‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 100 sur 216 · QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME LEÇON

Objet de ce résumé. — L'état géographique actuel, en chaque lieu (lu globe, est la résultante des effets, plus ou moins compliqués, produits par deux ordres de phénomènes : d'abord les influences, génétiques ou tectoniques, qui ont constitué ou modifié le relief structural; ensuite les actions extérieures sous Tempire desquelles s'est poursuivie l'évolution du modelé. L'intelligence des formes de la surface réclame donc la connaissance de ces doux sortes de facteurs, autrement dit une notion suffisante des conditions de genèse de l'écorce terrestre, jointe à une reconstitution, au moins ajiprochée, des états géographiques successifs.

L'histoire de la formation de la croûte du globe est du ressort de la géologie. Nous pourrions nous contenter d'emprunter à cette science l'énumération pure et simple des résultats qu'elle a réussi à mettre en lumière. Mais, d'une part, les notions géologiques sont loin d'être communément répandues, ce qui fait que, pour beaucoup d'esprits, une telle énumération ne serait pas intelligible du premier coup; et, tTautre part, le peu qu'il est nécessaire d'en connaître ici ne saurait que gagner à être encadré dan$^ une sorte d'exposition dogmatique, réduite à ses termes les plus simples.

Sédimentation contemporaine. — A cet égard, il y a tout avantage à partir des phénomènes qui s'accomplissent sous nos yeux. Partout nous voyons les agents d'érosion à l'œuvre, pour débiter la surface terrestre, et en emporter les débris, soit dans les lacs intérieurs des continents, soit ilans le grand réser\'oir de la mer. Si, pour plus de simplicité, nous négligeons le premier

î de dépôts, considérablement moins important que le second, aurons seulement à nous préoccuper de ce que deviennent latériaux amenés à la mer par les fleuves, ou arrachés aux res par les vagues.

s matériaux, pour n'envisager que les principaux, sont de sortes : il y a les produits de la trituration des minéraux durs, jue exclusivement siliceicx, et ne descendant pas, en général, essous d'un certain degré de division, qui en fait des sables où moins fins, tandis que, plus près du rivage, dans la zone e par les vagues, se déposent des graviers, parfois môme de cailloux ou galets. Ensuite viennent les matières fines en susion, toujours de nature argileuse *, qui ne se déposent que les eaux tranquilles, et engendrent des vases. Enfin il faut compte des matières empruntées par dissolution à la terre e, et dont la plus importante est le calcaire ou carbonate de X. La quantité de cette substance contenue dans la mer irait )urs en augmentant, si précisément cet excès ne provoquait îveloppement d'êtres inférieurs, polypiers, protozoaires, algves aies, qui fixent le carbonate dans leurs tissus, et engendrent, accumulation de leurs dépouilles, des masses calcaires, dont "me la plus connue est celle des récifs de polyi)iers. îst surtout aux sables et argiles que convient la qualification iiments, parce que les particules descendent au sein de Teau, armement aux exigences de la pesanteur, pour trouver le

sur le fond.

*atiflcation. Ijocalisation des sédiments. — D'après ce qu'on de voir, le fond de la mer se garnit, à la longue, de dépôts, la surface supérieure, à tout moment, est très voisine de zontale, <>t qui seraient continus si les courants qui les disant n'éprouvaient de variations ni dans leur allure, ni dans teneur en particules charriées. Mais les changements qui înnent ont pour eflet d'accélérer à de certains moments, de 1er à d'autres, la formation des sédiments. En même temps jue de la terre ferme par les eaux courantes ne fournit pas, t instant, les mêmes produits. De cette manière, la sédimeni subit des interruptions, dont chacune se traduit par une Jre cohésion de la masse suivant le plan horizontal corresint. Ainsi naît la strati/lcation des sédiments, c'est-à-dire leur on habituelle en couches superposées. Et cette division

argile est une combinaison de silice, <l-alumine et iPeau.

devient encore plus nette quand les variations portent sur la nature même des matières déposées, de sorte qu'une couche de vase succède à une couche de sable, ou inversement.

Enfin comme le fond de la mer, où ces dépôts s'accumulent lentement, est habité par toutes sortes d'êtres vivants, les dépouilles de ces êtres, après leur mort, restent enfouies dans les sédiments, où leur présence servira à témoigner du caractère de la population organique contemporaine, variable suivant la profondeur des eaux, la constitution du fond, la distance au rivage, la température, les courants, etc.

En chaque point, la nature des dépôts sédimentaires varie en raison de l'origine des détritus amenés à la mer, c'est-à-dire suivant la composition des côtes voisines et celle des territoires drainés par les fleuves. Donc, à un moment donné, le fond des mers se tapisse de matières très diverses, qui ne demeurent homogènes que sur une étendue limitée. Ces placages, caractérisés chacun par l'espèce et le grain de leurs matériaux, constituent autant d'épisodes contemporains. En s'ajoutant, avec le temps, les uns au-dessus d(>s autres, ils engendrent des masses minéi'ales, qur deviendront des terrains si une émersion les amène à faire partie de la terre ferme.

Frange sédimentaire. Vitesse de formation. — Il importe d'ajouter que, loin de se disséminer uniformément sur tout le fond des océans, les dépôts sédimentaires ne constituent, de nos jours, qu'une sorte de frange, de 250 à 300 kilomètres de largeur moyenne, qui suit les contours des rivages, et ne reçoit d'extension plus considérable qu'au large de l'embouchure des grands fleuves. Partout ailleurs, ou bien il ne se fait aucun dépôt sérieux sur le fond de la mer, ou les accumulations qui s'y produisent, généralement peu épaisses, sont exclusivement de nature organique. Quant aux sédiments proprement dits, résultat du* dépôt de débris ou matériaux détritiques charriés par les eaux, on peut juger de la vitesse relative avec laquelle ils se forment, par le temps qu'ils emploient à enfouir dans leur masse les dents de requins ou les os de cétacés tombés à leur surface. Si l'on priK mène la drague sur le fond de la mer, on constate que la rencontre de ces ossements, assez fréquente vers la limite extrême tles vases du côté du large, est beaucoup plus rare en approchant de la côte et ne se produit jamais dans la zone des sables et graviers. iVinsi la sédimentation, cause de l'enfouissement des os disséminés, est <le moins en moins rapide à mesure (ju'on s'écarte

€§9^ rivage; et là encore la vitesse d'accumulation est très faihio, «lépassant rarement une jietite fraction de millimètre par an.

^VUciBBltadeB de Thistoire sédimentaire. — L'œuvre de la s<Mli-

rn ^ntation, conséquence du travail de Térosion, a commcMicé

«LUissitôt que Técorce terrestre a été suftisammout refroidie pour

cf u^ l'eau pût se condenser à sa surface ot en occuper toutes les

c^ïi.'vités. A ce moment, il ne pouvait y avoir d'émergé que des

cristallines, résultat de la consolidation primitive. î donc la croûte du globe avait été parfaitement stable, les |> r-cxlviits de sa «lésagrépation, c'est-ànlire les sédiments, n'auraient ^^^9»é de rester enfouis sous la mer. Même celle-ci, obligée •l^^lever son niveau à mesure que de nouveaux dépôts venaient loger sur son fond, aurait de plus en plus envahi la terre !. Enfin comme, depuis l'origine, il n'y aurait eu qu'un seul "ycle d*érosion, si cette origine était très lointaine, toute la surdes continents devrait être voisine de ce que nous avons ^-ppelé une pénéplaine \

Op il est évident que les choses ne se sont point [)assées avec

*-^^*-te simplicité. D'abord le relief de la terre ferme <»st a<!tuell(v

^nl très varié et comporte un grand nombre de saillies, qui cer-

ïiement n'ont pas eu à lutter avec une érosion de très longue

^^^^■'ée. En outre, au lieu d'être exclusivement constituée par d«»s

■'■'ains cristallins, la plus grande i)artie de la surface actuelle des

^^tînents nous laisse voir d'anciens dépots sé<limenUiires, d'ori-

marine, simplement durcis pour la plupart, soit par* pres-

et dessiccation, soit parce que la circulation d'eaux chimiqu(î-

*^^nt actives a agglutiné leurs éléments; de sorte que les sables

^^^t devenus des grès^ parfois même des quartzites compacts,

J^'^^^iis que les vases se changeaient en a7\giles, les unes massiv<\s,

*^ autres feuilletées ou schisteuses, ou encon» en marnes, quand

^'^rnent calcaire vêtait présent.

^^s terrains stratifiés ne s'observ«»iit que parce que le fond île la

"*^'* où ils s'étaient formés a subi un relèvement. D'ailleurs, dans

^plupart des cas, ce mouvement n'a pas respecté Thorizontalité

P ^■^itive des assises. Parfois même la perturbation a été si vio-

leot^s^ que les couches se montn'iit maintes fois plissé(\s, reiiver-

*^^*, fracturées. D'énormes pa(|uets de terrain sont tombés le long

fciilleSy tandis que d'autn^s étaient violemment poussés par-

"*^Hsus les paquets voisins.

^' Voir pliis^ haut. |». It«.

Ainsi récorcc terrestre a sul)i do fréquentes ruptures créquîlibrc, grâce auxquelles Tœuvre de Térosion et de la sédimentation, constamment obligée île parcourir de nouveaux cycles, a subi, au moins par saccades, un rajeunissement perpétuel. Chaque fois, des sédiments sont venus s'appliquer sur ceux du cycle précédent, tantôt en concordance^ lorsque les assises antérieures étaient demeurées horizontales, tantôt en discordance, quand les nouvelles couches ont dû recouvrir horizontalement des dépôts déjà inclinés. Et comme, à moins de renversement, une couche sédimentaire est nécessairement plus jeune que celle qui lui sert d'appui, on a pu, par les études de stratirp'aphie, reconstituer toute la série des épisodes sédimentaires; série d'ailleurs variable en cha(]ue lieu; car, pas plus autrefois qu'aujourd'hui, les mêmes dépôts n'ont dû se former, avec la môme composition, sur toute la surface terrestre à la fois. Tel dépôt manque donc ici, qui ailleurs se trouve remarquablement développé; et telle couche est à l'état calcaire en un point, tandis (|u'ailleurs on la trouve représentée par des grès ou de l'argile.

Complication de l'histoire géologique. Fossiles. — La richesse et la complication de l'histoire qu'embrassent ces divers épiso<les ressortira clairement, si nous disons que la série des sédiments successifs, pris avec leurs plus grandes épaisseurs, représente environ cinquante tnille mètres. Or les continents de nos jours, si <m les supposait entièrement nivelés par une érosion qui, au taux actuel, demanderait au moins quelques millions d'années pour s'accomplir, ne fourniraietil, nulle part, plus de trois mille mètres <le sédiments accumulés.

Aussi ne sera-t-on pas surpris d'entendre ilire que, durant les longues périodes qui correspondent à cette succession de dépôts, la population organique des mers a eu le temps «le se renouveler bien des fois. Ce renouvcdlement s'est fait, non «l'une manière capricieuse et avec des retours en arrière, mais suivant un ordre déterminé, attestant la variation, également ordonnée, qui est survenue depuis l'origine dans l'ensemble des conditions jdivsiques. A toute époque, il s'est rencontré ilans les mers certains ty|>es, par exemple parmi les animaux nageurs, qui étaient répandus à peu près partout, et dont chacun n'a eu qu'une durée limitée, de sorte qu'il peut servir à fixer la date relative de l'épocpie corr(\sp()ndante. 11 suit de là que l'étude des fossiles^ c'est-à-dire des débris organiques enfouis dans les terrains de sédiment, vient apporter au stratigraphe de précieux éléments

d'information, en lui permettant do ilémôler avec certitude, d'après la faune, marine ou terrestre, et aussi parfois d'après la flore, Tàge d'un dépôt, si bien isolé par Térosion, que son passafre à iKantres assises d'âge connu ne peut pas être directement observé.

C'est de cette façon que la série des épisodes sédimentaires a pu être reconstituée, autant du moins que le permet l'état d'avancement des explorations, qui sont loin d'être complètes, bien que le progrès en ait été consi(b»rable depuis une vingtaine d'années. Mais s'il reste encore beaucoup de points de détail à élucider (15 centièmes de la terre ferme sont encore absolument inexplorés môme au seul point de vue géographique, et 3S autres centièmes n'ont été l'objet que de reconnaissances et d'itinéraires tout à fait sommaires), les données générales ressortent de ce qui est connu avec une netteté suffisante pour qu'on n'hésite plus aujourd'hui à les formuler.

Terrain archéen. — Entre ces résultats d'ensemble, l'un des plus remarquables est le fait(|ue la série sédimontaire possède une base cristalline. Dans les pays où la suittî des assis<*s a été bouleversée par d'énergiques soulèvements, on voit les couches sortir successivement les unes de dessous les autres, pour se montrer au jour par leurs tranches, et on observe toujours que les plus anciennes, celles où se rencontrent les premières traces reconnaissablés de la vie organique, reposent sur un substratum très différent des terrains stratifiés normaux.

Ce qui caractérise cette formation fondamentale, c'est qu'elle ne parait pas constituée par des débris minéraux empruntés à des roches préexistantes. Tous ses éléments ont cristallisé les uns h côté des autres, comme cela arrive dans les roches éruptives. Seulement la plupart de ces cristaux ont une tendance à s(î ilisposer en lits parallèles, il'où résulte pour la roche une schistosité, c'est-à-dire une faculté île se débiter en plaques ou en feuillets. Aussi le terrain fondamental est-il souvent désigné sous le nom de terrain de schistes cristallins.

Les roches dominantes de cette formation sont toujours le gneiss et les micaschistes. Le gneiss n'est autre chose (pi'un ffranite devenu rubané par suite d(* l'orientation des lamelles de mica *. Les micaschistes résultent d'une association de grains

I. Le granité se compose de cristaux jiixtap oses de quartz (silice), de feldspath, (silicate d'alumine, de potasse, de soude et de chaux) et de mica (silicate d'alumine de fer et de magnésie avec un peu d'alcalis). On peut donc le consid(!'rer comme une écume siliceuse, légère et réfractaire, qui a dû tout naturellement se séparer, à titre de scorie, à la surface d'un bain de matières métalliques comme celui qui, selon toute vraisemblance, constitue la plus grande masse du noyau terrestre.

cristallins de quartz avec des lamelles de mica disposées en lits, ce (|ui donne à la roche une grande schistosité. Plus on descend dans la niasse du terrain fondamental, et moins Torientation des éléments est distincte. Le gneiss devient granitoïde, et finit par ne plus se distinguer du granité, c'est-à-dire du produit de la consolidation des magmas qui, dans Thypothèse de la fluidité primitive du glohe, ont dû constituer le fond sur lo([uel s'est appuyée la première écorce.

Maintenant le terrain fondamental, tel qur» nous venons de le décrire, représente-t-il cette écorce primitive^ Ou bien cette dernière a-t-elle disparu avec le temps, refondue et altérée par cristallisation, sous l'influence des pâtes granitiques sous-jacentes? Les schistes cristallins ne sont-ils pas des sédiments plus anciens que les autres, où le métamorphisme^ c'est-à-dire l'action physique et chimique des magmas internes, aurait provoqué une recristallisation totale, eflaçant les caractères sédimontaires et faisant disparaître, s'il y en avait, toutes traces de fossiles? Il est douteux que cette difficulté puisse être jamais levée d'une façon complète; car en plus d'un point, on a la preuve^ (]ue le métamorphisme seul a suffi pour engendrer des roches qui ne peuvent se distinguer des gneiss ou des schistes cristallins.

Mais si la question oflre une grande importance pour les géologues, elle est ici tout à fait secondaire. Il nous suffit de savoir que la série des sédiments fossilifères repose toujours sur une hase entièrement cristalline, à laquelle le nom de terrain archéefi a été donné par ceux qui ne veulent rien préjuger quant à son mode de formation. De toutes manières, ce terrain doit sa constitution spéciale à la profondeur qu'il occupait dans l'origine, et il ne peut apparaître au jour que grâce à l'enlèvement ultérieur de la pellicule stratifiée qui le recouvrait ; nous disons pellicule^ car c'est bien peu de chose que ce chiflre maximum de cinquante kilomètres pour son épaisseur, quand on se rappelle que le rayon terrestre en mesure plus Ag six mille.

Le passage du terrain archéen aux sédiments fossilifères se fait d'ailleurs progressivement, par l'intermédiaire de schistes de moins en moins cristallins, ordinairement satinés et luisants, et que l'absence complète de traces organiques a souvent fait qualifier iïnzoîques.

Divisions principales des temps géologiques. — A partir de là, les divisions de la série sédimentaire ont été établies, en tenant compte à la fois de la stratigraphie et de la paléontologie ^ c'est-

à-dire (les enseignements fournis par Tétude des restes fossiles. C'est ainsi qu'on a été conduit à distinguer, dans Tliistoire de Técorce, trois grandes ères, dont chacune embrasse une notable épaisseur de sédiments : l'ère primaire ou paléozo'ique^ Tère secondaire ou m^^o^oique^ Fère tertiaire ou nèozoïque. Après quoi peut venir r^ft? moderne ou quaternaire, caractérisée par Vapparition de riiomme.

Duirant les temps primaires, la population organique du globe se cromposait de types dont la plupart n'avaient que des rapports loi râ tains avec ceux de la nature présente, ce qu'exprime b; mot de pf^i^ozoïque. Les crustacés de la famille des trilobites sont spéciaux à o^^ premiers âges. Pendant longtemps, l'embranchement des ^^«•tébrés n'y a été représenté que par des poissons. Les amphibies apj>^inirent ensuite, et c'est à peine si quel(|ues reptiles véritables se si^ont montrés tout à fait à la fin. La végétation terrestre, très P^i séante mais très uniforme, était surtout constituée par des végétai i:>^ d'apparence cryptogamique, mais offrant aussi îles caractères ^^-■j ^^ urd'hui réservés à des types plus élevés.

I-«^s temps seconilaires ont été marqués par la grande j»répon-

ilejrsi.^^(.e et la dimension souvent excessive des reptiles, marins ou

'^^•^■^^•'stres. Dans les mers a régné une très intéressante famille de

"^^^Husquescéphalojioiles, celle des ammonites, d'autant plus carac-

t*^«** clique de l'ère secondaire que, née avec elle, elle ne devait pas

*^^* starvivre. Les mammifères sont dem<Mirés constamment frappés

" ^^■^^ sorte d'arrêt de développement, et c'est seulement au milieu

^ ^ <^elte division des temps géologiques (|ue s(» s(mt montrés les

^ totaux dicotf/lédones angiospermes , auxquels appartiennent les

P ^'■^les à fleurs et les arbres à feuilla*ro caduc, indices certains

^ ^ j^u des saisons. Leur apparition coïnci<le avec le moment où

^^ t^iers des latitudes moyennes ont cessé de renfermer (b»s archi-

[^^is Je coraux constructeurs.

^V.ux temps tertiaires correspond le graml épanouissement des

^''^^n'iinifères, ainsi que cidui d'une végétation luxuriante, <le plus

*'^ I>lus semblable a colle du tem[)s [u-ésent. En même temps la

***^ï^nciation des latitudes s'accentue, les provinces zo<dogiques

^^^ dessinent, et I ère s'achève [>ar d imposantes manifestations

r*^eiaires.

^^"VisionB de second ordre. — (Chacune <lcs ères iré(doiriuues a

**^^*' partagée en divisions de deuxième ordn», dont il im|»orte (jue

*^^ noms soient ici meïitionnés, pane qu'ils pourront revenir

l*»Us d'une fois au cours des desiriptions régionales, où il faudra

caractériser les masses minérales (roù dépend la physionomie d'un pavsajre. Ces noms s'appliquent à des systèmes, formés chacun j)ar une réunion (Vétages, qui emhrasse une période et comprend toute une succession d'assises ayant ensemble des caractères paléontologiques communs. Les limites des systèmes et celles des étages ont été choisies de manière à correspondre, autant que possible, à d'importantes modifications, soit dans les faunes, soit dans le relief général.

Au-dessus du terrain archéen vient le système précambrien, presque toujours schisteux, et où les traces organiques sont indistinctes, sans doute parce que le métamorphisme les a oblitérées. Il est surmonté par le système silurien (divisé lui-inème en étages cambrien, ordovicien et gothlandien) , où apparaît presque tout d'un coup une riche faune de crustacés et de mollusques. Ensuite vient le système dévonien, où les massifs calcaires, généralement devenus des marbres, prennent par places une grande importance, et qui sert de base au carboniférieu, comprenant le /érraiw houiller, avec les gramls gisements de charbon de terre de l'Europe et des États-Unis atlantiques. Enfin l'ère primaire se termine avec le système permien ou dyas, marqué par la j)remière apparition des reptiles.

La succession des couches secondaires débute par le trias, où abondent dans certaines régions les gisements de sel et de gypse *, tandis que dans les Alpes ce système offre des masses puissantes de calcaires et de dolomies * compactes. Le système jurassique, ainsi nommé de son développement dans les monts Jura, lui succède, divisé lui-même en trois séries : la série Uasique (débutant dans les Alpes par un étage rhéiien qui se lie intimement au trias); la série médiojurassique; enfin la série suprajurassique, à laquelle correspondent, dans les latitudes tempérées, des massifs calcaires édifiés par les polypiers qui pouvaient alors y prospérer. Ces calcaires, comme ceux de la série sous-jacente, sont souvent ooHthiques, c'est-à-dire formés de petits grains qui ressemblent à des œufs de poissons. Après le jurassicjue vient le système crétacé ou crétacique, lui-même composé de d«»ux séries, infracrétacée et supracrétacée. La craie en est la roche caractéristique dans les lati-

1. Dans les pays où le trias nVst pas franchement marin, on y distingue trois termes : Tinférieur, arénacê, c'est-à-dire gréseux, doit à sa variété de couleurs le nom de grès bigarré; le terme moyen est un calcaire gris, coquillier, appelé muwhetkalk; et le supérieur se compose d'argiles bariolées, appelées marnes irisées ou aussi keuper.

2. La dolomie est un carbonate double de chaux et de magnésie.

tudea moyennes, tandis que, plus au sud, régnent ilos calcaires construits par une famille d'animaux aujourd'hui éteinte, celle des rudisteSy spécialement des hippurites. Les premiers oiseaux, ainsi que les premières plantes dicotylédones an{?iosp(U'mes, apparaissent avec le crétacé, qui voit aussi mourir les derniers représentants des ammonites ainsi que des bélemnites.

Le tertiaire ne comprend que deux systèmes : 1° Véogène, divisé en série éocène et série oligocène^ et remarquable par le développement des foraminifèrcs appelés nummuliles (d'où le nom, fréquemment employé, de terrain nummulitique) ; 2" le néogène, luimême partagé en série miocène et série pliocèîie, ces diviîrs noms étant destinés à caractériser la proportion croissante de types modernes que renferment les faunes de ces séries. Le miocène a vu l'apogée des herbivores, et c'est avec le pliocén(* que se multiplient les éléphants.

Enfin, les premiers temps de l'ère moderne ou quaternaire sont souvent qualifiés de pleistocènes. C'est à celte phase que correspondent la plupart des dépôts glaciaires, ainsi que les nlluvions anciennes ou diluvium des auteurs de la première moitié de ce siècle.

Appréciation de l'importance des temps géologiques. — Il est aisé de se remire compte, aprioriy de la durée et de la complication des événements successifs qui ont été nécessainîs pour engench'cM* une série sédimentaire aussi variée.

D'abord, il n'y a pas de raisons pour croire que la dissémination des dépôts ait obéi autrefois à des lois différentes de celles qui la régissent aujourtl'hui. Les sédiments ont donc dû former, à chaqu<» époque, une frange de 230 à 300 kilomètres de largeur autour de la terre ferme. De nos jours, pour 260 000 kilomètres de côtes, cela donnerait une surface sédimentaire inférieure à huit millions de kilomètres carrés. Or, sans parler de tout ce que l'érosion a fait disparaître, sans même chercher à attribuer à la série sédimcuitaire la partie des schistes cristallins qui peut lui appartenir, on constate que les terrains stratifiés de divers âges couvrent, sur la terrr ferme, plus de 70 millions de kilomètres carrés \ Encore ce chiffre ne se rapporte-t-il qu'aux régions explorées, c'est-à-dire tout au plus aux trois quarts de la surface des continents. Ainsi l'ensemble» de ce qu'on peut appeler les aires sédimentaires ilu passé couvre près de dix fois l'espace occupé par les produits de l'érosion con-

{. De Tillo, Comptes rendus, 1892, n" 5.

tomporoine. CettR seule indication suffit à faire apprécier combien ont dû être «Montlues et répéléps les incursions de la mer sur ce qui forme aujourd'hui le domaine continental.

En outre, si l'on évalue à dix kilomètres l'épaisseur moyenne des sédiments en chaque point (et cette hypothèse ne semble vraiment pas exagérée), ce chiffre, appliqué à 70 millions de kilomètres carrés, donnerait 700 millions de kilomètres cubes, c'est-à-dire sept fois le cube des continents actuels. Cela veut dire que, pour justifier de la succession des dépôts telle qu'on l'obser^-e, il faudrait, puisque tout sédiment résulte de la destruction d'une roche émergée, qu'un relief semblable à celui du temps présent eût été anéanti et rétabH au moins sept fois, avec remaniement des rivais à chaque reprise.

Il va de soi que de telles données ne peuvent prétendre à aucune précision; mais leur valeur subsiste tout entière, si l'on se borne aux conséquences générales que nous en tirons pour établir l'importance et la variété des phénomènes, par lesquels les cycles d'érosion ont dû être tant de fois renouvelés.

Dislocations de l'écopc© terrestre- — Ces phénomènes, l'écorce terrestre en porte la trace bien reconnaissable, dans les dislocations de toutes sortes dont se trouvent aujourd'hui alTectés des terrains primitivement déposés en assises horizontales. Non seulement leur inclinaison actuelle atteste le dérangement sur>'enu; mais souvent les circonstances permettent de dater celle dislocation. C'est ce qui arrive toutes les fois que deux terrains en contact présentent une discordance de ulrati/icathn. Dans l'exemple de la

iscorducD do Btniîncaiian.

figure 111, on peut affirmer, d'abord qu'un mouvement orogénique avait disloqué les couches siluriennes a, quand, après une période d'érosion, le grès dévonien d est venu s'appliquer horizontalement sur leurs tranches redressées; ensuite que, par un déplacement ultérieur, le grès a été relevé vers la droite, pouvant servir à son lour, en cas de submersion, de fond incliné à de nouveaux sédiments horizontaux.

Les mouvements de l'éconx' terrestre se sont efTcctués avec len-

leur, et il est probable qu'à aucune époque la croûte n'a été complètement exempte crefforts de plissement. Cependant, il y a eu, suivant les régions, des phases de dislocation particulièrement énergiques, qui ont fait naître, à de certains moments, de véritables chaînes de montagnes, en apportant une modification notable aux contours de la terre ferme. La plupart des chaînes anciennes ont été rabotées avec le temps, par le jeu normal du modelé, et les seules qui subsistent aujourd'hui sont celles dont la formation est assez récente, ou dont le relief a été assez récemment rafraîchi, pour que les agents d'érosion n'aient pas encore eu le temps d'en triompher.

Caractère des dislocations. — Nous ne donnerons pas ici l'énumération de ces efforts orogéniques successifs, parce qu'elle trouvera plus naturellement sa place dans la leçon suivante, consacrée à révolution géographique générale. Il suffira de rappeler que le caractère des déformations de l'écorce terrestre, vraisemblablement jjrovoquées par l'excès d'ampleur que fait naître dans la croûte le refroidissement d'un noyau en voie de contraction, est le gauchissement do cette croûte, engendrant ici des dômes aplatis, là de grandes cuvettes. Dans ces deux ordres de formes, la direction dominante des efforts se traduit par des plis^ dont l'alignement est déterminé par celui des obstacles résistants. Certaines parties de la croûte, plus anciennement consolidées que les autres, résistent mieux aux efforts de gauchissement. Alors les sédiments du voisinage, toujours plus plastiques, sont comprimés contre ces obstacles, ce qui fait naître des ondulations; tantôt régulières comme celles du Jura, tantôt violemment pressées les unes contre les autres, comme dans les Alpes. Les couches les plus rigides se brisent dans ces mouvements, la limite de leur élasticité étant dépassée par l'effort de courbure, et alors le terrain peut se diviser en paquets, limités par des cassures ou des failles. Même quelques-uns de ces paquets sont parfois poussés presque horizontalement par-dessus d'autres, de sorte qu'il en résulte une grande complication.

Enfin, tout soulèvement en masse d'une portion (le l'écorce est accompagné, soit d'un tassement, qui fait naître des dépressions sur une certaine étendue du dôme, qui souvent môme détermine l'écroulement d'une clef de voûte; soit d'une rupture au bord du compartiment soulevé; auquel cas la partie voisine glisse le long de cette cassure et s'effondre. Alors les brisures résultantes offrent une voie facile pour la sortie des matières ignées internes, lesquelles s'épanchent au dehors sous la forme de roches éruptives. C'est

os LAWAASMT. — LeçoDt de géogr. phyt. 19

ainsi qu'à travers les âges géologiques, les divers mouvements orogéniques ont été accompagnés créruptions, se produisant en général sur le bord interne des dislocations, c'est-à-dire le long des cassures ({ui limitaient les compartiments affaissés.

En même temps, toutes les fois qu'il se formait un grand dôme ou pli saillant, le vide survenu à la base de l'écorce stratifiée devait tendre à se combler par l'ascension des matières ignées internes sous la voûte anticlinale. Mais ces matières, emprisonnées dans une grande épaisseur de couches, ont dû se consolider lentement, sous une forte pression, ce qui leur a imprimé une structure beaucoup plus cristalline que celle des roches épanchées à l'air libre. D'ailleurs elles sont demeurées longtemps cachées, et les progrès de l'érosion ont seuls réussi à mettre à découvert un certain nombre de ces noyaux.

Manifestations éruptives. — A toute époque, les manifestations éruptives ont dû comporter, comme aujourd'hui, des projections violentes, des épanchements de laves, et des injections de matières fondues dans les fentes ou les vides de l'écorce. Les amas coniques de projections ont été les premiers dispersés, et seuls, les cônes de débris de l'époque pleistocène ont pu se maintenir intégralement. En remontant aux époques plus anciennes, on constate la rareté de plus en plus grande des appareils volcaniques reconnaissables, la plupart réduits à leurs noyaux.

Aussi les anciens produits de projection n'ont-ils été conservés que quand, après avoir formé, par leur accumulation au fond de la mer ou dans des lacs, des tufs stratifiés ou des cinériteSy ils avaient été ensuite recouverts par des nappes de laves, et placés par quelques mouvements de l'écorce dans une situation qui les protégeait contre la dispersion. C'est ainsi qu'on peut reconnaître aujourd'hui, en Angleterre comme en Bretagne, des tufs et des cinérites des époques précambrienne et silurienne. Encore a-t-il fallu assez longtemps pour que leur véritable caractère ne fût plus contesté, à cause des transformations que le cours des siècles avait fait subir à ces roches.

En définitive, la plupart des anciens épanchements de surface ont disparu, en sorte que l'activité éruptive des premiers âges géologiques se révèle surtout à nous par des injections profondes, mais que l'érosion a fini par rendre superficielles en enlevant peu à peu ce qui les masquait.

Composition des roches éruptives. — Du reste, quel que soit leur état, ces roches éruptives sont, comme celles du temps pré-

sent, exclusivement composées de silicates. La silice (élément du cristal de roche) s'y montre unie à l'alumine ainsi qu'aux oxydes du potassium, du sodium, du calcium, du magnésium et du fer. Ces roches sont donc absolument comparables aux scories et aux laitiers des hauts fourneaux, c'est-à-dire aux éléments légers et réfractaires qui viennent surnager à la surface d'un bain de fonte, lorsqu'on affine ce dernier sous l'influence d'un courant d'air. Elles correspondent parfaitement à l'idée qu'il est convenable de se faire de l'intérieur du globe, énorme bain de métal, surtout de fer, à une très haute température. Il est clair que, dès le début, toutes les influences oxydantes ont dû se porter à la surface, opérant une scarification Ae la partie externe du noyau métallique. Et alors, suivant que la scorie produite était plus ou moins voisine du noyau, elle a donné, tantôt les roches lourdes ou basiques, pauvres en silice, riches en fer, calcium et magnésium, tantôt les roches légères ou acides^ riches en silice, en alumine et en alcalis ou oxydes des métaux légers.

Ainsi que nous l'avons expliqué, les roches éruptives doivent se montrer d'autant plus cristallines qu'elles se sont consolidées plus loin de la surface, et en perdant moins rapidement les matières dissolvantes, gaz ou vapeurs, qu'elles pouvaient contenir. De là vient que les roches éruptives des anciennes périodes sont, en général, à plus gros éléments cristallins que celles des temps modernes. En effet, comme nous venons de le dire, une longue érosion a eu, presque partout, le temps de faire disparaître les produits superficiels des premiers âges, atteignant les parties profondes et les mettant à découvert. De sorte qu'aujourd'hui la plupart des massifs anciennement injectés nous montrent leurs racines; tandis que les éruptions modernes sont, en grande majorité, des épanchements de surface, dont la base plus cristalline demeure enfouie et invisible.

On remarque enfin que la part des roches légères ou riches en silice tend à diminuer avec le temps. Ainsi les roches véritablement caractéristiques des éruptions anciennes sont celles de la femille granitique, tandis que le basalte et ses dérivés dominent parmi les produits modernes. Entre diverses raisons propres à expliquer cette différence, il en est une qui se présente tout naturellement à l'esprit; c'est que la provision des écumes légères et voisines de la surface a dû s'épuiser la première, tandis que le volcanisme actuel serait obligé de puiser à des foyers plus profonds.

Principales roches éruptives. — Le granité se présente en grande abondance parmi les massifs éruptifs des temps primaires; il larde, pour ainsi dire, les gneiss et les schistes cristallins archéens; il traverse le silurien, le dévonien et même le carbonîférien, en leur faisant subir au contact de grandes modifications. Avec lui on observe une sorte de granité sans quartz, dit syénile. Ces roches ont agi sur les terrains encaissants à la manière d'un acide qui troue une étoffe ; elles les ont refondus ou plus exactement redissous. En effet, aussi bien dans la constitution des roches granitiques que dans les changements qu'elles ont imposés aux terrains traversés, c'est l'influence chimique qui se montre presque seule, tandis que l'action calorifique ne se révèle pas. Ainsi, dans le granité, les minéraux les moins fusibles sont précisément ceux qui se sont isolés les derniers. Ce n'était donc pas un simple bain igné, dont les minéraux se seraient individualisés par refroidissement; c'était un magma chimique, qui a commencé par se débarrasser par cristallisation de ses éléments les plus basiques, tels que le mica; après quoi le feldspath, ou silicate d'alumine et de potasse, s'est isolé à son tour, et l'excès de silice que contenait le magma a dû se précipiter en dernier lieu sous la forme de quartz.

Un tel ensemble de réactions n'a pu s'accomplir que grâce à des dissolvants spéciaux, que la pression maintenait au sein de la pâte granitique, et qui, en se répandant parmi les terrains encaissants, ont été la cause principale de leurs transformations.

Quand les pâtes granitiques sont parvenues au voisinage de la surface, en filons ou en coulées sous-marines, elles ont donné des porphj/reSy où de grands cristaux nagent au sein d'une pâte qui a cristallisé plus tard et plus^ vite, avec un grain beaucoup plus fin.

Les roches basiques des temps anciens, cristallisées à plus petits grains que les granités, sont en général de teinte foncée et verdâtre *, et assez riches en fer oxydulé ou magnétique. Suivant leur composition et leur texture, on y distingue des diabases^ des diorites, des gabbros, des porphyr^ites, etc., toutes roches que nous nous contentons d'énumérer ici à leur place, renvoyant pour leur détermination aux ouvrages spéciaux.

C'est surtout avec la période carboniférienne que l'on commence à trouver des nappes assez analogues à nos coulées actuelles d^^ basalte. Plusieurs des roches appelées trapps appartiennent àcett^ catégorie.

1. D'où les noms de grânslein en allemand, greensione en anglais.

Les roches légères des volcans modernes se sont refroidies trop près de la surface pour pouvoir jamais reproduire le grain largement cristallin des granités et même celui des porphyres. Aussi les liparites et les rhi/olùes, comme on les appelle, ont-elles une pâte assez compacte. C'est seulement dans certains Irachytes (ainsi nommés de leur rudesse au toucher) que Ton retrouve une grande cristallinité, mais avec des signes qui font voir que Taction du feu s'est exercée beaucoup plus que pour les vrais granités. Les andésites, si répandues dans les Andes, sont des trachytes basiques, de couleur plus foncée, et qui font la transition avec les roches lourdes modernes ou basaltes^ de teinte noire et de forte densité. C'est surtout aux basaltes qu'appartient, grâce à leur grande fluidité, la propriété de s'étaler sur des espaces considérables, en juxtaposant leurs coulées comme cela a eu lieu, entre autres pays, à l'ouest des Montagnes Rocheuses en Amérique.

Phénomènes explosifs. Émanations gazeuses. — Dans les foyers éruptifs où le basalte prédomine, lesépanchements sont en général assez tranquilles; mais là où les produits rejetés sont plus acides, comme les andésites, et par conséquent moins fluides, il se fait dans les cheminées d'ascension des obstructions fréquentes, dont les gaz, accumulés par-dessous, finissent par triompher en provoquant de violentes explosions.

Enfin on remarque partout que les explosions et les épanche-

ments de laves sont accompagnés par des émanations gazeuses, où

dominent la vapeur d'eau et les gaz sulfureux. Ces émanations

subsistent longtemps après que les paroxysmes éruptifs ont cessé.

'A.ussi tous les districts où l'activité volcanique est éteinte depuis

j>eu de temps ou au moins en décadence, se font-ils remarquer par

1^ grand nombre des solfatares et des geysers. Des sulfures métalli-

^jues accompagnent ces émissions chaudes, et nous renseignent

^iir la façon dont les filons métallifères ont pu se constituer dans

l«s fentes de l'écorce. Quand les solfatares s'éteignent à leur tour,

longtemps encore il subsiste des mofettes ou émanations d'acide

arbonique.

Terrains métamorphiques. — Il convient maintenant de dire

mot d'une catégorie spéciale de terrains, dont la part semble

^levenir de jour en jour plus grande, à mesure que la connaissance

e l'écorce se précise : nous voulons parler des terrains métaynor-

hiques ou transformés par recristallisation de leurs éléments.

Nous avons déjà dit un mot de l'action de contact, essentielle-

«»ent corrosive, que les pâtes très cristallines, comme les granités.

ont exercée sur les roches traversées. Il semble que, sous rinfluence des vapeurs émanées du granité, les éléments de ces roches aient été remis en mouvement, ce qui leur a permis de prendre un état plus ou moins cristallin, en oblitérant leur structure détritique.

Or cette transformation s'est souvent exercée sur une très grande échelle, et à une distance considérable de toute masse éruptive visible. Le fait s'observe, dans les montagnes très disloquées, où Ton peut faire, dans la transformation produite, une grande part au dynamométamor])hisme, c'est-à-dire au métamorphisme résultant de la chaleur et de la pression développées lors des mouvements orogéniques. Il s'observe aussi sur des paquets de terrains sédimentaires, aujourd'hui redressés sur le bord des continents, notamment le long des rivages orientaux du Pacifique, mais qui, dans l'origine, devaient être assez profondément enfouis, et dès lors plus accessibles à l'action des masses ignées internes. La modification survenue dans ces dépôts a beaucoup d'analogie avec celle qui caractérise certains blocs cristallins, autrefois rejetés par le volcan de la Somma, prédécesseur du Vésuve, et très évidemment empruntés aux terrains stratifiés sur lesquels le volcan était venu s'implanter.

L'effet de ce métamorphisme, qu'on appelle régional parce qu'il s'étend sur des contrées entières, est de donner un aspect tout à fait archéen à des terrains dont, pourtant, il est possible de suivre, de proche en proche, le passage graduel à des sédiments fossilifères, quelquefois d'âge jurassique ou même crétacé. Cette considération est importante à retenir, pour empêcher de confondre les parties véritablement anciennes de l'écorce avec celles qui ont pu prendre tardivement le même aspect.

Variation des conditions physiques avec le temps. — Depuis le moment où l'eau des océans a pu se condenser à la surface d'une écorce suffisamment refroidie, et où les mers sont devenues habitables pour des êtres analogues à ceux du temps présent (c'est-à-dire au moins depuis le début des temps siluriens), il est naturel de penser que le travail de l'érosion a <Iû se poursuivre à peu près dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui.

Cependant cette similitude générale n'implique en aucune façon la constante identité des phénomènes. En premier lieu, l'épaisseur de l'écorce n'a fait que s'accroître avec les progrès du refroidissement; non seulement parce que de nouvelles parties solides venaient s'y ajouter par le bas ; mais parce que de grandes

masses de matières igmées, une fois épanchées au dehors, étaient attaquées par les eaux courantes et fournissaient la matière de sédiments. Donc, à l'origine, la croûte, moins épaisse, devait élre plus flexible. Son relief variait plus vite et les cycles d'érosion pouvaient y être plus fréquemment interrompus.

En outre, la pluie est la source à laquelle s'alimentent les eaux

courantes. Or sa quantité et sa répartition varient de telle manière

avec le relief, la température et les conditions géographiques,

que vu les vicissitudes de ces dernières, sur une portion donnée

Je la terre, le modelé extérieur a dû traverser des phases de très

inégale activité.

Il y a plus. Tout porte à croire que les conditions physiques ^^i&ieures au globCy celles d'où dépend, dans son principe, le ^«^vail des forces externes, ne sont pas demeurées constantes. En effet, l'un des plus remarquahles enseignements de la paléontologie est que, dans les âges primaires, la faune et la flore paraissent avoir été partout indépendantes de la latitude. Ainsi à 1 époque carboniférienne, qui marque à peu près la iin de Tèro primaire, les mêmes végétaux peuplaient la terre f(»rme sous le cercle polaire et sous les tropiques. Chose encore plus frappante, los polypiers constructeurs prospéraient alors au Spitzherg et à la terre de Grinnel; et môme au milieu des temps jurassi(|uos, de Vrais récifs coralliens s'édifiaient dans le bassin de Paris. Or, de nos jours, ces constructions sont exclusivement concentrées dans la ïODe torride, là où la température de la surface de la mer ne s'abaisse jamais, même dans le mois le plus froid, au-dessous de + 20 degrés centigrades. Ajoutons que, au début de l'ère tertiaire, il y avait encore au voisinîige des pôles une végétation terrestre qui exigeait une température supérieure d'au inoins vingt degrés à la moyenne actuelle.

11 est donc certain que la distribution de la chaleur et de la lumière n'étaient pas autrefois ce qu'elles sont aujourd'hui. Avec le soleil tel qu'il est, des causes purement géographiques, quelque favorables qu'on les imagine, ne supprimeraient jamais les longues nuits des régions circumpolaires, et toujours la croissance des espèces tropicales y resterait iinj)0ssihle. Si d'ailleurs on "^fléchit que le jeu des saisons se traduit dans les arbres à feuil- *^e caduc, c'est-à-dire appartenant à la famille des dicotylêdoyies ^l^9^osperme8, et que d'autre part cette famille n'a fait son apparil^ï^î dans l'Europe méridionale, que vers la fin des temps juras- *î"^s, il paraîtra tout à fait raisonnable d'admettre qu'au{)aravaii!,

et pour des raisons évidemment extérieures au globe, la diflérence des saisons ne se faisait pas sentir.

Enfin c'est encore un fait bien remarquable que, jusqu'ici, on n'ait pas recueilli de débris de vertébrés à respiration aérienne qui datent d'une époque antérieure à la fin des temps carbonifériens. 11 est peu probable que de tels êtres eussent fait défaut auparavant si l'atmosphère avait été respirable.

Mais laissons de côté ce dernier argument, pour nous en tenir à l'uniformité constatée des conditions thermiques durant l'ère primaire : conditions qui comportaient, non une exagération de la température aujourd'hui régnante sous l'équateur, mais une extension du bénéfice de cette température à toutes les zones de latitude. Quelle que soit la cause d'une telle uniformité (et pour notre part, à l'exemple de MM. Blandet et de Saporta, nous l'attribuons à ce que le soleil des temps primaires devait être une nébuleuse très dilatée), le fait en lui-même n'est pas contestable. D'un côté cela semble exclure la possibilité que des placiers étendus aient existé avant l'ère tertiaire; de l'autre il est nécessaire d'admettre que l'humidité atmosphérique ne devait pas être répartie comme elle l'est aujourd'hui.

Par conséquent, sans cesser de prendre les phénomènes actuels comme base de nos appréciations en ce qui concerne l'histoire géologique, nous devons nous garder d'une assimilation trop absolue. Depuis la consolidation de la première écorce jusqu'à nos jours, c'est une évolution que la planète terrestre a subie; et cette évolution, qui s'accuse si bien par les transformations ordonnées du monde organique, a dû porter non seulement sur les conditions internes du globe, mais sur celles de l'astre dont notre terre n'est qu'un satellite. De la sorte, toute la série des phénomènes gouvernés par la chaleur et la lumière solaire n'a pu manquer d'en ressentir le contre-coup.

QULNZIÈME LEÇON

Importance et difflcultés de la paléogéog^raphie. — Le rapide résumé que nous avons donné de l'histoire des périodes géologiques était destiné à rendre facilement intelligible l'exposé, que nous ferons également succinct, d'un autre ordre de recherches; celui qui a trait à la reconstitution des états géographiques successifs de notre globe. Il importe essentiellement à la géographie qu'on soit en état de rétablir, dans la mesure du possible, les phases principales de l'évolution des continents et des mers, c'està-dire les divers chapitres de ce qu'on peut appeler la paléogéographie; car là seulement on puisera des indications sur les cycles d'érosion que la terre ferme a traversés, ainsi que sur les causes plus ou moins complexes des structures qu'elle présente aujourd'hui.

Une telle recherche, on le comprend sans peine, est hérissée de ilifficultés. En effet, elle repose exclusivement sur la connaissance des dépôts, marins et terrestres, que chaque époque sédimentaire a. légués à la croûte solide en souvenir do son passage. A supposer <)ue toutes les incertitudes relatives à la détermination de l'ûge clés terrains fussent levées, et que l'on connût en chaque point du ^lobe tous les dépôts existants, comme, en général, l'érosion a enlevé de chaque affleurement plus qu'il n'en subsiste, c'est toujours à l'aide de débris plus ou moins incomplets qu'il faudrait -Cîonclure, par induction, à la place occupée par les anciens océans. XjC problème est presque aussi difficile que celui de la reconstilution d'un livre dont les feuillets seraient en majeure partie perdus.

C'est pourquoi si la présence en un point d'un sédiment marin, exactement daté par la stratigraphie ou par les fossiles, permet d'affirmer que la mer de l'époque correspondante occupait la place, l'absence de tout témoin de ce genre ne suffit pas pour autoriser une conclusion négative ; d'autant mieux qu'il y a souvent, sur le fond des océans actuels, des parages où il ne se fait aucun dépôt; de sorte qu'on doit admettre que la même circonstance ait pu se reproduire bien des fois dans le passé.

Intervention de la paléontologie. — La difficulté provenant de ces lacunes serait parfois insurmontable, si la paléontologie ne venait encore au secours du paléogéographe, en lui permettant, dans bien des cas, de baser des conclusions rationnelles sur des migrations d'espèces, qui n'ont pu se faire que par certaines voies déterminées.

L'apparition subite, à un niveau défini, d'animaux marins tels, qu'on ne saurait les faire descendre de ceux qui habitaient auparavant la mer de la région, atteste un changement géographique, par lequel s'est trouvée ouverte la communication avec une province voisine, où ces types existaient déjà. En appliquant ce critérium avec discernement, on arrive à reconnaître, tantôt que tel bassin de sédimentation a dû être isolé d'un autre, assez voisin, par une barrière dont on peut approximativement indiquer la place ; tantôt que deux aires sédimentaires aujourd'hui isolées ont dû être reliées ensemble par un bras de mer, dont les traces auront été enlevées plus tard par l'érosion. L'application de ce procédé devient chaque jour plus féconde, à mesure que les explorations géologiques se complètent et que les connaissances paléontologiques gagnent en précision.

Caractère provisoire des essais de paléogéographie. — Il n*en est pas moins vrai que les tentatives de représentation des mers anciennes se heurtent à des difficultés considérables. On peut dire que l'heure est à peine venue d'y songer. Tout essai de ce genre eût été absolument prématuré il y a [quelques années, alors qu*on savait si peu de chose sur la géologie des pays en dehors de l'Europe. Même aujourd'hui on ne peut encore tracer que de simples ébauches. D'abord, sur tout l'espace occupé par les océans, lesquels couvrent près des trois quarts de la surface terrestre, on en est réduit à de pures conjectures. De plus il est à remarquer que le problème ne serait vraiment résolu que si les cartes paléogéographiques pouvaient être instantanées, c'est-à-dire s'appliquer à un moment bien déterminé de l'histoire géologique. Or, dans

l'état actuel de nos connaissances, c'est déjà beaucoup de pouvoir affirmer de deux dépôts que, d'après leurs fossiles, ils sont synchroniques en gros. Mais quant à prétendre qu'ils correspondent rigoureusement à la même date, et que plusieurs milliers d'années ne se sont pas écoulés entre la formation de l'un et celle de l'autre, c'est ce que personne n'oserait faire. Tout au plus peut-on nourrir, Je nos jours, l'ambition de représenter la disposition des terres et des mers rapportée à un certain étage géologique. Mais un étage comprend d'ordinaire plusieurs zones paléontologiques, dont les différences sont assez grandes pour que chacune corresponde, à coup sûr, à un très grand nombre de milliers d'années, pendant lesquelles divers changements géographiques n'ont pas manqué de s'accomplir.

Ces réserves étaient nécessaires pour établir que les essais de paléogéographie ne sont nullement comparables aux cartes qui flgurent l'état actuel du globe. Néanmoins, malgré leur inévitable imperfection, ces ébauches peuvent, quand on les rapproche les unes des autres, fournir de précieuses indications sur l'évolution de la terre ferme. Nous n'en voulons pour preuve, entre autres, que le livre si intéressant où M. Jukes Browne a essayé de reconstituer les phases principales de la formation du sol britannique '. Le nombre augmente chaque jour des points où l'on est en mesure, non seulement d'affirmer le passage antérieur de telle ou telle mer, mais de dire, jusqu'à un certain point, grâce à la nature des fossiles rencontrés, s'il s'agissait d'une mer ouverte ou fermée, i'un régime littoral ou d'un faciès pélagique, d'une eau de surface >u d'un grand fond.

En même temps que de notables portions des aires maritimes ►euvent ainsi être reconstituées points par points, la découverte •e dépôts lacustres ou fluviaux, de formations semblables à celles Les dépressions intérieures, etc., autorisent aussi quelques indueions positives relativement aux aires continentales. Seulement ces Preuves directes sont beaucoup plus rares, les dépôts opérés sur Cl terre ferme ayant généralement peu d'épaisseur et occupant i.ne situation superficielle, ce qui rend leur conservation très problématique, à cause de la facilité avec laquelle les érosions ultérieures ont pu les disperser.

Signification des massifs archéens. — En revanche, pour ce 5ui concerne ce qu'il est permis d'appeler les noyaux des continents y

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