoindre les thalwegs des parties plus basses, jusqu'au moment où la superficie entière aura trouvé à écouler ses eaux vers un réservoir unique, qui est généralement la mer. Cette commune destinée obligera tous les cours d'eau à régulariser leurs courbes en conséquence. De cette façon,

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Fig. *27. — Profils de la rivière de la Wieo et de ses atflaonts (d'après M. Penck),

les caractéristiques d'un système hydrographique parvenu à maturité sont : d'abord l'acquisition, par le lit de chaque rivière ou ruisseau, d'une pente continue; ensuite la concordance des embouchures, définie par ce fait que la courbe de chaque affluent, développée dans le même plan vertical que celle du cours d'eau principal, devient tangente à celle-ci au point de rencontre *.

Pour mettre cette concordance en lumière, sans sortir des conditions d'homogénéité que nous avons admises pour le territoire considéré, on ne saurait prendre un meilleur exemple que celui du bassin de la Wien (fig. 27), petite rivière qui, descendant rapidement des hauteurs du Wienervvald, vient rejoindre le Danube à Vienne. A son profil, continu et régulier, se raccordent successivement les courbes de ses divers affluents, parmi lesquels il en est un qui en a recueilli trois autres au passage, dans les mêmes conditions. On remarquera d'ailleurs que les profils sont d'autant plus raides que les cours d'eau ont moins d'importance, et tous,

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