‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 56 sur 364 · MASSIFS CALCAIRES FISSURÉS · texte numérisé non relu

MASSIFS CALCAIRES FISSURÉS

face primitive, que le travail du creusement les met aux prises avec les inégalités de résistance produites, soit par la nature, soit par l'allure des roches rencontrées. De ces inégalités résulte, ici un retard, là une accélération, ailleurs une déviation du travail. De la sorte, l'évolution du réseau devient beaucoup plus compliquée, et ses traits définitifs doivent mettre bien plus de temps à se dessiner.

Cela posé, pour nous borner d'abord aux principaux types d'influences génétiques^ il y a lieu de distinguer successivement : les terrains d'origine sédimentaire ou straiifiéSj ceux d'origine éruptive ou massifs^ enfin les dépôts glaciaires.

Massifs calcaires Assurés. — Nous commencerons par examiner le cas des terrains stratifiés et homogènes qui ne sont pas meubles de leur nature, et pour prendre de suite l'exemple le plus opposé à celui que nous avons antérieurement considéré, nous supposerons qu'il s'agisse d'un massif calcaire où la roche soit compacte, mais traversée par des joints ou diaclases. Ces joints peuvent résulter, soit du retrait de la roche par dessiccation, soit des mouvements en masse du terrain, et il s'y ajoute les fentes horizontales que peu- Tant engendrer les lits de stratification. Le Bassigny et certaines parties de la Franche-Comté en ofifrent d'excellents types.

Nul territoire ne se prête plus mal à l'établissement d'une courbure continue, tant pour le profil du lit des cours d'eau que pour celui des versants. En effet, dans un pareil terrain, le ruissellement est presque nul, et la plus grande pai*tie de la pluie tombée (et non enlevée par évaporation) trouve à s'infiltrer dans les fissures du calcaire. Au lieu de creuser son lit suivant un profil à courbure très régulièrement adoucie, l'eau courante, utilisant tous les chemins qui s'offrent à elle, descend immédiatement, cherchant à atteindre le plus tôt possible le niveau de base. Elle se concentre ainsi dans des canaux souterrains, où elle acquiert un volume notable, emporte à la longue les barrières qui s'opposent à son passage, et sort au jour en un point tel, que de là au débouché définitif il lui reste, dans la gorge principale, juste assez de pente pour triompher du frottement de son lit. Au début, elle coule ainsi entre des murailles verticales dont elle mine le pied. Des éboulements se produisent, encombrant le lit; mais la rivière se gonfle en arrière et finit par vaincre l'obstacle. Ainsi peu à peu la gorge s'élargit et, à la longue, les parois s'adoucissent par la chute du couronnement mal soutenu.

Quand le profil est ainsi régularisé, la courbe d'équilibre sd

88 INFLUENCE DBS CONDITIONS GÉNÉTIQUES

trouve sensiblement plus aplatie qu'elle n'eût été dans un territoire imperméable. C'est pour ce motif que, dans la figure 34, on voit les courbes des afQuents de la Garonne, d'abord celle du Lot, puis celles du Tarn et de l'Aveyron, passer sous la courbe du cours d'eau principal, dont le bassin propre, en bonne partie imperméable, ne renferme rien d'analogue à ces plateaux des Causses que traversent les trois autres rivières. Au contraire, la Dordogne,

Gironde

Sïoecuu di là.

Fig. 34. — Profil des priDcipaax affluents de la Garonne (d'après MM. de la No5 et de Margerie).

sur laquelle prédomine l'influence du massif central de la France, est représentée par un profil plus concave que celui de la Garonne.

La section des vallées, dans les calcaires fissurés, n'est plus un V. Elle afiPecte la forme trapézoïdale d'une auge, et même il

Fig. 35. — Profils de valléos à versants perméables.

n'est pas rare que les cours d'eau principaux coulent sur un fond convexe; car ils apportent quelquefois, dans leurs crues, des alluvîons qui se déposent tout contre le lit, en exhaussant les berges, tandis qu'aucun dépôt de ruissellement provenant des parois ne peut plus parvenir au thalweg; si bien que la rivière en arrive parfois à couler sur le point le plus haut du fond de la vallée (fig. 35). Il est clair que, dans de telles conditions, l'aplatissement des versants ne peut progresser qu'avec une lenteur extrême par la seule érosion subaérienne. A la vérité, l'érosion souterraine peut alors intervenir et faire naître des vides intérieurs, que les eaux cachées agrandissent, d'où résultent des éboulements et des effondrements de la surface.

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