‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 59 sur 364 · DISTRICTS DE GRÈS. TERRAINS HÉTÉROGÈNES · texte numérisé non relu

DISTRICTS DE GRÈS. TERRAINS HÉTÉROGÈNES

qui les traversent que par la facilité avec laquelle le grès se transforme en sable. On peut citer sous ce rapport la Suisse saxonne, où le grès crétacé, en couches horizontales bien accusées, fréquemment découpées en parallélépipèdes par des joints verticaux à angle droit', est profondément entaillé par la vallée de TElbe, sur le bord de laquelle se dressent les escarpements si pittoresques de la Baslei. Si le grès, qui n'est pas soluble, se prête moins bien que le calcaire à l'élargissement des fentes, de sorte qu'il s'y fait rarement une circulation souterraine, en revanche l'inégale dureté de la roche et sa facile désagrégation en sable la rendent beaucoup plus sensible à l'action du vent. Il en résulte que les pays de grès, tels que la Suisse saxonne, le nord-^st de la Bohème et le Colorado, abondent en paysages ruiniformes, piliers isolés (fig. 41), arcades naturelles, parfois même en petites cavités superficielles arrondies. Toutefois la désagrégation se faisant surtout le long des fissures et des Uts de stratification, les formes des rochers de grès sont toujours moins capricieuses et moins fantastiques que celles des dolomies.

D'autre part, le grès n'étant pas soluble, les parties dures résistent mieux aux intempéries. Aussi les mers de rochers sont-elles beaucoup plus fréquentes dans les pays de grès que dans les territoires calcaires.

Sur les grès tendres, comme le grès bigarré de la Lorraine, le haut des versants offrira une convexité tout à fait semblable à celle des terrains crayeux.

Terrains hétérogrënes. Division des cours d'eau en tronçons. — Arrivons maintenant aux terrains hétérogènes non disloqués, lesquels sont formés par la superposition de couches horizontales de nature diverse. La dureté des strates, ou du moins leur résistance à l'affouillement, peut être très inégale, ce qui fait que le travail du modelé se poursuivra dans chacune d'elles avec des vitesses et sous des formes différentes.

Un cours d'eau qui doit les entamer successivement est condamné à n'acquérir que très tard son profil d'équilibre continu. La courbe du lit s'établit aisément dans les parties tendres ; mais elle subit un ressaut brusque, sous la forme d'une cascade, à la rencontre des couches résistantes. Autant il y aura de ces dernières, autant, durant la période d'établissement, le lit fluvial comportera de tronçons successifs, dont chacun prendra, pour niveau de base

1. D'où le nom de grès à pierres de taille ou Quadersandstein,

momentané, celui de la couche résistante sous-jacente. En même temps les seuils reculent progressivement. L'eau qui s y déverse entraîne des graviers et des pierres, qui usent le seuil par frottement. A la vérité, les rigoles ainsi formées ne s'approfondiraient en roche dure qu'avec une extrême lenteur. Mais le travail est considérablement accéléré par l'effet des fentes qui traversent presque toujours les couches résistantes. L'eau, en s'y précipitant, exerce

Fig. 42. — La cascado do la Rue (photographie de M. Boule).

sur les parois'un effet de pression et d'affouillement, qui s'ajoute à celui des matériaux transportés. De gros galets, une fois logés dans ces fentes, tourbillonnent et perforent la roche, où ils creusent des marmites de géants. Ainsi peu à peu la couche dure se débite.

Cet effet se produit même dans les roches les plus résistantes, telles que le granité. Ainsi, sur la figure 42, qui représente la cascade de la rivière de la Rue, près de Bort (Corrèze), on voit, dans la partie droite du dessin, la paroi granitique compacte entamée, à deux niveaux différents, par des échancrures en entonnoir qui sont certainement les restes d'anciennes marmites. Ces trous marquent les étapes successives du creusement à travers le barrage de roche dure.

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