‹ Lec̦ons de géographie physique (volume 2)Chapitre 80 sur 364 · MASSIFS DISLOQUÉS. MASSIFS EXOTIQUES · texte numérisé non relu

MASSIFS DISLOQUÉS. MASSIFS EXOTIQUES

forte altitude, entraînant comme conséquence habituelle une exagération des précipitations atmosphériques. Sur de telles pentes, «|ui dans les districts de grande dislocation deviennent facilement convergentes, le régime torrentiel prévaut sans partage. Aussi l'érosion s'exerce-t-ellc avec une grande énergie, découpant le massif en cimes, parfois en pics abrupts, que séparent de profondes vallées.

L'inégale résistance des roches se fait jour, faisant apparaître les parties les plus dures en saillie notable, et fournissant la raison (le toutes les circonstances de tracé, de pente et de forme. Les différences observées ne tiennent pas seulement à la nature des terrains, mais aussi, à un très haut degré, à la structure introduite par la tectonique locale. Ainsi une roche préalablement divisée en bancs, soit par sa stratification propre, soit par l'effet du laminage lors des poussées orogéniques, se laissera découper en aiguilles déchiquetées, tandis qu'en l'absence de toute cassure elle conservera des surfaces doucement arrondies. La variété des formes pourra donc être extrême, et devra être justifiée, dans chaque cas particulier, par diverses considérations, parfois très complexes, et où interviendra souvent, avec l'érosion subaérienne, l'action des glaciers.

Il importe seulement de remarquer que ces formes sont essentiellement transitoires, et soumises à la même destinée finale que tout l'ensemble de la terre ferme. De là vient qu'en général les chaînes de montagnes offrent un relief d'autant plus inégal qu'elles sont moins anciennes et, par suite, exposées depuis moins longtemps aux efforts de l'érosion. Cela suffit, par exemple, à expliquer la différence de silhouette des Alpes et des Pyrénées. Les cimes de rOberland bernois ne sont que des lambeaux de la tête des plis alpins. Disloquées par mille fractures, ces têtes de plis ont en grande partie disparu, emportées par les torrents, les avalanches ou les glaciers. Ce qu'il en reste subit une destruction quotidienne, et la disparition des sommets paraît destinée à précéder le rabotage complet de la chaîne.

Bias8ifs exotiques. Klippen. — Il arrive parfois qu'au cours de cette destruction, certaines formes apparaissent, qui pourraient être qualifiées Aq paradoxes géographiques. Telles sont, par exemple, les Mythen de Schwytz. Ce sont deux cimes calcaires, au profil abrupt et anguleux, qui surgissent tout d'un coup au-dessus d'un terrain remarquable par ses formes arrondies et doucement mamelonnées. Même si c'étaient des lambeaux d'une couche originaire-

ment superposée aux schistes tendres du substratum, on comprendrait difQcilement que l'érosion les eût ainsi laissées toutes seules en saillie, sans qu'il subsistât, à droite et à gauche, d'autres témoins de la même assise. Mais la géologie permet d'affirmer qu'il y a eu renversement, et que ces lambeaux calcaires reposent en réalité sur des couches beaucoup moins anciennes. Alors, en reconstituant leur situation primitive, on arrive à reconnaître qu'ils ont fait partie d'un pli couché; c'est-à-dire que, lors des grands refoulements alpins, un pli saillant, né dans un massif calcaire, a été si fortement déjeté qu'une partie des couches plissées s'est vue poussée en avant, le long d'une surface de cassure presque horizontale, jusqu'à des distances capables d'atteindre plusieurs kilomètres. Un tel chamage n'a pu s'accomplir sans entraîner des dislocations fort compliquées, par suite desquelles ce lambeau de poussée a dû être tout particulièrement accessible à la destruction par les influences extérieures. Seules, les parties les plus dures ont été respectées, restant en saillie après l'enlèvement des roches plus tendres du pli.

C'est de la même façon qu'on a cherché à expliquer les Klippen des Carpathes. Ce sont des rochers calcaires, aux formes abruptes, dispersés comme des îlots à la surface d'un terrain de schistes et de grès tendres, au sein duquel on constate généralement qu'ils n'ont pas de racines. Dans l'origine, ils appartenaient à une ancienne chaîne de montagnes, que l'érosion avait fini par morceler en un archipel. Un réveil de l'activité orogénique, lors du soulèvement des Alpes, a poussé ces restes disloqués au milieu des roches tendres du terrain tertiaire; et plus tard, quand l'érosion a eu dispersé ces dernières, les débris isolés de la chaîne disparue, qu'elles tenaient comme emprisonnés dans leur masse, ont apparu au jour en raison de leur plus grande résistance à l'érosion. Et c'est ainsi qu'une anomalie géographique se montre intimement liée à un accident géologique tout à fait exceptionnel.

Le nom de massifs exotiques a été justement appliqué à ces lambeaux, charriés à une grande distance de leur lieu d'origine, et introduisant une véritable perturbation dans le paysage ambiant, déterminé par des formes qui leur sont tout à fait étrangères.

DépresBionB régionales. — Après les régions où ont dominé les efforts de plissement, il y a lieu de considérer les compartiments de l'écorce qui, par suite de tassements ou d'effondrements d'ensemble, ont été déprimés au-dessous des territoires avoisinants.

Ceux qui ont été ainsi amenés au-dessous des mers restent en

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dehors de cette étude, car ils demeurent soustraits aux actions extérieures que nous analysons. Maïs il en existe beaucoup dans le domaine continental, où les uns constituent des dépressions encore aujourd'hui privées d'écoulement extérieur, tandis que d'aulres forment seulement des bassins, do.nt les eaux trouvent, par quelque gorge ouverte à travers les montagnes, une issue vers la mer.

Ces derniers sont nombreux dans le sud-est de TEurope, où la surrection des dépendances orientales de la grande chaîne alpine a été accompagnée et suivie par de nombreux affaissements régionaux. Le plus important forme le bassin de la Hongrie, dont la majeure partie a été un lac, avant que le Danube eût réussi h créer, ou dû moins à approfondir, le défilé des Portes de Fer. De cette ancienne cuvette lacustre, il ne subsiste plus que la lac Balaton, dont la profondeur est inférieure à H mètres, et qui est sujet, selon Tabondance des pluies, à de telles variations de niveau, qu'en 1865, par exemple, les eaux s'y tenaient à 2 m. 15 plus bas qu en 1879.

La Bulgarie, la Roumélie, la Macédoine, la Thrace, en un mot tout le pays compris entre les Alpes dinariques, les Balkans et la mer Egée, abondent en dépressions de ce genre, encore mieux marquées en Asie Mineure; les unes sont aujourd'hui définitivement asséchées et régularisées, comme les bassins de Sofia et de laMaritza. D'autres se trahissent encore par des lacs, tels que ceux de la Macédoine, de la Thessalie, du bord méridional de la mer de Marmara, restes de nappes beaucoup plus étendues aux époques tertiaire et pleistocène.

DépreBsions Bans écoulement maritime. — Bien plus grande est l'importance des dépressions privées d'écoulement vers la mer, et dont la superficie totale dépasse un cinquième de la surface des continents. De ces territoires, les uns forment de grandes cuvettes, limitées par de hauts massifs. Ainsi la dépression du Tarim, bordée d'un côté par le haut relief du Tibet, de l'autre par la chaîne du Tien Chan; ainsi encore l'oasis de Liouktchoun et de Tourfan, à environ 100 mètres au-dessous de la mer, entre le Tien Chan et l'Altaï. C'est également entre deux chaînes de montagnes qu'est contenue en Amérique la dépression du Grand Bassin. Seulement elle offre ce caractère spécial, qu'avant sa dislocation définitive elle formait une région plissée, dont de nombreux vestiges alignés subsistent au milieu de la plaine d'effondrement. D'autres dépressions constituent seulement la partie centrale affaissée de grands plateaux, comme c'est le cas pour la plupart des déserts africains.

Les bassins déprimés se distinguent tous par une topographie mal définie, qui tient à ce que le travail des eaux courantes n'a pas pu y faire disparaître entièrement Tindécision originelle de la surface.

Quand une région sans écoulement maritime a son fond audessus de la cote zéro (ce qui est le cas la plupart du temps), si elle a pu échapper à Finfluence du niveau de base océanique, c'est évidemment parce que Térosion fluviale et le ruissellement se sont montrés incapables d'en régulariser le relief. Autrement un lac s'y serait établi, élevant son niveau jusqu'à la hauteur du déversoir le plus favorable, et le creusement de l'émissaire du lac, combiné avec le comblement progressif de ce dernier, aurait fini par assurer l'établissement d'un réseau hydrographique normal.

Pour que cet effet ne se soit pas produit, il faut, ou bien que la région soit assez perméable pour absorber les eaux de pluie et les laisser écouler souterrainement en dehors de son domaine ; ou que le climat présente une sécheresse exceptionnelle. Ce dernier cas est le plus souvent réalisé. En étudiant la répartition des conditions physiques sur le globe, nous avons vu * que diverses raisons concouraient à assigner aux dépressions un climat particulièrement sec. Les seules qui échappent à cette loi sont celles que favorisent les pluies équatoriales, ou qui peuvent profiter du régime humide d'une contrée voisine. De ce nombre est le bassin sans écoulement de la République argentine. Une chute de pluie de 20 à 60 centimètres lui permet de nourrir de grandes herbes, qui en font une pampa au lieu d'un désert. Mais le relief y demeure très indécis ; une foule de lagunes salées y subsistent, et presque toutes les rivières se perdent dans des marécages ou des sables.

Causes de rinsuf&sance des agents du modelé dans les dépressions. — Du reste, quand bien même la pluie ne ferait pas défaut, la constitution propre d'une dépression de quelque étendue doit nécessairement paralyser l'œuvre du modelé. En effet il y manque le facteur le plus essentiel, c'est-à-dire un niveau de base, non seulement bien défini, mais constitué, avant tout travail dC érosion, par une nappe d'eau importante et invariable.

Si la dépression résulte de l'écrasement ou du gauchissement d'un territoire bordé par des plis montagneux, elle peut difficilement avoir la forme d'une cuvette simple. Sa surface est inégale, et se partage à l'origine en dépressions indépendantes. Chacune

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