MASSIS DE GRANITE
au milieu des affleurements des terrains primaires. Leur apparition au jour résulte uniquement de l'érosion, qui a enlevé Tenveloppe sédiraentaire au sein de laquelle ils avaient pénétré souterraineinent. Ces massifs occupent parfois des surfaces très considérables, où le paysage revêt une physionomie caractéristique. Aussi convient-il d'analyser les circonstances de Férosion dans de tels districts. Seulement nous nous bornerons à considérer ceux où le granité ne porte pas la trace de dislocations éneiçiques ; car ies mouvements orogéniques, en laminant certaines masses granitiques, leur ont souvent imprimé une division en bancs qui les rapproche des roches stratifiées, et dont TinQuence mérite d'être étudiée avec celle des phénomènes tectoniques.
Le granité proprement dit est une roche extrêmement compacte ; mais les cristaux dont il est constitué résistent très inégalement à l'action atmosphérique. En particulier, le feldspath subit la kaoliîiisation, c'est-à-dire qu'il se transforme en argile par le départ de ses silicates alcalins, changés en carbonates sous l'iptluence des eaux météoriques. Alors la roche perd sa cohésion et devient une arène, c'est-à-dire un sable grossier, en majeure partie quartzeux. Cette arène forme presque partout, à la surface des affleurements granitiques, une sorte de manteau spongieux, capable d'atteindre plusieurs mètres d'épaisseur, et d'autant plus apte à subir l'imbibition que l'argile du feldspath décomposé lui constitue un fond imperméable. Aussi les pays de granité comptent-ils parmi ceux où le ruissellement est assez efficace et en même temps assez divisé pour entretenir de nombreux filets d'eau, favorables à la croissance des herbes. Les plus actifs de ces ruisseaux entraînent l'arène, et peuvent mettre la roche vive à découvert. Or c'est en général par écailles concentriques que se fait l'altération du granité, et ces écailles entourent des noyaux très compacts, que le départ de l'arène fait apparaître en blocs arrondis. De là ces accumulations et ces entassements de rochers (fig. 51), parfois en équilibre instable, dont les pays granitiques sont coutumiers, sur tous les versants exposés au ruissellement.
Dans certaines contrées, l'inégale dureté du granité fait que quelques parties se creusent plus facilement que les autres; la pluie et le vent emportent les produits de cette désagrégation; alors naissent en pleine roche de petites cavités arrondies, appelées en Corse tafoni *. Ailleurs ces excavations deviennent des écuelles ou
!. Penck, Morphologie, I, p. 2U.