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doit absorber pour son compte une portion du ruissellement total et en former un lac. C'est seulement quand elle y a réussi que le district avoisinant est doté d'un niveau de base provisoire. Or Tévaporation lutte, dès le début, contre cette constitution .d'un réservoir, et peut être assez forte pour l'entraver. En tous cas, les inévitables variations de la surface du lac enlèvent au niveau de base cette fixité qui en ferait le point de départ de la régularisation des pentes.
D'un autre côté, tandis que, dans un territoire normal, les alluvions apportées par les fleuves sont immédiatement dispersées dans la mer, celles que reçoit un lac y demeurent forcément, élevant son niveau et agrandissant d'autant la surface d'évaporation. En même temps la rivière, embarrassée par ses propres dépôts, multiplie ses divagations au voisinage de l'embouchure. Le vent soulève les sables, obstruant l'une après l'autre les branches du cours (l'eau. En résumé la topographie habituellement indécise des dépressions s'explique par l'impuissance de rivières mal définies et mal alimentées, dont la plupart finissent par être obstruées à leur embouchure, les plaines d'alluvions se transformant rapidement en déserts de sable. Et cet effet se trouve souvent accéléré par un changement de climat dans le sens d'une aggravation de la sécheresse. C'est ce qui s'est produit dans l'Asie centrale, où le Tarim, malgré l'importance de son bassin d'alimentation, finit par se perdre dans les marécages du Lob Nor, reste insignifiant et en outre instable de l'ancienne mer intérieure de Gobi.
Dépressions momentanément drainées. — Au contraire, si le climat devient beaucoup plus humide, les lacs augmentent d'importance et finissent par atteindre un niveau qui permet leur débordement dans une dépression inférieure; alors l'émissaire creuse son lit et commence la régularisation de l'écoulement.
A cet égard, il n'y a pas de témoignage plus explicite que celui qu'apportent les traces des anciens lacs dans le Grand Bassin occidental des États-Unis.
Le Lac Salé de l'Utah n'est que le reste d'une nappe lacustre beaucoup plus étendue, qui occupait la contrée à l'époque du développement des glaces quaternaires ou pleistocènes, et dont les contours ont pu être exactement reconstitués S C'est l'ancien lac Bonneville, qui couvrait 50 000 kilomètres carrés, avec 300 mètres <fe profondeur. Plus à l'ouest se trouvait le lac Lahontan, de pro-
-1* Gilbert, Lake Bonneville (U. S, Geol. Survey Monographs, I, 1890).
fondeur égale, mais de surface moitié moindre, et dont les lacs Carson, Valker et de la Pyramide sont les restes.
Les preuves de l'ancienne extension de ces lacs, qu'on a très justement comparés à de gigantesques pluviomètres fossiles y consistent dans un remarquable système de terrasses, formées, les unes d'alluvions au débouché des cours d'eau, les autres de marnes et de tufs à la fois calcaires et siliceux, qui sont dus •à une précipitation chimique. La régularité et la remarquable conservation de ces terrasses impriment au paysage un caractère tout à fait saisissant (fig. 70). En plusieurs points, on observe des barres de cailloux roulés, qui se sont déposées à l'entrée des anses découpées
Fig. "70. — Le? terrasses de l'ancion lac Bonnevillo (d'après M. Gilbert).
dans le rocher. L'allure de ces bancs horizontaux tranche sur le modelé des hauteurs qui les surmontent, et où une longue érosion subaérienne a fait naître une foule de ravinements.
Si les anciens lacs du Grand Bassin ont formé des terrasses aussi nettes, cela peut tenir à ce qu'ils ont joui d'un écoulement qui leur a permis de garder longtemps le même niveau. En effet M. Gilbert a montré que le lac Bonneville, quand il avait 300 mètres de profondeur, trouvait un déversoir au nord, dans la rivière Columbia, par le col de la Roche-Rouge. L'approfondissement de cet émissaire a fini par vider le lac en partie, jusqu'à lui faire perdre 200 mètres de niveau. Alors, l'écoulement s'étant trouvé interrompu, un nouveau stationnement de la surface a engendré la série des terrasses de Provo, jusqu'à ce que, la sécheresse survenant, la nappe d'eau se réduisît au Lac Salé, avec 4 à 12 mètres de profondeur et 20 pour 100 de sel.
11 est du reste à remarquer que des dislocations ont été conco-
ANCIENS FONDS DE MER 14o
mitantes de cet assèchement; car M. Gilbert a montré* que les terrasses, au lieu d*être horizontales, étaient aujourd'hui affectées d'un bombement qui les relevait au milieu d'environ ISO mètres.
Une bonne partie de la topographie si atténuée du Grand Bassin résulte de ce que les alluvions fluviales, au lieu d'être entraînées à la mer, ont- dû se déposer sur place et combler peu à peu les dépressions.
Anciens fonds de mer. — Lorsqu'un mouvement d'ensemble de Técorce a amené la surrection d'un fond de mer, si la contrée n'est pas extraordinairement riche en précipitations atmosphériques, il y a toutes chances pour que le relief demeure indécis. En effet, les nappes d'eau que la surrection a pu respecter, dans les cuvettes les plus profondes, ne résultent nullement d'un équilibre établi entre la pluie tombée et l'évaporation locale. Ce sont les restes d un ancien apport extérieur, qui avait sa source dans un réservoir inépuisable, avec lequel la communication est désormais rompue. La destinée fatale de ces bassins est donc de voir diminuer leur amplitude. C'est un niveau de base qui recule sans cesse, rendant la concentration des ruissellements de plus en plus difficile, et modifiant continuellement, en raison de l'allure des fonds qui émergent, un réseau destiné à ne pas sortir de la période d'ébauche.
Le grand bassin déprimé, compris entre le Kouenlun et le Tien-Chan, et qui couvre plus de 600 000 kilomètres carrés, montre un grand nombre de cuvettes distinctes, les unes à sec, les autres ayant leur fond occupé par un lac. * Les premières abondent dans la partie orientale du désert de Gobi, et elles sont aussi très nombreuses dans l'intérieur de l'Australie. Toutes ces régions désertiques ont des cours d'eau temporaires, mal définis, et presque tous leurs lacs sont salés, que cette salure soit originelle ou qu'elle résulte de l'excès de l'évaporation, les substances dissoutes que les rivières apportent dans les lacs étant forcées d'y demeurer.
C'est grâce à une abondante alimentation, par des rivières venant du nord, que la Caspienne a réussi à se maintenir, tout en diminuant d'étendue, au fond d'une dépression, dont la partie septentrionale exondée voit ses cours d'eau s'ensabler et se perdre de plus en plus. La Caspienne a maintenant son niveau à 26 mètres et son fond à 1124 mètres au-dessous du niveau de la mer. Ici
<. V. s. Geological Sw*vey MonograpJis^ I (1890).
DE LAPPAREMT. — LoçoDS dc géogr. phys. 2* édit. 10
l'importance de la dépression est vonue en aide au climat pour le maintien de la nappe d'eau. En revanche, les dépressions du désert libyque, où le niveau du fond varie entre 20 et 75 mètres au-dessous de la mer, n'ont pas eu de peine à s'assécher, se transformant en oasis.
Effondremezits linéaires. — Il y a des effondrements dont la direction est assez étroitement définie pour s'imposer au parcours de la rivière qui vient occuper le fond de la dépression.
La vallée du Rhin, entre l'Alsace et la Forêt-Noire, est le résultat d'un effondrement linéaire, survenu, selon toute apparence, par la rupture du sommet d'un dôme dont ces deux massifs représentent les flancs. L'écroulement a eu lieu par échelons, et une suite de failles se succèdent sur les flancs de la vallée, chacune produisant un nouveau rejet. Mais ce n'est pas immédiatement après la
Fig. 71. — Lacs d'offond remonts linéaires.
rupture que le fleuve s'y est établi. La dépression alsacienne a d'abord servi de chenal à la mer oligocène, afrivant de Mayence, et à laquelle elle a permis d'atteindre Bâle. Puis elle a subi diverses vicissitudes, et un moment est venu où, sur son fond déjà asséché, les épanchements volcaniques du Kaiserstuhl ont dû former un* barrage en travers. Si donc le Rhin alsacien coule réellement dans une ancienne cassure, du moins on ne peut pas ranger sa vallée parmi les vallées de fracture proprement dites, celles où l'ouverture d'une crevasse tectonique aurait immédiatement déterminé l'emplacement et la direction d'un cours d'eau.
D'autres dépressions se produisent par le jeu de cassures plus ou moins parallèles, avec glissement des compartiments le long des fentes produites. Ce mouvement, n'ayant pas partout la même amplitude, engendre des cavités analogues à celles des synclinaux, et distinguées par ce fait que les deux versants sont dyssymétriques (fig. 71), l'un d'eux étant imcomparablement plus raide que l'autre. Ces dépressions deviennent des lacs qui, avec un régime de pluies abondantes, finiraient par se vider les uns dans les autres par des vallées bien définies. Mais, là où l'évaporation a dominé, comme dans le bassin fermé de l'Utah, du Nevada et de l'Orégon,